‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 3)Chapitre 23 sur 68 · Tome U · texte numérisé non relu

Tome U

iimnwscîiJiirs

n quatrième siècle de l'ère chrétienne, le monde n'était

lus romain : des Grecs nouveaux, infirmes héritiers des

mciens. voulaient survivre à la chute de TOccident; le

soleil d'Orient no put suffire pour les raviver, et hion-

lùt il n'y eut plus de lîyzance grecque, ni de liome

latine. Le Nord secoua partout son sarrau de frimas,

Il l'Asie fournit aussi son contingent de Barbares.

loul fut changé ou détruit ; l'idée de Dieu survécut seule à tant de ruines, et le culte qui lui fut consacré sauva en quelque sorte les lettres et les arts. La socii'té anlicpie se trouva ainsi tranformée; tout prit l'autres noms, empruntés à des idiomes issus euxmêmes de cette confusion universelle : l'usage de récriture se conserva et pénétra même dans des pays jus([ue-là incultes ou inconmis ; Tintellii genco huinaiiu' llollail incertaine, n'c'lanl plus gn'ccpiu ni roiiiaiiic, et n Claiit pas encore chn-lienne.

A cette époque, on n'avait pas cessé de copier les ouvrages des auteurs païens; mais on nndlipliail de préférence, et avec un zèle qui portait en lui-même sa récompense, les textes dogmati(jues de l'Église chrétienne, leurs versions et leurs counnentaires; on a, de ce temps-là. «juelques belles copies des œuvres de Virgile et des ver-

Sciences el Arts.

MANUSCRITS, Pol. I.

sions (le la lîiblo. Arrèlons-nous d'abord à décrire le matériel des anciens livres et les {)roccdés divers que le {)rogrès des arts introduisit dans leur confection.

Une fois l'écriture inventée et passée dans l'usage général de la société policée et libre, le choix des nialièros propres à la recevoir et à la fixer fut très-diversifié . quoique soumis il la nature même des textes à écriie : les plus parfaites et les plus commodes de ces matières furent trouvées les dernières. On sail, par le témoignage des anciens, qu'ils écrivirent sui- la pierre , les méîaux . lécorce et les feuilles de plusieurs espèces d'aibres , sur l'argile séchée ou cuite, sur le bois, Pivoire, la cire, la toile, les peaux de (piadrupi'des plus ou moins préparées, le parchemin, (pii fut la meilleure de ces prépal'alions, le papyrus, qui est la seconde écorce d'un loseau . ensuite le papier fait de colon, enfin le papier de chanvre et de lin, dit papier de chiffe.

En rappelant lanlique usage d'écrire sur pierre, sur métaux et sur l'argile séchée ou cuite, ce n'est point des inscriptions, gravées en creux sur ces matériaux, que nous voulons parler, mais bien de textes écrits h la main, sur ces substances dures et pesantes, avec le pinceau, le calam de roseau ou de cuivre, qui a précédé l'emploi des plumes. On possèdi», en ellét, des pierres plates, en calcaire blanc, ayant quelques pouces de dimension, sur lesquelles on a écrit au pinceau des lettres ou autres pièces en très-ancienne écriture égyptienne ; on possède aussi un grand nombre de tessons ou fragments de vases d'argile, même très-connnune , sur lesquels on a écrit en langue copte des lettres et autres pièces d'un usage vulgaire, qui furent transportées h de grandes distances. On conserve, dans quehjnes nuisées, d'autres tessons, sur lesquels les centurions et les questeurs des légions romaines établies en Egypte écrivaient leurs recettes et leurs dépenses. Des actes publics, émanés de l'autorité locale en Egypte pour être offerts h la connaissance de tous, étaient simplement écrits au pinceau et en encre rouge sur le marbre blanc. Des contrats en écriture copte sont tracés en encre blanche sur des peaux préparées et teintes en rouge ; des textes égyptiens, d'une haute anlitpiité, ayant une grande étendue et accompagnés de scènes peintes très-variées, sont écrits sur de la toile blanchie. Lécorce du bouleau a servi de papier aux peuples du Septentrion. 11 ne nous est point parvenu de fragments antiques écrits sur parchemin, quoique l'invention de cette matière préparée pour l'écriture soit attribuée à l'antiquité et à Pergame, une de ses villes les plus célèbres.

La priorité, prouvée par des monuments originaux venus jusqu'à nous, est pour le papyrus, matière h la fois abondante et d'une mise en œuvre facile, de qualités et de prix Irès-diiférents, propre à satisfaire en même tenqis les caprices d'un luxe oisif et les besoins plus modestes des classes laborieuses; matière douée d'un principe de durée à fépreuvc des siècles. Le Moyen Age l'employa journellement dans les affaires privées jusqu'au moment où le parchemin fut plus conunun, et elle servit aussi à la transcription des manuscrits : il nous en reste encore de très-beaux mais de très-iares exemples.

La piaule de laquelle on lirait le papyrus est un roseau qui vit dans le lit, les canaux et les lacs du Nil; il s'élève à plusieurs pieds de hauteur, avec des feuilles; il porte aussi

ET L4 RENAISSANCE

une lionppe analoguo à celle du maïs, mais arrondie plutôt que pendante. Le roseau du papyrus croissant surtout dans la Basse-Egypte, où le Nil avait ses sept embouchures dans la mer. les anciens Egyptiens avaient fait de cette houppe le syndjole consacré de la Basse-Egyple . connue la ileur de lotus était celui de la Haute-Egypte. Apres avoir arraché la plante du papyrus et tranché la racine, on coupait aussi le haut de la tige, en conservant un tronc d'un ou deux pieds de longueur ; c'est de ce tronc qu'on enlevait successivement la première écorce et toutes les pellicules adhérentes, au nombre de dix à douze. Ces pellicules étaient |)lus fines et plus blanches, selon qu'elles étaient plus voisines du cœur de la plante, et quelles avaient plus longtemps vécu dans l'eau ; leurs dimensions dépendaient du diamètre du tronc. Ces pellicules étaient étendues, battues et mises en presse ; on les collait ensuite bout ;i bout pour en former des feuilles. ou des livres, ou des rouleaux de diverses grandeurs. 11 y a des feuilles de dimensions différentes, ayant servi pour des lettres, des comptes, des contrats, des plans et des dessins ; il y a des livres plies ii [tlal composés de plusieurs feuillets , enfin des rouleaux ayant jusqu'il soixante pieds de longueur. La hauteur des papyrus variait aussi suivant les besoins et selon la destination des feuilles; le plus haut que Ion connaisse ne dt-passe pas dix-huit pouces. Comme celle matière végétale desséchée était de sa nature très-friable, toutes les léuillcs ('■taient doubles ; et eu collant la seconde pelliculesur la première, on avait le soin de croiser les fibres, afin de donner plus de consistance h la feuille, au livre ou au rouleau. Le poids dune presse abattait ensuite les aspérités des feuilles du papyius; ou aelievail de les polir avec la pierre ponce, l'agate ou 1 ivoire ; enfin, pour les gaiantir de lliumidilé ou des insectes, on les plongeait dans l'huile de cèdre, et certes le procédé ('tait d'une grande efficacité, puisqu'il nous est parvenu des feuilles écrites au dix-huitième siècle avanl l'ère chrétienne, plusieurs siècles avant Moïse. De la qualité de la plante, de son âge. de sa malinitéet de ses diverses préparations, résultaient plusieurs qualités de papyrus: on leui- donna dilT(Ments noms : on connaît le papyrus /w/r//. le [ilus blanc et le plus haut: le papyrus liiéruli(/ue, :i l'usage des |)rètres. qui foruiaieut la picmière classe de I Etat en Egypte; puis, sous les llomaius, ou le nonuua aïKjnslo, Uricn, fannirn. quand Eannius Sagax en eut établi une fabricpie à Rome; claudien, en l'honneur de l'empereur Claude; enfin saïliqiie cl Ionique, paire qu'on le récollait dans le Saïs et dans le nome de Tanis. Le monde romain avait ado|)l('' l'usage du papyrus, qui était pour Alexandrie une branche de couniierce des plus iuqioilautes. On en trouve la preuve dans les ('crivains de tous les siè( les. Saint Jéiôme eu rend témoignage pour le cinquième siècle de l'ère chrétienne. Au sixième, Théodoric diminua l'inqu'il oiu-reux établi sur celte marchandise. Lesempereurs grecs et latinsdoimaienl leurs diplômes sui- le papyrus ; l'aulorilé pontificale de Rome y écrivit aussi ses plus anciennes bulles. Les chartes des rois de France de la première race furent aussi expé-diées sur le |)apyrus. Dt's le huitième et le neuvit'me siècle, le parchemin lui fit concurrence: le papier de coton accrut cette concurrence jiresque en uièuie tenq)s. et l'on fixe gi-neialemeut au onzii-uie siècle l'époipie oii le papyius fut reuqilacé tout à fait par ces deux nouvelles productions.

Pour écrire sur le papyrus, on employa le pinceau ou le roseau et des encres de diverses couleurs : l'encre noire fui la plus usitée. 11 y avait aussi dans le Nil une autre espèce de roseau, Irès-propre h faire les calam, nom qu'on donne encore en Orient ii l'inslrument qui y remplace la plume à écrire : celle-ci ne fut pas adoptée avant le huilième siècle.

On possède en France quelques chartes mérovingiennes et quelques manuscrits latins sur papyrus; mais les bibliothèques d'Italie sont plus riches en ce genre de monuments graphiques. Il existe en Angleterre des fragments des Évangiles; à Genève et h Paris, des ouvrages de saint Augustin ; à Milan, une partie de la traduction latine de l'ouvrage grec de Rufin. Les manuscrits d'IIerculanum étaient également écrits sur papyrus. Gaèlano Marini, qui a publié le recueil des instruments écrits sur papyrus existants en Italie et en France (I papiri diplomatici; in-Roma, I8t)5. f) , n'en a pas connu de plus récent qu'un acte, daté de l'an 1037, troisième année du pape Victor II; ce qui coupe court à toutes les discussions résumées par les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique (t. I". p. 497 etsuiv. ), et confirme leurs conclusions, d'après lesquelles l'usage du papyrus ou papier d'Egypte fut abandonné à la fin du onzième siècle.

On a beaucoup parlé d'un papier fait très anciennement d'écorce d'arbre, notamment avec celle du tilleul. Celte tradition est peut-être fondée, mais il n'en subsiste aucune preuve; avant que les diplômes sur papyrus d'Egypte eussent été bien étudiés, on prenait cette matière pour une écorce d'arbre , et cette erreur a été fort commune. La Bibliothèque royale possède quelques feuillets d'un manuscrit latin, que D. Mabillon dit être de papyrus, elD. Montfaucon, d'écorce d'arbre : un examen attentif et la comparaison des matières donnent pleinement raison à Mabillon. Ce manuscrit, autrefois à Saint-GermaindesPrés, aujourd'hui à la Bibliothèque royale, est réellement en papyrus. On ne connaît sur écorce d'arbre que des écrits modernes, tels deux ordonnances russes, sur écorce de bouleau bien préparée, concernant l'administration du Kamstchalka.

Quant au papier proprement dit, de soie, de coton, de chiffe et autres matières , les Asiatiques connaissent le papier de soie depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne; l'usage du papier de colon est aussi bien ancien en Asie : il s'introduisit parmi les Grecs dès le neuvième siècle, et depuis il devint commun dans les pays où ils se fixèrent. On fit aussi des papiers de fantaisie ; mais nous n'avons h nous entretenir ici que des matières que nous présentent les manuscrits : le papyrus d'Egypte , qui croît encore en Sicile, le parchemin, le papier de coton et le papier de chiffe.

Ce dernier fut fabriqué à l'imitation du papier de coton; les mêmes procédés servirent à la manipulation des deux matières. On fait remonter au douzième siècle le premier usage du papier de chiire. On connaît des registres de notaires du treizième siècle . écrits sur papier de coton; mais on a trouvé une lettre du sire de Joinville à Louis le Hutin , écrite sur papier de chiffe , et c'est là le plus ancien exemple de ce papier occidental. Pour les actes de l'autorité publique, conmie pour les manuscrits importants, le parchemin fut toujours préféré et même exigé.

Lo format des mamiscrils n'était point sujet à des règles fixes ; il y a des volumes de toutes les dimensions : les plus anciens sur parchemin sont, en général, plus hauts qu'ils ne sont larges, ou bien carrés; l'écriture est appuyée sur une ligne tracée h la pointe sèche et plus tard à la mine de plomb ; les cahiers sont composés d'un nombre indéterminé de feuilles; la première feuille des cahiers de papyrus est parfois en parchemin pour aider h leur conservation ; un mot ou un chiffre, placé au lias de la dei-nière page de chaque cahier et au fond du volume, sert de rt'clame d'un caliier à l'autre.

11 faut rappeler ici que les empereurs de Constantinople avaient l'habitude de souscrire en encre rouge les actes de leur souveraine puissance : leur premier secrétaire était le gardien du vase de cinabre qui ne servait qu'à l'empereur. Quelques diplômes des rois de France de la seconde race sont de même authentiqués en encre rouge.

On ne connaît l'emploi de l'ivoire, en feuillets de manuscrits, que chez les Asiatiques niodeines. La feuille de palmier est aussi d'un usage vulgaire dans toute l'Asie.

Les tablettes de cire consistaient en une planche légère dont le champ était plus bas que les bords: on couvrait cette planche d'une couche de cire blanche; on y traçait les lettres en creux au moyen d'un style en cuivre ou en fer, pointu par un bout et aplati en spatule à l'autre bout, qui servait ;i effacer les traits, soit pour faire des corrections, soit pour eci'ire de nf)uveau et plusieurs fois successivement sur la mrme page.

Le parchemin ne scndjlail [tas d abord susceptible de recevoir deux fois de l'écriture, mais on imagina de le gratter pour le faii-e servir encore. Les manuscrits qui conservent les vestiges de ce procédé purement économique se nomment paliuqjsestes, ou anciennement grattés. On grattait, en effet, l'ancienne écriture sur le parchemin, mais l'opéialion n'a jamais ('-lé faite assez parfaitement pour que l'œil exercé d'un palt''ogra|ili<' ne puisse rcliouver la trace de celle ancienne écriture. Il arrive aussi que raiicien livre a pris une autre forme sous le nouveau texte, que le parchemin a (Hé plié ii contre-sens, de sorte qu'on reconnaît les lignes primitives à la pointe sèche, tracées à angle droit on ne correspondant plus avec les nouvelles lignes. C'est dans les manuscrits palimpsestes qu'on a ilc'rouvert des textes iiuklils grecs ou latins. Le Traité de la République . par (licé'i'on. (''lail «aché- sous le texte du Concile do Chalccdoine. Monseigneur le cardinal Ma'ï a |inl)lic plnsicnis volumes, extraits des manuscrits palinqisesles de Milan et de llonie. La l!il)liollir(|ue royale de Paris possède un certain nondjre de manuscrits grecs ou latins réécrits, mais on n'en a lin'' jusipiici (pic peu de chose; toutefois, le manuscrit grec, nnuK-rolé 9, contenant les ouvrages de saint l'.plirem. écrits au treizième siècle, l'cnlciinc im texte des Evangiles en gi-ec ir'nionlaiil an cinquième ou sixième siècle; ce texte a vW ravivé |iai" les procédés cliiini(|iies. el pnblii' en enliei- pai' .M. Tischendorll'. ii Leipsick. il y a peu d'amié-es.

Ajoutons, pour terminei- ce qui concerne le matc'iiel des manuscrits, (pie le ( lioix du parchemin ré[»ondait à rinqiorlance ou à la destination du livre; (pie les plus beaux, les plus riches, sont compo.si's dn parchemin le plus blanc et le plus lin ; (pie le suprême en celle iiiarK"'rr «'lail le |);irelieniin IcinI en pourpre; (pidii ('■( ri\ail d'ordinaire sur l;i

in

pourpre avoc de l'encre dov ou d'argent ; qu'il nous reste quelques beaux modèles de ce luxe, fort dispendieux, dans des manuscrits tout liturgiques ; que l'encre noire était d'un usage universel pour les nianuscrils comme pour les chartes; qu'on écrivait les litres des livres et des chapities avec de l'encre rouge, de là, le nom de rubriques donné à ces titres: qu'on employait aussi des encres bleues, vertes et jaunes, mais pour l'oi'nement plulôl (pie pour le corps des ouvrages : le goût des écrivains, des calligraphes et des miniaturistes était d'ailleurs le seul arbitre de l'ornement, à moins qu'il ne se soumît aux ordres de la personne qui faisait les frais de la copie; quant aux frais de la reliure, ils entraient en grande considération dans la dépense du volume.

On attachait souvent les cahiers d'un manuscrit à deux ou trois lanières de cuir qu'on clouait ensuite à deux ais de bois; il n'y avait dans ces simples matériaux aucune cause prochaine de fermentation, ni de génération dinsecles, tandis que la couverture en peaux préparées et la colle de farine exposent les livres à ce double danger. Mais le luxe pénétra bientôt dans les reliures : l'offrande d'un Évangéliaire . d'un Missel, d'un Ântiphonaire, à une église, témoignait de la piété du donateur en proportion de la richesse du présent. On a des descriptions merveilleuses d'anciens manuscrits enfermés dans des cassettes non moins merveilleuses que les livres mêmes; on conserAC, soit dans les trésors des monastères, soit dans les bibliothèques publiques, des volumes réellement remarquables par leur exécution calligraphique, par les lettres peintes relevées d'or et d'argent dont ils sont ornés, par la beauté des peintures qui les enrichissent et par la magnificence de leui- reliure en or battu, en argent sculpté, en figurines de métaux précieux, en émaux ou en nielles antiques, en pierres gravées ou pierres précieuses serties sur or ou sur argent débité en filigranes, ou travaillé avec toute la perfection de l'orfèvrerie du Moyen Age.

L'oflVande de si riches volumes ne se faisait pas sans éclat : le manuscrit était déposé sur l'autel principal de l'église ; une messe solennelle était célébrée à cette occasion, et le volume, après avoir c'té bi'ni. même s'il renfermait un texte profane, était placé avec quelque cérémonie dans la bibliothèque ou le trésor de l'église; d'ordinaire, une inscription Il la fin (le l'ouvrage mentionnait cette ollrande à Dieu et aux saints du paradis.

Il ne faut point s'étonner de l'empressement de l'Église à encourager ces sortes d'hommages où la littérature avait autant d'intérêt que la religion : l'Église, à peu près seule, était lettrée et savante ; elle comprenait la nécessité de répandre la foi ; elle recherchait les auteurs ]>rofanes presque .à l'égal des textes saci'és ; les orateurs chrétiens prenaient leurs modi'Ies d'élo(juence l:i où ils les trouvaient, dans Rome païenne ; les poètes, ayant la même langue, n'avaient point d'autre école, et le zèle des nouveaux disciples s'exaltait jusqu'à découvrir des prophéties du Messie dans les écrivains bien antérieurs aux doctrines nouvelles. Ainsi les manuscrits grecs et latins profanes sont, pour le plus grand nombre, comme les Bibles et les Pères, l'ouvrage des moines et des clercs. Les règles des l)lns anciennes congrégations religieuses recommandent . comme une œuvre Irèsagr»'able ii Dieu, aux moines qui savaient écrire, de copier les manuscrits, et à ceux qui

ne le savaient pas, d'apprendre à les relier. 11 existe différentes chartes de concession du droit de chasser, dans les forêts seigneuriales, les quadiupèdes dont la dépouille servait à la reliure des manuscrits. Au onzième siècle, le comte d'Anjou accorde, comme privilèges perpétuels, à l'ahhesse de Sainte-Marie de Saintes, le droit de faire prendre chaque année, dans les forèls du conile, une paire de sangliers, de cerfs, de daims, de ( hevreuils et de lièvres vivants, pour son aumseuicnl (ad recrcandum fcmiiieam imbccillilatem), et dans la forêt d'Oleron, la dime des cerfs et autres bêles fauves dont les peaux devaient être employées h couvrir les livres de l'abbaye. {Cariulaire de Sainte-Marie de Saintes, et Documenls historiques, Mélanges, tome 1", page xvi.) Le savant Alcuin exhortait ses contemporains il transcrire les livres : « C'est une œuvre très-méritoire, leur disail-il, utile au salul bien plus (|ue le travail des champs, qui ne profite qu'au ventre, tandis que le travail du co[)iste prolile à l'ànie. » Son conlemiiorain Cléiuent, directeur de f Académie de Paris, éduquait en même temps les écrivains royaux ou l'alalins, professant dans les écoles du Palais, et les écrivains ou Dictatores. attachés au service de la chapelle de l'empereur. Nous aurons l'occasion de parler des capilulaires, par lesquels Charlemagnc voulut assurer la icToiniation de lécrituie, la correcte transcription des textes manuscrits, prévenir l'ignorance des copistes et réprimer leur témérité.

A toutes les é|)oques de l'histoire, ou trouve la mention de certains manuscrits célèbres, et ces traditions font honneur aux siècles où elles sont nées : l'intelligence conservait tous ses droits à l'estime des hommes qui gardaient religieusement le souvenir de ses chefs-d'œuvre. Nous ne remonterons pas jusqu'aux traditions grecques, relatives aux ouvrages d'Homère, dont quehpics copies avaient ('tc' orn<'es avec un luxe cpiOn n'a point imité depuis; nous n'avons ;i considérer notre sujet (pie depuis les siècles chrc'liens ; c'est la date de la formation des sociétés modernes. Au cinquième siècle, saint Jeiôme savait (pie Pampliilc le Martyr avait transcrit de sa main les ouvrages d'Origène : il en possédait vingt-cin(i cahiers. Saint Ambroise, saint Fulgence, Alcuin. llincmar, archevêque de Reims, copiaient eux-mêmes les livres les plus utiles, et comme c'étaient d(^s honmies tri's-savants. ils s'appli(pierent surtout :i la b<iime leçon des text(^s. Ajoutons que les divisions (iogiiiali(pies, qui se iiiauifestèient dans l'Eglise chrétienne aux premiers siirh^s de son existence, contribuèrent indirectement à la conservation des textes gi'iiéralement corrects des Ecritures, les catholi(pies surveillant les copistes (pi'ils payaient, les donalisles surveillant les leurs. On désignait ces copistes par les noms de Srribu, Scriptor. Noiariiis; le lieu oii ils si(''geaienl liabiliiellemeiit se nommait Srrij)l()rium. Le mot srriplor avait parfois une autre accejition, (•oMun(! on le voit par celte f(»rmule dim diplôme du huitième sii-cle, oii on lit : Gcra/diis srripsil .scriptor imiwrutoris pcr iiiuniim ma- (fistri UiKjonis cancellarii. [De re diplomuticù. p. Kll.) Les capilulaires contre les mauvais copistes étaient souvent renouvelés : Jtibcmiis ni srriplorvs (fiiiquc ikhi riliosc srriljanl : — De scriptor il)m, nt non vitiose scribant. ( Raluzius, Cupilulariu, l. 11. |i. 1100;. Les picscriptions de ces capitulaires ('laieut mimilieuses. En l'aniK-e 7Si), on > lit : « On aura de bous textes catliuliques dans tous les monastères, aliii de ne [loinl

l'aire dos deiu.indos ;i Dieu en mauvais langage. » En l'an 805 : o S'il faut copier les Evangiles, le Psautier ou le Missel, on n'y emploiera que des hommes soigneux et d'un âge mûr. Les erreurs dans les mots peuvent en introduire dans la foi. » Une constitution de l'an 788, et iclalive à la révision des livres {De emendatione librorum), ordonne : reparare oblileralam lilferariim officinam; et pernoscenda sludia artium liber alium EXf;MPi.o iNOSTRO invUamus , dit le roi, qui ajoute: correxinms veleris et novi Testamenli libros ùnpen'tia depravalos, et qui charge Paul Diacre de reviser le texte de l'ofiice de nuit, corrompu par de nombreux solëcismes. (Balcz., Capilularia, tomel".) Le dictator était celui qui dictait à l'écrivain ; venaient ensuite les correcteurs, hommes savants qui rectifiaient l'ouvrage des copistes el qui annonçaient leur révision par les mots: contuli, emendari. Au onzième siècle surtout, on rétablit cet ancien usage des Romains. On parle dun texte d'Origène corrigé de la main de Charlemagne, à qui l'on attribue aussi l'inlioduclion du point et des virgules dans les manuscrits. Les plus grands hommes de l'Église ne dédaignèrent point une telle occupation : saint Jérôme, saint Augustin, Loup, abbé de Ferrières, Paul, diacre au mont Cassin, Mayeul à Cluny, revoyaient les nouvelles copies et dirigeaient le travail des écrivains. Les corrections étaient indiquées dans les interlignes, et les additions portées sur les marges; quelquefois, pourtant, on renonçait à cette révision du texte, afin de ne point gâter un beau manuscrit.

La même prévoyance présidait à la confection matérielle des diplômes el des chartes : les référendaires ou chanceliers les rédigeaient et en surveillaient l'expédition ; les grands officiers de la couronne y intervenaient ; ces actes étaient lus publiquement avant d'être signés et scellés. Les notaires et les témoins garantissaient l'authenticité des chartes relatives aux intérêts particuliers : l'autorité publique avait réglé le formulaire de ces expéditions.

Après cet exposé sommaire des principales notions concernant le matériel des manuscrits et leurs caractères extrinsèques, notions également applicables à l'élude des chartes , nous devons entrer dans l'examen de leurs caractères intrinsèques et en quelque sorte nationaux, qui nous révéleront leur véritable origine. Le plus significatif de ces caiactères est, sans nul doute, la langue employée dans ces productions de l'esprit des anciens temps.

Il est permis de suivre avec quelque confiance, dans l'histoire des manuscrits et des chartes, les divisions par pays et par langues, car toutes les littératures qui se sont formées durant le Moyen Age sont fondamentalement caractérisées par l'idiome même qu'elles ont adopté, perfectionné et eni-ichi. C'est pourquoi celte considération, tirée des idiomes, est certainement le guide le plus sûr à choisir, le seul qui ne puisse point tromper sur l'origine des peuples et la nature de leurs travaux intellectuels. Les langues et les littératures de l'Europe nouvelle sont, en effet, toutes grecques ou latines, slaves ou gothiques : ces quatre grandes fomilles de peuples et de langues ont subsisté malgré les injonctions de la politique. Telle est la base des recherches, au moyen desquelles

on doit élablir lorigine el la nature de l'écriture particulière ;» chaque littérature, ses variations de siècle en siècle dans les manuscrits et les chartes, et les causes de ces variations durables ou passagères; d'où résultera, appuyée sur les meilleures preuves, la généalogie des alphabets usités dans l'Europe moderne, et, parfois, cette généalogie des lettres éclairera le berceau obscur de la civilisation de quelques peuplades naguère inconnues et aujourd'hui assises au rang des plus puissantes nations : les Grecs de Constantinople donnèrent à la race slave l'écriture, et avec elle la foi chrétienne et les germes de sa puissance.

Laissant de côté les textes antérieurs h l'établissement du christianisme, nous rappellerons que l'écriture grecque la plus ancienne fut l'écriture capitale régulière et bien proportionnée; h mesure que son usage se répandit, on la simplifia de plus en plus sur le papyrus ou le parchemin. Après l'écriture capitale irrégulière, dont nous n'avons des exemples que dans les inscriptions sur pierre ou sur bronze , on passa à l'écriture nommée ondule, on ne sait trop pourquoi, laquelle fut un premier pas vers l'écriture grecque, plus expédilive. On en connaît des modèles du quatrième siècle; elle changea peu jusqu'au septième, et de cette époque on peut citer un exemple tiré des Epîtres de saint Paul (Exemjtle n» 1 . manuscrit de la Bibliothèque royale. n° 107. Les proportions régulières de la capitale ont disparu : les lettres sont plus larges que hautes; des deux jambages de l'A, on n'a conservé que celui de droite, auquel est attaché comme appendice un trait semblable à un triangle mal formé; l'E, le 2 , ont été arrondis, fe , C; l'n, le e, ont été transformés; les lettres ne sont plus tranchées; en tout ou vise à une plus prompte expédition sans renoncer à l'antique éh'gance; ajoutons (jue la forme lunaire donnée à l'E et au s . e, C. fut d'un usage général dans l'Egyple des Ptolémées.

Cette écriture onciale fut employée dans les manuscrits grecs jusqu'au neuvième siècle. el pour les livres de chœur dans les églises jusqu'au onzième. Les plus beaux modèles qui nous en restent dans les manuscrits, outre le Pentateuque grec de la Bil)lio(hèque royale de Paris, sont la Bible du Vatican, n° 623, et un Dion Cassien de la même Biblio- Ihèquc. manuscrits remai'(piables par leur élégante exécution; le Dioscoride de Vienne, en caiaclèn' plus gros et non moins ('légant, attiibué au quatrième siècle: les fragments des KiHlics (!<• saint Paul, de la Bibliothèque royale de Paris, engiosse écriture du siècle suivant, maladroitement renouvelée et surchargée; le Lectionnaire grec deMuuidi. du huitième siècle, en écriture non tranchée, grosse el massive, penchée, mais régulière; riAaug(''liaire de Vienne, de la lin du huitième siècle, écrit en or sur vi'lin [)ourpre el en lellrcs bien proportionnées, ti'acc'cs avec une rare perfeclion. rondes ou carrées, sans mé'Iangf de lettres allongées; le Gn'-goire de Nazianze, de Paris, n" olO, du neuvième siècle (l'lxenq)le n"2), orné de peintures, mais dont l'écriture, (pioiipie large et belle, annonce dt'-jà une décadence, les lettres étant longues, hautes, serrées et penchées , mais udii lié'es, l'é'crilure étant indistincte (les mots ne sont point séparés) et cependant |»onclU(''e, les capitales diiïormes el les liaits de quehpies lettres exagérés. On remanpie, dans rrivaugi'-liaire de Saiul-.Marc de Venise, du mèuie siècle, très-riclieiueut ext^-

Soienoes el Aru. MANUSCRITS. Fol. V.

cuté en écriture oiiciale mêlée , cerlaines lettres carrées , d'autres arrondies, quelques-unes plus hautes que larges, irrégulières par les liastes excédantes, bombées à linlérieur, les queues étant tranchées en diagonale ou se prolongeant en appendices superflus. Nous terminerons ces indications par la mention de lÉvangéliaire de la Bibliothèque Médicéo-Laurentienne de Florence (n" 31), admirable modèle de l'écriture grecque onciale du neuvième siècle, massive, plus haute que large, droite, h double trait, h pleins et déliés opposés, régulière et proportionnée, avec les esprits et les accents, avec des notes de musique, avec les capitales peintes et rehaussées d'or placées sur la marge, avec les titres en lettres d'or écrits dans de riches encadrements. C'est encore un autre beau modèle que le Saint-Denis l'Aréopagile, de Florence, plus plaisant à l'œil peut-être que l'Évangéliaire, mais plus hardi, plus hasardé, plus capricieux, et plus exposé ainsi à des réserves commandées par le bon goût.

Les diplômes datant du quatrième au dixième siècle sont tous dune écriture qui diffère de celle des manuscrits, et cette distinction entre l'écriture des manuscrits et l'écriture des diplômes est fondamentale pendant toute la durée du Moyen Âge, comme elle l'était pour les siècles antérieurs, l'écriture des manuscrits étant celle des calligraphes et suivant la mode du temps , celle des diplômes sortant des chancelleries et de la main si variée des tachygraphes et des secrétaires : ceux-ci usèrent de très-bonne heure dune écriture cursive, liée dans les lettres et souvent dans les mots, indistincte, abrégée, irrégulière, variée comme le sont nos écritures cursives modernes.

Dans quelipies manuscrits du neuvième siècle , on peut remarquer le passage de l'écriture onciale à la demi-onciale , c'est-à-dire, déjà mêlée de minuscules, dernière modification de l'écriture capitale, et le passage delà demi-onciale à la minuscule. Dès le dixième siècle, les manuscrits en minuscules se multiplièrent : les tachygraphes ou partisans de l'écriture expéditive prirent le dessus; les calligraphes se soumirent à les imiter; ceux-ci employaient beaucoup de temps à tracer les lettres capitales et même les onciales; à chaque lettre il leur fallait interronqire la marche du calam, avant de passer à la lettre suivante. Une méthode qui produisait davantage dans le même espace de temps dut parfaitement s'accréditer ; les calligraphes s'appliquèrent donc à associer dans les manuscrits les belles formes de l'écriture avec une exécution plus expéditive ; ils abandonnèrent l'onciale et adoptèrent la minuscule liée. Dès lors la première ne fut plus employée que pour les titres des livres ; c'est au neuvième siècle que ce changement s'opéra dans l'écriture grecque, et il fut d'un usage général dès le dixième.

Pour ce dixième siècle et les suivants, nous indiquerons quelques beaux types. Cerlains livres liturgiques, malgré l'éijotiue, conservent l'écriture onciale, mais enjolivée et surchargée de traits superflus, comme pour témoigner elle-même de sa décadence. Au contraire, les beaux exemples de l'écriture cursive liée sont de ces mêmes siècles, et celui que reproduit notre Exemple n" 3, est tiré du manuscrit grecn" 139 de la Bibliothèque royale. Le petit Évangéliaire du cardinal Mazarin (même bibliothèque, n° 70), le Plutarque de Florence, du siècle suivant , l'Évangéliaire de la même ville, en grosse et

massive minuscule cursive dor, un autre Grégoire de Nazianze, de Paris, n" 319, el le Livre doffices ecclésiastiques, n° 731 , de Paris, sont autant de modèles variés de celte nouvelle écriture expéditive. Dans ce dernier manuscrit, on lit cette souscription : «Priez « pour Eutyme, pauvre moine, prêtre du monastère de Saint -Lazare. Il (ce volume) a été « terminé au mois de mai, indiction 3, lan (du monde) 6313. » Et cette date, selon 1rs supputations de l'Église gi-ecque, répond au mois de mai de l'an 1007 de l'ère chrétienne des Latins.

Pour le douzième siècle, nous indiquerons d'abord le beau manuscrit grec, de Paris, n° 543, orné de très-brillants titres en encre d'or (Exemple n" 4). Il fut donné ;i Louis XIV par Chrysanthès Notaras, patriarche de Jérusalem. Au treizième siècle, vers 1269. l'empereur Michel Paléologue avait donné à saint Louis un autre manuscrit en lettres cursives très-petites et orné de portraits (Bihliolhècpie royale de Paris, n" 1115). Pour les trois siècles suivants, les modèles, quoique d'un aspect général unil'orme, varient comme les habitudes des mains qui les exécutèrent : la forme ancienne des esprits était abandonnée ; de beaux manuscrits étaient déjà exécutés en Italie ; la barbarie restait dans le Levant. Un calligraphe, du nom de Gregoropoulo, transcrivit le volume de la Bibliothèque royale de Paris, numéroté 130, très-beau type de la cursive grecque, aussi large que haute et bien proportionnée; on lit aussi, dans ce même temps, des manuscrits moitié grec, moitié latin : les Grecs en Italie vivaient avec la langue latine. Enfin Vergècc vint (Ange Vergèce, de Corfou), qui, de 1333 à 1376, laissa de nondjreux monuments de l'admirable écriture cursive grecque, dont il régla la forme et les proportions, de manière à en faire un parfait modèle que nul n'a surpassé, et qui a donné lieu au proveibe : Ecrire connue un Ange. Voyez Exemple n" 5, qui est linde l'ouvrage d'Oppien (liil)liolhè(pic loyale de Paris, n" 2737). manu.scril orné de dessins coloriés, attribués ii la fille du célèbre calligraphe.

Après avoir exposé les états successifs de l'alphaljct gi-ec dans les manuscrits, depuis le (juatrième siècle jusqu'au seizième, il nous faut le suivre, ii travers ses pérégrinations .se|»lentrionales, dans les pays où il introduisit, par son influence, la foi chrétienne et la civilisation. Sur la rive droite du Danube, dans lancieime.Mcesie. le descendant d'une famille cappadocienne, autrefois ennuencr prisonnière [lar les Gollis, Ulphilas, au (lualriènic siècle, inventa l'alphabet qui porte pour cela le nom de mœsogoUriqite, et qui est d'origine grecque avec un mélange désignes latins el d'autres signes spéciaux ; cet alphabet a servi à écrire en langue gothique l'ancien et le nouveau Testament ; les manuscrits en sont très-rares, el on n'en crinuaissait (|ue deux, celui d Ipsal, ('crit en lettres d'argenl, ci celui de Wolfçnbutlcl. avant 1rs heureuses dc'ccjuverles de monseigneui' le cardinal .Maj. qui a reti-ouv('' ii Milan et ii Bomc de nouveaux fragments mainiscrils de la lliiile d llpliilas. Notre modèle mœsogothique (n° 9) est tiré d'un des feuillets nouvcllemeiii r(((>uvrés. (ietle écriture est massive et sans élégance, plus haute que large, et indistincte quoicpie ponctuc'c ; elle s'é-loigne sensiblement de toute ressend)lance |>arl'aite avec les types qu'elle iiiiile el qu'dii recouniiît appartenir :\ l'i'crilui'c greccpie (inciaje du Has-Enqtire.

Lccriture slave, doul Ihistoire est h peu près la même que celle de la mœsogolhique, est aussi une lille de la Grèce. Quand les peuples de cette famille se convertirent au christianisme, ils y furent conduits par les chrétiens grecs, et le patriarche saint Cyrille, au neuvième siècle, devint leur insliluteur ; il leur donna l'usage de l'écriture que les Slaves n'avaient pas, et ce fut l'alphabet grec qu'ils adoptèrent, en y ajoutant toutefois quel- (|urs signes nouveaux ou en modifiant la forme de quekpies signes anciens, afin de pouvoir exprimer les voix et les sons particuliers à la langue slave et inconnus à la langue grecque : il en résulta que les vingt-cinq signes de l'alphabet grec furent portés h. cinquantetrois dans l'alphabet slave. Les manuscrits slaves ne sont pas rares dans les bibliothèques publiques : on en voit à Paris, à Bologne, au Vatican, mais surtout en Allemagne et dans les pays de la domination moscovite, où les livres liturgiques slaves sont les plus anciens monuments écrits de la littérature locale, inerte d'abord, copiste et imitalive ensuite, et créant enfin quand elle fut devenue la littéialure d'une nation. Notre premier modèle slave (n" 6) est tiré d'un manuscrit du onzième siècle, de Paris, contenant des extraits historiques et agiographiques ; les titres des chapitres sont écrits en encre rouge et en lettres capitales hautes, serrées et liées , le petit caractère conservant, comme le grand, les marques de son imitation de l'écriture onciale des Grecs. Toutes les écritures de ce modèle sont celles qu'on nonune ajrilliennes ou données par saint Cyrille : elles eurent une rivale, parce que la conununion chrétienne latine rivalisa dans les pays slaves avec la communion grecque, et un alphabet nouveau, plus particulier aux Slaves catholiques, fut fait à leui" usage. Cet alphabet se nomme hiéronymien (et l'autre cyn'llien), parce qu'il est attribué à un saint Jérôme, docteur esclavon de l'Église latine. On donne aussi h ce dernier le surnom ôeglagolitiqiie. épithète dont on ignore l'étymologie. Avec cette seconde espèce d'écriture slave, il faut indiquer encore une variété qu'on nomme glagolUique à lunelles, h cause de la forme de ses signes où les traits circulaires sont très-fréquents. Un seul manuscrit slave, de France, nous a fourni les modèles de l'écriture de saint Cyrille et de celle de saint Jérôme (Exemple n" 7). Ce manuscrit appartient à la ville de Reims, où il est connu sous le nom de Texte du Sacre, d'après la supposition , tout à fait gratuite, que ce livre servait au serment des rois de France dans les cérémonies de leur sacre à Reims. Vingt écrivains, depuis trois siècles, ont exalté le mérite de ce volume, en lui attribuant une romanesque origine, en le considérant comme étant écrit de la main de saint Procope, qui fut canonisé au onzième siècle. Mais des annotations inqiortantes et des traditions dignes de foi fixent h la fin du quatorzième siècle làgedece manuscrit. En général, les manuscrits slaves se recommandent moins par l'élégance de leur exécution que par la richesse des reliures : les textes liturgiques y sont les plus conununs; les anciennes copies de la Chronique de Nestor et d'anciens diplômes sont écrits avec l'alphabet cyrillien; l'alphabet russe vulgaire n'en est qu'un abrégé, réduit à 12 signes par l'empereur Pierre 1", de sorte que les nations slaves connaissent deux al- ]ihal)els <yrilliens. le slave ancien pour l'Église, et le slave récent ou le russe pour l'État ; du premier, on ne connaît point de manuscrit antérieur au onzième siècle de notre ère.

Les Moldaves el les Bulgares n'ont pas d'autre écriture ancienne ou moderne ; ils possèdent des manuscrits et des chartes ^K\eulple n" 8), mais on ne connaît de ces deux littératures aucune production calligraphique digne de quelque renommée et qui puisse prendre place dans ce lahleau sommaire des manuscrits de la famille grecque , dispersée dans les régions de l'Eui'ope les plus diverses.

Les mauuscrils de la famille latine sont, sans contredit, el phisnombreux et plus variés, parce <pic l'Église laliue est plus éleuduc, parce que la civilisation romaine pénétra plus ou moins vivement dans la plus grande partie des provinces d'Europe. Toutefois on ne connaît pas de fragments manuscrits latins antérieurs au quatrième siècle, soit livres, soit chartes , quoiqu'on fit usage , dans la cité romaine, d'une écriture cursive ou expéditive, celle des tachygraphes, en concurrence avec celle des calligraphes qui copiaient les livres. On considère cependant comme authentique le //6f//(/sdeYeliusFidus. qui date delan \o^ et dont récriture est en lettres un peu rustiques, inégales, liées, conjointes et tirant sur la cursive. On a publié aussi, en 1840, un autre libcllus, ou tablettes de cire, trouvé, diton, dans une mine d'or de Hongrie, et dont on fixait la date à l'année 167, tioisième ilu consulat de Lucius Verus; mais on a pensé généralement que ces fragments, mis au jour et savanmicnt commentés par M. Masmann, de Munich, qui les jugeait anli(pies, ne l'étaient pas. On place donc en tète des manuscrits de l'écriture latine le fragment (f un papyrus latin trouvé en Egypte, rescrit impérial j)ar lequel est annulée la vente dune |)ropiiété, consentie à la suite de violences par un nommé Isidore (Exemple n" 12) : on l'allribue au troisième ou quatrième siècle. C'est à la même époque qu'on reporte le manuscrit latin, palimpseste, contenant le traité De la llrpuhliqiie de Cicéron, et recouvert au neuvième sii'de par le texte du second concile de Clialcédniuc (Exemple n° 11). Pour le quatrième siècle, on connail le Virgile à ligures, de la Uibliolliècjue du Vatican, format in-4" carré, sur vélin, orné de peintures Irès-recommandables; le volume est incomplet; il est écrit en lettres capitales romaines, éK-gantes, quoique négligées, ayant les traverses courtes; les mois y sont indistincts, mais les phrases ponctuées; l'A n'a point de traverse, le sommet du T est très-couri. l'F s'élève au-dessus des autres lettres: écriture en tout massive, serrée, carrée. Eulvius Ursinus (Fulvio Orsini) donna ce j)r(''cieux manuscrit ;i la Valicane; il avait appartemi i» un autre docte Italien , Pietro liembo. On attribue au même siècle un autre manuscrit du Vatican, le Térence, en lettres capitales aussi, mais irrégulières cl mumiuhis poui' cela capitales rustiques : on ne trouve pas dans ce manuscrit , comme dans (|uel(|U('s mamiscrils de Térence, lindication de la repri-sentalion du Vhormio (le Parasite) aux fêtes roniaint's du mois de sepiciidire, par la troupe de Lucius Andjivius Turpin el de Lucius Allilius de Pi'(''nesle, en l'an IGO avant .lé-sus-Ciirisl. Lu aulie Virgile du < in- (|ui(ine siècle, dans la même collection, est orné de uK'diocres peintures, mais écrii tn très-belle capitale rnsticpie (on rn trouvera un fac-siinilc ii l;uli( le Miiudliircs des Manuscrits, planche 1). Ce beau Virgile est connu sous le ikhm de Mamiseril niniiiiii: il .serait |»lusjusle de le nommer j!/«n«.'sav7 fraïU'ais, puisquil a (faliurd aii|i;nliiiii ii l'abbaye

vu

<le. Saint-Denis, ensuite au Vatican, on ne sait par quelles circonstances. Un autre Virgile, du sixiime siècle, en capitales rustiques, dit le grand Virgile du Vatican, a aussi enrichi cette bibliothèque au détriment de la France, puisqu'il était en la possession de Claude Dupuy et des frères Pithou; ces beaux volumes sont de précieuses reliques paléographiques soi'lies du cabinet de nos savants pour servir d'ornement aux collections étrangères. Le traité de la République, cit<'' plus haut, a passé aussi de l'abbaye de Sainl- Benoit-sui-Loire au Vatican, où il est inscrit parmi les manuscrits donnés au pape par la reine de Suède. Le Prudence , que possède encore du moins la Bibibliothèque royale de Paris, n° 8084, autre très-beau manuscrit du sixième siècle, est en écriture capitale iiisti(pie. capricieuse, mais élégante.

Deux autres écritures furent, à la même é[ioque. en usage dans le monde latin : cette même capitale rustique, cessant d'être rectangulaire, s'arrondissant dans ses traits principaux , devenant l'onciale et par là bien plus expéditive, fut réservée pour les manuscrits; l'autre, plus expéditive encore, la cursive, fut employée aussi dans les manuscrits. La pi'emière de ces deux écritures , l'onciale , nous offre de beaux modèles, du sixième siècle, dans les Sermons de saint Augustin, sur papyrus (Exemple n° 15). et dans le Psautier de Saint-Germain-des-Prés. en lettres dargent . sur vélin pourpre (Exemple u" 13 bis), lun et laulre à la Bibliothèque royale de Paris. Nous reconnaissons cette même écriture onciale du sixième siècle , mais bien moins élégante , moins régulière, et approchant ainsi de la demi-onciale, qui sapprochail elle-même de la cursive, dans le Tite-Live de la Bibliothèque impériale de Vienne, dans le Lactance de Bologne, le Bréviaire dAlaric conservé à Munich , et le Code Théodosien de Paris . provenant de la bibliothèque du château de Rosny.

Une écriture cursive était alors en usage dans les Gaules, ce qui lui valut la quahHcation de gallicane; nous en donnons un modèle (Exemple n" 1 6) tiré des Homélies de saint Avit. écrites sur papyrus, appartenant ii la Bibliothèque royale de Paris (S. L. 668). Dans d'autres manuscrits, notamment un Grégoire de Tours sur vélin, format grand in-4°. on emplova aussi la même écriture, qui se fait remarquer par sa dégradation successive.

Dans le même siècle , on voit la demi-onciale devenant de plus en plus expéditive par le chiuigeiBent de certaines formes : il fallait bien que la facilité dans le tracé de l'écriture secondât le besoin toujours croissant de son usage parmi les populations. 11 y avait alors une onciale gallicane dont on voit le modèle dans le manuscrit de saint Prosper à Paris: il l'aiit avouer que les manuscrits exécutés à la même époque en Italie sont moins défectueux, et que les belles formes qui naissent des bonnes proportions y sont habituellement mieux conservées. Pour cette belle onciale d'Italie, on peut citer la Bible du Mont- Amiati à Florence, les Homélies palimpsestes du Vatican et l'admirable Evangéliaiie de Notre-Dame de Paris, n° 132 (Exemple n° 18).

L'iVriturc cursive diplomatique fut réservée pour les diplômes ou chartes. Le [tins ancien modèle se ti'ouve dans les inslnaunds yénéralement connus sous le nom de

Charles de liavennes, parce qu'on a découvert un certain nombre de ces précieux monuments dans les archives de cette ville. 11 en existe un, fort considéiable, à la Bibliothèque royale de Paris, connu au seizième siècle sous le faux intitulé de Testament de Jules César, adopté d'abord par Mabillon, et rectifié ensuite par lui-même lorsqu'on en sut la véritable teneur; on l'a nonuné Charla plenariœ seciin'tatis. C'est un compte de tutelle portant approbation par le magistrat ; sa date est des ides de juillet de l'an 564 de Jésus-Christ. Il a été publié en entier dans le Suj>plément à la Diplomatique de Mabillon et dans le recueil des Fac-similé destinés aux Cours de l'Ecole des Chartes. Ce document, sur papyrus, a plus de six mètres de longueur; l'écriture en est très-difllcile à lire, étant très-liée, irn-gulière , hardie dans ses irrégularités et indistincte. On peut considérer connue analogue l'écriture des chartes de nos rois de la première race. Cette écriture est néanmoins plus difficile, parce qu'elle est encore plus liée , plus indistincte, ayant les montants non moins prolongés, et en tout plus capricieuse et plus disproi)orlionnée ; on trouve le modèle de toutes ces difformités dans le diplôme de Dagobert F'', où la langue latine n'est pas plus respectée que le bon goût. On suit encore, de règne en règne, l'usage de cette écriture, en remarquant que les lettres de la première ligne et celles de la dernière sont ordinairement de plus grande dimension. L'exenq»le (pie nous choisissons est tiré d'une charte originale sur parchemin, de Childebert 111. de l'an 697 (Exemple n" 17). On verra ensuite ce qu'était devenue cette écriture des dii)lômes il la lin du huitième siècle : le fragment qui nous fournit l'exemple n° 19 est tiré d'un capitulaire original de Charlemagne, de l'an 784 : ce sont des instructions du roi à ses envoyés au pape Hadrien.

X la même ('poque appartient romjjloi, assez ordinaire» parmi les chanc(»liers et les notaires, d'une écriture complélemcut luchygraphique, analogue aux écritures modernes de ce nom, composée de signes de convention, dont un seul tient la place d'une syllabe ou d'un mot, qu'on appelle lironienne, parce qu'on en attiihuc linvenlion à Tiron, affranchi de Cicéron, qui lachygiaphiait ses discours avec un complet succès. On verra, aun'SO, un modèle de cette écriture, tiré d'un Psautier du huitième siècle, dont le texte est transcrit avec les signes lacliygrai)hi(pies de celte épo(pie.

Il est nécessaire aussi (rindi(pi('r une ditVtience entre les usages (on pourrait dire entre la civilisation] du nord de la France et ceux du midi : ici, tout était romain et très-civilisé ; là, l'inlluence germaine avait été barbare, n'apportant avec elle ni traditions, ni connaissances, ni bon goût, ni inclinations favorables aux mouvements de l'imaginaliou. Le midi <lonc ne fut j.imais haiiian» conmn» If nord ; il descendit sans doute du point où la civilisation aiitiipic lavait <'I<'V(', mais celte inlluence ne (ess;i jamais ciilièicment . et la vivacité de l'esprit méridional servit à réparer en partie les effets funestes des invasions golhiciues. On donne le nom de visifjolhique à l'écriture des manuscrits exécutés dans K' midi d<' la France et eu Espagne pendant la domination des Golhs et des Visigotbs : cpltc écriture, encore un peu romaine, est ordinairemeiil ronde. enj<ilivée de traits cupricieiix, mais elle |)laît ii l'ieil ; on en verra un curieux iiiddèle dans le Sacremeiitaire

(le l'abbaye de Gellone, boau mamisciil du huitième siècle, quiprovieiil du monastère de ce nom, diocèse de Montpellier.

Au même siècle, et même dans ceux qui le précédèrent, l'usage de la belle écriture romaine onciale ne s'était pas perdu parmi les copistes de manuscrits: le mauvais goût s'était introduit plutôt dans les écritures expédic-es , et la réforme de cette partie de l'art gra[)liique devenait urgente chez les écrivains du nord de la France. Charlemagne continua, pour celte amélioration, les eirorls des rois français ses prédécesseurs, afin de réintégrer l'ancienne minuscule romaine dans ses droits : cette minuscule avait été usitée dans les Gaules, mais les lettres cursives s'y étaient mêlées et l'avaient altérée; Charlemagne réussit donc h la rétablir dans sa pureté primitive, presque conforme à nos beaux caraclères d'imprimerie. A des prescriptions suprêmes pour faire écrire correctement avec une ponctuation régulière, et pour faire corriger les copies nouvelles par des hommes savants, il ajouta l'ordre d'employer des lettres de formes régulières, et cette rénovation, due à la France, fut acceptée bientôt par l'Italie, par l'Allemagne, et un peu plus tard par l'Angleterre. En 1091, l'emploi de la minuscule fut prescrit en Espagne par le concile de Léon. On avait donné à cette écriture le nom de Caroline ou de romaine renouvelée.

On liouve, sous le n" 21 , un modèle de l'écriture dite lombarde, en usage pour les diplômes d'Italie: il est tiré d'une bulle du pape Jean Vil, écrite sur papyrus et datée de l'an 896.

Les beaux manuscrits du même siècle ne soiA pas rares, et au premier rang, il nous faut citer la Bible dite de Chailes le Chauve, à la Bibliothèque royale de Paris. On sait que ce magnifique exemplaii'e de la Bible latine (n" 2), en écritures très-variées, a été offert h lempcreur Charles le Chauve par les religieux de Saint-Denis; une dédicace, en tête du volume, en rend témoignage. Ce manuscrit, grand in-folio, de la plus riche exécution. al)onde en admirables modèles de lettres capitales en écriture saxonne de France ; nous en avons reproduit un, sous le n° 22.

Dans un autre genre , non moins riche et non moins digne de tous les sviffrages, nous devons indi(jucr aussi un autre magnilique volume en minuscule Caroline mêlée donciale et d'anglo-saxonne. Les beaux vélins pourpres sont du siècle de Charlemagne, où le luxe des arts se montra sous toutes les formes. Le volume dont nous parlons contient les Epîlres et Évangiles pour toutes les fêtes de l'année ; l'exécution en est parfaite ; les cai)ilalcs de forme anglo-saxonne sont gigantesques, coloriées, et relevées de points d'or. On croit que ce volume provient de lancienne bil)liothèque de Soubise (Bibliothèque Royale, S. L. 688) : le modèle qui en a été tiré figure sous le n''23. On trouvera, sous le n" 25, le modèle d'une autre écriture latine minuscule, réellement romaine, mais un peu altérée et offrant quelques formes accidentelles : on l'appelle en France écriture lombarde des livres, parce qu'elle fut d'un usage général en Italie, un peu moins général en Fiance, durant la domination des Lombards au delà des Al[)es; ce n'est donc qu'une écriture romaine déformée, et notre modèle en est une variété nouuiiée lombard-brisé.

parce que ses lettres sont tortues, brisées, disproportionnées, à traits crochus et recourbés; écriture difficile à lire, les mots n'étant point séparés. Le manuscrit où notre modèle a été choisi, est le Tractalus Tempornm du vénérable Bède : il appartient au nionastt're de la Cava dans le royaume de Naples : on le croit du dixième siècle. On attribue au même siècle le l)eau manuscrit d'Horace (Bibl. du Roi, n° 7971), qui offre un mélange intéressant de toutes tes écritures romaines du temps (Exemple U" 26). Ce précieux volume présente d'ailleurs cette sini^ularité, constatée pai- quatre vers écrits aux premiers feuillets, qu'il fut offert à saint Benoît par un moine Herbert, et l'on sait qu'il y eut à Fleury. ou Saint-Benoît-sur-Loire, un personnage de ce nom, qui fut ensuite abbé de Lagny, restaurateur de cette abbaye détruite par les Normands, savant dans la littérature sacrée et jiroAme, et qui mourut en 992. 11 y a peu de manuscrits dont l'histoire soit aussi certaine et d'un égal intérêt. On verra une belle capitale ornée. du même siècle, tirée d'un autre manuscrit de la Bibl. du Roi : Commentaire de saint Jérôme (Exemple n° 29). Une autre belle capitale (Exemple n" 28), d'origine anglosaxonne, est tirée d'un Évangéliaire de la même collection, Supplément latin, n" 69.3.

L'écriture diploniati(jue du dixième siècle est représentée par quelques lignes d'une charte du roi Hugues Capel. qui fut donnée entre les années 988 et 996. Notre Exemple n" 24 oifi'e deux espèces d'écriture, mais toutes deux minuscules : celle de la première ligne est seulement très-alongée, haute, serrée, mêlée de majuscules et de quelques formes singulières. On y voit que les beaux caractères carlovingiens étaient sensiblemeni déchus. Cette minuscule des diplômes ne diffère de celle des manuscrits, qu'en ce qu'elle est plus fleurie : ses montants sont aussi plus hauts, bouclés pour la plupail. inclinés, crochus ou aigus, et (|uel(pies lettres sont liées. La minuscule des manuscrits se caractérise par ses angles, trait domiuanl de l'ali)lialjet gothicpie qui prospéra au ou/.ième siècle ; on le voit par le fragment tiré de la Bible du cardinal Mazarin ;Exem[)le n° 30), où les e, les n et autres signes montrent au grand jour leurs formes anguleuses, caractère de l'écriture à hujuelle on donne dès ce moment le nom de capélienne. Cette écriture se dégrada surtout depuis Philippe-Auguste, eu se jouant toutefois avec des dillicultés queles écrivains des lettres capitales recherchaient hardiment et exécutaient avec habileté. comme on en peut juger [lar les mots iiicipil et l'uitlus, en lettres enclavées, dans nos Exemples n"' 30 A et 30 B. La minuscule capé'tienne s'ai)propria de plus en plus les formes anguleuses, et arriva ainsi, en se déformant loujoui's, au nom de ludovicienne, qui annonce le treizième siècle; nous donnons deux modèles de celle-ci : l'un tiré d'une charte de saint Louis Exemple n" 31 ;, et l'autre, du Roman de Lancelol et du roi Artus l'xeiiiiile n" 32), <pii porte la date de l'an mil deux cens et si.ninl(' cl qucdorzv (127 ï). De la même é-pocpie. il existe une Bible latine, n" 6S1 du Supplément, format in-8", sur très-beau vélin, et dont l'écriture est remar<[uable par son extrême (inesse : nous domions aussi un modèle de cette bibli'. admirablement exécutée, (pii ap|»artenail ii saint Louis (Exemple, n- 33).

Au reste, les manuscrits du treizième siècle abondent, et l'histoire de l'écriture du temps de saint Louis et des trois siècles qui suivirent, doit se résumer en ces mots :

Soieneec et Arw. MANUSCKlI^à. bol. iX.

récriture capétienne , nommée ludovicienne quand elle fut parvenue h un degré plus avancé d'éloignement des belles formes carolines ou romaines renouvelées, se déforma de plus en i)lus, et ces dégradations successives se perfeclionnèrenl jusqu'à ce que récriture devînt tout à fait illisible au seizième siècle. On peut généraliser ainsi tous les pi'éceptes ri'lalil's :i fctal de l'écriture dans les manuscrits et les chartes en France pour celle période de trois cents ans (Exemples 33, 36, 37 et 38).

Ce fut pourtant l'époque des plus riches manuscrits, celle où se perfectionna réellement l'art de les orner; où, à l'imitation du Psautier de saint Louis, on composa de beaux livres dans lesquels le pinceau du miniaturiste, s'associant à la plume du calligraplie, produisit des chefs-d'œuvre qui seront éternellement des sujels d'études de plus d'un genre. Les ducs d'Orléans-Yalois, d'Anjou, de Ben y, princes de la race royale, déployèrent une magnificence digne de leur oiigine : les manuscrits exécutés pour ces grands personnages, ou provenant de leur librairie, méritent d'être cités parmi les plus rares ouvrages littéraires et artistiques de leur temps. La Bibliothèque royale de Paris a recueilli les plus célèbres, qui sont à la fois les plus précieux.

On est incertain sur les auteurs de ces magnifiques volumes; on trouvera, dans le chapitre relatif aux Miniatures, findication des plus beaux de ces manuscrits, <jui furent la plupart exécutés en France, mais qui ont pu y être faits par des calligraphes allemands ou flamands. Toutefois, la corporation des écrivains était alors puissante et nombreuse à Paris, et un des plus fameux maîtres de celle corporation fut ce Nicolas Flamel, dont on a raconté tant de merveilles. Il est vraisendilable pourtant que toute sa science occulte et patente consistait peul-clrc dans son admirable écriture cursivc gothique : nous en donnons un modèle (Exenq)le n° 34), lire d un des ex libris qu'il avait écrits en tête de tous les manuscrits de la bibliothèque du duc Jean de Berry, dont il était le secrétaire et libraire.

Dans les pays autres que la France, en Allemagne surtout, l'écriture gothique se propagea facilement: on le voit par les manuscrits d'origine flamande et allemande. Pour ceux-ci, il y a peu de ditïérence entre leur écriture et celle des manuscrits de France; on observe seulement que l'écriture allemande (Exemple n" 13), qui se soumit ensuite à la réforme ordonnée par Charlemagne, se maintient belle assez longtemps, et que sa dégénéralion ne commence qu'au milieu du treizième siècle; dès lors elle devient bizarre, c"est-h-di!"e gothique et anguleuse comme en France. Un beau manuscrit latin, d'écriture allemande du onzième siècle, a été nouvellement acquis par la Bibliothèque loyale; il porlc le n" 1118 du Supplément; nous donnons (Exemple n" 39) un modèle d'écriluic allemande, tiré de ce manuscrit, qui est couvert d'une reliure ornée de sculptures en or, en ivoire et en argent, ainsi que d'émaux et de pierres enchâssées dans des filigranes d'argent. On connaît des manuscrits d'Allemagne, de tous les siècles depuis le neuvième, aucjuel on Aiit remonter la plus ancienne copie de la Clirisliade du moine Olbfride, composée en rimes et en langage vulgaire, monument remarquable parmi ceux <pii ont conservé les plus anciens textes en idiomes modernes. L'n texte du même temps a élé

recouvre à Munich, en rolirant do plusieurs manuscrils où ils étaient employés dans la reliure, un grand nombre de feuillets appartenant à cet ancien texte, lesquels avaient été découpés en lanières : c'est avec ces lanières qu'on a patiemment reconstruit les feuillets primitifs de l'ouvrage.

Ce qui vient d'être dit de rAllemagne, en général, s'applique naturellemenl aux deux Flandres et aux Pavs-Bas. Durant le quinzième siècle, les ducs de Bourgogne qui y régnaient, lii'ent de grandes dépenses pour les arts et pour les lettres : les plus importantes chroniques, les i)lus reconnuandahles historiens alors connus, français, llaniands ou Ijelges, Froissart, Monstrelet et tant d'autres, furent magnifiquement transci-its de nouveau, et accompagnés de superbes miniatui-es. quelques-unes en grisailles ou camaïeu, rehaussées d'or. Leur texte est écrit avec cette belle minuscule gothique, grosse, massive et anguleuse, qu'on a nonnnée leltrr de forme (Exeuq)le n° M), et que l'on retrouve dans (pielques anciennes éditions de la fin du cjuin/ième siècle el du commencemenl du seizième.

Enfin, pour les contrées les plus septentrionales, on connaît l'alphabet ruhnique. dont on raconte l'origine merveilleuse, mais que les Bt'-nédictins regaidaicnt avec toute raison comme une imitation de ral[)liabet latin. On a de l'écriture ruhnique sur pierre, sur bois et sur vélin fExemple n° 10), el des livres en islandais écrits sur vélin ou sur papier.

Dans des contrées plus méridionales, où la vivacilc' des esprits el linlluence plus profonde de la civilisation romaine servirent à entretenir ou à ramener le bon goût, les formes gothiques obtinrent moins de succès : les manuscrils faits en Italie ont gardé, dans tous les siècles, les traits de la minuscule romaine, aussi haute (luc longue, ci telle que l'ont conservée les belles productions de l'imprimerie ; et si celte minuscule primitive s'affaiblit par la suite des UMups. en perdant ses exactes proportions de liauleui- ei de largeur, en s'ari'ondissant dans quel(pies traits, en se surchargeant d'angles dans (pielcpies autres, elle resta néanmoins belle et lisible : nos modèles le déniontroronl; ils sont tirés du Specchio délia Croce, n 7715-2 (Exenq)le n" 41), pour le treizième siècle; «l'un Dante (Exemple n" 42), pour le quatorzième; d'un Pétrarque (Exemple n" 43), poni' le quinzième: d'un Boceace (E.\enq)le n" 44). |)0ur le seizième: tous écrits en Italie.

Kn Espagn»'. on peut faire à ]teu pivs les mêmes observations et adopter les mêmes vues (]ue pour lllalie. Il y eut l;'i. ainsi que dans le midi de la Fiance, une écriture. toute de bon goût, toute de tradition romaine, (pi'on nomme risi-fjolliiqiir , cpioi- (pie II' pciqilc ilonl «'lie porle le nom ne sût certaiiicincnl pas ('crire; mais, connue pour l'c-criture lombarde, ces deux dé-nominations mai-cpienl une époque el non pas une origine. Nous |ii'enons un modèle de minuscule visigotbique dans une cbarle faite en Calice et dalée de l'an !>.')1 (Exemple n" 27). Cette espi-ce d'i'-i litui'c est taraclérisée par la forme des <i. t, r, d, les montants ii battants tranchés en talus, le / cl le f descendant au-dessous du niveau de la li^ne. L'écriture des ( liartes visigolhiques, des onzième et doiizièuie siècles, liu onzième snrionl. esl une iiiiinisi nie de', phi^ gracieuses : a presque ouvert lomme ». et toutes les queues, connue les montants, étant

prolongt's liois de proporliou. Mais la gothicité corrompit aussi celle jolie écriture : la capétienne française s'y ni(Ma, et la kulovicienne ajouta h cette première et pernicieuse dégénérescence. La collection des Troubabours espagnols, formée par Jean Alphonse de Baëna, d'après l'ordre de Jean IL roi de Caslille et de Léon, vers l'année 1440, prouve linvasion presque complète de l'écriture gothique en Castille (voyez l'Exemple n" 45. lire de ce recueil).

Même observation au sujet du Portugal, où linfluence de la nouvelle écriture gothique est assez démontrée par le beau volume de la Chronique de la conquête de la Guinée par les Portugais, ouvrage du quinzième siècle, composé par G. E. Azurara d'après l'ordre de don Alphonse V, roi de Portugal. 11 y a aussi un modèle de cette écriture portugaise sous le n" 46.

En Angleterre, Tanglo-saxon , dont nous avons quelques exemples, et dont les plus anciens et les plus beaux manuscrits sont à Londres et h Oxford (voyez modèles n"' 14 et 28), fut peu :i peu modifié dans ses traits caractéristiques. La conquête de Guillaume de Normandie y introduisit l'écriture et la langue des Français; les chartes royales d'Angleterre, des onzième et douzième siècles, sont en minuscule gallicane des mêmes siècles. On connaît un Psautier de la fin du onzième siècle, qui porte. :i côté du texte latin, une version en langue et en écriture anglo-saxonnes; mais le latin est écrit en minuscule gallicane. Cependant, à la même époque, l'Inventaire de Médecine de Guy de Chauliac était traduit du français en anglais , et la forme de l'écriture de cette traduction est une gothique fort anguleuse, les phrases étant ponctuées et les mois séparés.

Enfin, parmi les écritures dites nationales, il faut encore mentionner l'écriture irlandaise, dont il reste de beaux manuscrils. Simple variété de l'écrilure anglo-saxonne, l'irlandaise, non moins ancienne, se maintint plus longtemps dans ses formes originelles. On fait remonter son usage jusqu'au sixième siècle, et l'Irlande ne l'abandonna point, ni tant qu'elle fut libre, ni par l'effet de l'influence des Normands de Guillaume, maître de l'Angleterre, ni par la conquête de Henri II : des manuscrils du quinzième siècle prouvent l'usage de cette écrilure jusqu'il ce temps-là. Elle fut aussi connue cl pratiquée en France et dans d'aulres contrées, quoiqu'elle ne se soit jamais recommandée par son élégance, comme on le verra par les deux modèles que nous en donnons (sous lesn" 47 et 48). Le premier est tiré d'un manuscrit qu'on croit du huitième siècle, et qui contient les Homélies de saint Augustin : le groupe singulier qu'on a colorié, comme si sa forme ne le désignait pas suffisannnenl à laltenlion du lecteur, est le mot in (m leclione \e] van- (jelii infinnilalem Innnani (jeneris, etc.). Le second exemple du quinzième siècle est •'mjirunlé aux Homélies des Saints en langue irlandaise, dont les textes sont rares en Angleterre connue en France. Ce dernier manuscrit se trouve h la Bibliothèque royale de Paris. Les lettres capitales de l'écriture irlandaise, affectant en général les formes reclangulaires, même pour les lettres nécessairement arrondies, ne sont pas moins singulières (pie les lettres minuscules. Elles suffiraient toutefois pour démontrer ce (pie nous en avons dit, savoir, que l'écrilure irlandaise n'est (pi'une variété de l'anglo-saxonne.

Nous avons dit plus haut que des écrivains de toutes les nations purent iravailler à Paris. L'L'niversité admettait, en eflbl, des étudiants de tous les pays, et elle les organisait en Nations, qui portaient non-seulement les noms des royaumes étrangers, mais encore des noms de provinces de France. On voit figurer, dans les registres de l'Université de Paris, la Nation anglaise, la Nation allemande, et aussi les Nations picarde, normande, etc. La Bibliothèque du Roi possède le registre original de la Nation allemande i\f ITuiversité de Bourges au dix-septième siècle, avec les armoiries peintes des personnages titrés qui en faisaient partie. Chacune de ces associations nationales avait ses usages, ses privilèges, ses juges et ses scribes préférés, mais ceux-ci étaient soumis d'ailleurs aux règles imposées à l'exercice de leur profession.

Tant que ITmprimerie n'exista pas en France, la corporation des Fcrivains, copistes de chartes et copistes de manuscrits, fut très nond)reuse et très influente, puisqu'elle était composée de gradués de l'iniversitc' , qui les comptait au nombre de ses suppôts {officiarit) obligés et protégés. Le candidat se présentait devant le Recteur, et lui remettait sa requête. Nous voyons, par un document latin. d(>jà publié, que, en l'année 1378, Etienne Angevin, clerc du diocèse de Sens, écrivain à Paris, voulant se placer sous le patronage de l'Université pour exercer sa profession qui comprenait aussi celle de libraire, demanda hundjlement dètre admis audit oltice; le Recteur, infoinié des bonnes vie et mœurs de l'impétrant, comme de son instruction et de son habileté, l'admit au serment d'usage : Etienne Angevin s'engagea, avec garantie de ses biens meubles et immeul)les, à ne rien retenir du produit des livres que les maîtres et les étudiants lui donneraient à vendre. 11 fut. en conséquence, autoiisé à jouir des franchises, libertés, privilèges et imnumitès, assurés aux écrivains et aux libraiies jurés de l'Université de Paris.

Lorsqu'un gradué avait obtenu de l'Université des lettres de libraire, il devait encore aller prêter serment au Chàtelet de Paris, et s'engager ;i « ne faire aucune déception ou « fraude ou mauvaiseté qui pût estre au donmiage. prijudice, lésion ou villenie de ladite « Université, des escoliers ou fiécpienlants icelb;; » il devait de plus déposer un cautionueuient de cinquante livres [)arisis.

Il y avait, ii()ur l'Université, un scribe chargé spécialement d'expédier les actes publies et de tenir les registres du corps. (Chaque Nation de la Faculté des Arts avait aussi son scriiie, (jui pouvait encore être celui de l'Université.

Les règlements inq)Osés aux écrivains et aux libraires fini-nt très-sévères, et cette sévérité n"<''tait (pie tro|) motivi-e par les abus subsistants et par les (h'sordres scandaleux des gens (jui exerçaient ces professions. Eu lannée i:{2i, l'Universiti' leudil cette ordotuiauce : « Ou nadinetlra (jue des gens de bonnes vie et mœin\s, siiflisaminent instruits en libraii ie il préalablement agréés par lUniversilt'. Le libiaire ('labli {.slaiionariiis) ne (loiirra prendrr ilr eleir ii son service, qii'apivs «pie (c ( Icir aura juri' devant l'Univeisité d"exerc«'r sa profession selon les oidonnauces. Le libraii'<' doit domieià ri niversili- la liste des ouviages (pi'il venil: il ne juMit iclïiseï' de louer' un manuscrit à

(juiconqne voul en Ihiic une copie, moyennant lindemnilé fixée par l'Universilé. 11 lui est défendu de louer des li\ les non-corrigés, et les écoliers qui trouveraient un exemplaire incorrect sont invités à le déférer publiquement au Recleui-. afin que le libraire qui l'a loué soi( puni, e( qu'on fasse corriger cet exemplaire par des scholars. 11 y aura luus les ans quatre conunissaires désignés pour taxer les livres. Un libraire ne ])ourra vendre un ouvrage à un aulre libraire, sans avoir exposé cet ouviage en vente pendant quatre jours : dans tous les cas, le vendeur est tenu de consigner le nom de Tacheleur, (le représenter même cet acheteur, et d'indiquer le prix de la vente. ÎNul, s'il n'esl libraire-juré, ne pourra avoir à vendie un livre valant plus de dix sols. » Peu de jours après (pie celle ordonnance eut r(''glé ainsi l'état de la librairie, lous les scribes qui étaient alors brevetés et juiés lurent admis au serment ; le procès-verbal en mentionne vingt-neuf, y compris deux femmes; il y en a trois d'origine anglaise; les autres sont nommés Bon-Enfant, Legrand, Sauvage, Petit-Clerc et Lenormant.

Nous ne suivrons pas de siècle en siècle les variations que subit la législation conceinant les écrivains des manuscrits et les libraires: chaque époque a ses idées propres; et (piand l'Imprimerie vint, au milieu du quinzième siècle, changer la face du monde, la corporation des copistes se souleva d'abord contre l'art typographique qui devait la ruiner : elle se soumit toutefois, et des lois transitoires sur la censure et sur l'imjjrimerie furent conseillées aux pouvoirs publics, pour la défense d'un ancien oidre de choses qui ne pouvait longtemps résister au nouveau.

IVous terminerons, par cet aperçu de la législation relative aux copistes et maicbands de livres durant le Moyen Âge, notre exposé sonunaire. cpioique étendu, de l'histoire des .Manuscrits en Europe à la même époque, considérés dans leurs foiincs matérielles et dans leurs accessoires artistiques, qui sont autant de témoignages réunis de l'état des arts et de l'esprit des siècles que cette histoire embrasse : l'invention de l'imprimerie en est le dernier trait. Les manuscrits, exécutés depuis que l'imprimerie existe, ne présentent plus que des ouvrages de patience et de curiosité, où le caprice enti'e pour beaucoup, et dont l'art ne profita cpie bien peu; toutes ces rénovations des usages anciens n'en sont que de faibles copies : chaque siècle, pour se manifester, doit suivre ses instincts et ses inspirations.

J. J. CIIAMPOLLION-FIGEÂC.

Cunserv^ti'ur .111 dcparlemt.'iil dc^ luanuM'ril: de la BiLliutlicqiic au Roi.

Dax. Papebrock. Propjlîcum antiquarium ciica vori falsiquc (liscrinicn in vcliislis nionumentis. Voy. celle savante liisserlalion dans Irs Aria Sanclorum , t. il du mois d'Avril [Aniuerpiœ, 107"), in-fol.).

J. Maiiii.lox. De re Diplomatica, libri VI. Parisiis, 1G81, in-fol., (ig. — Supplementuni... Ibid., 1704, in-fol., fig.

L'i-dilion (lo \aple5, 17'^tt, i vol. in-fol., contient bcauconp d'atldiiicins et du notes de l'fdttenr, Joi. Adimari.

(Le P. Lai.lemaxt. ) Histoire des Contestations sur la Diplomatique de Mabillon. Paris, 1708, in-8.

Cet ouvrjja fut lonjrten.ps attriliué à faillie T.. B. nafuet.

U. Germon. De veleribus regiim Froncoium Dipinmatllius et artc sccernendi antiqiia Diplomala vera i fal^is disccplationes III. l'arisiis, 1705-7, 5 vol. in-l:2.

JrsTi FoNTAxiM, VindiciîT antiquorum Diplnmatum, adversus Bart. Gernionii disceplationcm... Iloniiv, 17(Ci, iii-i.

P. CoisTANT. N'iiidii'ia' iiianuscriptorum ('odicuni à Bern. Gerraonio iinpugnatoruin. l'urisiis, 1700, in-8.

— Vindiciœ vcterum Codicum eonfirmata;. Lul.-Paris., 171 ii, in-8.

Scip. Maraxt.e, Messancnsis, Exposlulalio in Bart. Germonium, pro aiitiquis Diplomatibus et Codiiilius manuscripth. Messiinœ, MM, in-8.

NoU5 ii'indii|iion> p.is ici toutes les dissertations auxquelles a donné lieu la qucrellt! de M.ibillon et de Germon, cette Guerre DtplûmattqH", c]tii partagea en deux camps l'Europe savante pendant plus de dix années d'activé poleriiique.

Scip. Maffei. Isloria Diplomatica, che serve d'introdtiziono air arte critica iti lai materia .. Maiilova, 1727, in--4, (ig.

N. Ant, Pi.t ciiE. l'aléograpliie française. Voy. ce traitij, accompngin; de modèles d'éiritttrcs ctncletines, dans le t. vu du Speclacte de la Salure, un linlrplicns sur l'hisluire naturelle et sur les sciences. (Paris, 17.">:2. il vol. in-l'i, lig.

Souxenl réimprimé.

JoAX. IIeimanm Commenlarii de rc Diploninlic.i, cuni accessionibus. Xurimtierga', 17ii)-.")5, 2 vol. iii-l, lig.

(Fb. TofSTAtx et Tassis ) Nouveau traité de Diplomatique. Paris, 17."iO-()<), G vol. in-i, fig.

Dan. Eberii. Uabingii Clavis Diplomatica, specimina vetcrum scripturaruin tradcns, alpliabela nimirnm varia, medii a'vi cnnipentlia scribentli, elc, tab. a'iicis cxpressa, cui accedil liibliotlieca scriptoriim rei Diploinaticte. Ilanuverœ, 17.>i, in-l, lig.

J. Gasp. (jattf.iieii. Elenienla arlis Diploinalico! univcrsalis. Gollinrjrr, 17(>.'i, in-4, lig.

Ce premier volume, d'un ouvrage resté inncliové, a été au;;mcnté par Corli. Gartner et reimprimé sous le til'e : f-'pi(om« arfin l}iptiimriticœ, Saliibur):i, Isofi, |;r. in>4. te m^mc auteur a pulilié deux autres ouvrages sur l« nialicrc : A'tritëdfr Uiptomatik, Coll., 179!}, iii-S, lig., et l'ralt. UiplomQtit. Ibid., 170(1, in-8, lig.

Jeii. Jac. OiiKiii.ix. Artis Diplnmatlcœ, primie lincœ. Argenlurali, 17S8, in-8.

Maiit. .SiiiwAiiTNcn. Inlrodurtio in nrlem Diplomaticam. Peslhini, I7'.I0, in-8, fig.

CoNR. Manm HT. Misccllnnea mrisl Diplomotischen inhalts. Snrnbcrg, M'Jlj, in 8, lig.

Anoeio FrMAGAi.i.i. hlituzioni Diplomaliclie. Milano , 1802, •* v.d. in-i, fig.

.\. F. I'feipfer. Ucbor Buclierliandarriflen tibeiliuiipl. Erlamj. 1810, in-8.

Fried. Kopp. Bilder undSchriftender Vorzeit dargestellt... .Von/ifim, 1821, 2 vol. in-8, fig. color.

Cet oiivra^'e, eouime celui de M. Silvestre, ne se rapporle pas moins aux Miniatures des manuscrits qu'à la l'aleo^rapliie.

Ai.pu. Chassam. Paléograpbie des Chartes et des Manuscrits du XI" au \V\\' siècle, 2« édition. Evreux, 1859, in-8,

Natalis de Waili.v. Éléments de Paléographie. Paris imp. rvy., 1858, 2 vol. gr. in-i, fig.

J. B. SiLVESTRi:. Paléograpbie universelle. Collection de fac-similé d'écriltifcs de tous les peuples et de tous les temps, tirés des plus atilbentiiiiies monuments de l'art graphique, (Chartes el Maïuiscrils exislaiits ilans les archives et les biblio'bèiities de France, d'Italie, etc., ncconipagncs d'e^plicattoiis historiipies et ilescriptives par M^I. Chanipoîlion-Figeac et Aimé (^hainpollioti Mis. Paris, Firmin Didol, 185t)-41, ■l vol. iu-fol.

On a publié, dans ces derniers temps, en Allemagne cl en Angleterre, etc.. plusieurs recueils du même ^eiire que celui- ci ; mais l'ouvrage de .MM. Silvestre et Cliampollion-Figeac leur est iutinimeiit supérieur, par son exécution comme par son eteniliie.

E. 11. Langlois. Essai sur la Calligraphie ilu ^loyen-Age. Rouen, 1842, in-8, fig.

LuD. Lai.axxe. Paléographie. Viiy. cet abrégé, p. 1201- 18 du recueil inlitulé : L'iiMilliun de Faits, uu aide-mcnioire universel des sciences, des arts et des lettres (Paris, 1815, p. iu-8.)

Bi-RN. DE MoNTFArcox. Pabeogfapbia gra-ca. Parisiis, 1708, in fol , lig.

P. CitAiiPENTtEii. .Mphahetutii tironianum, seu notas Tironis explicandi tnethodiis. Lul.-Paris., 1717, in-fol., lig.

FlilED. Knpp. Pala'Ograpbia critica aut lachvgrapbia veterum. Miinlieiiiii, 1817, 2 vol. in-i, avec atl. in-fol.

Il existe un grand nombre d'autres traités sur les sigles et note» des anciens, depuis celui de Jarq. Guliorry, publié en 1550.

(miiiist. BiiEiTiiAi'PTi Ars dccifratoria sive scienlia occultas scripluras solvendi et legendi : pra'niissa est disiptisitio hislorica de variis modis occulté scihendi lam aptid vcleres ipiam rccentiores usiialis. Ilchiicsiadii, 1757, in 8.

Giov. Crisost. ritoMREt.i.i. I.'artc de conoscere l'età de" Codici latini ed ilaliaiii. Iloln^na, 17.'10, iii-t, lig.

(lAKT. M.MiiM. 1 papiri Diplomalici. /lomic, 180.'i, in-fol., f'S-

Christ. Henr. Eckardi Introduclio in rem Diplomaticam, pra-cipue germanicani. lenœ, 1712, in-i, fig.

(mirist. UdimmiEZ. Bibliolbeca univcrsal de la Polygraphia espaûola. Madrid, 17.58, in-fol , fig.

EsTEV. DE Teriieikis. Paleogr.ipliia espaûiila, que contieiie todos los nioilos coitociilos, que lia liabido de escrihir en Hspana, dcsde su principio y fuitdacion... Madrid, Ibarra, I7éi8, in-i, lig.

AxnnES MrniNn nE Jesi-Ciuilsto. Escuela Paleographica ode lier leiras tiniversns, aiiligiias y moderiias, ihsde la en- Irada de lostjodosen Espaûa... Madrid, I7H0, iu-fol., fig.

JoAN. Lrniii.p. Wai TiiERis. Lcxicon Diplomaticuin, abhrevialioiii's svlliibanim et vocnm, in Diplomatibus et Codicibiis ^ seculo Vlll ail \\ I iisipie occurrentes, ciponens. liutlinija-, 1711-15, 2 vol. in-lol., fig.

J. Devainfs. Dictionnaire raisonne de Diplomatique. Paris, 1771, 2 vol. in-8, fig.

Li; lMol^E. Diplonialique piatiqiKi, ou traité de TarrangeiiK-iit des Archives et trésors des Chartes. Metz, 1705, in i, lig. Simplement : L'Archiviste fraiiçois, par Battheiioy. Paris, 17 12, iii-4, (ig.

I.'aiibi: iieMoniignot. Dictionnaire deDiplomaticiue, ou étyinologiedes termes de l,i liasse latinité, pour servira l'intelliueiice des Archives, Charles, etc. Paris, 1788, in-i.

CiiAMPOLLiON-FiCEAC. Charles et Manuscrits sur papyrus de 1,1 Bililiothéque royale. Collection de fac-similé accompagnés de milices historiques et paléographiques. Paris, Firmin Di- (lùl, I8i()-il, S fascicules gr. in-fol.

Hibliolhéque de l'Ecole des Chartes. Paris, 1859-i8, 8 vol. in-8, lig.

Ce recueil estimable, qui parait par livraisons, lous les deux mais, depuis udolire ISÔ9, cuncerne surtout l'étude des inonumenls écrits du Moven- A?e. Il est rédi|:e exclusivement par les élèves de l'Ecole des Cliartes.

A Fb. Delandixe. Essai histor. sur les Manuscrits, leur nialière, leur anciennelé, leurs ornements, et ceuK qui sont particulièrement dignes d'être remarqués dans les principales liililiothèiiues de l'Europe. Voy. celte dissertation dans les Mémoires biUioyraiilwiues et littéraires de l'auteur (Li/ci(i, sans date, in-8), et dans le Catalogue des Manuscrits de la Hil^liotlwijue de Lyon.

l.e sixième parasraplic de ce mcnuure contient une bibliojrapliie speci.ilc lies Catalogues de Manuscrits.

(.lus. Van Pkaet.) Invenlaire ou catalogue des Uvrcs de l'ancienne Bibliothèque du Louvre, lait en l'année 1575, par (iilles Mallet ; précédé de la notice de Boivin le jeune sur la même Bibliothèque, etc., avec des notes histor. et crit. Paris. 185(), gr. in-8.

(J. Bahrois. ) Bibliothèque proUpographique, ou librairie

des fils du roi Jean, Charles V, Jean de Berry, etc. Paris, 1830, in-i, fig.

G. Peigxot. Catalogue d'une partie des livres composant l'ancienne Bibliothèque des ducs de Bourgogne. Dijon, 1841, in-8.

Jos. VanPraet. Recherches sur Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, suiv. de la notice desManuscrits qui lui ont appartenu... Pan'i-, 1851, in-8, fig.

[I est impossible de citer toutes les notices et dissertations spéciales relatives à des manuscrits, dans lesquelles on trouve d'utiles renseifrncinents sur la calligrapliie du Moyen-Age.

Bern. de Montfaucon. Bibliotheca bibliothecarum Maniiscriptorum nova. Parisiis, 175'J, 2 vol. in-l'ol.

Nous renonçons â citer une immense quantité de catalogues descriptifs et raisonnes de Manuscrits, not.imment ceux des Manuscrits conserves dans les collections publiques de Paris, de Florence, de Vienne, de Rome, de Turin, de Bruxelles, etc.

Ces Catalogues, rédigés par Melot, Bandini, Lambecius, etc., renferrocnl beaucoup de précieux documents pour l'histoire des Manuscrils au Moveii Age.

GusT. Haesel. Catalngi librorum Manuscriptoruni Bibliothecis Gallite, Helveti.e, Britanniae M.,Hispaniie taniic asservantur. Lijisiœ, 1850, in-i.

Pai'lin Paris. Les Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi, leur histoire et celle des textes allemands, anglois, hollandois, italiens, espagnols de la même collection. Paris, 1856-45, G vol. in-8.

Ce beau catalogue littéraire aura 12 à 15 volumes.

Parmi los catalogues de rentes de livres, publiés en France dejmis un siècle et demi, un praïui nombre rtînferment les descriptions de precieitï Manuscrits qui se trouvaient d.ins des bibliothèques parliculicres. Nous nous bornerons â citer le célèbre Catalogue des livres et manuscrits du duc de La Vallière (Parie, 1783, 3 vol. in-8, lig.), rédi.;c par Giiil. De Bure. avec le concours du savant bibliographe Van Praet.

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Rsoir.et, père, sorip.

A. Biscon ei Coitard, exe

16 bis. SERMONS oe SAINT AUGUSTIN (papyrus) (VI* siècle latin). — 17 CHARTé DE CHILDEBERT. Donation d'un bois au monastère d'ArJenleull. — 19. Fin du VIII* siècle.

F. SERE, DIREXIT.

Manuscrits.

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R&oinet pfcre, Bonp.

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A, BiEEon cl Coiwrd, exo.

II- 18. VII" Blêole. EVANGÉLIAIRE DE PAftlg. Mb. de la Bibl nal de Parie. — N» 38. FRAGMENT D'UNE LtTTHE urée de la Corretpondanoe dec Rois ei des Reines aux XIV', XV* et XVI* Biêoles. (Bibl. nai. de Pans. n° 10B7 )

LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE. Manuscrits.

No 20 — VIII' Bièole. ECRITURE DITE TIRONIENNE Fragment du 1' Psaume, de David.

(Bibl, nat de Pans.)

N° 25. — X« siècle ECRITURE LOMBARDE BRISÉE. Fragment de VENERA8ILIS, ETC. (Bibl. de la Gava, près Naples.)

0 âcyrcildium -iSJiWrr decii(mcuni<

N" 26. — X« siêole. ŒJVHES D'HORACE. Fragment d'une Ode & Meoône (Bibl nai de Pans.)

F. SERE, DIREXIT.

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Manuscrits.

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24. X' sièoie. CHARTE DE HUGUES CAPET (Archives nationales de France )

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Raoïnel père, sorip. A. Bisson et (3oitard, exe

27 X« sièolo CHARTE 0' ALPHONSE IV. roi d'Ecpagne (Bibliothèque nationale de Pans.)

F. SEae, DIREXIT.

Manuscrits.

Racinet pèrn, eorip.

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A. BisEon et Collard. exo.

N. 28. ANGLO-SAXON X' oièoU. — Pragmenl extrait d'ON EVANGÉLlAlîE LATIN.

Ma. N. 693. S L. de 1» Bibl. ml. de Paru.

F SEKÈ. DIREXIT.

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