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€5Vïlî(!;S !:i JOIHEE
ORIGINE des caries à jouer a toujours préotcupé les savants, parce qu'elle se rattache, non-seulement à l'histoire des mœurs, mais encore à l'invention du papier, de la ^'rayure et (le riniprinierie. C'est à c es dilTérenls litres, qu'un sujet, si l'utile en apparence, a mérité d'être examiné avec tant de soin et d'c-rudilion dans un si t;rand nomi)re de dissertations et de volumes. Après toutes ces recherches, apiès tous ces systèmes, qui se combattent ou se l'orlilient l'un l'autre, la i|iieslion principale ne paraît pas mieux t'claircie. Â quelle ('[Kxpie lixer l'invention des cartes ii jouer? ;'i ipii aji|iarlieiil (elle invention?
H l'aul diviser la (|ueslion pour la n-soudre; I ar si l'inlrodiiclion des cai-les à jouer en iùiiope ne icmonle pas au deiii du quatoizic'me siècle, si la découverte du jeu de picpiei nu (les caries achielles n'esl |),is aiilerieiiic au ri'^'iie (le Ciiarics Ml. il est loulel'ois évidenl (|iie les cailes a joiici' e\isl;iicnl dans l'Inde, ou du uioiiis eu (lime, dès le doii/ièiue
hiea-jx-Ariô. CARTES A JOUEP.. Pol I.
siècle, et que raiili<]nil('' avait eu des jeux analogues, c'est-h-dirc résullanl de la rencontre fortuite de certaines (ii,'nres et de certains nombres représentes sur des dés ou des tableaux. Il est évident enfin que, dans les temps modernes, le jeu d'échecs et le jeu de cartes oflrent des rapports fra])pants qui feraient croire à l'origine commune de ces deux jeux : l'un peint et l'autre sculpté.
Hérodote raconte que les Lydiens, dans un temps de famine, inventèrent la plupart des jeux, entre autres les dés ou tessères. Sophocle, Philoslrate, Cicéron el Pausanias font honneur de ces inventions aux Grecs, qui les auraient imaginées pour se distraire de la longueur du siège de Troie; ils désignent spécialement Palamèdes et Pyrrhus comme les inventeurs : « Palamedem et Pyrrhum accepimus castrenses quosdam ludos invenisse, quibus, dtun cessarent à gravioribus curis essentque induciae, ii militari labore animuni familiariter relaxarent. » (Cicero, De or(ilore,W.) Ces jeux militaires, ou plutôt joués dans les vaiups [castrenses) , c'étaient les échecs, suivant quelques conunentateurs; c'étaient les dés ou les osselets, suivant quelques autres. Platon dit positivement, dans son dialogue intitulé Phœdre, que le dieu égyptien Theuth, qui avait appris aux hommes raiithmétique, la géométrie et l'astronomie, ne dédaigna pas d'inventer le jeu d'osselets [lali ou calculi) et le jeu de dés [aléa).
Or, les d(''s, ainsi que les osselets. alTectaient différentes formes, selon les combinaisons du jeu ; ils ollraient aussi différentes ligures peintes ou sculptées. Saint Cyprien, ou l'auteur anonyme du traité de Aleatoîibiis , accuse l'Esprit du mal d'avoir inspiré l'habile joueur (|ui fabriqua des dés portant l'image des démons. (« Eruditus... instinctu solius Zabuli... hanc ergo artem ostendit. quam et colendam Sculpturis cum sua imagine fabricavit. ») Turnèlie, ])0ur expli(piei' ce passage important, rappelle que l'on voyait sur les dés la représentation plastique du Chien, du Vautour. d'Hercule, de Vénus, etc. « hitaliserant aliquibns fortasse nunieri, nt Senio; (igurœ, puta Canem, Vulturem, Venerem, Ilerculem.» Martin Delrio (Disquis. magie, iib. sex) prétend aussi que les dés el les osselets portaient des figiu'es et des noms de dieux ou de déesses. Ces noms se trouvent cités plus d'une fois dans les comédies de Plante, et l'on pourrait établir, par de bonnes autorités, que les tessères, en devenant des plaques d'os ou de bois ornées de signes ou de peintures [labulœ sigillatœ), devaient ressembler beaucoup aux cartes indiennes, peintes également sur des feuilles d'ivoire ou d" écaille, carrées, rondes ou octogones.
Les cartes indiennes, dont plusieurs collections possèdent des échantillons d'une date très-reculée, ne sont qu'une métamorphose ou une imitation du jeu des échecs; les principales pièces de ce jeu ont été reproduites sur ces cartes, de manière que huit joueurs, au lieu de deux, sont en présence et se disputent la victoire. Dans le jeu des échecs, il n'y a jamais eu que deux armées de ]»ions, ayant chacune ii sa tète un Roi [Seliaclt] , un Vizir ou général [Pherz], dont on a fait depuis une Reine, un Cavalier [Aspen-suar), un Eléphant [Pliil], dont on a fait le Fou. et un Dromadaire [Roc/i), dont on a fiiit la Tour; dans le jeu de caries orientales , il y a huit armées, représentées par autant de couleurs ou d'emblèmes, ayant chacune son Roi, son Vizir et son Eléphant, outre diverses
ET LA RENÂlSSAiNCE.
figures symboliques qui coiTespondenl à certains coups, à certaines rencontres des caries numérales. La marche du jeu de caries et celle du jeu déchecs dilïêi'ent sans doute , mais il est impossible de ne pas reconnaître que l'un et l'autre jeux ont une analogie frappante (CuRiSTiE, Inq. iiHo Ihe ancient greck game . etc. Lond., 1801, in-4, Hg.), qu'ils offrent tous deux une allégorie du terrible jeu de la guerre, et (|ue les joueuis doivent avoir la prudence et riial)ileté dun chef militaire qui livre bataille pour la défense de son souverain. Au reste, on a souvent signale la similitude cpii existe entre la guerre et le jeu d'échecs ; celte similitude se retrouve aussi dans le jeu de cartes.
Les cartes à jouer, proprement dites, avaient été inventées en Chine, ou plutôt importées de rinde, vers 1 120 (âb. Rémdsat, Journ. asial., septembre 1822); elles étaient dès lors eu usage chez les Arabes comme dans tout l'Orient : ces Arabes, ces merveilleux joueurs d'échecs, amaient inventé les caries, si elles ne feussent pas été déjà. Ce fut sans doute ;i la suite des croisades, que les premiers jeux de cailes pénétrèrent en Europe ; mais on doit présumer qu'ils ne s'y répandirent guère, puisqu'on ne les voit pas mentionnés parmi les jeux de hasard proscrits par les conciles et les synodes ecclésiastiques, ainsi que par les ordonnances des rois. A peine est-il permis de soupçonner que le synode de Worcester. en 12V0, a voulu parler des caries. lors(]u'il défend au clergé d'autoriser le jeu du roi el de la reine: « Ps'ec suslineant (clerici) ludos lieri de Rege et Regina. » (Cangics, Gloss. inf. lalinil.) Le savant Ducange, qui pense que ce pourrait être le jeu de caries, eût peut-être mieux fail de voir dans ce passage une délénse de «jouer au roi el à la reine. » Quoi (ju'il en soit, les cartes à jouer étaient, comme les échecs, dans les mains des Arabes et des Sarrasins, quand elles passèrent en Italie avec les traditions, les arts et les usages que rOccidciit allait chercher en Oi'ienl.
On ne saurait dite si <picl(iue courageux voyageur, tel que iMarco l\il(i ou ,1. de .Mandeville, a rapporté de l'Inde ou de l'Arabie les cartes à jouer originales, que l'Italie. l'Espagne, l'Allemagne el la France s'empressèrent d'accueillir, en les modifiant, et. pour ainsi dire, en se les appro[)rianl. Le .leu d'or (Tkia guldin Spiel), impriuic- à Augsbourg |>ar Gunter Zeiner, en 1 'i72 . atteste (pie les cartes avaient cours en Allemagne dès l'année 1300 ; mais ce n'est |tasl;i uu témoignage contemjuirain atnhenti(|ue, et l'on peut su(»poser que la vanité gcrnianii|ue, (jui s'attribuait alors la di'couvfrte de l'iuqiriuieiie. au détriment du véritable inventeur. Latu'ent Cosler de llailcm, a voulu s'approprier aussi, sans plus de raison, liiivciilioii di >, < arics, c'est-à-dire de la gravure sur bois. La plus ancienne mention cpi'on ail lailr di's cartes ;i jouer, avec date certaine, se iroiive dans la (•hroui(pi<' in(''dite de Nicolas de (]ov<'llu/./.o, <|ui a vécu avant 1 iOO. el i|ui eut pour contiuuatciir de sa ( brouicpie un de ses desceudauls, (iiovaimi (\v Ju/./.o de Covelluz/,o, aulciu' d'une histoire de Viterbc, conservée dans les ar( hives de celte ville Felic. Bussi, Islor. (Icllti rilld di Vilerbo. Rouia, 17 i2, iii-fol.. p. \ el xi). Nicolas de Cov<'llu/zo , Ic'inoin oculaire de l'introduction des caries à jouer dans sa ville natale, a consigné ce fail au folio 2S de sa chronicjue uis. Anno 1379 : Fh recalo in F ilcrbo cl gioco drllc curie, clic renne de Scracinia, c cliianuisi, fra loro. xaïii. Voici enlin un fail. une date