PAUSE
LA MÊME [sur un autre air).
Galants, qui éles à la porte.
Quels présents nous apporlei vous?
LE UÉME.
Le présent que je vous apporte , Belle, le recevrez-vous?
Allez donc chez mon père Il y a de bons manteaux.
S'il est beau et présentable.
Pourquoi le refuserions-nous?
« Cette chanson ne rappelle-t-ellc pas certains traits caractéristiques des noces de nos anciens Gaulois? Les deux musetlieis ne sonl-ils pas les deux bardes qui, dans des Chanls contradictoires, défendaient, l'un la virginité de la mariée, l'autre les droils du mari? >.
Dos chansons de mariage, aux rondes à danser, il n'y atpi'un pas. Les recueils int'dils des quinzième et seizième siècles nous fournissent de précieux exemples de ces dernières VjW feuilletant les albums de Marie de Bekerke, d'Hélène de Mérode, etc. , on dislingue quelques pièces de ce genre, d'une fraîcheur et d'une touche remanjuables. l'ii coupici de chacune de ces rondes suffira pour en donner une idée. L'une commence ainsi ;
Kllc s'en va aux clianips, la pclile bergièrc, Sa quenouille lillanl; son troupeau suyt derrière. Tant il la fairt lion vioir, la pclile bergière, Taul il 1.1 faict bon vcoir...
L'autre dit, sous un autre rhyihme et avec un autre ton :
Nous estions trois sœurs tous d'une Tolonlé;
Nous allisnies au fond du joly boys iouer.
Vrny Dieu! ([u'il est heiircuT, i|ui se garde d'aynier!...
tlesdeux rondes, dont la première sérail, dil-on, de (îeorges de Lalaiii. soni délicates el cliarmaiiles. En les voyaiil ligiirer dans ces manuscrits, rehaussés d'armoiries
LK MOYEN AGE
in'iules el surchargés de noms nobles, on se persuade aiséuienl que les grandes dames dansaieiil aux chansons, selon Texpression consacrée, comme les filles des champs. Qu('l(jues-unes des rondes enfanlincs. qui se chanleut et se dansenl cncoie aujourd luii. daloni do ce même Moyen Age, dont toutes les traditions artistiques ou même seulement gracieuses sont bien loin d'èlre éteintes. Qui oserait soutenir que la ronde de lu Tour, prends (jarde! n'est pas contemporaine du châtelain de Coucy?
Nous avons publié ailleurs un Chant de vignerons intitulé la liotide de fa vendamje. Nous legrettons que la version, que nous en avons recueillie les premiers, ne soit pas d'une forme assez authentique pour faire remonter cette pièce jusqu'à l'époque dont nous nous occupons; elle aurait servi de spécimen piquant aux chansons spéciales des industries et métiers. Tel couplet, chanté encore |)ar les bouviers de l'Auvergne ou par les pâtres de la Beauce , se rapporterait plutôt , par son origine, ou du moins par sa fornie, au Moyen Age ; mais nous ne pouvons pas faire que citer, quoique le meilleur moyen d'apprécier un Chant soit de le lire.
La conqtlainle, dont nous avons déjà parlé dans les Chants religieux, ne brille pas ici d'un moins vil" éclat; nonunons seulement le Juif errant, Danton et Henriette, le Comte Onj, la Châtelaine de Saint-Gilles, etc. Cette dernière, moins connue que les autres, date du temps de saint Louis; elle a trente-cinq couplets, de forme inégale; elle est à peine rimée, mais elle ne manque pas d'un certain charme dans le récit. Nous possédons, en outre, le manuscrit d'une chanson en cinquante quatre couplcls. espèce de conqilainte satirique dirigée contre les hùteliers de Chalon-sur-Saône au seizième siècle. Elle n'a pas (le titre, mais la tradition nous a fait savoir quelle s'appelait les Logis de Chalon. Ce n'est pas un Noél, bien que les personnages des Noëls y soient en scène. L'auteur anonyme suppose que Josej)h et Marie arrivent à Chalon pour se loger, et qu'on refuse ]>artout de les recevoir :
Si Dieu \oiiloit |)feiuiro iiaissanci' Dans celle fielleuse saison, Trouveroil-il de l'assislancc Dans celle ville de Clialon?
Joseph el la vierge Marie Iroienl de lopis en logis Pour trouver une lioslellerie...
El, pour le savoir, je les suis
Ils soni arriiés par la porte Du fauliourg de Vieille-Mezelle, Où Joseph sou épouse eilioric A fiire un Irislc carrouselle :
A la Coupe d'ur ils s'adressent.
Où déjà l'hosle s'en railloil ; Ce fut uu sujet de Irislessc Si grand «[u'alors l'àne en hailloit.
El ainsi de suite, jusqu'au cinquante-troisième couplet , où les pauvres voyageurs trouvent enfin un humble gîte. Cette complainte, essentiellement locale, se termine par une assez singulière prière :
C'est |)ar ordre de la maistressc De l'hospital que nous venons; C'est un grand sujet d'allégresse.
Pour nous, de ce que nous trouvons
Lu honinie i|ui paiail allable.
Dans noire plus pressant besoin :
— lîntrez, dit Prin. dans celte clablc: Voilà de la paille cl <l;i foin.
Si, pour savoir ce qui se passe, J'ai suivi Josopli tout le jour, Il est bien juste que je fasse Aussi ma prière à mon tour :
i< 0 mon Dieu ! que l'cxcm|ile suive La voix de vos commandemcns ; Mouillés ses yeux de voire salive, Avec l'élément de vos sens ! »
L'auleur de ce Noël salii'i(|ue contre les Iiôleliers de Clialuii éiail |icul-è(re un hùlelier lui-iiiènie, que la jalousie de niélier avail fait poëte?
Si plusieurs de ces Chants ont assez de couplets pour défrayer toute une veillée, d'autres, en levanche, se bornent à une stroi)he ou deux, et nen sont pas plus mauvais pour cela. En voici un en patois bourguignon, dont l'idée et le toui- ne nian(inenl pas (roritiinalilc' :
Je vos aime, ClaïKleigin', IJuàsimau tot-a-fà ; Je San dan ma poireigiie Mon cœur tô guillerà :
Pu tanilre que brioclie Trempai dan du vin du, Ancor ein ter de liroclie, Et mon cœur àt ai vu!
Je vous aime, Claudine, Presque toul-à-fait ; Je sens dans ma poitrine .Mon cd'ur tout guilleret.
Plus tendre que lirioclie, Tremjiée dans du vin doux Encore un tour de hroclie.
l'^t mon C(eur osl à vous I
On a pu voir, par les citations précédentes, que le degré de valeur lillt'iaiie ('•lait bien différent parmi les trois sortes de Clianls que nous avons examinées successivcmcnl. l.e plus grand nombre de ces pièces sont dime facture simple et grossière qui dt'cèle linliabileté la plus absolue; quelques autres |)Ourtant allèclent une forme moins négligée el ne sont pas dépourvues d'une espèce d'art. Il existe ainsi un (IkimI en dialogue sur la guerre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avec les Lit-geois; dans cv (liant historique, composé de vingt couplets, on reconnaît la main dun i)oèle de profession (pii s'est étudié à trouver ces rimes ('qiiirnqm'cs que Moliiiet. Cbalflain et (îiiill. (".rcliii avaient mises en honneur ;i la cour de Bourgogne :
— Et ces laulscs gens des mesliers Seront-ils t(iusi(uirs mcsdisans?
— Leur partj n'est douille mes lieis.
Non pas pour uiig jour mes dix ans. Et s'ds gardent telv »ielz ilisans :
n (^■ci est pour nous, qui qu'eu lionguc. » Ho ce me rapporte à Bourgongno.
(.l'Ilf richesse de rimes n'était pas ( liose comnnme en fait tie Clianls |iopidaii'cs. Dans la cliansoii de ikki s dti Morvand. (oiimie dans la plupart des Noéls, on a mi rr\cm|>li' loiil contiaiic : iiciiic limaiil avct lir/lc . ici avec tjciiou.r. eh . Dans icilaiiis aiilrcs
Helles-liOllrcB.
CHANTS POPULAIRES. NOELS, ETC Fol IX.
(;iianl.s. laulour a leiui «ii> juste milieu entre ces deux extrêmes : il a rime en assonances, pour loreille et non pour les yeux.
La variété des rhythmes employés ou inventés par les poètes de Chants populaires est digne de remarque : ces rhythmes, d'ailleurs, ont cela de précieux pour Ihistoire de la nuisirpie, que, ayant été moulés, pour ainsi dire, sur les airs religieux alors en vogue, ils nous conservent encore ces mêmes aiis. qui, sans leur secours profane, ne nous fussent sans doute jamais parvenus. C'est ainsi que Ton a reconnu que la célèbre chanson do Charmante Gabrielle, attribuée à Henri IV, se chante sur l'air dun Noël composé, dit-on, par le père Ducaurroy, maître de chapelle de Charles IX. Quelquefois le rhylhme des Noëls était imité des poésies contemporaines^ le peuple taillait volontiers ses Chants favoris sur le patron des odes les plus pindariques de Ronsard et de Remy Relleau . parce que ces odes étaient mises en musique et que les airs de cour, passant de l)0uche en bouche, descendaient du Louvre dans la rue.
Nous avons cité plusieurs Noëls remarquables au point de vue du rhythme et de la rime; nous pouvons même, dans une chanson du treizième siècle, composée par Moniot d'Arras, trouver la scrupuleuse observation de l'entrelacement des rimes masculines et féminines, que Jean Lemaire de Belges le premier érigea en règle de prosodie, vers la lin du XV' siècle.
Qui aime sans Irisclierie, Ne pense n'a trois n'a dos.
D'une seule est desiros , Cil (jue loyax aniors lie; Ne vouldroit d'autre avoir niic Ses vouloir tout à esiros...
Toute la pièce, en cinq couplets de dix vers chaque, est aussi régulièrement rimée. I^es faiseurs de chansons étaient donc quelquefois de vrais poëtes, dignes d'enseigner Vatl (le rliélorique ou la prosodie h leurs successeurs.
Là doit se borner le coup dœil général que nous avons voulu jeter sur les divers (Chants de la France ; il nous suffit d'avoir indiqué le parti qu'on en peut tirer pour l'histoire des événeuienls, des hommes, des mœurs et de la littérature. Mais, pour conqiléter la tâche que nous nous sommes imposée, une rapide excursion dans les pays étrangers nous permettra d'apprécier le caractère de leurs Chants pojiulaires nationaux. Dans sa |)oétique introduction aux Chants du Nord, M. Mai'inier avait dil : « Ce qui n'était primilivement qu'un cri de l'âme devient un sujet d'études, un art astreint à des règles précises. Alors apparaît la poésie du monde lettré, la poésie écrite, que l'on accueille dans les salons, que l'on couronne dans les académies; et la poésie populaire, qui devient le partage de la foule ignorante, à mesure que cette foule s'éclaire, descend de degrés en degrés les échelons de la société, jusqu'à ce ([u'elle tombe enfin dans l'oubli. » On conçoit dès lors que certains esprits délicats se soient fait comme un i)ieux devoir de recueillir cette poésie-mère, en l'empêchant de tomber dans l'oubli, en la soutenant.
pour ainsi dire, sur labimc do la destruction, et en conservant ses traditions dernièies avec le respect dont nous aimons à enlourei- le précieux souvenir de nos grands paicnis. Aussi, ce devoir a-t-il été compris, et, de nos jours, on a vu revivre les Clianis primitifs de toutes les parties du monde, rassemblés avec amour par les poëtes de chacune délies. Ces poëtes étaient guidés dans celte recherche, souvent ingrate et pénible, par un sentiment de reconnaissance envers les sources de leurs piopies inspirations ; et maintenant, des jardins parfumés de fOrient jusqu'aux solitudes glaciales de la Finlande et de la Norwége , tous les peuples peuvent nous captiver par le charme naïf et original de leurs Chants populaii'es.
L'Allemagne, qui dut sa veine lyrique du douzième siècle à l'influence méridionale, et dont les légendes nationales inspirèrent la belle épopée du Livre des héros {Niebeliiugrn), rAllemagne, disons-nous, eut (Yahovd k'S. Ah'nnesœngrr (chanteurs d'amour), qui ont laissé un grand nombie de chants, puis les Meislersœnyer (maîtres chanteurs), qui en composèrent encore davantage. L'œuvre des premiers, du douzième au quatorzième siècle, ne circula guère que parmi les chevaliers et les princes, et fut toujours en concurrence avec les vieux Chants historiques du peuple, que les moines envieux tâchaient de frapper de mort en les appelant diaboUca carmina; l'œuvre des seconds vint alors, se raniiliant partout, et grandissant, au quinzième siècle, de manière à faire («clore les germes de l'art du théâtre. La ballade, cette foi-me si poétique sous laquelle nous apparaissent la plupart des Chants de l'Allemagne, est le produit littéraire de la réunion des éléments lyrique, épique et dramatique; c'est ordinairement un petit drame encadré dans un chant. Le caractère de la ballade allemande est. par dessus tout, le sentiment, quelque chose de doux, de senti plulôi (|ue de jugé, d'agn'ablement vague et do touchant : c'est la vierge pensive et myslicjue s'entouranl d'un gaze légèie, non pour se cacher, mais pour se laisser deviner : partout où elle passe et s'arrête, elle se trahit par son doux parfum. Nous ne pouvons songer, [)our l'Allemagne pas plus (jui' |)oiir les autres pays, à donner sèchement le litre des pièces les plus intéressantes qui se rattachent aux trois catégories du Chant poj>ulaire; il faudrait faire une nomenclature cojisidi'-rable. (|ui n'en serait que plus aride, car des lilies seuls ne disent rien: scudenieni . apri s la dclinilion (pie nous venons de donner du genre de la ballade alleuiaude, nous indiipierons, connue Chants hisloiiques : des Clianls guerriers, dont (]U('i(|ues-uiis de Win Weber; coiiiinc Clianls religieux : plusieurs Noe/s, dont un (!<■ l.iilliiT. cl li' raiiiciix Cliaiit (les Uiissilrs: comumc (ilianls (lom('Sli(]u<'S : Va Jeune Ville cl le Coudrier. Peine serrèle, la Helle Enfant, etc.; on en citerait une foule d'autres dont le chaiine est indéliiiissable. Il en est un. la ]'ision, (\u\ oll'ie plusieurs tiaits de resscuiblance avec un (Pliant breton inlilulé : le Départ de rdrne. Conicnlons-nous de signaler, enlrc deux pi('ces conqiosées si loin l'une de laulic, celte singulière analogie (|ui peut ('ire luule loriuiie, iii.'ils (Idiii (III |iniiriaii induire (|iie les idées el les senlinicnls du peuple soiii les mêmes dans tous les pays et dans Ions les lenips.
L'.\ngle)erre aussi est liclie en ballades anciennes, dont plusieurs ont servi de iliiiiie
inspiialoiir aux poètes allemands modernes; elle a eu aussi ses ménestrels, qui allaieni de château en château, céléliranl dans leurs chants les hauts faits des chevaliers saxons et normands. Moins lyiique qu'en Allemagne, la ballade anglaise conserve, de préférence, le genre épique ; simple, familière et naïve, elle se laisse aller volontiers à la prolixité: parfois elle prend la dimension d'un poëme divisé en plusieurs clianis; mais quelle (jue soit son étendue, la couleur poétique, dont elle est empreinte, décèle toujours le sentiment le plus tendre et le plus délicat. Elle raconte surtout avec un grand charme les aventures d'amour. Les ballades des provinces du Sud sont reconnaissables à ceci, (lu'elles offrent presque toujours un tableau, une description de la nature embellie par les rayons du soleil qui perce si i-arement le chapeau de brumes de h joyeuse Angleterre , comme on l'appelait alors, avant qu'elle eût le spleen sans doute. Dans ce pays, où la (liasse a toujours été en honneur, la tradition avait l'épandu une foule de légendes merveilleuses, en peuplant les forêts de lutins et d'êtres fantastiques : les braconniers du (emps de Guillaume le Conquérant donnèrent naissance aux délicieuses ballades que le peuple chante encore sur le fameux Robin-Hood.
L'Elcosse, dont les ballades sont également nombreuses, présente des sites plus sauvages que ceux de l'Angleterre; et sa poésie se ressent, eu quelque sorte, de la pénéiranle froidure qui règne dans ses tristes montagnes couvertes de bruyèi'es et de sapins. ■< Les contes de la tradition, dit Walter Scott dans son Introduction aux Chants des Écossais, les chansons accompagnées de la flûte ou de la harpe du ménestrel étaient probablement les seules ressources contre l'ennui, pendant les courts intervalles où les Highlanders se reposaient de leurs aventures mililaires. » On reconnaît la source où Mac-Pherson a cherché les créations si mélancoliques de son Ossian. La Itallade écossaise n'est plus la vierge mystique de l'Allemagne; ce n'est plus la ballade anglaise, cette jeune fdle simple, avec sa fraîche robe d'innocence et de candeur; ou si c'est la même jeune fdle, elle nous apparaît, bien attristée et refroidie, sa gaze humectée parla brume, et laissant plus volontiers rouler sur sa joue une larme rêveuse. Dans les ballades de la vieille Angleterre, citons la Folle, la Chasse de Cheviol, que Ben-Johnson eût voulu avoir faite, disait-il. plutôt que tous ses ouvrages, le Chant de la fée, la série des llobin-llood, etc. Quant aux l)allades de l'Ecosse, nous renonçons à en citer une seule parmi tant de petits chefsd'œuvre, quand Walter Scott, dans quatre volumes, n'a recueilli qu'une partie des Chants des frontières !
Dans les régions du Nord, dans le Danemarck. la Suède et la Norwége, le Chant populaire a été longlenqts la seule histoire qui passât de bouche en bouche. Là, des honunes errants et belliqueux, aux yeux desquels la force physique était tout, s'inspiraient de leur enthousiasme pour célébrei" leurs héros dans des Chants grossiers sans doute, mais naïfs et solennels. Ces poètes furent les scaldes qvii chantaient sur les champs de bataille, l't (pii animaient les guerriers au combat. Le peuple aussi trempa son imagination aux mêmes sources poétiques; marins, soldats, chasseurs, chacun laissait vibrer la corde de la harpe éolienne qu'il avait au fond de l'âme, et de ces œuvres anonymes, sou-
i:t la henâissanci-:.
vent coUeclives, se forma le recueil connu sous le nom de Kœiiipcviser. Plusieurs oiitiques pensent que les CJiants du Nord levètirenl au quatorzième siècle une nouvelle rédaction ; mais le fond du moins a été fidèlement conservé, et l'on y trouve toujours la peinture rude et saisissante des mœurs de ces anciennes peuplades. « Les Chants populaires de la Suède, dit M. Marmier, ressemblent beaucoup à ceux d'Ecosse, d'Allemagne, de Hollande et de Danemark... Les Danois oui été pendant assez longlemps en relation immédiate avec l'Angleterre, pour y répandre ou pour y puiser des faits héroïques, îles légendes d'amour ou de religion. )i Un grand nombre de ces Chants rcsscndjlent tellement h des Chants originaires d'autres contrées, qu'ils n'en diffèrent que par la forme et l'idiome; on serait tenté de les regarder connue des traductions ou des imitations. >'ous vaj)pellerons seulement que Goélhe leur a emprunté sa célèbre ballade du Roi de T/iiilé. Parmi les Chants du Nord les plus remarquables, indicpions, en passant, le lietoiir d'une mère, le dramatique récit d'.l,rp/('< Wilborij, la l't incesse emiianlée, hiPelile bergère, eu-. Que si l'on veut se représenter la ballade de ces froides régions, on peut la comparer à une jeune (ille h demi sauvage, ouvrant bien son cœur à l'amour, mais peu avancée dans la forme qu'elle donne au sentiment, et rèvani, solitaire, assise au foyer domestique, tandis que la bise souffle et gémit dans les steppes glacées
La Servie, que nous ne devons pas oublier, a également son Danilza, recueil de Chants tendres ou guerriers, dans lesquels règne une exquise délicatesse. Seulement, il est diflicilc de préciser leur âge. Quehpies-uns doivent remonter à une haute anlicpiilé. ipiolques autres sont tout à fait modernes. La plus gracieuse partie de ces Chants est celle qu'on appelle Chants des femmes. Les Sei-viennes sont douées , ;» un haut degré , de la lacnll('' po(''li(jue, et tous leurs pelils poé-mes (|ui irailenl des soucis et des plaisirs du cieur. sont des Heurs suavement ('■( loses cl (pi'un doux senlimenl a parfumées. On rcnconirc pourtant çii et là des lacunesévidenles,dcs rapprochemenisheurlés, des refrains bizarres, des allusions incompréhensibles, (pii peuvent servir à en constater ranciennelt'. .Mentionnons, entre autres pièces, Y Anneau vrai gage delà foi, le Secret découvert . la Foi drs hommes, Les servir tous, Un seul aimer, etc. Ce ne sont pas de véritables ballades: la forme en est plus capricieuse et le Ion non moins varié. La poésie de ces (>hanlsest connue une jeune (ille (pii goûte pieusement les joies de la famille, tout en (''tant désireuse ilr devenir bientôt amante, et qui, dès qu'elle se sent éprise, passe i)ar toutes les phases de l'amoiM' : l'angoisse, la jalousie, l'esiidir. !<■ IkiuIii iir.
Chaque pays a donc ses Chants populaires, (pii lui appartiennent en pro[)re, et (|ui sont l'expression la plus fidèle de ses nuenrs [jrimitives. .\insi, nous pourrions citer, parmi ceux de la Cièce moderne, une ballade intituh'c Y linlèiemenl de la fiancée, dont le récit, cntrecoupi- de dialogue, conserve un parfum d'anticpiilé sous la forme dune légende du Moyen Age. l'ne auti'c ballade grecque, Mavrogène, qui date du cpiatorzième .siècle, raconte l'aventure d'un roi Charles, prince de la famille d'Anjou, et loide sur la loi fé'odale qui faisait londier en servitude l'honnue libre é|iousant uneesilave. (ielle ballade dramaticpie se rajiporte sans doute ;i ré'po(pie des royaumes de Chypre et de Si( ile,
Que dirons-nous niainlenant de l'Italie, qui avait au Moyen Age ses diseiws en rimes, ses fidèles d amour, poètes passés maîtres en l'art de sophistiquer les sentiments du cœur? Nous ne pouvons que nommer quelques-uns de ces poètes, célèbres à d'autres litres, et qui, dans leur canzoties péniblenient élaborées, se plaisaient a embrouiller et h ol)scurcir ce quon appelait la science amoureuse. Ce n'est plus là le vague et touchant mysticisme de lÂlIemagne-, c'est un voile épaissi sur des pensées subtiles et alandjiquées (jui n'avaient cours que chez les adeptes de cette science singulière. Aussi, ces cmnones ne sont-elles pas de nature ii être classées parmi les Chants populaires, et les noms célèbres des Guido Cavalcanti, de Cino da Pistoja, des Guido Orlandi, des Salvi Doni, des Ricco de Veilungo et des autres fidèles d'amour, n'ont pas servi à populariser leurs productions énigmatiques; et pour trouver des poésies vraiment populaires en Italie, il faudrait les chercher dans le peuple même qui chante encore certaines strophes de Tor- (jualo, et qui n'a peut-être jamais chanté les chansons que nous venons de citer. Au reste, il y a des Chants populaires dans tous les patois dont la langue italienne est, pour ainsi dire, bigarrée, et depuis les lagunes de Venise jusqu'aux montagnes de la Calabre, la tiadilion s'est perpétuée pai- des Chants.
L'iispagne, plus que toute autre contrée de l'Euiope, a des Chants populaires, d'une physionomie bien tranchée, bien nationale. La forme de ces Chants n'est plus celle de la ballade: ce n'est pas de la grâce et de la fraîcheur qu'on y trouve d'ordinaire, c'est de l'élévation et de la grandeur. Nous sommes ici dans la mère-patrie de la romance. Rien ne répond mieux h la définition que nous avons donnée du Chant populaire, que la série des romances espagnoles, œuvre successive des générations qui se sont succédées |)endanl huit siècles, œuvre immense que n'a pas enfantée le génie d'un seul poëte. mais le génie conq^lexe de tous les honnnes d'une population ardente et généreuse. L'épopée adn)irable du Cid, ce monument élevé petit à petit à la mémoire du grand guerrier par les chantres de tous les âges, ne pouvait naître qu'en Espagne. M. Damas-Hinard a écrit plusieurs pages savantes et auxquelles nous empruntons cette citation : « De même que les romances sont la véritable histoire du Moyen Age espagnol, elles en sont également la véritable poésie. Le peuple espagnol, le poète des romances, a composé avec amour ces Chants dont il était lui-même le sujet et le héros. Durant plusieurs siècles et dans chaque génération, les honnnes les mieux doués se sont appliqués :i lenvi h les orner et à les embellir. » C'est donc ainsi que s'est conq:»osé le Romancero espagnol, qui respire •l'un bout à l'auti'e ces grands airs de bravoure et de fierté, qu'on ne rencontre chez aucun autre peuple. La portion la plus inqtortante de ce recueil se compose des Romances du Cid, divisées en quatre parties, et qui datent du onzième siècle. Mais cette époque n'est pas le premier point de départ de ces œuvres populaires ; on en possède depuis le roi Rodrigue, au huitième siècle, jus(ju'à la conquête de Grenade, au quinzième, et la collection en est tellement nombreuse, qu'on doit renoncer à signaler les plus remar- (piables. On ne sauiait élever le plus léger doute sur leur ancienneté, que prouveraient, au besoin, le détail des mœurs, la forme des pièces et l'assonance des rimes. Pour se bien
représenter la romance espagnole, qui n'est plus, cette fois, la jeune vierge candide et simple, timide dans ses manières et craintive dans son amour, il faut se figurer une fière amazone, drapée cavalièrement dans son manteau, qui maiche, le front haut, la main sur la garde de son épée : cette jeune fdle-là, aux allures un peu malamoresques. compte parmi ses ancêtres un Bernard de Carpio ou un Cid Campéador.
L'examen sommaire que nous avons fait des Chants populaires en Europe a suffi pour montrer combien, chez les dilTérenls peuples, ces Chants se ressemblent, du moins quant au fond, et combien, sous une enveloppe grossière ou habile. sinq»le ou apprêtée, on retrouve, à de grandes distances de lieu et de temps, le même thème, la même source d'inspiration et souvent le même sujet. C'est, nous l'avons déjà dit, que les Chants populaires sont le reflet fidèle des événements et surtout des sentiments, et que les sentiments sont bien près d'être les mêmes chez toutes les nations disséminées sur notre globe. L'amour, l'amitié, la vaillance, par exemple, seront toujours et partout la vaillance, l'amitié, l'amour; il n'a donc pu jamais être question que dune légère différence de forme, quand il s'est agi d'exprimer des sentiments, de peindre des passions, de flétrir le vice et d'honorer la vertu. Après avoir essayé de donner, par quelques extraits, le caractère et la couleur des Chants populaires, nous sonnnes forcés, à regret. de laisser les longues citations aux recueils spéciaux. Le peuple fut toujours riche en poésie, et quoique le plus grand nombre de ses Chants aient été perdus, ceux qu'on a recueillis forment encore une collection assez volumineuse, pour qu'on puisse les considérer comme une branche imporlanle de la littérature nationale de chaque pays.
F. EERTl.\LLT,
Mcmbrt: corrcï[>un(ljnl Je l'Acadcinic de Dijon.
AU franzosichc Volkslit-tlLT, heraiisg von 0. L. 13. \\ oll. Leipsig^ 1831, in-8.
Le Romancero fraiuMiis, liisl. île qiiolij. nnc. trouvères ot choix (le iiMirs Cliansoiis; par Paulin l*aiis. Puris, 1S55, in 8.
Vuv. lui Mottce mr l-r Uomanccru ftanron, [>,ir C.ii. N.iditr, piibl. dans le Bull, du bthlmphil'. dcc. It3^.
Uecucil (le Clianls lûslori([ues français, di'puis lotlouzième jusqu'au d x-liuiliènic sit'cle, avec des nolircs el une introducl., par LcUouxdc l.iiicy. Paris, ISil-i"!,"! vol. hi-Mt*
Cv fcrucil, qui n'a pat êlû iclicvé, M'arrèlc au comnicnctiinciil du XVll^ fiècti*. Vny. aitsai qnclipie* aiKi"n« Cli-tiils liislorîqiios dan* le Slaga*in pittoi-niuft ait iU unt p^iru accoinpi^iii'-» de iiuticc«, cl dtins Ici C''ian(« popal-iircê de lit France, [iiiblie* jiar DclUiyc, 1840 cl ann. siiiv,, avec dus iiiiln:!.-" p.ir I*. L. J'icoli, liihli>i|itiile, Oiirry, l)(iincr>ari, cir, 5 vul. iii-S, IJ^'.
(Chansons nationales cl pitpulaircs de la France, précédées d'une liisluire de la (>liansnn cl arcoinp. de noliies iiisl. et litlér., par Duinersan. Pjthy i8-io, in-5i.
La Fleur des Chansons : les prans Chan'^ons nouvelles qui sont au nnudïre cent ri dix, où est rouprise la Chanson (lu littv. ta Chanson de Pavie, la Chanstni (pie le roi lit en Esjiafîi.e, la (Chanson de Uorne , la Clinn9i)n des Bruncttcs cl le Kl niutu...S. n.cts. d. (vers ir>r>0). in 8 de 52 fl". gotli.
r.« recueil {fariit ^Ire le pliii ancien de reui dti même cenre qui itnt pa'u 4U XVIc liéclc cl que décrit le Jfafi. du /.ib,, aui niuU FLlun de« (.lian- •on», Air*. r.ii*<<»(>Hi, ('.ADi?(KT de* plu* t><'lli>) ('.Iiin-uni, etc. Il a «•le rritnpr, dani It cullrrlnm de* Joy'UtrUi, piilil. par Tcrtieni-r el Aiinr- Slirtin, iitec un autre recueil inlitub' : fo FUur d*§ f'hun*otiê nouvtlUa ll.yun, Bcnr. ni)|(.iud, 1 SHO. in-16 de K7 (T.'. Le plu* cuniidcr4lile do cet reciieili cl ta fleur de toutti tt» p/ui belUa chanêont '/ui •• ehanltnt
maintenant en Fiance Riris, IfiOO, in-5l do i2i p.), rèimpr. fri 101 i. Vuvez, ddns le Sfan. du I.i6.j ta nomenclalure de» clunsonriicrs du X Vie S.
Les grans Nouclz nouveaux, reduitz sur le clianl de plusieurs Chansons nouvelles, tant en françoys, escossois, poitevin que limousin, a\ec autres hymnes translatées de latiu en irançoys et autres Nouelz. Paris, in-lG, goth.
Vuv. une nolice «ur lus Nin'-l*, en Itïie de U Fdte de la y'ativitt', p.u H.- I,. SaiL'rac (Paris, 1814, in-ls).
La grande Bihie des NoeU, tant vieux que nouveaux, composée en riionneur de la Nalivilé de N. S. J.-C. et de la vierge Marie. Angers^ ïlenault, IG02, in-8, golh.
L'imprimeur Hcnaiilt a [lutdu' pluïicnra rertieits du inciiic |:enrc, mw* diffcreiils litre», tels que Rtcueil de» riVwx NoU'.i (15S2'', Utble de» NoUtt nouveaux, etc. Celle c<illccli«ui, diint la première i-dilïtin remonte un^ doute AU cfimmcficeiiiciit du XYIe aiècle, a Hc «outenl rcimprimce, au»inenlée ou diminuée; on l'imprime ciicnre tuu* Ici j<iur« k Troyes, Ûijon, l'piiiïil, MonIbeHinrd, etc., pour l'iis.i-c de» CAmpaL'nc!>.
Viiv. d.iMd le Man. du Uh. au«. mutf Nuri.it, CtTtTi^jlKS , GllA?(S NuRi.4. etc., de) recueil* analogue» qui oui p.iru dani le XVte siècle, el qui dilVèrent loun par le clioii ile^i pièce*, ('.ci recueils nous appreiincnl le» niiins de qudquei tieui nukiirs ou collucleiir* de Nm'lH, enhe aulrei : lUiiielt ori;anf>lf. Pierre llinard. Roui, or^atiittc d'An^era, Lucai Lemoijjne, curé de Sl-Geor);e«-du-i'u|-L.i-Garde vu Poitou, etc.
\\iy. au»i Ats recueili ile Noi^la plus modcriiei, compote) évidcmnieut )ur d'ancifm lette* par Cuiltun, procureur, Nicolas Laurent iLiilki r, clijiioiiic, Pierre Uoiqan, prèlrc, oie. Ce dernier a inlïluliï ton recueil : ^otl» nouveaux »ur le» chant» ancien» iPari», I7l7, in-Cii.
(Oliv. Bassei in ] Le livre des Chants nouveaux de Vaudevire, rorr. el augm. ouïie la précéd. inipr. (donnée par Jean Le Houx). Vire, J. de Cesne, s. d. (vers 1070), in-IO.
I a plu* «t.cicnnfl édition )erail, dil-on,dc l&7d, maiatucune ne conlieul
L1-: MOYKN AGIi ET LA RENAISSANCi:.
le .crllablc orisinal, .lui esl peidu. Oliv. B.issclin ne fui sans doiilo qi.c rarranse.ii- cl réditcur Je» Clianls |>o|.iilairrs de son temps ; son Iravail a elô refait onliiioinenl an milieu ilu XVU siècle. Le lecneil des Vaux de- Vire a icparn avec d'ini|iurlanlcs additions, eu lS21,par les soins de 81. Louis Dubois 1 Co'n, in-8), el en 18.53. parles soins de M. Julien Trators '/It-ronclie», in-IS). Les dcni édiliiirs ont ajoulé à l'œuvre de Basselin leiiicoiip de eliaiisons normandes inédites, avec dissert, et notes.
Barzas-hroiz, Cliaiits popttleiires de la Brela^nie, rccucill. et nttlil avec iiiic Iraditct., dis ticlaii-cisscm., des notes, etc., par Th. de La Villeinaniiié. Paris, 185!), 2 vol. iii-8.
Vov. aussi ira DcrnieTa Bretons et le Foi/rr br--ton, par Emile Soiiveslrc*, la Bretagne «ne. et moderne, par Pitrc-Clievolier (Pur., 18i4, ::r. in-8, ti;;.}, la Bretagne hihtorùiue, par J. Jaiiin, etc.
Les Noels anciens eldiivots enbreton; le liml accoinm., corr. et angm. d'un <ri-aitd noiidire irautrcstant hi-elons que IVanç., par Tanj:) Gueguen. Quimper-Caurentiii, IGoO, in-8.
Voy. aussi le» Tandcou ftpiritiiel de J. M.iuuoir (^tiiitnper, s. d., in-8).
(;liansons nouvelles en lengaip;e proveiisal. S. n. et s. d. (vers 1.550), in-10 de l'J fl'. solh., avec airs notés, ftg. s. b.
Recueil de Noëls provençaux, par Nie. Saboly. Avignon, l()G9-74, in-12.
Plusieurs fois réiinpr. Ce sont, la pln|)art, d'.inc. Noêls rajeunis et refaits.
Ballades et Citants |)opulaires de la Provence, publ. par Marie-Ajcard. Paris, 18-20, in-18.
Les N'pëls bourguignons de Gui Barôzai (Bernard de La .Mottnoye), publ. pour la preni. fois avec une trad. lillér. et préc. d'une notice sur La Monnoye et île l'histoire des Noëls en Bourgogne, par Fr. Ferliault. Paris, 18i2, iti-12.
La première édition de ces Noëls, recueillis plutôt que comiinses par le s.iviiiil Berii. de La Monnoye, a paru à Dijon eu 1701, sous ce titre : Noei M -Voucd, cotîijidsni an la rue de lai Boutote, etc. Ils ont été souvent rèimpr. avee glossaire et notes, sous ce tilre Noet bori/iirtinnn,
Voy. aussi Lncyfar pjy au fcayUaïi, Noèls composez en riionnenr de la Vierge, par l. B F. D. L. (le chanoine Lacliaumc) et dédiés à Mademoiselle (Dijon, Jean Grangier, 1659, in-li).
Hecueil de Noëls anciens au patois de Besançon, par l"r. Gauthier. Besançon, 1773, 2 (oui. in-12.
Vov. aussi nue A'oîiecstir les noces decampagne dans le ilorvand, ['ar A. Dii'vi.ier (Nevcrs, 1840, in-S).
Kecueil de Noëls au patois de Vesoul. S. ii, 17il , in-12.
Les Noëls Bressans, de Bourg, de Pont-de-Vatix, suiv de six Noëls bugistes, etc., trad. et annotes p.tr Pbilib. Leduc. Boiirg-en-Dresse, 18't5, in-l2.
Lu Becuett de Aoëla 6rr«san8 avait paru à r.liauilici y, en 17S7, iii-12.
Noëls des bergers a-ivergnats, par F. Peraitt. Clermont, 10.52, iii-8.
Egeria, raccolta di poésie populari, routine, da Gttgl. Muller, lerniin. da 0. L. B. WolIV. Leipzig, '1829, in-8.
II y a d'autres recueils do Chants popiil.iiros endiiïerents patois il.ilicns.
lîotiia tuero de romances casiella nos aille riores al sigloXVIlI, reco|iilados por 1). Aug. Duran. Madrid, 1828-32,5 v. in-8.
Reiinpr. eu 1*:5S, i-'uiie, gr. in-S A 2 col., sous ce titre: Tenuro de Bomanceron y C'uneioneros eepayiot,
Vov , dans le Wan. du Lib., les nomlireiises édil. diiïêrei.tei du '^oncionero gênerai, publ. par Hernando del Castillo en 15i7, el des autres recueils analojfues, publ. en Espagne el dans le l'ays-Iias.
Silva de romances vicjiis, pitblicaila por Jac. Grimni. Vienna, 1815, in-12.
(ioleiiion de los m.is célèbres romances aniiguos espanoles, publicada porG. A. Uepping. Lotidon, 1825, 2 vol. in-8.
Hnmaiicero e liisloria del muy vab roso cavallero cl Cid Kuy Dia/. de Biuar, en lenguage antiguo ; reiopilado por Juan Escobar. Alcala, .luan Grucian, 1012, in-12.
Souvent rèimpr. jusqir.\ nos jours. Ces romances ont été iiuilées en vers français, par (>cuzc de Lcsser(P(jr. , 1814, in-IS), el lr.id. en prose par le chev. Ueiiard [Bourges, 1850, t vol. in-15, lig.].
Homaiiccro espagnol, ou rec. des Chants po|mlaires de l'Espagne, trad. avec inirod.ct notes, par Hantas llintird. /'arii-, 18.',.4, in 12.
Uoinances liisiorirjues, trad. de l'espagn. el préc. d'un dise, sur la poésie historiciue chaulée, par AbelHuuo. Paris, 1822, in-12.
L'Dw.BARnv. Thèse de lillér. sur les vicissitudes el les transforinalions du cycle |)op.de Robin Hood. Paris, 1832, in 8.
Robin Hood, a colleclioii of ail the ancieni poems, songs and ballads now cxlent relalivi' lo titat celebraled english Oulla», lo which are prefixcd hisloriral anecdoles ol' bis lil'e, hy.Ios. Ritson. Londun. 1852, 2 vol iii-8.
Christinas Carols ane. and modem, incltiil. llie mosi popular in the wcsl of England; also spec. ol IVenoli pro\in( ial Carols; vvillt ititrod. and notes, bv\^ . Saiidvs, Luiid., 1855, in-8.
Voy., dans le Calalog. des livres de Phil. de Larenaudiere f 1846), l'indication d'autres recueils relatifs aux Chants pupiil.ûres de l'Angleterre.
Minstrosly of ihe Seoltish bordcrs, published by ^\'aller Scolt; 4ii' e"d. Edinhurg, 1812, 5 vol. in 8.
Tiad. par Aitaiid [Par., 18Î6, 4 vol. in-I2i, <vec une notice de l'éditeur ^nr les tibants populaires. VValter Scott a piililié dans les revues anglaises plusieurs .utieles relatifs .a Ci sujet, qui noiil pas ete traduits.
Ballades, légendes et Citants jiopulaircs de r.4nglelerre et de l'Ecosse, par Waller Scolt, Th Moore, Campbell et les ai'.c. poêles, publ. par A. LoèvcWeiniars. Paris, 182.5, in-8. Tbe seleci mélodies of Scolland, inicrspersed, vvilli those of Irelandand Wales, hy G. Thomas. Ediiib., 1822, 5 vol. iti-8.
Thomas Moore a imité eu vers un ilioiv de chants irlandais (/nsh tnelo~ dies, Lond., 1852. in-S , qui ont .te trad. en français nar Mme L. Sn . Uelloc, etc.
Jacopo Guahehg de lltiiuso. Saggio islorico sti gli scaldi, aniicbi poeli scandinavi, l'isa, Mulini, 1811, in-8.
Chants populaires du Nord (Danemark, Suède, Norwége, etc.), traduit par X. Marinier. Paris, 1842, in-12.
Jacob Giumm. Ueber deti alldeulschen Meislergcsang. Gotlingen, Dieterich, 1811, in-8.
Sammlting von Minnesingern aus detn schvvahischcn Zeilpuitcle, 1 '(I) dicliler citllt. durch Riiger Manessen ; aus dcn Itandschrr. der Knen. Franz, bibliolb. herausgegeben (von J. Boilmerund J. Brcilinger). /midi, 17î,8-t9, 2 vol in-4.
Minnesingcr, detitsclie liederdichler deszvvollen, dreizebn- Icn tind vierzehiilen J;thrltunderls...,mil Gescbicble des Leben lier Dicbler uiid iltre weiKe, von Frid. Ucinrich van der llagen. Leipzig, liarlh, 1827-58, -4 lom. en 5 vol. iti-4.
11 esisie en Alleiu igne me foule d.- recueils du même genre.
Ballades elChanIs populaires anciens et modernes de l'.Mlem.igne, trad. avec une notice bislor., par Sebist. Albin (Mme Horlensc Cornu). Paris, 1840, in-12.
Voy. cussi le t'Unix de poésies allemandes, trad. par llubcr (et Turgot), en 4 vol. in-18 i Pari s, lZGÇi)f Ballades ullmiaiidrs tirées de Burger, Ko rner et Kostgarten, publ. [i.ir l'eni. Fl'iroo (Pans, 1S27|. in-IS, etc.
Translations from tbe Servian mitisiresly, lo xvhirb are ailded some spec. of anglo-norman romances. Lond., 1820, in-4.
Chants populaires des Serviens, rec. par ^\ uk Slephanowitschet Irad.par Mme E. Voïart. Paris, 1834, 2 vol. in 8.
Le texte original avait iiaru à Berlin, en 1S24-53, 4 vol. in-S.
(P. MÉniMÉE.) La Gitzla, ou choix de poésies illyriques recueillies dans la Dalinalie, la Bosnie, la Croatie et l'Herzegovvine. SIrasiourg, 1829, in-18.
Pastiche compose d'après des Chants populaires vainques cl moldave.*.
Nep.-L. Lemeiicieii Chanls héroïques des montagnards et des matelots grecs, Irad. en vers. Paris, 1824-25, 2 vol. in-8.
Ou trouve des notices litter. el liislor. sur les Clianis populaires, en tête do la plupart des recueils de ces Ch.inis, publiés depuis le coinmeoceinent du ..iècle. Les journaux de l'-^lleniagne, de rAngl.-terie et de la France, ont cons.acré beaucoup d'articles auv origines du Chant populaire dans les iliflerentes contrées de t'Eurojie ; mais on attend encore, sur ce Mijel. un ouvrage spécial que Waller Scott, J,icob Griinm et Charles Nodier avaient [iromis.
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OLK niarcliei' sur un liiiain solide on traçant rapRleniont l'histoire du Roman chez les nations chictiennes , il est convenable de conunencer pai- déterminer exactement dans <|uel sens le mol Roman fut pris à dillérenles épo<|ues . soit en France, soit dans les autres pays de llùirope.
Si nous nous en rapportions ii Fmc-
tière, le père de tous les Dictiomiaiics
faits depuis le dix-seplii'ine siècle. n<jns
(lirions que « lloiitan. autrefois, si^nilioil
« le beau lanij;a|^fe; (piil étoil opposé à
« wallon, c'est-:»-dire, vieux, originaire;
« (piOn disoil alors ipie les gens de la «our parloient roman; (]u'il a (''1('' en usage
" jus<pi";i l'ordonnance de lu39; (jue Uoman . depuis ce temps, ne .signide plus
« (pie les livres fabuleux (pii contiennent des bisloiies d'amour et de chevalerie
« inventées pour divertir et oc(UiK'r des fainéants: (pi lleliodoie a fait autrelois le
« Itoman de Th(''agène et Charidée; que, depuis, on a l'ait Amadis de (îaule ; (pie ces
« Itonians ont commencé de se mellre en vogue sous le règne de Philippe le Ik-l ;
« (|ue nos modernes ont l'ail des Romans polis et instriu tifs comme l'Astrée . le
« (>yrus et la Cb'lie: (pie les jKK'-mes fabuleux, comme l'KiK'ide et l'Iliade, se mel-
Belles-Lettrec.
ROMANS. Fol. I.
LE MOYKN AGE
« tent au rang des Romans ; et qu'enfin toutes les histoires peu vraiseniblal)les passent a pour des Romans. »
Il y a bien quelques erreurs dans cette définition rédigée vers la fin du dix-septième siècle, et que les Révérends pères jésuites de Trévoux ont reproduite, comme s'ils en eussent été les coupables auteurs. Seulement, au lieu de ce vilain mot : les fainéants, MM. de Trévoux ont eu la politesse d'écrire les lecteurs, afin de ne pas ajouter la foule (les liseurs de Romans à la troupe déjà bien assez nombreuse de leurs ennemis particuliers. « Comme les Romans, ont-ils ajouté, sont depuis longtemps des histoires amou- « reuses ou de galanterie , on rapporte l'origine des Romans h l'origine des histoires « amoureuses , et l'on dit que Dicéarque , disciple d'Aristote , qui écrivit le premier de « ces matières, est l'auteur des Romans. Guarin de Loherane est le plus ancien Roman « que nous ayons en notre langue. »
Furetière et Trévoux nous ont dit ce qu'on pensait du mot Roman aux dix-septième et dix-huitième siècles : voyons maintenant ce qu'en disait le seizième. Toutes recherches faites, nous reconnaissons avec candeur qu'il garde sur ce point un silence absolu, et par une excellente raison, l'acception primitive n'étant déjà plus en usage, et celle de nos jours ne l'étant pas encore. Le dernier faiseur de Dictionnaire qui ait enregistré le mot suranné de Roman, semble èire le bon Anglais Colgrave. A son avis, il faut entendre par Roman, « le plus beau style français, le livre le plus éloquent. — The most éloquent « French, or any thing written eloquently. Was tearmed so, in old time. Hence : Le " Roman de la Rose. » Par conséquent, d'après Cotgrave, c'est à sa belle versification que le chef-d'œuvre de Jean de Meung aurait dû l'honneur d'être appelé Roman. Cela nous rejette bien loin de la définition de Furetière et de la véritable origine. Prenons donc hardiment le parti de nous passer de guides, et voyons si la route que nous avons à suivre ne se présentera pas d'elle-même à nos yeux.
Tout le monde sait aujourd'hui que le Roman ou Romain était le parler vulgaire des anciens maîtres du monde et de la plupart des nations soumises au joug de la civilisation romaine. « Opéra data est (dit saint Augustin, Cité de Dieu. liv. 19, ch. 7) ut inq^eriosa « civitas non solum jugum, verum etiam linguam suam domilis gentibus imponeret. » Ainsi, parler roman, c'était user de l'idiome des Romains et s'exprimer en latin, non pas tel qu'on l'écrivait, mais tel qu'on le parlait à Rome, àCoi'doue, à Marseille, à Paris, sauf la variété des intonations , des accents et des désinences. Au milieu de ces Romains d'éducation ou de naissance, les Avalois, ou peuples des Pays-Bas, flamingaienl. les Armoricains brelonisaient, les Allemands germanisaient, les Béarnais vaacouisaient; et bien que tous ces gens-là fissent, dans leurs rapports avec la Divinité, un usage plus ou moins grand des livres écrits en latin grammatical, ces livres n'avaient aucune influence sur leur langage ordinaire. Ils savaient tous par cœur des chansons, des contes et des récils historiques en basque, en breton, en flamand, en lyois, ou bien enfin en roman.
Après l'épreuve de la première croisade et quand tous les membres de la grande
;ïr ,|i|,„rl.i,.l,
Miurt- jii .M,. i;:i.n >iiii,i. iic.ï.de (i,^ r.ii
république chrétienne se furent mesurés en Orient, la nécessité de communiquer avec
les personnes aimées qui n" avaient pu quitter les rivages européens contraignit ces
hommes, jusque-là convaincus de l'invincible difficulté d" eVnre dans une autre langue
que la langue latine, les contraignit, dis-je, à tenter de tracer des mots et des phrases dans
lidiome qu'ils parlaient d'habitude et le seul qu'entendaient les femmes et les vieillards.
Ainsi fut rendu à la société chrétienne l'usage intime des communications épisto-
laires; ainsi furent, pour
la première fois, tracés
sur le parchemin , d'une
manière suivie, les mots
de la langue vulgaire;
innovation merveilleuse
due aux plus tendres
sentiments du cœur, au
besoin de parler ;i son
vieuxpère, h sespelilsen-
fanls, h sa bonne épouse,
à sa douce maîtresse.
Voilà donc les langues vulgaires afi'ranchies, élevées au rang de l'orgueilleuse langue grammaticale. Une autre découverte suivit de près celle-ci. En conq)arant toutes les parlures courantes parmi les croisés, chaque nation dut nécessairement donner le premier rang, pour l'agrément, la clarté, l'élégance, à celle dont elle faisait usage; le second rang fut unanimement attribué aux langues romanes, et sur les trois grands rameaux (pii les divisaient, nous avons d'assez bonnes raisons de croire que notre dialecte d'O»/, qui plus tard devait être le franvais de La Fontaine et de Voltaire, obtint la préfélence. Peut-être, après tout, celte déférence s'adiessait-elle moins à la supi'riorité du langage qu'aux ressources littc'raires dont il é-lail déjà le foyer. Les Italiens, en effet, avaient en ce lenips-là (•onq»l(''I(Miieiil perdu la tradition des bons ('crivains latins. Les barbares, qui n'avaient pu, dans les [nemiers temps de leurs établissements, retenir la trame de leurs souvenirs natitmanx eu pif'sence des derni<'is l'ellets de la civilisation romaine, avaient, bientôt apiès, laissé dis[(arailie la dernière trace de ces rellets, (pie nulle autre lueur n'avait remplacée. 11 n'en avait pas été de même chez les Francs. Etablis dans un pays où les bouffons, les jongleurs el les Irouveurs restaient en possession de la faveur |toi»ulaiie , ils avaient en cela suivi les mœurs gauloises; ils avaient ('couté les Ic'gendes demi-latines. ilemi-celti(|ues d<'S peu[iles vaincus; en revanche, et de leur côl(''. ils avaient l'ait entier dans le domaine des traditions po|>idaires leurs ( hansons di^ gueri'e et d'aventures. A la lin du onzième; siècle. I;t fusion de ces trois genres de poèmes était opén'-e dans les Gaules, el avait produit dr-s rt'-sullats nombreux et considé-iables. Ce fut la cause véritable, ou (lu moins inim ipale. de la préf(''rence donu(''e dans l'armée d'Orient, d'im ( ùté, aux idiomes romans sur les idiomes bretons on tiidesipies: de l'iiutre. au Hoinan de
Franco sur les deux autres Romans d'Espagne et dllalio. Les Chansons de geste, dont nous parlerons ailleurs, laissèrent en général, dans la pensée des Croisés, une impression assez
Jongleurs sur une place publique, d'après une miniature du Ms. de Guann df Lohertine (Bihliolliôque de l' Arsenal, nO ISl).
vive pour décider chaque nation, au retour du glorieux voyage, à rechercher quelque sûr moyen de les retenir. Elles furent donc, par lécriturc, fixées dans les mémoires les plus rebelles, et c'est ainsi que les Italiens, les Espagnols, les Avafois ouBataves, avant d'avoir des li\Tes tracés dans leurs idiomes respectifs, en firent exécuter par les jongleurs et même par les chapelains, dans l'idiome que tous se piquaient d'entendre et que lud d'entre eux ne parlait correctement. Quelle fut la nature de ces premiers livres français? O^ n'étaient pas des traités scientifiques ou des formules de prières: la langue latine l'tanl. j)0ur l'expression de ces deux ordres d'idées, admise et consacrée; c'étaient donc exclusivement des chansons, des contes, des récits historiques, qui. hientôt mêlés aux glorieux souvenirs laissés par la croisade dans toutes les contrées de l'Europe, devinrent la hase de nos littératures modernes. Or. on doit convenir qu'il est assez honorable pour nous d'avoir ainsi vu chaque nation chrétienne accorder au mot Roman, dès les premières lueurs de leur civilisation . l'acception de livre ofpéablemrnt écrit pu lumjnc ruhjairc. C'était là reconnaître, en effet, de la façon la plus claire et la plus incontestable du monde, que la France était rentrée la première dans la glorieuse carrière depuis longtemps fermée sur les Grecs et les Romains.
l'ne fois la li(c ouverte, les essais plus ou moins heureux se succédèrent dans notre pays. Toutes les id('es cpiavant les croisades on se contentait d'exprimer, on s'accoutuma a les tracer sur des feuilles de parchemin ; et. chaque jour, l'expérience démontrant mieux les ressources, les agréments et les avantages de la langue vulgaire sur celle des clercs