I.i vilains (lisl en s(mi respil
Que tflc chose a l'en en despit,
Q)iii miilt vall mielt ipic l'on ne cuide,
A la iin tlu treizième siècle, Tauteur du roman de Bauduin de Sebourc. qui se donnait pour le continuateur d'une des plus célèbres chansons de geste du Moyen Age, celle de la prise d'Anlioche et de Jérusalem, terminait par un proverbe chacune des strophes de son poëmc [U romans de Bauduin de Sebourc. lit Roy de Jérusalem, poème du qnalorzième siècle, etc. Valenciennes , 1841, 2 vol. in-8).
L'usage de commencer ou de Unir une œuvre poétique par un Proverbe était général au Moyen Age. Les trouvères ont adopté cette forme dans leurs contes et leurs fabliaux : les auteurs du roman du Renard et du roman de la Rose, ainsi que Marie de France, dans ses lais comme dans ses fables, leur en avaient donné l'exemple.
Les chroniqueurs ont employé aussi les Proverbes. Parmi ceux du treizième et du quatorzième siècle, il en est deux principalement qui ont multiplié ce genre de citations. Le plus ancien est l'auteur anonyme d'une chronique en prose, qu'on a surnonnnée Chronique de Rains. parce qu'il y est souvent question de l'histoire de cette ville. Ecrivain populaire, si jamais il en fut. l'auleuide cette clnonique a recueilli quelquesuns des faits les plus curieux , les plus dramatiques, sinon les plus certains, des règnes de Philippe-Auguste et de saint Louis. C'est principalement pour tenniner le rc'cit d'un fait iuqiorlaut , que le chroniqueur emploie ces dictons populaires, qui donnent h son style une physionomie toute particulière. Ainsi, après avoir raconté la lin tragicpie de Henri L"", roi (I Angleterie. il ajoute (|ue ses serviteurs voulurent faire croire (pie leui' niaîtic (lait IU01I subitemeni : il n'en fut pas ainsi, ajoulc le ( liidni(iii('ui'. v.w celé çon ijiw nuiisnie scail n est smiiriil niic [ou ne peut cacher ce que toute une maison connaît). De mcnic en parlant du roi (IKspagne. qui avait linqirudcnce de s alla(|uer;i l{i( liard Cceur-de-Lion . il rappelle ce Proverbe que les auteurs du Moyen Age aimaient beaucoup : Tant (jratcchievre. que mal (/isl. Kniin. comme les jon^'leurs el les romanciers, il cite plusieurs fois les l'roverhcs au rilai)i . (piand il
t.' i'ilftin, ir.ij»r<'f une miiiMliirc A^ la Dani' KaPahr^t 'Mi. TStfl M \a H'M. n4l. lie PiriO.
PRGVERBF,S. Fol. VII.
laconlo quo Philippc-Auguslo, qui chevauchait, n'ayant avec lui que sa maison, nétail pas sur ses gardes, parce qu'il croyait le roi Richard en Angleterre, le chroniqueur ajoute : « Mais le vilain dit en son Proverhe : qu'en un mui de quidance n'apus plainpol de sapicncc. » [La Chronique de Rains, publiée sur le manuscrit unique de la Bibliothèque du Roi. par Lotris Paius. Paris, 1837. in-8.)
Le second chroni(]ueur est moins ancien; il se nommait Godefroy de Paris; il a composé en vers français une histoire qui comprend la meilleure partie des lègnes de Philippe le Bel et de ses fils. {Chronique métrique, publ. par Buchon. Par., 1827, in-8.) Il possède au plus haut haut degré l'esprit moqueur et léger des enfants de la bonne Aille, et se montre toujours disposé à saisir le côté ridicide des événements les plus sérieux. Sous l'année 1301 . parle-t-il du comte de Nevers et de ses menées secrètes pour enlever des alliés au roi de France, il ajoute que Philippe le Bel en fut bientôt instruit, car. dit-il.
Mal se queuvre à qui le cul paroit,
Plus loiu. parlant delà défaite des Flamands h Courlray et de leur espoir déçu, il ajoute :
Car tel cuitle l'autrui avoir,
Qui perd son corps et son avoir.
Du quatorzième au quinzième siècle, c'est surtout dans les poésies populaires que les Proverbes sont employés. Continuateurs des trouvères, les poètes de cette époque aimaient à mêler ces vieux adages h leurs compositions. Vers 1381, une complainte en vingt-deux couplets fut composée contre Hugues Aubriol, prévôt de Paris, par les écoliers qui se vengeaient ainsi de ses sévérités à leur égard. Un des Provcrl)es ruraux el ruiyaux termine chaque strophe. En 1449, .\lain Chariier écrivit dans le même genre une ballade contre les Anglais, au sujet de la prise de Fougères; quelques années au- [•aravant, une pièce semblable avait été faite lors du siège de Pontoise. Au commencement du quinzième siècle, une fennne illustre par les nombreuses compositions en prose et en vers qu'elle nous a laissées, Christine de Pisan, lit grand usage des Proverbes; mais, fidèle au caractère sérieux et pédanlesque qui domine tous ses écrits, ce sont plutôt les sentences des anciens philosophes qu'elle aime à reproduire, que les Proverbes communs, répétés par le peuple. Elle est auteur d'un ouvrage en quatrains, aufpiel elle a donné le titre de Proverbes moraux; elle l'a composé exprès poui' I éducation de son iils. Plusieurs poètes du quinzième siècle, célèbres dans nos annales littéraires, ont aiuié à faire usage des Proverbes dans leurs rimes. Je citerai seulement Pierre Blanchet , auteur du Patlielin, Charles d'Orléans, Pierre Gringore et Villon.
Qui Ma lu ou vu i-eprésenter cette comédie éminemment française de Palhelin. l'avocat nécessiteux et fripon, qui, après avoir trouvé moyen de voler une pièce de drap au marchand riuillaume. parvient, à force de roueries, à mettre le juge de son côté, et finit jiar être lui-mènu! la diq)e d'un berger qu'il avait stylé ;i mentir? Cette excellente comédie , écrite au plus tard dans les premières années du quinzième siècle, abonde
en Proverbes vulgaires, qui n'ont peut-être jamais leçu une meilleure application. Plusieurs mois qui s'y trouvent sont devenus Proverbes; par exemple : // en ren'eul toujours à ses moutons, allusion au berger (pii . à propos du diap volé, revient toujours aux moutons morts de la clavelée. Enlin, le mot de palelinage est encore, dans notre langue, le synonyme de tromperie. (Voy. la Farce de maistre Pierre Patlielin, arec son Testament, à quatre personnages. Paris. Coustelier, 1762, petit in-8-, les éditions originales sont décrites dans le Manuel ilu Libraire, t. 111, p. 633.)
Charles d'Oiléans n'a pas dédaigné dans ses poésies l'emploi des Proverbes communs. Il choisit principalement ceux qu'il croit les i»lus vulgaires :
Jeu qui trop dure ne vaut rien....
Il convient que trop parler nuise, Ce dit-oo, et trop grater cuise...
Chose qui plail esta moitié vendue...
L'habit le moine ne fait pas.
Une des plus jolies ballades de ce poëte a pour refrain cet adage : Encore est rire la souris. Dans l'emploi qu'il a fait des Proverbes, il a su mettre le choix et le bon goi'it qui distinguent tous les vers qu'il nous a laissés.
Le même art ne se rencontre pas dans les ouvrages de Pierre Gringore, un des poètes les plus féconds du quinzième siècle. 11 aime beaucoup à citer des adages et des Proverbes de tout genre ; souvent il abuse de ce genre de citations. Non .seulenienl Gringore en a composé un recueil assez complet, disposé en quatrains, mais il lésa multipliés dans ses nombreux ouvrages. Ce genre d'ornements brille surtout dans une satire en vers contre tous les états, que le poëte a intitulée : Contredits de Songecreux. Il emploie, de préférence, les Proverbes communs :
En chiens, oiseaux, armes, amours, Ce dit -on en commun langage, Pour un plaisir mille dnulours, Et chascun le voit par usage.
Il déploie contre le mariage et les femmes une verve intarissable cl se plail ii (oiiimenter les Proverbes sur celte matière :
Le vulgaire des gens ruraux Si dit que l'homme a en sa vie Uenx adversités ou prans maux:
L'ung est si quand il se marie.
Car dés lors a peine infinie ; L'autre est (piand il se rompt le roi, Qui est meilleur, je vous afiie, Que soy marier comme uiiç fol.
Il termine son fameux livre des Contredits par ime i liât ri! m don i \iii( i i|M(|(|ii('s lr:iils:
Qucm conjHx diligil, ixiil .
VTTT
Ce dit Cuton ; c'est la manière
De contredire à tout bien dit....
Femme est l'eniicmy de l'arny,
Femme est péché inévitable,
Femme est familier ennemy,
Femme déçoit plus que le dyable...
Femme est tempeste de maison...
Femme est des serpens le serpent,
Femme blandit (caresse), femme oingt et poingt,
Femme gaste le firmament
Et deffait ce qu'on faict à poinct.
C'est un fait digne de remarque, que raniniosité et le mépris de la littérature proverbiale à rencontre des femmes. Sur deux cents Proverbes ou maximes qui les concernent, un bien petit nombre leur est favorable, tandis que la meilleure partie abonde en traits de satire des plus sanglants. Ce résultat est triste, quand on se rappelle que les Provei'bes ont été surnommés la sagesse des nations: mais il ne faut pas oublier que le temps a mêlé beaucoup d'ivraie aux bons grains.
La supériorité de Villon sur ses contemporains ne l'a pas abandonné dans l'emploi fréquent qu'il a fait des Proverbes. L'ingénieux poëte, enfant de Paris, élève de son l'niversité fameuse, hôte habituel des tavernes et de la Cour des Miracles, connaissait bien les Proverbes, non pas ces sentences pédantesques , ces mois dorés, comme on les appelait alors, dont Gringore et les ennuyeux rimeurs de son école surchargeaient leurs écrits, mais les Px^o verbes ruraux et vulganx dont j'ai parlé précédemment, et qu'il savait choisir comme des exemples propres à éclaircir sa pensée. Un des chefs-d'œuvre (le Villon , cette charmante ballade où il demande ce que sont devenues les dames du temps jadis, se termine par un vers qui est cité souvent comme un Proverbe :
La royne Blanche comme un lys,
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berthe au grant pied, Bieirix, .\lix,
Aremburgs qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Où sont-ils, Vierge souveraine!
Mais où sont les neiges d'antan (de l'an passé)?
Villon a écrit toute une ballade avec les Proverbes communs. Voici la première strophe qui contient les principaux :
Tant grate chèvre que mal gist; Tant va pot à l'eau qu'il brise ; Tant chaulTe-on le for qu'il rougit; Tant le maille-on qu'il debrise ; Tant vault l'homme comme ou le prise ; Tant s'esloigne-il qu'il n'en souvient; Tant mauvais est qu'on le desprise ; Tant cric l'on Nocl (]u'il vient.
Avec la seconde moitié du quinzième siècle commence à se développer pai'mi nous un genre de lilléralure où les Proverbes devaient être dun bien fiéquent usage; je veux parler des contes, des nouvelles, et de ces productions singulièies, connues sous le nom de facéties. Il existe aussi plusieurs romans d'amour et de chevalerie de la même époque, dans lesquels nos Proverbes communs sont souvent cités. Je nommerai, entre autres, le Roman du Jouvencel, par Jean de Beuil, curieux mémoire d'un brave chevalier qui avait fait les guerres du règne de Charles VI et de Charles VU, et qui se conqilaîl ;i raconter longuement ce qu'il a vu ou ce qu'il a entendu dire. Il mêle h son style franc et hardi, et qui seul bien son gentil homme, les proverbes qui avaient cours parmi les hommes de guerre de son temps. Je nommerai encore l'histoire du Petit Jehan de Saintré, dont l'auteur, Antoine de la Sale, a fait preuve d'une si grande habileté de style et d'une connaissance très-étendue de la littérature des Proverbes. 11 en cite beaucoup dans ce livre ; mais il en donne un plus grand nombre dans deux ouvrages, qui ne portent pas son nom, et dont il est regardé comme le princii»al auteur; je veux parler des Quinze joies du mariage et des Cent nouvelles nouvelles. La nature du sujet, la manière dont il est traité, devaient nécessairement amener sous la plume de l'écrivain une foule de locutions proverbiales. Son principal mérite consiste dans la manière dont il a su les mêler à son récit. Sous ce rapport, il a déployé aulanl d'art dans sa prose, (pie Villon en a montré dans ses potVies. (Voy.. an sujet du Petit Jehan de Saintré et des Quinze joies de mariage, l'introduction des Cent nouvelles nouvelles, édit. de 1841, 2 vol. in-12, et l'édition des Quinze joies de mariage, publiée chez Tcchener, en 1836.)
Comme on le voit, les auteurs du seizième siècle, si habiles dans la science des Proverbes, n'ont pas manqué de modèles, et Clément .Marot, Antoine de lîaif, Rabelais, Not'l Dufail, Henri Estienne et les auteurs de la Satire Menippée. n'ont fait (jue suivre la trace de leurs habiles devanciers.
Si de la France nous tournons nos regards vers les autres pays de l'Europe, nous remanjuerons que pendant le Moyen Age la littérature proverbiale a été aussi oiiginale que féconde. En Angleterre, par exemple, si nous trouvons la langue et la liltéi'ature françaises cultivées presque exclusivement depuis le douzième siècle environ jus(]u'au milieu du quatorzième, nous découvrons aussi des Proverbes anglo-saxons conservés dans les plus anciens monunicnls de la langue anglaise, qui ont survécu à l'invasion normande. (Voy. un recueil publié à Londres, de 184-1 à 1843. par M. Thomas Wright, sous le titre de Heliquiœ Antiquœ, etc.) Depuis le quatorzième siècle, tous les ouvrages de la littérature anglaise abondent en Proverbes nationaux; le caractère en est singulier: ils sont remplis de ((t humour (\u\ n'a|»parlienl (piaux habilanls de la riran(li'-l)i<'lagne. (À)nnne tous les peiqilcs ii physionomie très-nianpiée. les Anglais empruntent à leurs habitudes particulières (piel(|ues-uns de leurs Proverbes : Si on sai'ait ce qui doit renchérir, on n'aurait pas besoin d'être marchand plus d'une année. — Silence, le plus bel ornement de la femme. — Toutes nos oies sont cygnes. — Les chats ont neuf vies, les femmes en ont dix. — Echange n'est pas vol. — Dieu nous envoie la viande, et le diable
les riiisiia'rrs. — Salomnn était bien sage et Satnson était bien fort: toutefois ni l'un ni /'autre ne pouvaient payer argent avant que de l'avoir. — Où la haije est basse tout le monde passe. — Le diable fait 'son pâté de Noël des doigts de notaires et des langues d'avocats. (J. Howell, Lexicon Tetragloton, Lom]. 1660, 1 vol. in fol., au mot Proverbes.)
L'ilalio et l'Espagne sont avec la France les i)ays de l'Europe où les Proverbes ont été le plus fréquenmient employés. La littérature de ces deux nations est presque aussi riche i|iio la nuire en ouvrages sur celte matière.
Les prosateurs et les poètes ne furent pas les seuls, au Moyen Age, à faire usage des
Je suis Fauïcati qui désire à loult: lieure
Eâlre cïtrillô cl devaiil et d,trrière.
De in'cstriller (}iii ne scel la manière
A ciMi|) pert temps et trop en vain labeiirc.
ProTcrbes, .ndaccs, elr, [Ms. du qniiiT.ième siècle, déjà citi-j.
Proverbes. Chevaliers, bourgeois, artisans les avaient souvent à la bouche. Ils figuraient
sur les meubles, dans les tapisseries ou les tableaux; quelques-uns servaient d'enseignes : un libiaire de Paris, au quinzième siècle, avait adopté le Proverbe de YEtrille-Fauveaii. Entre les plus curieux monuments en ce genre, est un admirable recueil de dessins à la gouache, exécuté pour le connétable de Bourbon dans les dernières années du (piinziènie siècle. Au nombre dos eml)lèmcs de toute nature, renfermés dans ce recueil, qm fait partie des Mss. de la Bibliothèque nationale (Fonds La Vallière , n° 44), se trouvent soixanle et un Proverbes très-ingénieusement figurés. Celui que l'artiste a intitulé Mar- (jan'las anle Porcos est représenté par plusieurs pourceaux renversant un panier de Heurs, avec ce distique .
Belle? raisons qui sont mdl entendues Rcàscmblciil fleurs à pourceaux entendues.
Je signalerai encore parmi les compositions les plus remarquables : Tout va le pol à rpoii qiCil hrisc. — Tel refiixe qui après muse. — // faut voler bas par les branelies. — Mal sur mal n'est pas santé. — Jùi forgeant on devient forgeron. — llaltre le fer pendant qu'il est chaud. — L'habit ne fait pas le moine. — À petit mercier petit panier. — I.e pain aux folz est le premier mangé, etc. Un quatrain renfermé dans un cartouche explique chaque sujet. Ce précieux recueil, qui ne fut achevé qu'après la mort du connétable, connue nous l'apprend une inscription en vers placc'o au l»as de son portrait ('(|uesli('. en costume de bataille, prouve (juc cet illuslrr capitaine, à rcxem|iic du roi Salomon . ne di'daignait [)asde s'occuper de Proverbes.