‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 65 sur 84 · PLAT · texte numérisé non relu

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o nombreux lémoigiiages, em- |)niiil(,'s il riiisloirc sacrée cl aux plus ancifiis écrivains (hl'hisloire profane, altcsleraienl, au besoin, que, dès l'origine des sociétés, on connaissait l'É- (|uilalion, c'est-à-dire l'usage du clieval, « la plus noble conquête que rbomme ait faite, » pour eniployei' la belle expression de lîull'on. Il est écrit, au xiV chapitre de l'Exode, que « le Sei- 1,'nour dit à Moïse : Étendez votre main , afin que les eaux retournent sur les Égyptiens, sur leurs chariots et sur leur cavalerie. « Et ceci ne saurait s'entendre di s chevaux attelés aux chariots; car cette distinction est plusieurs fois répétée dans le même chapitre; elle est surtout remarquable dans ce passage : « Or, les Égy|)tiens les pouisuivirent el marchèrent apiès eux, au milieu de la mer, avec tous les chevaux de Tharaon, ses chariots et sa cavalerie. »

Au XXXIX' chap. du livre de Job, le Seigneur dit : o Est-ce vous qui avez doinié le courage au cheval, et (jui le rendez terrible par son frémissement? Le ferez-vous bondir comme la sauterelle, lui qui, par le souftle si lier de ses narines, inspire la terreur? Il creuse du pied la terre, il est plein de conliance en sa force, el va audevant des hommes armés. Il se rit de la peur et n'en est point saisi; la vue de lépée no le fait point reculer. Il n'est effrayé ni du bruit que font les flèches dans le carquois du cavalier, ni de l'éclat des lances et des boucliers. Il s'agite, il frémit . il trappe la Sîiemes el Mis. EQLlTAîlùN. Fol I.

lerre et l'enfonce : il ne peut se tenir, lorsqu'il entend le son des trompettes. Dès qu'elles donnent le signal décisif, il dit : Courage! Il sent de loin l'approche des troupes; il est attentif à la voix des capitaines et aux cris confus de l'armée. »

Après cet admirable portrait du cheval, compagnon du guerrier, si nous passons aux auteurs profanes, nous trouvons dans Homère {Iliade, liv. xv) la preuve que l'art de l'Équitation était, au moins de son temps, non-seulement connu , mais porté même à une grande perfection. Le poète, voulant donner l'idée de l'agilité d'Ajax qui passe légèrement d'un vaisseau à un autre, et les défend tous à la fois, compare ce héros h un habile écuyer qui, conduisant quatre chevaux, saute, h coup sûr, d'un cheval sur un autre, et vole avec eux dans la carrière^ devant un peuple assemblé qui le suit des yeux avec admiration.

La comparaison employée par Homère indique que ces sortes d'exercices étaient familiers aux Grecs, et dénotent autant d'habileté chez l'écuyer, que de connaissances (le l'art de dresser les chevaux, qu'on savait ainsi accoutumer à bien manier sous un seul homme, sans rien changer à leur course.

Eustalhe de Constautinople, dans ses Commentaires sur l'Iliade et l'Odyssée, dit, à ce sujet, que les anciens s'exerçaient à faire courir plusieurs chevaux de front, sans les atteler à un char, et que non-seulement ces chevaux étaient nobles et courageux, mais dociles, et que les cavaliers ne s'exposaient h aucun danger dans cet exercice. Il fallait nécessairement, pour qu'il en (ùt ainsi, qu'ils en eussent une grande habitude. Les mêmes témoignages nous seraient, d'ailleurs, fournis par Xénophon , dans son Traité de l'Équitation et dans Y Hipparchique ou le Maître de Cavalerie; par l'écrivain grec Pausanias, dans ses Voyages historiques en Grèce ; par Diodore de Sicile et beaucoup d'autres. Ils abondent dans Virgile, et le livre v" de V Enéide, à l'occasion des jeux funèbres célébrés chez Alceste, en l'honneur d'Anchise, nous apprend (pi'on exerçait la jeunesse romaine h l'art de l'Équitation, en imitation desTroyens.

« Ces courses, ces tournois et ces feintes batailles, » Ascagne, lorsque d'Albe il fonda les murailles, » Les transmit à son peuple; et des premiers Albains, » Leur pompe héréditaire est passée aux Romains. » A ce dépôt sacré Rome est encor fidèle ; » Rome , renouvelant leur pompe solennelle , » Rassemble pour les jeux ses jeunes citoyens : » Ce sont les fils de Troie et les combats troyens. »

(Trad. de Delille.)

Quant à la question de savoir si, comme le dit Lucrèce au livre v" de son poème, le guerrier tenta d'abord de presser les flancs du coursier et de l'asservir au frein, avant de se livrer aux périls de la guerre sur un char traîné par deux chevaux; ou si l'invention des chars, attribuée à Erichtonius, afin, dit-on, de dissimuler l'infirmité de ses jambes torses, précéda l'emploi du cheval comme monture : cette question ne

i:t la iucnaissanci:.

nous a pas sciiihlo mériler le loiiips i\ur Kn-iel, l'alihé Sallicr <■( (l'aiilres ('•(•rivaiiis oui passé à essayer de la résoudre; cl si nous pouvons nous prinictlic dr dnMmi notre senliinenl, nous dirons (jtu' nous soniincs porlés ii croire ipi'on se servait du cheval en même temps pour le cliar et pour l'Éipiilation.

Il parait certain (pie les cliel's seuls ('(aient nionti-s siu- des chars, lorsipi'ils marchaient à la tète des escadrons. Du iTsle, les chars devaient être Tort incommodes el dillieiles à conduire dans une hataille, (piand on sonj^e à l'espace el au terrain Cf>nvcnahles tpi'd leur lallait, el ipie, des deux guerriers (pii les montaient, im seul pouvait combattie, l;uidis que l'autre n'était occupé (pi'à diriger les chevaii.x.

Cyrus perleclionna le char de guerre et douhia le nond)re des condtattanls, on mettant le conducteur du char en élat de combattre liii-inème. il allongea l'essieu, afin de lui donner plus d'assiette, et il ajouta à chaciue exlrémitir (ce cpie l'on avait déjà lait avant lui, d'ailleurs) des Taux longues de trois pieds et disposées horizontalement. il y en avait aussi en dessons, tournées contre terre, pour couper en pièces les honunes et les chevaux (pie l'impétuosité du choc de ce chariot aurait renversés. Plus tard, on arma de deux longues pointes le bout du tiujon, et le derrière du char l'ut hérissé de lames aiguës, afin de prévenir l'e.scalade de ce coté. .Mais tous ces perfectionnements mêmes occasionnaient sans doute aussi de grands embarras : ces lames de faux ne tranchaient pas tout ce qui leur laisait obstacle; elles devaient ou se ronq)re ou se tordre, ou rester fichées aux objets quelles rencontraient, ce qui contribuait sans doute à entraver et à arrêter tout à l'ait la marche du char, le(iuel avait, en outre, à siunionter les difficultés du terrain.

Les anciens Gaulois se servaient aussi, pour le combat, de chariots aux essieux armés de i;mx. Un roi gaulois, nommé Hituitus, combattait sur une carpenlc d'argent. On dit que, fait prisonnier par les Uomains, il fut mené en triomphe sur ce chariot.

Les Grecs tiraient leurs chevaux de la Tliessalie, [)ays plus [)ropre à nourrir ces animaux que tout autre point de la Grèce; c'est pourquoi les poêles y placent l'origine de l'Équitation. Les habitants de ces contrées, voisines du mont l'élion, étaient, en ellét, de solides écuyers qui se mettaient volontiers au service des armées grecques; mais qui, h ce qu'il paraît, se faisaient payer assez cher, pour que Xéno[)hon s'occupât du moyen de s'en passer, dans un projet de création d'une cavalerie nationale à Athènes, laquelle devait produire une grande économie. Les ïhessaliens, armés de |>iques, chassaient les taureaux sauvages (pii ravageaient la campagne aux environs de leurs habitalio!)s; el c'est de là que leur a été ilonné le nom de centaures et (.V hippoceiilaures , c'est-à-dire : piqueurs de taureaux , à cheval.

Ces centaures, presque nus, sans étriers, se tenaient à cheval assis et accrochés, s'y liant par le genou et le gras des jambes. Telle était la position des cavaliers Numides; telle est encore celle des Arabes et des peuples de l'Orient.

Les Lapithes, voisins des Centaures, passent pour les inventeurs de l'art de soumettre le cheval, en le rendant docile au frein et eu le dressant à toutes sortes A\Urs,

selon la volonté du cavalier. On sait combien les Romains étaient habiles, soit à monter les chevaux, soit h les diriger attelés à un char : « llsavoient, dit Montaigne, des chevaux qu'ils appeloient funales ou dexlrarios, qui se menoient à dexlre ou à relais, pour les prendre tous frais au besoing, et de là vient que nous appelons destriers les chevaux de service. Us appelloyenl aussi desaUorios equos des chevaux qui estoient dressez de façon que, courans de toute leur roideur, accouplez coste à coste l'un de l'autre, sans bride, sans selle, les gentilshommes romains, voire tous armez, au milieu de la course, se jettoient et rejettoient de l'un h l'autre. » Ainsi faisaient, selon Tite-Live, les Numides, qui menaient en main un second cheval , pour changer de monture au plus chaud de la mêlée.

La chevalerie, dont les exercices étaient l'image de la guerre, fit en France un art nouveau de l'Équitation , lequel fut toujours inséparable de l'éducation de la noblesse; et chevalier devint synonyme d'homme de bonne naissance Les intéressants Mémoires sur l'ancienne Chevalerie, par de Sainte-Palaye, nous montrent combien on exerçait de bonne heure la jeunesse au rude apprentissage du métier de chevalier et de l'Équitation , et nous en avons la preuve dans le Livre des faicls du bon messire Jean le Maingre, dil Boucicaul , maréchal de France. » 11 s'essayoit, y est-il dit, entre autres exercices, à saillir sur un coursier tout armé. Jlem, sailloit, sans mettre le pied à l'estrier, sur un coursier armé de toutes pièces. Ilem, à un grand homme monté sur un grand cheval, sailloit de terre à chevauchon sur ses épaules, en prenant ledict homme par la manche à une main, sans autre advantage. Item, en mettant une main sur l'arçon de la selle d'un grand coursier, et l'autre emprès les oreilles, le prenoit par les crins en pleine terre, et sailloit, par entre ses bras, de l'autre part du coursier. «

Bayard était tout jeune enfant, quand son oncle, l'évêque de Grenoble, le présenta au duc Charles de Savoie pour être un de ses pages, « et après le dîner, ains s'en alla au logis faire sceller son roussin, sur lequel, après l'avoir bien mis en ordre, monta et s'en vint le beau petit pas, en la court de la maison dudit duc de Savoye. » Il faisait bondir son cheval, o de sorte , dit son historien, qu'il sembloit homme de trente ans qui toute sa vie eust veu la guerre. » Et c'est peu de temps après que le roi Charles VIII, ayant reçu à Lyon la visite du duc Charles, prit plaisir à voir, en la prairie d'Esnay, chevaucher le jeune Bayard , sur son roussin, avec son écuyer. Il n'avait que dix-sept ans et demi;, quand, à Lyon encore, il s'avisa de « toucher aux escuz de messire Claude de Vauldray, lequel avoit obtenu du roi la permission » de dresser ung Pas tant à cheval comme à pied , à course de lance et coup de hache; » et qu'il fit merveille sur le « bas roussin, bien relevé et bien remuant, » qu'il acheta soixante écus, et « le courserai bay, fort adroit » qu'il paya cinquante. C'est à la suite de ce tournoi, que, s'en allant tenir garnison en Picardie où était sa compagnie, il se mit en route, un matin, avec « cinq ou six beaulx et triumphans courlaulx, après avoir fait partir devant lui ses grans chevaulx, dont il avoit six par excellence, avecques son cariage. »

Le chevalier à cheval, enfermé qu'il était dans son armure et encastré dans les

ET LA HI:NAISSA^C^:, arçons de sa sello, ne pouvait èlrc que dans iino positi<jn pciiicndiciiliiin'. Il fidiail que ses écuyers et vaiiots, (|ui l'y avaient placé, l'en tirassent poiiiqn'd sortit de cet enchàsscnieiil, à moins (|iic les coups de son adversaire ne lui llss<'nt vidi-r les arçons. Los chevaux de bataille se nonnnaicnt grands chevaux , coursiers on destriers; les chevaux de chasse, (/«(/c/;t'o/Ay les chevaux de selle ou de nr.ùu , amhlans , liat/uenées , palefrois; les chevaux de somme, courlauls et ronssins. Hrunetlo L-ilini. dans son Tesoro, nous donne la délinition exacte de tiuis espèces de chevaux (1 11 y a chevaux de plusieurs manières, à ce que li un sont deslrier, grans, poiii' le combat; li autres sont palefroi , pour chevaucher à l'aise de son corps; li autres sont roucins , pour somme porter. » Le destrier^ comme l'indique son nom, était conduit en main, dans les marches, par l'écuyer. Le roman de Perce furesl nous nutntre, en plus d'un passage, cette manière de conduire les destriers : o Si voit venir monseigneur Gauvain (Lancelot du Lac) et deux escuyers, dont l'ung menoit son destrier en destre. » Et ailleurs : « L'on rencontra ung varlet qui chevauchoit ung roucin fort et bien courrant, et menoit à dextre ung destrier noir. » L'écuyer donnait ce iheval à son maître à l'approche de quelque péril ou lorsque celui-ci s'apprêtait à combattre. D'où est venu le proverbe : Monter sur ses grands chevaux.

Les juments et les bâtiers étaient réservés à la culture des terres, et c'est dans cet intérêt sans doute qu'il était défendu à un chevalier de s'en servir. On lit, dans le même roman de Perceforest : « A celui temps, ung chevalier ne pouvoit avoir [dus grant blasme que de monter sus jument. Ne on ne pouvoit ung chevalier plus déshonorer que de le fiùre chevaucher une jument pour le blasme, et tenoit-on depuis que c'estoient chevaliers recreus et de nulle valeur : ne ja plus chevalier, qui ayma son honneur, ne joustoit à lui, ne frappoit d'espée non plus que ung fol tondus. »

« Si vous voulez être heureux en amour, disait-on à un nouveau chevalier (selon les poètes provençaux), ayez un bon cheval, prompt à la course, adroit et souple au combat , et qu'il soit toujours près de vous , aussi bien que votre lance, votre écu et votre haubert à l'épreuve; que le cheval soit de tout i)oint bien équipé, bien sellé, bien bridé et pourvu d'un beau poitrail ; que la housse, la selle, l'écu et la lance avec sa banderole, soient coloriés et armoriés uniformément. Ayez, outre cela, un bon cheval de bât ou roussin (rossi bastier), pour porter votre double haubert, la lance et l'écu. Si vous êtes au tournoi, ouvrez à votre cheval, par des coups redouldés, la roule (ju'il doit tenir ; et que son poitrail soit garni de beaux grelots et de sonnettes bien rangées; car ces sonnettes réveillent merveilleusement le courage de celui qui le monte et répandent devant lui la terreur. «

L'écuyer était le serviteur chargé de porter les armes du chevalier; il avait soin de sa table, de sa maison, de ses chevaux; mais ces fonctions n'emportaient avec elles aucune idée de domesticité, car l'éciiyer occiq)ait le grade intermédiaire entre celui de page et le rang de chevalier : elles étaient donc remplies par les Gis des plus nobles

familles.

Au moment d'un combat, les écuyers se tenaient en ligne derrière leurs maîtres; ils étaient ainsi tout prêts à les défendre, à les relever, s'ils étaient désarçonnés, h les replacer sur un cheval frais. Ils leur fournissaient, au besoin , de nouvelles armes, et gardaient leurs prisonniers. Ils combattaient aussi, dans l'occasion, h côté d'eux.

Les éperons des écuyers étaient d'argeut; ceux des chevaliers, d'or ou dorés; ils faisaient la marque distiuctive des uns et des autres. Les Flamands, à la bataille de Courtray , en 1314, prirent quatie mille paires d'éperons aux chevaliers de Philippe le Bel. Il fallait, pour gagner ses éperons (le proverbe nous en est resté), faire quelque action d'éclat, se montrer digne d'être adoubé ou armé chevalier. La cérémonie de la réception des chevaliers commençait par la prise des éperons; et le personnage qui conférait l'ordre de chevalerie, fi!it-il prince ou roi, prenait la peine de chausser lui-même les éperons au récipiendaire , en commençant par la jambe gauche. De même, la dégradation du chevalier consistait dans l'opération contraire : un bourreau ou un cuisinier lui coupait les courroies des éperons. S'il redescendait seulement au rang d'écuyer, un héraut d'armes lui faisait chausser des éperons d'argent; mais s'il s'était rendu coupable d'une faute grave, qui entraînait la dégradation complète, on les lui Iranchailau talon, avec une hache, sur un fumier. Le chevalier qui encourait celte punition infamante était déshonoré pour toujours.

« Si vous faites choses contre l'ordre de Chevalerie (que Dieu ne veuille!), je couperai vos éperons de dessus vos talons. » {Skiluls des chevaliers.)

« Si espérons li soit copé parmi,

Près del talon, an branc d'acier forbi. »

(Roman de Garin.)

Il Se aucuns gentilshoni esloit chevaliers, et ne fust pas gentilshom de parage, tout le fust-il de par sa mère, si ne le porroit-il estre par droit: ains le porroit prendre li rois, ouli bcrs (baron, seigneur), en qui chastelerie ce seroit, et ses espérons Iranchier sus un feniier, et seroient si meubles à celui en qui chastelerie ce seroit. »

{Lslublissemens de sainl Louis, chap. cxxviii).

Un chevalier qui se signalait par quelque trait de bravoure recevait des éperons d'honneur pour récompense. Telle est l'origine de ïordre de l'Éperon d'or, qui fut autrefois célèbre en Espagne et en d'autres pays.

Le port des éperons était regardé comme une marque d'indépendance et de pouvoir. Lorsqu'un baron ou seigneur subalterne prêtait foi et hommage à son suzerain, il était obligé de quitter ses éperons en signe de vasselage.

En l'an 816, sous Louis le Débonnaire, une assemblée de seigneurs et d'évêques défendit aux ecclésiastiques la mode profane de porter des éperons, qui s'était introduite dans le haut clergé. Les statuts des Templiers interdisaient aussi aux membres de cet ordre religieux et militaire l'usage des éperons dorés ; mais comme ils se regardaient plutôt comme chevaliers que comme moines, ils faisaient peu de cas de cette défense.

i;t i.\ renaissance.

Nous (levons dire qnel(iiie chose «le ranciennclé des éperons et di-s variiilions di; leurs formes. Suivant les uns, ce mol tirerait son orij^ine d<! rallnnand spurcn, <l'<u'i serait ven\i le bas latin spouro , employé du temps de Louis le Délionnairr ; i'diillms de Thyard le fait dinivci- du i^iceTiep'ivv;; lMéiia;,'e, (!<• rilalicn sjierdnc, s])r()n(', <|ui n'est (jiif la prononeialion du mol allemand , et dont les Aiif^lais ont lait spar. On reconnail (aci lement au mol éperon une racine conmiune avec ces dillérenls lujnis. Le Diclionnairr élymologifjue de Uoqueforl mentionne la vieille expression Iraiivaise airaiiri', coirup lion du calcar des Latins, et il appelle l'éperon hroce , bioclie; parce ipie. dit-il , ils étaient faits anciennement, non pas en molellcs comme les nôtres, mais comme une hroclie. (V//mr veut dire, en elfel, ergot de coq , an une pointe qui y resseudjiait. On trouve dans Virgile :

Quadrupedcmquc chum /tiratd cake fatigat,

et les Romains disaient : calcar cruenlarc, s'ensanglanter le talon , en pressant nu cheval. Ces deux citations suffisent pour indiquer l'anli(|uilé do l'emploi de Véperon pour stimuler le cheval. L'éperon le plus ancien, dont nous ayons eu le modèle fut trouvé dans le tombeau de lîruneliaut, découvert à Aulun en IG.Vi. Cet éperon avait la forme d'une broche; et un sceau du duc de Bretagne, qu'on peut rapporter à l'année 1084, représente ce prince éperonné de cette manière. Les anciens éperons étaient fort longs, afin de pouvoir atteindre les côtes du cheval, ce qui eût été irapo.ssible autrement, à cause de la roideur des flancois, du frolti^ment tles genouillères et du poids de l'élrier. On montre, comme exemple de cette longueur, ceux de Godeiroy de Bouillon. Les jeunes seigneurs du temps de Charles VII portaient des éperons, dont la molette, large comme la paume de la main, était fixée à l'extrémité d'une branche longue d'un demi-pied. A partir du quatorzième siècle, on voit des éperons à rosette, à étoile, h molette tournante, façonnés de la manière la plus délicate et la plus riche.

Les chevaux des chevaliers français étaient sans oreilles et sans crinière; ceux des Allemands, sans queue. La raison de ces oreilles et de ces «jueues coupées, selon Carion de Nisas, serait l'armure du cheval et la manière dont il était cajtaraçonné. Si les hommes étaient couverts de fer , leurs chevaux n'avaient pas moins de (ér à |)orler pour leur part, car le destrier du chevalier ou du gendarme était aussi bien armé que son maître; et l'on a peine à concevoir comment il ne succombait pas sous le poids de son armure, augmenté de celui de son cavalier. Toutes les pièces de défense et de parure du cheval furent comprises sous le nom de hurnemcnl ; celles qui étaient simplement de fer ou de cuir, sous celui de bardes.

Le chanfrein, qui protégeait le crâne, le front, les oreilles, les yeux et les narines du cheval, était souvent armé d'une pointe de fer longue de dix pouces et quailrangulaire. La plaque destinée à couvrir le nez s'appelait nazcl, nazal, moufflard ou muserolle. Au seizième siècle, ces muserolles étaient très-découpées et arlisteniL'ia historiées. Les chanfreins, comme pièce la plus apparente tlu liarnemcnt, furent.

aussi, richement ornés. Lorsque Charles VH prit possession de Rouen, il montait un cheval couvert jusqu'aux pieds d'une grande housse de velours bleu, semé de fleurs de lis d'or, avec un chanfrein h plaques d'or et plumes d'autruche. A cette même époque, au siège de Harfleur, le cheval du comte Saint-Pol portait un chanfrein valant trente mille écus; et le comte de Foix, entrant dans Bayonne lors de la reprise de la Guyenne sur les Anglais, » avoit à la tête de son cheval chanfrain d'acier, revêtu d'or et de pierreries, prisé quinze mille écus d'or, » environ 125,500 livres de notre monnaie. »

Au haut de ces chanfreins ou têtières, s'attachait la cervicale qui couvrait le cou. C'étaient plusieurs lames arquées affectant la forme de l'encolure et descendant jusqu'aux battes d'armes, qui sont les parties élevées devant la selle, sur les ai'çons, pour emboîter, avec le troussequin (derrière de la selle), les cuisses du cavalier et l'empêcher de glisser.

Il y avait \es/lancois , qui étaient formés de lames de fer croisées, de pièces de cuir de cerf, de buffle bouilli renforcé, pour défendre les flancs et la croupe du cheval jusqu'au jarret; on les appelait aussi pissiêre. On a pu voir, dans les musées d'armes, ces flancois de peau de buffle, ornés d'arabesques peintes, dont les vives couleurs se sont parfaitement conservées jusqu'à nos jours. Le poitrail et les épaules du cheval étaient entourés d'une large plaque d'acier, appelée gfîVe/, qui se terminait aux bardes du derrière, sous les jambes du cheval. Ces deux pièces s'attachaient par de grosses agrafes, âhes fermails ou fermoirs , lesquelles étaient en or, en argent, et même enrichies de pierres précieuses.

Lorsque les destriers devaient courir de grands dangers, et s'ils étaient assez robustes, on ajoutait, sous le harnemenl, des mailles le long du cou ou des jambes.

Toutes ces pièces dont nous venons de parler, ornées de couleurs, de ciselures ou dorures, étaient cachées par des caparaçons, appelés aussi housses, sambues , lénicles. Ces caparaçons armoriés, fourrés, bordés de feuillards, de franges, de crépines, de grelots, suivant l;i magnificence et le rang du cavalier, étaient en usage surtout dans les montres, les cérémonies d'éclat et les tournois. A l'entrée de Charles VII à Paris, après l'expulsion des Anglais, le comte de Dunois montait un coursier caparaçonné de toile d'or.

Louis XII, marchant contre Gênes (1507) lors de la révolte de cette ville, qui était alors sous la domination de la France, portait sur sa cotte d'armes un habit blanc, sur le devant duquel brillait une ruche d'où sortaient des abeilles d'or voltigeant à l'entour. 11 avait un cheval noir, couvert d'une housse, blanche aussi, et portant un grand nombre de ruches et d'abeilles avec cette devise, brodée plusieurs fois autour de la housse comme autour de l'habit du roi : Non ulilur aculeo rex. Ses éperons étaient une longue broche terminée par une étoile.

Tous les chevaux ne pouvaient marcher sous les housses du chevalier; les quacheors, coursiers, destriers, hacquenées, a7nblans , palefrois, roussins, furent les seuls téniclés ou portant lénicles.

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