LE ROUX DE LINCY
Peniionn.iirc de l'Ërolc TValioiulc dct Chirtoi.
LE MOYKN ÂGE ET LA RENAISSANCE
Pi-oserbcs et dictons populaires, avec les Dits du Mercier et des Marchands, et les Crieries de l'aris aus xiii' et xiv siècles, publiés d'après les manuscrils de la Bibliothèque du Roi, par G.-A. Crapclet. Parts, ISril, in-8.
Les Proverbes communs. — A la fin: Cy Unissent les Proverbes communs qui sont nu nombre environ sept cent qualrevinglz. s. n. et s. d , in-4 goth.
Fremurt édilion de ce n:cu.-il par ordre al|ih.il,ôliquc, formé par J. ds U Yoprie, prieur de Clairvam; il a éle «ouvonl réimprimé, au seiiième slncle. Jean Gilles de Novei-s {Joannra J!gidtus Kuccritntn) l'a Iraduil en laliii »oii! ce lilrc : Prooerbia joliicona (Par., 1519, in-4i. Voy. ses dilTcrcnles édit. dans lo Manuel du Libraire.
Pierre Grikgobe dit Vauidemont. Notables enseignemens, adages el Proverbes (en rimes). Paris, Galiot du Pré, 1527, in-8 goth.
riusicnrs foi^ réimprimé. Vuy. It Man. du LihraiTe.
Les Motz dorez de Catlion en françois et en latin, avecques bons et utiles enseignemens. Proverbes, adages, autoritez et ditz moraux des saiges. Paris, Jean Loiigis (1530), in-8 "oth. — Le second \olume des Motz dorez du grand el sai"e Cathon, lesquclz sont en lalin et en françois, avec aucuns bons et très utiles adaiges, autlioritez et dictz moraux des saines... Paris, J. Lungis et P. Sergent (1535), in-8.
L'aulcur de celle traduclion des Dintieha de moribus , allnbués k Oion)/6îu8 ou Viitenus Cato . esl Pierre Gro^'iiet. Il y a detix .mires traductions, de la niêiiie époque, l'une par Jean Lefèvra, el l'anlre par J. Macc. Vov. le Alan, du Libraire, pour les nombreuses édil. de ces recueiU.
("il. DE BoiVELi.Es. Proverbes et dits sentenlieux, avec l'inlcrprétalion d'iceux. Paris, G. Lenoir, 1557, in-8.
Cet ouvrage est diiïerent de celui que l'auteur avait déjà publié : Car. Bovilli Samarohrini Pro«er6iorumTiuïgari«ni,/ifr.///. Paris., 1551. in-S.
Koncontres à tous propos, par Proverbes et huictains françois tant anciens que motlernes. Paris. Esl. OrouUeau, \''>oi, 2 part, in-16 obi., lig. s. b.
Plusieurs fois rcimpriinê. sous divers litres.
(JAB. Meirieu. Recueil de sentences notables, dicts et dictons communs, adages. Proverbes et refrains, la plupart trad. de latin, italien el espagnol — .-liiiers, /. Waesberghe, 1568,2 part, in-lli.
Souvent réimprime sous le tilre : Trcior des sentences dorées, dicts. proverbes el dictons communs.
(Jean le Bon.) Adages et Proverbes de Selon de Vogc, recncillis par l'Hétropolitain. Paris, \ic. Bonfons (vers 1578), in-16.
Henri Estienne. Les Prémices , ou le I*' livre des Proverbes i^'pigrammatizez ou des épigrammes proverbializez , c'est-à-dire signez et scellez par les Proverbes françois ; aucuns aussi par les grecs et latins, ou autres pris de quelcun des langages vulgaires, rangés en lieux communs. [Genève,) Henri Estienne, I59i, in-S.
J. Ant. de Baïf. Les Mimes, enseignemens et Proverbes. Paris, Mamert Pâtisson, 1597, in-12.
La dernière édition est celle de Toulouse, 1 612, in-12.
.^NT. OuDiN. Curiositez françoises pour supplément aux dictionnaires, ou Recueil de plusieurs belles propriétez, avec nue inlinité de Proverbes et de quolibets pour l'explication lie toutes sortes de livres. Paris, 1640, in-8.
(ioMEZ iiE Trier. Le Jardin de recréation auquel croissent rameaux, fleurs et fruicts très-beaux, gentilz et souefz, sous le Moni de six mille Proverbes et plaisantes rencontres françoises recueillies et triées par Uomes de Trier. Amst., 1011 , in—i
i.\i)R. DE MoNTLii:, comie de Cramail.) La comédie des Proverbes, pièce comiiiue. Paris, 1()33, in-8.
Vov. dans le catalo|:ue Soleiime les nombreuses cdit. de celle comédie.
(1. DE Benserade.) Ballet des Proverbes, à onze entrées, dansé par Sa M.ijesté le 17 février 1654. Paris. 1654, in-4.
Iléimprimé dan* les OEuvr-j diverses (Pur., 1697, i vol. in-12).
.Iac. Laoniet. Recueil des plus illustres Proverbes, divisé en trois livres : le premier contient les Proverbes moraux, le second lesProverbes joyeux et plaisans ; le troisième représente la Vie des Gueux en Proverbes, etc. Porù (1657-65), in-4.
Colleclion rare el curieuse d'e-lampe» représentant des Proverbes mis en action. Pierre Breughel a pravé à l'eau-forte une suite de ProverLej du même genre, avec légendes en français et en liollandais.
FtEtiny DE Bellingen. L'Étymologie ou explication des Proverbes françois, divisé en trois livres, par cha])itres en forme de dialogues. La Haye, 1656, in-8.
La première édition, intiliilèe : Les premiers essais de Proverbes (La Hâve, 1653, in-8) ne contient que le second livre. Celle édition fut reproduite, avec quelques cbaugemcnts, sous ce titre : Les Illustres Proverbes historiques, ou Recueil de diverses questions curieuses pour se divertir a/jr^ablement dans 1rs compagnies [Pur., 1655, in-12), et plusieurs fois réimpriuiée. Quand VÈtymologie ou exptic. des Proverbes françois eut paru à La Haye, on en lit aussi une conirefav'on, sous ce tilre. qui semblerail indiquer un ouvrage différent : Les Illustres Proverbes nouveaux et historiques , expliqués par diverses questions curieuses et morales, en forme de dialogue (Par.. 1665, 2 part, in-12, lig.).
Le Dix. Proverbes en rimes ou Rimes en Proverbes, tirés en substance tant de la lecture des bons livres que de la façon ordinaire de parler, et accoinodez en distiques ou manières de sentences. Paris. 1605, 2 vol. in-12.
(MoisANT DE BniEiix.) Lcs Origines de ouelques Coutumes anciennes et de plusieurs façons de parler triviales, etc. Caen, 1072, in-12.
(Georg. de B.tCKER.) Dictionnaire des Proverbes françois, avec l'explication de leurs significalions, et une partie de leur origine, etc., par G. D. B. Bruxelles, 1710, in-8.
(Nie. Ragot de Grandval.) Almanacli des Proverbes pour l'année 1745, recueilli par Cartouclii-Vandeek, astronome privilégié suivant les arts. Anvers [Paris), 1745, in-8.
(.4. Jns. Panckoccke.) Dictionnaire des Proverbes françois el des façons de parler comiques, burlesques et familières , avec l'explication el l'étvinologie les plus avérées, par J. P. Paris, 1740, in-8.
Plusieurs fois réimprimé.
(L'abbé Tiet) . Matinées Senonoises, ou Proverbes François, suivis de leur origine, de leur rapport avec ceux des langues anciennes et modernes Paris, 1789, in-8.
Il V a des exenipl. d.ilés de l'an m el intitulL-s : Proverbes françois, suleis de leur oiigitte, etc.
Pierre de la Mesangère. Dictionnaire des Proverbes français. Paris, 1825, in-8.
La première èdit. de 1821 est beaucoup moins complète.
C. de Mérv. Histoire générale des Proverbes, adages, sentences, apoplithegmes , dérivés des mcrurs , des usages, de l'esprit et de la morale des peuples anciens et modernes, accompagnée de remarques et d'anecdotes... Paris, 1827, 5 vol. in-8.
L'anleur avait préludé .\ ce savant ouvrage par une Disserlatioi. historique et morale sur les Proverbes, placée en tète d'une nouvelle édit. des Proverbes de Carmontellc {Par., I-sSi, 4 vol. in-S).
P. M. QiiiTAiiD. Dictionnaire étymologique, historique et anecdotiqne des Proverbes el des locutions proverbiales de la langue française, en rapport avec des Proverbes et des locutions proverbiales des autres langues, l'aris, 1842, in-8.
Leroix de Lincv. Le Livre des Proverbes français, précédé d'un Essai sur la Philosophie de Sancho Pança, par M. Perd. Denis. Paris, 1842, 2 vol. in-12.
G. DuPLESsis. Bibliographie parémiologique. Etudes bibliographiques el littéraires sur les ouvrages, fragments d'ouvrages et opuscules spécialement consacrés aux Proverbes dans toutes les langue», etc., Paris, 1847, in-8.
Cet ouvrage, le dernier publié sur les Proverbes, renferme une Bibliographie raisonnée, très-complète el tres-élendue, dans laquelle le lecteur trouvera rindicatioii d'une foute de livres paréniiologiques , grecs , latins, français, espagnols, italiens, etc., qu il efit été impossible de citer ici.
€CAn«r0 p®pi£CiMa;S . ncDorœ, etc.
^T> OIS les peuples ont chanté. Dès leur origine . ils
""^ont éprouvé le besoin d'émettre leurs sentiments et
leurs idées; le mode d'émission qu'ils trouvèrent d'abord
fut le Ch.\nl. Mais le Chant, dans ces temps primitifs, dut se
ressentir de la naïveté et de l'inexpérience des chanteurs;
c'est donc celte forme inhabile et naïve qui, jointe à un fond
dinairement sérieux, ou du moins pris au sérieux, constitue,
il .j)ropreiuent parler, le Chant populaitc.
Chaque nation possède donc des Chants populaires; et comme chez chacune d'elles des causes analogues doivent avoir donné naissance à ces Chants, il en résulte que ces Chants doivent aussi présenter entre eux une certaine analogie. Ils furent toujours inspirés, soit par les événements i)ublics. soit par la religion, soit ])ar les joies ou les tristesses intimes; de là. trois principales catégories bien disliniles, (pii reniérment : les Chants historiqttes, les Chants religieux et les Ciiants domesli(]ues.
Sans vouloir remonter à l'origine des peuples, quoique les temps primitifs pussent nous offrir de nond)reux et mémorables exemples, ne seraienl-ce que les canticiues de Moïse, de David et des i)rophèles juifs; sans nous égarer dans le vaste champ des con-
BeUec-Lctlrcs.
CHANTS POPULAIRES. NOELS. ETC.. Pol I
LE MOYKN AGE
j(>cliircs liis(ori(|uos, il y a po;ir nous bien assez d'iiUércssanles éludes à faire, en ne nousoeeupaul (juo des Clianis populaiics du Moyen Age en France et en Europe.
Il ne faut pas reuionlei- l)ien au delà du douzième siècle pour trouver les premiers monuments écrits de ce qu'on peut appeler le Chant populaire; mais il est de toute certitude que la tradition orale et nièiiic écrite (les manuscrits sont aujourd'hui peidus) avait conservé (]U('l(pics-uns de ces Chants longtemps avant celle époque. Un rapide coup d'ceil rélrospeclir peut nous en fournir la preuve. Au <pialrième siècle, saint Augustin, tout en regrettant d'emi)loyer des mois harhaies pour plaire aux mariniers dHippone, se plainl de ce que les Chants du peuple altéraient la belle langue de Vii-gile : il y avait donc :dois des C/i'in!s fin peuple? Au sixième siècle, saint Avise, enchérissant sur saint (irégoire de Tours, cpii s'écriait avec amerlume : Vœ (lïpbiis noxir/s, quia pen'it slurliuni lillerarum à nobis! ( « iMalheur à noire temps, parce que l'amour des lettres se jtcrd pour nous! » )dil, à son tour, quil renonce à écriie en vers, parce que ses contenqiorains ne conq)reunent plus ni le rhythme ni la mesure; le rhythmc et la mesure ne sont-ils pas les éléments du Chant? En 623, Clotaire II remporle une victoire sur les Saxons, et aussilôtun Chant populaiic, envers latins rimes, célèbre cette vicloire; l'évèque de Meaux, Hildegaire, nous en a conservé deux stances, dont voici les premiers vers :
Dr (jlol.irio est ranei'c rcgc Fraiicoruiii, Qui ivit piignarc contra Saxonum...
On ne conleslera sans doute à ce début ni la naïvelé, ni 1" inexpérience de la forme, ces deux (/»a/«7c's constitulives du Chant populaire. Du huitième au neuvième siècle, on |)ourrait également citer trois ou quati'e pièces écrites en latin ou en langue franque, ayant Irait à iiolie histoire nalionale. Charlemagne, au dire d'I'giuhard , avait fait recueillir les Chanls guerriers de son époque; mais ce curieux recueil ne nous est malheureusement point parvenu. Au neuvième siècle, la ville de Liège vit pour la première fois arriver dans ses murs un de nos jongleurs {li jougleor), ces espèces de rapsodes ambulants ipii porlaieni de ville en ville les Chants et les conles de nos pères ; et Orderic Vital, en parlant des chansons qui couraient sur Guillaume-an-courl-nez, nous ramène au douzième siè<le, qui peut nous fournir, connue nous l'avons dil, les premiers documents éciils du Chant populaire.
La pièce datée de ce siècle, laquelle sert de point de départ au savant collecteur des Chants populaires français (M. Le Roux de Lincy), est un chant latin, divisé en strophes de (piatre vers rimes, dont le refrain, par une bizarrerie remarquable mais non inusitée en ce tenqis-là, est en vers français. Cette chanson, adressée .à Abélard par son disciple Ililaire (pii lui exprime la douleur que ses élèves ressentaient de sou départ, est précieuse, nonseulement à cause de I liomme célèl)re pour qui elle a été faite, mais encore connue un rare échantillon de ce (lu'élail la langue française à cette époque :
Toil a vers nos li mcstrc I
(lit ce refrain, qui, avec le texte des cojiplels en manvais lalin. oiïre nn ensemble qne l'on peut considérer connue le résumé des deux formes que les Chants jwpulaii'es affectaient alors; c'étaient tantôt des Chants latins ne lappeiant guère la belle latinité du règne d'Auguste, tantôt des Chanis français ne laissant pas prévoir toutes les richesses que notre langue devait acquérir. Jusqu'au douzième siècle, on avait donc jiresquo toujours chanté en lalin. faule d un autre idiome qui se prêtât aux conditions du ihylhme et de la mesure; si le peuple chaulait dans son langage vulgaire qui n'était pas fixé et qui n'avait jamais été écrit, ses Chanis élaient sans écho et sans durée: mais, à partir du douzième siècle, une langue nouvelle se forme et succède bientôt aux vagues et barbares làtonnemenis de la langue banque : celle langue rom«He des trouvères et des troubadours, (jui va rivaliser avec la langue latine, est merveillcusemenl propre à la poésie ; ce sonl. en effet, des Chanis populaires qui signalent les premiers bégayemcnls de celle langue, divisée bienlôt en deux idiomes dislinc;s. celui d'oc ou du Midi, et celui d'oil ou du Nord. Nous n'attacherons pas cependant la dénomination de C/ianl populaire à toutes les pièces de Aers qui se chanlaienl parmi le peuple cl qui obtenaient ainsi une véritable po|tularilé.
Le Chaul populaire, selon nous, loin d'être l'œuvre de tel ou tel j)oëte dont on puisse ( iler le nom il faul cependant lenir compte de quelques rares exceptions' esl oïdinairemenl l'œuvre dauteuis inconnus cpii Idnl faile, presque sans s'en douter, ou bien aussi l'œuvre collective et même successive des générations, qui, l'une l'autre apportant son vers on sa strophe, ont fini par enfanter ces chansons, ces légendes cl ces ballades, donl personne ne saurait reveudi(|uer sa part, tant chacun la fondue dans la p.iil d'autiui . connue |>our en faire le rcllel aiionvme de res[trit public à telle (-poipie ou en telle circonslance. Voilii ce qui (onstilue vi'rilablemenl le Chant populaire, produclion luimilivc et nalionale. où se lellèlent coulumes. nueurs, passions, langages et cioyanccs des peuples qui l oui créée, et où le manque d'art offre lui uïème quelquefois des iharmcs que toutes les combinaisons du génie litléraiie ne parviendraient pas à égaler.
Ainsi, laissons les Irouvères ou jouiilcuj'S promener de château en châleau el de ville et ville leurs toniatta et ixisloiirrl /('!<: la r/iaiiu))i de Gesie , récit trcs-po|inlaire des légendes hercmpies de guerre cl danmur, nesl point non plus de noire ressorl, a\ec ses (|uaranle ou soixanle mille vers chaulés parlielicmeiil par ces rapsodes errants (jni s'acconqiagnaii'iil <lr la vielle el du liilli: il ikhis iniil pliilôl de icciieillir siii' nuire roule (|uel(pies lrotd)adours avec leurs cdiisoii^ a:i;()iireuses (pii ('laieiil. a \ rai dire, les Cliauls pojiulaires de la Provence; mais le mieux sera de passer tout de suile à l'esiii ce de (-hanis ipie nous avons di (inis plus haiil. Nous n'avons pas d'ailleurs ii faire i( i linvenlaire chronol(>gii|ue des (diauls (pii peuvent être considère s connue l'expression la plus (idJ'le d«! la po»'sie populaire ii lonles les ('poques el dans loules les pi'ovinces de France.
Il faut smlout être sobre de < iialions dans un |)nreil sujet : nous ne (rans«rin>ns donc guère <|ue des fragmenis de pii-ces. les |ilus proi)res ii hieu caraclériser chacun des genres que nous l'-Uidierous. Voici n<'aini:o:us la gracieuse chanson de la Kn'iir (V.irril (la
Rénino ivhlloHSP) en dialecte poitevin, que nous choisissons, entre cent autres ilune physionomie historique plus tranchée, et qui mérite d'être citée tout entière comme un chef-d'œuvre du genre :
Al entradc dcl lens clar,
Eya!
Pir joie recomençar,
Eya!
El pirjalous irrilar,
Eja!
Vol la Régine inostrar K'ele est si amorouse.
Alavi, alaTi, jalons, Lassaz nos, lassaz nos Ballar entre nos, entre nos !
El a fait par tout mandar Non sie, jus(|u'à la inar, Pucele ni bachelar Que tuit ne Tcngnent d inçar En la dauce joiouse.
Alavi, elc.
Le reis i vent d'autre part, Pir la dance deslorbar, Que il est en crcnietar Que on li vuelle amlilar La Régine Avrillouse.
Alavi, etc.
Mais pour neient li vol lar, K'ele n'a soig de viellar ; Mais d'un légeir bacliclar, Ki ben sache sola(;ar La donue savorouse.
Alavi, etc.
Qi dont la véist dançar Et son gent cors dcporlar, Ben puis! dire de verlar K'el mont non sie sa par, La Régine joiouse.
Alavi, elc.
A l'entrée du temps clair,
Eya!
Pour recommencer la joie ,
Eya!
Et pour irriter les jaloux,
Eya!
La Reine veut montrer Qu'elle est bien amoureuse.
Allez, allez, jalons, Laissez-nous, laissez-nous Danser entre nous, entre nous!
Elle a fait partout mander (Qu'il) n'y ail, jusqu'à la mer.
PuccUe ni bachelier Qui tilt ne viennent danser En la danse joyeuse.
Allez, etc.
Le roi y vient d'autre pari.
Pour troubler la danse.
Car il est dans la crainte Qu'on (ne) lui veuille enlever La Reine d'Avril.
Allez, elc.
Mais pour rien (elle ne) veut le fai Car elle n'a souci de vieillard ; Mais d'un gentil bachelier.
Qui sache bien divertir La dame savoureuse.
Allez, etc.
Qui donc la vit danser Et son gcnt corps balancer.
Peut bien d'ire, en vérité, Qu'au monde n'a sa pareille, La Reine joyeuse.
Allez, etc.
La date de cette chanson , M. Le Roux de Lincy la fixe d'une manière irrécusable à la fm du douzième siècle : « Dans une des chansons écrites à la même époque, dit-il, et sans doute parle même auteur, qui se trouve quelques feuillets plus loin, dans le même
manuscrit, au dernier couplet, le poêle, faisant l'éloge des trois sœurs qui sont au château de Montauri, dit qu'il préfère une demoiselle avenante de Castille h deux chameaux chargés d'or et à tout l'empire d'Ennnanuel. Des deux empereurs d'Orient qui ont porté ce nom, un seul peut être celui que l'on désigne ici : Enunanuel Comnène, qui commença h régner en 1143 et mourut en 1 180. Or, quand notre chanson fui faite , ou cet empereur vivait encore, ou il était mort depuis peu d'années, et son souvenir était dans la mémoire des poêles. De plus, la chanson précédente sur la mort du roi Richard se trouve et dans le même manuscrit et sur le même feuillet.- Elle est écrite dans le même dialecte et peut-être par le même auteur. Or, connue Richard mourut en 1199, il en résulte que ces chansons furent composées dans les vingt dernières années du douzième siècle, j Assurément, c'est tirer bon parti de son sujet, que d'amener une simple ronde de paysans poitevins, d'ailleurs poétique et gracieuse, h l'étal de document, de Chant populaire historicpie. Et si, avec cette pièce, dénuée en apparence de toute indication précise, on a obtenu un paieil résultat, nous laissons à juger ceux que l'on pourrait tirer d'une foule d'anciens Chants [)lus significatifs, enq)rein(s de la couleur du temps et tout retentissant encore des faits de l'histoire.
La France est riche en poésies de ce genre ; et si les autres nations ont rassemblé plus tôt qu'elle leurs recueils de Chants historiques et populaires, ce n'est certes pas que les éléments de semblables recueils nous aient manqué. Les croisades ont inspiré des chansons ou des lais aux trouvères du Nord connue aux troubadours du ^lidi ; toutes les cmoiions du treizième siècle ont eu aussi leurs chansons, el, depuis les Flagellans de 1349 jusqu'aux Ligueurs de 1590, tous les partis se sont fait des Chants de propagande et de ralliement. Chants h eux, œuvres caractéristiques et collectives, venant de tous plutôt que d'un seul, et répondant parfaitement à la définition que nous avons doniK'e du vrai Chant populaire.
L'inq)ortance de ce Chant ne se mesurait pas toujours à celle de révénemont (pii l'avait fait naîlre; ainsi, que les hauts barons de France se révoltent pendant la minorité de saint Louis , que les Anglais occupent le territoire de Normandie . que Duguesclin ou les ducs de Bourgogne viennent h mourir, les chansons, les vaux-de-vire, les ballades i»rennent aussitôt naissance; mais que des rivalités individuelles s'élèvent , qu'un touiiioi ou une fêle se donne, qu'un besoin de niordie ou de piquer se fasse sentir, (pi'un ('clair de gaieté passe dans le cœur du pode, les ballades, les vaux-de-vire, les chansous reprcmienl une nouvelle volée, et la poésie populaire trouvera des couplets el des refrains, aussi bien pour célébrer les grandes choses de la patrie, que les plus petites circonstances pailiculières de la vie des canleors eux-mêmes. C'est sans doute à l'aide de ces individualités qu'il nous est [lormis d'étudier plus profondément les détails des moMirscl coulunicsdu temps passé. Que si 1 un r('uiar(ine bcaïuonp de variétc' dans le clioix des sujcis de ces Chants, on n'a pas h constater chez leurs auteurs moins de variété d'opinions. Le pour cl le (dutre se coudoient dans leins vers; l'un fait l'apologie de l'i-vénement (juil chaule , l'autre le blâme; l'un en rit, laulre en pleure ; tel va plaisanter sur la moi ( de
Li: MOYKN AGE Cliailcs 1\. U'I se laiiienlcra sur la incnie mort; lorsque Jacques Clémenl assîissine Iltiiii 111. vous enlendrez, d'un cùlc, un chant de triomphe :
0 le salnct religieux,
Dû Sorbonne sa naissance,
Jacques Clément bienlieurcux.
Des Jarol)ins rexcellcnce.
Qui, par sa l)énéToleuce,
Guidé parle sainci Esprit,
A mérité asseurance
L'on haut au ciel où il vist...
Cl, d 1111 aiilre cû;é, vous enlendrez un chant de nialédidion :
Il fut lue par ua mescli.int niulin, Jacques Clénicnl, qui estoil jacobin.
Jacques Clémenl, si lu eslois à nai trc. Las! nous aurions nostre roy, nosire niaislre ; Tu l'as occis avccqucs un Cousteau, Tu as faicl pis que fil oncqucs bourreau.
Pour faire diversion à ces souvenirs de meurtre, jetons les yeux sur le chant sal\ liquc (|ui fut décoché à François 1". prisonnier à la bataille de Pavie.
Hclas! La Palice est mori, 11 est mort devant Pavie.
Hélas! s'il n'estoil pas mort.
Il serait encore en vie !
Quant le my partit de Fraiii c, A la maie beure il partit; Il en partit le dimancbe, Etlclundy il fut pris...
Le premier couplet nous remet sur une voie bien connue : il nous fait tomber en plein dans cet autre Chant [lopulaire connu sous le nom de Chanson de M. de la Palisse. que le savant Bernard de la Monnoye, deux siècles plus lard, s'amusa ;t niaisifier, tout en le trempant dans le sel bourguignon. jSous sonunes infailliblement à la source oii le malin auteur des Nuëls. le pseudo-Barozay a dû puiser.
Avant d'en finir avec les Chants bisloriques, parmi lesquels on peut mentionner, comme les plus curieux, le canliipie latin des Croisés parlant {)Our la Terre Sainîf. la bizarre chanson de Jacqucmin, la Guerre, sur la bataille de Marignan, la clianson intitulée : Le Ciel, sur les dames de la cour de François l", etc. ; avant, disons-uous, de laisser de côté celte première catégorie que nous avons à peine effleurée ici, et pour donner le texte d'un rapprochement encore plus piquant à faire, nous inditjuerons le Conmi du dur de (hase, dit Komance populaire, qui. malgré sa date de liiCG. a grand» nient l'air dètre. pour notre Malbi ouyh, postérieur d'im siècle et demi, ce que la chanson sur la
bataille de Pavie fut pour noire La Palisse. Eu effet, il y a, dans le Convoi du duc de Guise, des couplets entiers qui ont reparu daus le convoi de Malbrougli, entre autres celui qui termine le récit dune manière Irës-morale :
L.i cérémiiilic Hiilc, ('liacun s'alla roiidior; Les uns avec leurs feuinies, El les aulres tout seuls.
Le duc de Guise el Malbrougli, comme ils ont entre eux un air de famille! Faut-il pour cela crier au plagiaire? Le Chant [jopulairc, par le fait même qu'il est l'œuvre de tout le monde, appartient à tout le monde; et si, une fois, le génie inventif des masses s'est trouvé à court, ou a jug('' à propos de se reposer, il a bien pu se servir plus tard des chansons quil avait composc'cs plus lot. au risque de se répéter, sans qu'on ail le droit de lui reprocher les emprunts qu'il se faisait à lui-même. L'analogie des circonstances amène d'ailleurs naturellement l'analogie des idées el des expressions.
Ce ne sont pas là les deux seuls exemples de lessemblance, sinon de parfaite similitude qu'on remaïque dans des Chants populaires bien différents d'origine et dépoijue: mais nous trouverons un pins grand noiui)re d'exemples identi(pu's dans les Chants leliyicux, qui vont maintenant nous occuper.
Le Chant religieux n'a guère plus besoin d'être défini que le Chant historique et le Chant domestique, que leur nom seul désigne assez clairement. Le Chant populaire religieux, toutefois, ne s'est pas développé dans une sphère de variété aussi étendue que le Chant historique et le Chant domesii(]ue; mais, tout restreint qu'il fut, de sa nature, aux croyances et aux céiémonies de 1 Eglise, il n a pas eu moins de vogue ni moins d'éclat (jue les Chanls des deux autres catégories; on pourrait peut-être avancer (|ue, à un certain point de vue, c'est celui des Irois genres qui a été le plus fécond en œuvres vraiment populaires. Nous ne demanderons pas s'il faut atlribuer cette féconditt' à l'alhne siinjulièremetU pieuse affectée par ce Chant, du moins ii sa naissance; nous «raiudrious trop (l'avoir l'air de faire une é[iigraninie contre la dévotion de nos bons ancêtics; mais, en pri'seiice des cilations (pie nous choisiions. le lecleur restera juge de la (pieslion, <]u il pouira ic'soudre a[)rt'S, tout aussi bien (pie nous.
Si un Ciianl pojtnlaire |ieul être avec laison qualifié du nom solennel de Chant religieux, c'est, sans contredit, celui que les chrétiens font enlciidiv en ( Ikiui' dcxaiil l'autel où le prêtre célèbre le sacrifice de la messe. Eh bien! il y a un am i( ii ((tiwilr qui dvlénd, sui'toiil aux fcnunes, de chanter des rliaitsoiis o/isrèiirs dans les e|.;iises; oui. des cliansons obsci'iies! el c'est de ce concile que nous sonuues (iblig(''s de partir pour trouver le Chant leligieux et le suivre dans ses phases! Quelle conversion ce Chant ne doit-il pas l'aiic pour arriver ;'i jusiilicr son titre! Aussi, ne sera-t il jamais revêtu d une envelop[)C bien ('diliante, el n.'sleia-l-il . à ipiehpies exce[tli(Uis pri'S. toujours un peu grivois el goguenaid, comme une contiadictif)n bizaire au uiiliru de (ciic ('poipic oii
larl, en général, avait la foi. Que ce ne soit pourtant pas la condamnation du Cliaut religieux , que sa naïveté absoudrait au besoin? Hâtons-nous donc d'étendre un voile, s'il le faut, sur l'origine peu canonique de ce Chant, et, montrons-le, échappé à peine aux foudres d'un concile, passant par la Prose de l'âne, et devenant le Noël, le Noël populaire, le Chant religieux par excellence, qui a pris tous les tons, tous les cai'actëres et toutes les formes.
Après l'abolition de la fête des Diacres et de toutes ces joyeuses saturnales de nos candides aïeux, qui n'avaient pas toujours d'autre prétention que celle d'y voir des fêtes religieuses, on chercha sans doute à les remplacer d'une façon plus décente, et l'on prit goût alors h ces scènes pastorales, à ces dialogues populaires, par lesquels on célébrait ranniversaire de la bienheureuse naissance du Christ. Ce fut encore une espèce de drame muet, dont les personnages étaient animés dabord des intentions les plus pieuses, mais qui, comme le reste, dégénéra plus tard en cérémonie burlesque et l)ouffonne. On se rendait en foule dans les églises; une femme, souvent la plus jolie, mais non toujours la plus digne , remplissait le rôle de la sainte Vierge ; un jeune homme, celui de saint Joseph; trois vieillards, ceux des trois rois mages, et un pelit enfant complétait la représentation en remplissant innocemment le rôle de l'enfant Jésus. Cette mise en scène une fois terminée, quelquefois avec les costumes et les accessoires nécessaires, le peuple se mettait en marche processionnellement autour de l'église, à la suite des acteurs de la Nativité, et il venait se prosterner aux pieds du divin nouveau-né, en lui apportant des prières et des olfrandes, le tout accompagné du chant des Noëls en langue vulgaire.
Un couplet de Noël, que nous a légué le Moyen Age, mais dont nous aurions quelque motif de croire la forme un peu rajeunie, nous montre la Joie des Bêles à la nouvelle de lu naissance du Saint Enfant. Nous laissons à penser ce que devaient faire les hommes, puisque les bêtes étaient si joyeuses! Ce singulier Noël demandait, de la part de celui qui l'exécutait, une grande étude d'harmonie imitative, car il devait parodier successivement le chant clair du coq, le mugissement sourd du bœuf, le cri tremblotant de la chèvre, le braiment strident de l'àne et le beuglement rauque du veau :
Comme les Bestes autrefois Parloient mieux latin que fraiiçois, Le Coq, de loin voyant le faici, S'écria : CHUISTLS XATUS EST; Le Bœuf, d'un air tout ébaubi, Demande : UBI, UBI, UBl?
La Cbrvrc, se tordant le groin, Bcspond que c'est à BETHLÉEM ; Maiilre Baudet, curiosus De l'aller voir, dit : EAMUS; Et, droit sur ses patles, le Veau Beugle deux fois : VOLO, VOLO.
ET LA Pli: NAISSANCE.
On peul voir encore, dans ce curieux couplet qui date du douzi( uie siècle et cjui a été malheureusement renouvelé au seizième, ce que nous avons déjà l'ait remarquer à propos de la chanson des disciples d'Ahélard, c'est-ii-direle mélange, dans le langage, de l'élément ancien et du nouveau, du latin et du français.
Le Noël, cependant , n'était pas toujours malin et goguenard comme un vau-de-vire. In cei-tain nombre de ces chansons religieuses, au contraire, se distinguait par une touchante naïveté; plusieurs même pouvaient passer pour de vérilahles cantiques. Ainsi, dans un Noël très-long, du temps de la Ligue, on trouve ces trois couplets :
ISuus le requérons '\ m:iiiis jniiiles \ ouloirouïr nos grièves plaintos,
Nous, pauvres |iastorc.'ui\ :
De loulcs parts on nous saccage, On nous ilétruit, on nous ravage,
El brcl)is el agneaux.
Le soldai, tous les jours, sans cesse, En nos ca'elles nous oppresse, Pille el emporte toul :
11 nous compose, il nous ran(;onne; A son dépari, souvent nous donne Encore un mécliant coup.
Que si bientôt tu n'y prends garde.
Nous mettant sous ta sauve-garde,
Hélas! c'est fait de nous.
Otc-nous donc de ces misères; Fais cesser nos civiles guerres...
Te prions à genoux!
Assurément, il y a l;i dedans de la ferveur et de la foi, avec une forme presque |)0(''litjue, sous un rhythme digne des odes de Ronsard.
Le caractère de piété sim[)le et grave se retrouve surtout dans les Chants populaires de la Bretagne, où l'on ne rencontre presque jamais cette teinte ironique qui règne souvciil dans les Nocis des autres provinces, lue des plus gracieuses conq)Ositions bretonnes, •pioiqiie ce ne soit pas précisémenl un Noè-I . est intitulée : Ar lUinulaz [le Pdradis). (l'iivre charmante et mystique, altribuéi'gt'néralement à un missionnaire du dix-se|ilième sii'cle. mais (lue M. de la Villemaripié, le premier éditeur des Chants bretons, regai'de conune bien antérieure à cette épotjue. V,e chant est écrit dans le dialecte de Tréguier. Lu voici (piehiues strophes avec la Iraduclion littérale de M. de la Villemanpié :
Jezus ! peger hraz vo l'Iijadur anu eneo, F'a vi[it dirak Donc, llag eiin lie garante !
Uerr gavanii anu anizcr, Hag ar poaniou dister, 0 sonjal de ha noz E gloar ar Ihiradoz...
l'a ziUann cnn envo, llag enireze ^a liro, Nijal di a garenn, Evcl eur goiilriitl, v^eun.
Jésus ! comliicn sera grand Le bonheur des âmes, Quand elles seront de\anl l>ieu , Et dans son amour!
Je trouve le temps rouri, Et légères les peines.
En songeant nuit et joui A la gloire du paradis.
Quand je regarde
Le ciel ma patrie,
Je voudrois y \oler
Comme une petite culunilie hlamlie
Belles-Letircà.
CHAI^TS POPULAIRES, KOELS , ETC., Kol V
Kcrkent a ma \cici Torret va cliadeniio, M'en cm zavo cnii cr Evel puiiii aie' lioueder.
Tremcn a riiiii al l<Mr lîvit monet d'ar c'Iiloai Dreisl ann lieol, ar sici'cil.
Me a Ï07.0 doiigel...
Pcrc'licr ar Laradoz Digor OUI va gorto)!, Ar zcnt, ar zentczed, Tost d'am digemerel ..
Me a welo .lezus, Etm eur c'iiiz dudiuz 0 lakat war va fcmi Ar gaera kurunen...
Aussilot que mes Chaînes seront brisées.
Je m'élèverai dans les airs Comme une alouellc.
Je passerai la lune Pour aller à la gloire, Je foulerai aux pieds Le soleil et les éloiles...
Je verrai les portes du puradis Ouverles pour m'attendre, Et les sainis et les saintes Prêts à me recevoir...
Je verrai Jésus, D'un air plein de bonté, Placer sur mon front Une belle couronne...
— Evel grizio roz-gwenn, (a lavaro .lezus)
Pc lili pe spern-gwcnn,
E kornig eul-liorz,
Ed'hoe'h e-kreiz va (on; — ...
Kaer a vezo gwelct .\r Werc liez bennigcl, Gand daouzek stereden A ra be c'burunen...
Gwelet a raimp ni c'boaz Leun a c'bloar, leun a c'Iii'az^ lion lado, lior mamuio ; llor lireudeur, tud lior bro ..
Ann lioU eledigo
War Iro eskelign
Ker mignon, ker ru benn,
.4 nijo dreist bor penii ;
A nijo dreist bor penn, Evel cunn licil gweuen, Enn eur parkad bleunio, Son lia r'bouez-vad gant lio,
Enruzded lieb lie far !
0 sonjal me ho kar; C'Iiui a ro d'in dizoan V. poanio ar bed-man !
— « Vous êtes en ma cour {dira Jésus), Comme des racines de rosiers blancs, De lys ou d'aubépines Dans un jardin !... »
Elle sera belle à voir, La Vierge bénie, Ayec les douze étoiles Qui forment sa couronne...
Nous verrons encore.
Pleins de gloire et de grâce,
Nos pères, nos mères.
Nos frères , les bomnies de noire pays...
Tous les petits anges, Portés sur leurs petites ailes, Si gentils et si roses.
Voltigeront au-dessus de nos tètes ;
Voltigeront au-dessus de nos Icle s, Comme un essaim mélodieux Et parfumé d'abeilles Dans un champ de fleurs.
Bonheur sans pareil!
Plus je pense à vous , plus Je vous désire !
Vous consolez mon cœur
Dans les peines de celte vie !
Toutes fos pensées , loules ces images ne sont-elles pas délicieuses, même dans un tiaduction littérale? El combien ne doivent-elles pas l'être davantage dans l'original,
revêtues de l'enveloppe lyrique, c'est-à-dire de la mesure . de la rime, et surtout de la musique , presque constamment inséparable du Chant populaire ! a Le cantique du Paradis, ajoute M. de la Villemarqué, dont lair est aussi suave et aussi charmant que les paroles, nous a été chanté, pour la première fois, par une mendiante assise au pied d'une croix, au bord d'un chemin. La pauvre femme avait peine h contenir son émotion, et pleurait en nous le chantant. Dieu nous donnait en elle un symbole touchant de la piété des Bretons. »
De tout temps, pour revenir aux Noé'ls proprement dits, les chrétiens ont dû célébrer par des Chants la nativité de Jésus et la venue du Messie sur la terre dans la bienheureuse nuit de Noël; mais les Chants en français ne remontent pas plus haut que l'an 1200, c'est-à-dire à l'origine de la langue. On peut même en citer un qui date du treizième siècle, et qui est encore en latin rimé.
Puor nobis nastitur, Rectorque angelorutn.
In hoc mundo patitur Dominus Dominorum.
In precepe ponitur Sub fœno .isiiiorum, Cognoicrunt Doniiiium Christuin rp"cm cifluruni
Ce cantique était psalmodié sur l'air d'une prose d'Église, à laquelle d'ailleurs il ressemble assez. Les Noëls faisaient alors partie intégrante de la liturgie et se chantaient dans les églises la nuit et le jour de Noël. Ils se popularisèrent en passant dans la langue vulgaire, mais en même temps ils perdirent de leur caractère solennel et ils lonibèrenl peu à peu dans le style profane. L'usage en devint si fréquent et si général, que, au seizième siècle, Clément Marol, le poète libertin el indévot, quoique endin aux doctrines de Calvin, céda lui-même à la force de lexemple, et lit deux Noëls, 1 un en ballade, l'autre en chanson. Dans ce dernier, le rhythme ofl're un rapport pi(iuant avec un de ceux employés plus lard par le docte el malicieux La Monnoye :
L'ne pasiourelle gentille El uiig bcrgier, en ung vcrgier, L'aullrc liier, en jouant à la bille , S'cntrcdisoienl, pour abrcgier :
(' Hogier,
Bcrgier,
Lcgicic
Bcrgiere, C'est trop à la bille jo'jo, CImntons Noë, Noë, Noul... »
(MitlOT.)
Le cure de l'Ieunieirc Dizo, lai flcùtc an main:
Clianlon, borgei, borgeire, J'airiin Noei demain :
Robcignc,
l.ubc'ignc,
Bereigiic,
Ligoi, Cliaiiton tô : Noei, Noei '
l.t Uon>oiK.]
Mais, du temps de Marot et de La Monnoye, les beaux jours du Noël religieux élaienl dt'jà loin. Tant que les cœurs furent remplis de croyance . les Noëls s'en tinrent à leur sainte mission. Le Messie seul renqilissait le c.inlitpie: rinlcnlion de laulciir t'-lail viainienl jticuse . et c'est à peine s'il t t.iisat lail un coiq^lfl liiial pour il( mander ii Dieu de
venir lU aide à ses humbles servileuis. Mais peu à peu riiomnie s'empara dun plus ■ land nombre de couplets, et en laissa moins pour le Rédempteur; la dévotion aux choses do la terre remplaça la dévotion aux choses du ciel, et alors les>'oëls, tout en conservant leur forme primitive, devinrent des requêtes pour les besoins de Ihoninie. (les allusions aux événements et aux personnages historiques; il y a même des Noéis politiques 1 Dans quelques uns, c'est tout à fait la chanson ; c'est de l'actualité, de la satire, de la qaieté, de l'entrain, dans une enveloppe benoite et sacrée. Mais il y a encore un point de vue plus piquant, sous lequel ces chants peuvent être examinés. L'anachronisme est chose reçue dans lesNocIs. La crèche du Sauveur du monde devient un point cential où aflluenl indistinctement tousles siècles, toutes les générations anciennes ou modernes d'Adam. Ce sont principalement des bergers qu'on y voit figurer; et, pour payer leur iiibut au goût des contrastes, les auteurs ne manquent jamais d'y amener les trois mages, (jui. par ce seul fait, se trouvent contemporains des personnages de tous les temps qu'on veut bien leur accoler. Pour ne nous occuper que du côté burlesque de la chose, nous avons, par parenthèse, devant les yeux un de ces Noèls qui fut fait pour le sacre de fouis \IV. qu'on a si bien amalgamé avec Jésus, Marie, Joseph et les personnages de l'antiquité et du Moyen Age, qu'il serait difficile de voir de quel côté est f anachronisme, c"est-à dire si c'est le Fils de la Vierge qui vient rendre visite au roi, ou si c'est le roi qui va se promener en Judée.
Dans un autre Noël plus ancien, tous les habitants de la ville et des fauboui-gs se rendent on masse auprès de l'Enfant divin. Voici un couplet de ce Noél bourgeois :
Mcssire Jean Guillot, Se sont jiriiis ;i danser, Curé (le Saint-Denis, Sauter.
Apporta plein un pat L't. re, mi, fa, sol, la, Du \in de suii logis. La, la!
IVeslres el escnlliers, A gorge desployée. Toule icelle nuiclée,
(Ju peut juger de la dévotion qui conduisait ces joyeux pèlerins au berceau de Jésus- Christ, sur le mode d'une ganune chromatique. L'adulation vint aussi bientôt se mêler à la mise en œuvre de ces pièces exclusivement profanes. Les bergers ne se rendirent plus à retable de Bethléem, (pie pour y psalmodier l'apologie, le panégyrique, la flatterie ; ce fut, la pliqiart du temps, le style mendiant des plus lunnl»lcs (''j)îlros dédicatoires. On vit de tous ( ôiés siu'gir dos : Aoëls de roy, Aoè'ls de lu rayne, IS'oëls des princes, Moëls des ambassadeurs, Noé'ls des bourgeois, etc. ; c'était à en rendre confus l'âne el le bœuf de l'étable. Nous avons cru remarquer que ces Noëls apologétiques étaient, d'ordinaire, les plus mauvais et les plus pauvres. Ils n'avaient d'intérêt sans doute que pour les gens qu'on y louait on dépit do tout.
Le Noël propromont dit, qui varie de foinie autant que de style, ne se restreint pas loujouis il un chant de courte haleine, à un récit du mystère de l'Incarnation, il un voyage à Bethléem; il agrandit paifois son cadre: il semble affecter même les
KT LA RENAISSANCE
allures d'une petite épopée. Nous avons entre les mains un des modèles du genre. 11 lia pas moins de quaranle el un couplets, (pii alternent régulièrement de demande à réponse :
— Or, nous dictes, Mario, Quel fui le messager Qui porta la nouvelle Pour le monde sauver?
— Ce l'ut Galiriel l'ange Que, sans dilalion, Dieu envoja sur terre Par grand' compassion.
Et, à chaque demande, revient le premier vers : Or, nous dictes , Marie? Ce Noël, (jui commence ainsi à l'Annonciation, se continue pendant toute la vie du Christ, el se termine avec elle. 11 y a des détails dune louchante sim[ilicilé. Quant :i la forme, elle laisse singulièrement à désirer; la rime n'y paraît même pas toujours à It^tal d'assonance.
Le Noël peut encore servir ;i donner des docun.ents précieux sur les mœurs . les productions, les ustensiles, les personnages de cerlaines provinces. La Bresse en a conservé de précieux en ce genre. Voici quehpies couplets d'un Noël de llle-tle-Fraiice, qui donneiont une idée de rintérèt que présenlenl souvent , en fait de couleur locale, les Noi'ls [»i oviiiciaux :
Ceux de Cliàlre et de Montldéry, Celle journée ici.
Firent grand' l'cte Quand Jésu<-Clirist naquit ;
De sa conquête Chacun s'en réjouit...
Chacun a pris sou chalunieaii Et laissé son troupeau :
Dans nos c.impagiic^ Le rossignol clianti>it ;
A nos chansons Cet oiseau répoiuloit ..
Les plus dévots de Saiuttierniairi Parlirenl du matin, Mourant d'envie D'adorer rEiifauçon,
Et voir Marie, La mère ilu garçon.
Les habitants de Saiiil-Von .\ voient de gros poissons.
Soles et carpes,
Des vives cl h.irbillons,
Asperges et cardes,
l'oui' Joseph le grisou.
Le hou mcssire Jean Guyol Nous V fit chanter Nau [Suel] ;
Celte nuitée.
L'un vuida son lonmau,
El la vinée Nous mauquoil moins que l'eau.
Cnrdet apporta des chapons Poules grasses el dindons ;
Qnoiipi'il fût d'âge, Il faisoit des bouillons.
Va du potage .Mleiiv ([lie tous nos garçons.
Prions Marie et son cher l'iU Qu'un jour, en paradis.
Il veuille uu'Itrc Tous ceux qui soni ici.
Ce divin maître, l'i'ui' jamais avec lui '.
Le curé Jean Guyol ou Cuillol) que nous avons tlt'jà vu figurer dans un autre No<l. • 'lail né'ccssairciiM'iil un |ii'rsi>nii,ige li-rs-comiii au (|iiiir/.i('Uir ou seizième siècle. lei ikuis
LK MOYEN AGE
sommes à Cliarlres (selon quelques anliquaires, ce serait Chaires en Champagne), à Montlhérj ; dans le Noël, rapporté précédemment, nous étions à Troyes. La popularité du bon messire Jean Guyol était étendue de Tlle-de-France h la Champagne, et avec son tonneau et sa vinée, il présidait sans doute aux veillées bachiques de la Noël. Cette dernière citation nous permet de couper court aux Noëls : il faudrait, pour ces Chants, la plupart insignifiants et grossiers, des commentaires semblaljles à celui du docteur Mallianasius sur le Chef-d'œuvre d'un inconnu ! Nous ne dirons rien de plus des Chants populaires religieux; nous devons toutefois en recommander quelques-uns, tels que les cantiques que répétaient les Flagellants dans leurs processions, et mentionner aussi d'une façon particulière ces épopées iriviales et naïvement touchantes, qui, sous le nom de complaintes , nous font entendre les aventures, longuement psalmodiées, d'un habitant quelconque du paradis, ces complaintes de sainte Geneviève de Bradant, de saint Antoine, de saint Rorli, etc., que chacun sait par cœur dès l'enfance, que la tradition orale perpétue sans cesse, et que nos descendants retiendront mieux peut-être que telle œuvre où la poésie a déployé toutes ses merveilles : tant est puissante et durable la popularité qui s'attache aux senlimenls et aux croyances du peuple.
.\près les Chants religieux, nous arrivons naturellement aux Chants domestiques, h ces simples productions de la famille , tleurs écloses à la douce chaleur du foyei', et parmi lesquelles on rencontre de véritables petits chefs d'œuvre. Cette espèce de Chant pourrait se subdiviser à elle seule en plusieurs catégories distinctes; mais le lecteur les tracera lui-même à laide des citations que nous allons mettre sous ses yeux.
Le Chant domestique est certainement celui qui offre le plus de variété, et celui dont le bagage est le plus nombreux, lesNoëls exceptés. C'est aussi celui oîi l'on rencontre le plus de motifs gracieux et tendres, celui qui fait le mieux résonner la corde sinq)le. naïve et sensible. Il réunit tous les tons cependant ; on y va de l'épigramme au madrigal et de l'élégie à l'épithalame; toutes les humeurs s'y reflètent : c'est, en un mol, une véritable encyclopédie intime. L'amour en a inspiré la plus grande part ; les joies et les douleurs de la famille y ont la leur; les industries diverses y ont consigné leurs peines et leurs plaisirs, et c'est en cela que le Chant domestique français est encore celui où Ion trouve le plus d'analogie avec le même Chant chez les autres peuples , car la tristesse, le bonheur, l'amour, les senlimenls et les passions se ressemblent partoul, à quelques détails près, tandis que les usages religieux et les faits hislori(jues diffèrent dune nation à l'autre et ne peuvent, par conséquent, avoir les mêmes points de ressemblance ou de ra[)prochemcnt. La céiémonie des noces, par exemple, a donné naissance à bien des Chants domestiques. En Bretagne, ce sont de curieux et poétiques dialogues échangés, dans cette circonstance, entre deux personnages qui représentent le marié et la mariée. La Bouigogne en a aussi plusieuis du même genre. Voici un de ces chants peu connu, recueilli dans les traditions du Morvand. Laissonsparler M. Duvivier : «Puis, on entonne la chanson des Jolêes , mol par lequel on désigne les cérémonies de la nuit qui précède le jour de noce. Celte dianson est [lar demandes et par réponses. Après chaque coujilet.
la muselle joue un air, absolumenl comme, dans nos calhédi-ales, l'orgue, après chaque verset d'un psaume :
UN DES grands garçons , pocn l'epousfui-.
Ouvrez-moi la porte,
La belle , si vous m'aimez ?
UNE DES grandes filles, poun la jeune à marier.
Je n'ouvre point ma porte , A l'heure de minuit :
Passez par la fenêtre La plus proclie de mon lit.