‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 3)Chapitre 44 sur 68 · A. BISSON ET COTTARD, EXC · texte numérisé non relu

A. BISSON ET COTTARD, EXC

CaneB à jouer (franoaiseB), calquées d'après les oriôinaux (Bibl. royale. Cab des Est.)

F. SERE, OIREXIT.

frent pas d'autres noms que celui du carder, sous les deux valets (Te coupe et Je haton. avec son monogramme sur les deux autres valets. De même que dans le jeu oriental et italien, la dame est remplacée, dans la plupart des cartes de ce cartier fameux. j)ar le chevalier armé de pied en cap sur son destrier. Un jeu de cartes du même J. Yolay présente celte ])articularité bizarre qui se rapporte évidenmienl aux ndih des Sarrasins : le valet de Irèfte est un nègre aux cheveux crépus et nattés, tandis que les autres valets, armés de fer sous leur hoqueton, ressemblent h des lanquenets suisses ou allemands.

Les cai'tes de J. Goyrand (son nom est inscrit au bas de deux valets, et sur les deux autres se trouvent son écusson et son monograunne) peuvent appartenir au règne de Louis XII; les figures, à l'exception des valets, portent des noms, savoir : roi de cœui\ Charles; roi de carreau, Cezar; roi de Irèfle, Arlus ; roi de pique, David; reine de cœur, Heleine ; reme de carreau, Judic ; reine de tt^è/îe, Rachel : reme de pique, Persabée (sic, pour Belhsabée).

Les cartes de JaxN IIemav ou E.mav fabriquées à Ëpinal vers la même épocpie, ainsi que celles de Claude Astier, ne donnent aucuns noms aux ligures; on lit seulement le nom et le monogramme du cartier sur les quatre valets , et dans les jeux de cartes de J. Emau, où l'on remarque divers écussons d'armoiries, les as sont placés sur des drajieaux ; ce qui prouve que l'as a toujours représenté une enseigne de gueire.

Les caries de R. Lecornu datent du commencement du règne de François l"; il ne nous reste de ces cartes, que le roi de cœxir, Charles; le roi de irèfle, Alexandre ; la reine de cœur, Judic: le valet de cœur, Lahire ; le valet de carreau, lleclor de Trois (sic), et le valet de Irèfle, sans autre nom que celui du cartier, avec son écusson à la licorne emblématique et son monogramme. Ce valet a un tablier ou damier à la ceinture; les deux rois portent des habits fleurdelisés; la reine de cœur tient un œillet.

Les cartes de Cn. Di;nois sont évidi'nnufMit du tenqts de la bataille de Pavie: on y seul rinlluencc des modes esjjagnoles et italiennes. Le nom du cailier est inscrit sous le valet de pique, qui ressemble :i (Charles Quint lui-même. Les trois auti'cs valets ont des noms étranges: cœur, Vrien Roman ; carreau, Capita Fiiy ; Uvt](\ Capilane Vallanl; \es rois sont : Jullius César, cœur; Charles, carreau; lleclor. tièlle; David, pitjue; les reines : Jleleine, ca;ur; Lucresse, carreau; Penlaxtee (pour Penlasilée), trèlle, et lieciahée (sic, \)Ouv lielhsabee]. Il faut encore citer i)ariiii l(>s cailiers contemporains Pierre Leroux, Jiman Rosnet, cic.

D'autres caries détachées de dillérents jeux anonymes, qui sendjieni avoir été fabriqiK'S sous Ileni-i II, se rapprochent davantage de nos cartes actuelles, (piani aux noms des persoimages. Vu de ces jeux avait Sezar (sic) pour roi de carreau et David [toui' roi di' pique ; Ihuhel pour reiue de carreau ; Arqine pour reine de irè/le. et Palus (sic) pour reine (!<■ pique; Uoijier pour valet dépique. \n autic jeu nous nionlic les mêmes noius atlribué's aux mêmes ligures, et de plus, Judic, r<'ine de cœur; Alexandre, roi de IrèjU'; lleclor de Troy, valet de carreau, et Lahire, valet de ccPMr.

Au reste, sous Henri II cl ses fils, ou fabriipiail à Paris autant de cartes italiennes que

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(le cai'les IVançaiscs. et les tarliers même élaient Ilaliens. Ou possède un pelii jeu de caries en soie I)roehée, sans noms de personnages, exéculé par Gio. PAMcni, [)robablenient pour la cour de Catherine de Médicis. Le dos de ces cartes, comme celui de toutes les anciennes caries, est larolé, c'est-à-dire couvert de ces pointillages en compartiments (jui lurent in\ enti'-s pour empêcher les escrocs d"y faire des marques et de tricher au jeu . In autre carlier de la même époque s"aj)|telait Borghigiam et fabriquait des cartes françaises, iarolécs aussi par derrière, dun type très-ancien pour les figures, qui sont sans noms.

Henri III, qui s occupait moins des affaires de l'État que des modes de son temps, ne nian(|ua pas d'opérer une révolution dans les caries à jouer comme dans les habillements et les coiffures: c'est lui qui octroya les premiers statuts de la confrérie des cartiers. Les cartes de Vincent Govrand. fabriquées suivant ces statuts vers 1581 ou 1584, représenteiU fidèlement les costumes qu'on portail alors : les rois ont la barbe en pointe, la collerelte empesée, le chapeau de feutre à plume, les trousses bouffanl autour des reins, les chausses collantes, le pourpoint tailladé, le manteau flottant; les reines ont les cheveux retroussés et crêpés, le collet montant garni de dentelles, la robe ;i justaucorps et à vertugales ou vcrlurjarde : les valets, le pourpoint boutonné et galonné, le haut de chausse large, et la li\rée mi-partie de deux couleurs. Ces valets sont désignés seulement par leur qualité de valet de noblesse {pique), valet de pied [trèfle], valet de chasse {carreau), valet de cour {cœur) ; les dames se nomment : Pantasilée {pique), Clotilde {trèfle), Dido {carreau), Elisabeth [cœw) ; les rois : Constantin {pique), Clovis {trèfle), Auguste {carreau) et Salnmon {cœur). L'écusson du cartier est placé au bas du valet de pique.

Sous Hemi IV, les cartes de R. l*ASSt:REL ont changé de physionomie et de noms : ce sont les grands costumes et probablement les portraits de la cour du Louvre. Le roi de cœur, qui paraît être Henri IV en personne, ne porte pas de nom à cause de sa ressemblance avec le roi ; le roi de carreau s'a()pelle Cirus, le roi de trèfle, Jules Cœsar, et le roi (\e pique, Ninus; la reine de cœur est Roxane; celle de carreau, Sérniramis; celle de trèfle, Pompéia, et celle de pique, Pentasilée; le valet de trèfle, (pii a le nom du cartier et lient un écn aux armes d'Autriche, sans préjudice des armes de France placées dans If champ, s'intitule Hector, et le valet de pique, Renault. On reconnaît, dans ces cartes dessinées et gravées très-habilement, l'inlluence de \ Astrée et des romans tendres et chevaleresques qui allaient donner naissance au fameux Carrousel de la jjlace Royale et aux ballets du dix-septième siècle.

Aliri's Henri IV. sous la régence de Marie de Médicis. sous Louis XllI, sous la régence il Anne d'.\ulriche, sous Louis XIV, les cartes prennent toujours le caractère du temps, selon les caprices de la cour, suivant limaginative du cartier; les noms des figures varient ainsi que leurs costumes, et les cartes italiennes et espagnoles disputent la vogue aux ( arles françaises ; aussi, la corporation des cartiers est-elle envahie par des étrangers. On jtossède quelques figures d'un jeu de cartes de Pieter Meferdi, dans lequel les noms fiançais sont bizarrement italianisés : le roi de cœur est Jules César, le roi de carreau

Carel , le roi de pique David, le roi de Irèfle Ilcclor; la dame de cœur Hélène , la dame de carreau I.ucrcsi , la dame de pique Barbera, la dame de tr>'/Ie Penlhamée : le valet de cœur Siprin Roman, le valet de carreau Capil. Mclu; les valets de Irè/le et de pique ne poitent que les noms du cartier qui exerçait à Paris vers la fin du seizième siècle.

Les cartiers espagnols et italiens, établis en France, fobriquaient beaucoup de tarots proprement dits; mais ils faisaient une concession h la politesse française, en remplaçant ])ar des dames les cavalli ou cavalieri et les caballeros de leur jeu national ; car les (lames avaient été introduites dans les cartes par les Français, soit que l'ancien mot gaulois dam, qui signifiait seigneur {Dame-Diex, seigneur Dieu, disait-on au treizième siècle), ait produit une amphibologie en l'honneur du beau sexe, soit que la galanterie chevaleiesque de la cour deChailesVII ait respecté les Vertus des tarocchi : la Force, la Justice, la Tempéiance et la Foi, en leur donnant des noms de reines. Cardan, qui nous apprend que. de son temps, tous les jeux de caries se composaient de cin(juanle-dcux caries, déclare positivement que la Reine avait i)ris dans le jeu fiançais la place que le Cavalier occupait dans le jeu italien : « Gafii reginam, Itah equilem habent. «(/.î'ô. deludo Aleœ.) Les cartes françaises, c'est-à-dire aux couleurs de cœur, cai'reau, Irèfle el pique. avec les quatre dames remplaçant les cavaliers, ne réussirent jamais à se nationaliser en Italie, et encore moins en Espagne.

L'Espagne avait reçu des .\rabes et des Maures le naïb oriental. longtenq)S avant (jue ce jeu de cartes fût importé de Sarrasinie à Vilerbe; mais les preuves écrites paraissent manquer |i(iin' constater l'existence des cartes chez les Arabes ou les Sarrasins d"Kspagne, et l'abbé Rive, qui a cru les trouver en usage dans ce pays dès l'année 1330, s'est fondé sur la traduction française des Epilres dorées de Guevare, où le traducteur Gu- Icrrv cite les cartes au lUMnbre des jeux (h'fcndus dans les statuts de l'ordre de la Rande, établis en 1332 par le roi de Castille, Alfonse XI. Or, il a été- recomui que le texte original de ces statuts ne parlait que des dés. On ne peut donc invoquer qu'inie tradition locale qui fait lemonler au treizième et même au douzième siècle l'apparition des caries en Espagne. Du reste, il n'existe pas un seul échantillon d'anciennes caries espagnoles peintes ou gravées, et l'on ne trouve aucune mention de ce jeu antérieure ;i un édil df .Ican 1". l'oi de Castille. cpii le (If'fénd à ses sujets en 1387. Depuis celte épocpie , les caries il jouei-, naijpcs , sont Irécpiemment citées parmi les jeux de hasard , dans les ordonnances des rois et les synodes des églises d'Espagne.

Ces cartes, ces naypes, que les Espagnols auraient fait connaître aux Italiens, selc»n le Diccionario de la Lengua caslellana (Madr., 1733. C» vol. in-f'.), el cpii seraient ainsi la source des na'ibi, conservent encore dans lem' nom le cachet de leur origine oiienlale. (^est donc- une; fable ('•lymologi(|ue assez mal iuiagiiK'c. que celle cpii altribue leur invention à un nonuné IS'icolao l'vj)in. el cpii reliouve les initiales des iu)nis de l'invenleur dans le nom caractérisli(|iie de namtes. Seb. de Co|i:ii ruvias Orozco iiioiiiie plus d'(''iudilioii el lie { ijiique. loiscpi'il donne aii\ nai/pes une t'iymologie arabe, clans son Tesoro

Heaux-Aru. CARTES A JOUER, Fol. >ail.

(le la Lemjua cusldluuu. Nuypes ol naïbi viennent égaleuienl do nuïb, et représenleni également l'antique jeu du Vizir, inventé dans llnde, à l'imitation du jeu des échecs. Les premières cartes espagnoles furent sans doute des tarots, comme les cartes italiennes, aux quatre couleurs d'épée, de bdloii, de coupe et de denier [dineros, copas, bastos et spadas), avec les vingt-deux atous ou caries allégoriques, les quarante cartes nuniéiales et les douze figures de rois, de cavaliers et de valets. On a piélendu cpie les dineros. copas, bastos et spadas i-eprésentaient les quatre étals qui composent la population : les marchands <pii oui l'argenl. les prêtres qui tiennent le calice, les vilains ou paysans qui manient le bàlon, les nobles qui portent l'épée. Cette explication, pour être ingénieuse, n'a jias de fondement. Les signes ou couleurs des cartes numérales ont été trouvés en Orient, et l'Espagne, ainsi que l'Ilalie, les adopta, sans savoir peut-être que l'inventeur du jeu avait voulu y donner l'image de la guerre qui se l'ait avec de l'argent [copas et dineros) et par les armes [bastos et spadas). Les atous ou cartes allégoriques, (pie Court de Gobelin a essayé d'expliquer à l'aide de la théogonie égyptienne et de faire remonter ainsi à l'époque des Pharaons, ne sont que des emblèmes très-intelligibles de la guerre elle-même : on y voit les vertus nécessaires au chef d'armée, les dieux et les déesses qu il doit invoquer, le char de triomphe, la mort, le voyage de l'âme dans les sphères célestes, son jugement et son entrée dans l'autre vie. Quant aux ro/s, aux c«faliers et aux valets ou éciiyers, ce sont eux qui se livrent bataille , en présence de ces enseignements figurés que le jeu offre à tous, a tutti , comme disent les Italiens pour désigner les cartes allégoriques des tarocchi. Mais les Espagnols ne paraissent pas s'être préoccupés beaucoup du sens philosophique des cartes à jouer : ils s'en servirent comme d'instruments de jeu; il les préférèrent même à toute autre récréation; et lorsque les conqwgnons de Christophe Colomb, qui venait de découvrir l'Amérique, formèrent un premier établissement dans l'ile de Saint-Domingue, il n'eurent rien de plus pressé que de fabriquer des caries avec des feuilles d'arbre.

Les cartes à jouer avaient sans doute, de bonne heure, passé d'Ilalie en Allemagne: mais en s'avançanl vers le nord, elles perdirent probablement leur caractère oriental et leur nom sarrasin On ne trouve plus, en effet, dans la vieille langue allemande, trace étymologique des ndib, ndibi, naypes et naipe : les caries se nomment briefe, c'est-à-dire lettres, epislolœ; le jeu de caries, spiel briefe, jeu de lettres; les premiers cartiers, brief maler, peintres de lettres. Les quatre couleurs des briefe ne furent donc ni italiennes ni françaises: elles s'appelèrent : schellcn (grelots), roth (rouge"), grûn (vert) et eicheln (glands), et elles présentèrent les objets dont elles portaient les noms : schellen correspondant à carreau, roth à cœur , yriin à pique et eicheln à Irèfle. Les Allemands, avec leur passion sérieuse pour le symbolisme, avaient compris la véritable signification du jeu de cartes, et en y faisant des changements notables, ils s'attachaient à lui conserver sa l)hysiou()nii(' militaire, du moins dans l'origine. Les couleurs, chez eux, figuraient, dit-on. les irioiuphes ou les hoimeurs de la guerre, les couronnes de chêne et de lierre, les grelots ou sonnettes qui étaient l'insigne le plus éclalant de la noblesse germanique, et la

i:t la renâissânci:.

pourpre, qui devenail la récouipense des hommes de cœur. Les Alleuiands se gardèrenl bien d'admettre les dames dans la compagnie des ro/s, des capitaines [ober] et des valets ou bas-officiers (unler). L'as, nommé daus, était toujours le drapeau, quoique Charles Lslienne ait pens('' que le mot as venait de l'allemand nars et signifiait sol, ce qui lui semblait fort bien trouvé : « L'inventeur de ces chartes, dit-il, feit fort ingénieusement, (juand il meist les deniers et les basions [trè/le el carreau) en combat à l'encontre de force et justice {pique et cœur), mais encore méritoit-il plus de louange d'avoir en cedit jeu donné le plus honorable heu au sot. » {Paradoxes. Paris, 1553, in-8°.) Le nom de l'as, daus ou drapeau, dit assez que les cartes représentaient une armée, et que les combinaisons du jeu rappelaient la guerre : aussi, le plus ancien jeu de cartes, en Allemagne, fut-il le lands-knechl ou lansquenet, nom qualificatif du soldat ou soudoyer, dès le quatorzième siècle ; le lansquenet des cartes allemandes pourrait bien être le naïb, ou lieutenant, des caries oi'ientales. Cependant les Allemands ne tardèrent pas h faire subir aux cartes une foule de métamorphoses, dans lesquelles le caprice de l'inventeur et de l'artiste devint seul arbitre de la forme matérielle et des règles arithmétiques ouendjlématiques du jeu.

Les peintres de cartes avaient bientôt cédé la place aux (ailleurs de moules (/"orîwscftneider) ou graveurs en bois, qui les gravaient sur des planches de buis. La gravure en bois, inventée au connnencement du quinzième siècle, et peut être même auparavant. |)fnn- multiplier les images de saints, et longtemps renfermée dans quelques ateliers de la Hollande et de la haute Allemagne, s'empara bionlôl de la fabiicalion des caries h jouer, et ce fut probablement pour rivaliser avec la gravure ou taille de bois, (|ue, vers le uiilieu du quinzième siè'cle, la giavure en taille douce se mit aussi à faire des caites : cette concurrence de l'art et des artistes produisit une variété singulière de cartes à jouer, (pic l'Allemagne peut opposer aux nôtres, toujours uniformes, du moins dans leurs couleurs et dans leur consiitiilion générique. Les .Mlemands, sans être moins joueurs que les l'ianrais. I<'s Iialiciis et les Espagnols, fareni les piemiers qui alliibui-renl aux caries une destination plus utile et qui les firent servir tour à tour ;i l'amuseuienl des yeux el il l'éducation de l'esprit. On peut dire aussi que la gravure en bois et la gi'avure sur cuivre durent aux caries allemandes de faire de grands progrès et de se répandre par toute l'Europe, soil que la gravure en bois fût sortie de Haileni où Laurent Coster lavaii iiiiaginc'c |i(iur exc-cuter des carlesà jouer ou desiuiages de saiuls, soil que la gravure sur ( uivie ail r\r piali(pi('e d abord à Nuremberg el à (>ologne par le Maîtie île i4(JG, (jui a ««(MMuenre son leuvi*' en gravaul un jeu de cartes.

Voilà poui-quoi les criticjues de l'Allemagne, les plus savanis, ceux qui avaient surloul le mieux étudié l'histoire de la gravure, oui voulu soulenii- cpie les caries i\ joiici' claicni nées en Allemagne, ainsi que la gravure elle-même. QucKpies-uns ont fait remonler celle iuvenlion ii I anm-c lliOO; quclipics autres, à la iiu du (pialorzièine siècle. Le Ic'moiguagc <lu .Iru (lor [Das (juldiu siiiel , na pas plus d inqiorlancc. à ccl«''gard, (|ue (clui i\\iu i)uvrage écrit vers Ii7(); maison trouve une dale cerlaiiie dans l'ordouuanci' munii ipalc

>:iv

(le la ville dllm. citée plus haut, (jui défend, eu 1397, déjouer aux cartes. En outre, Heinccken lapporle ii la même époque ce passage tiré du manusciil d'une ancienne chronique de celle ville : « On envoya les caries à jouer, en ballots, tant en Italie qu'en Sicile et autres cndioits, par mer, pour les troquer contre des é[)iceries et autres marchandises.» Il faut remarquer cpie ce fait coriespond à la requête des carticrs de Venise, en 1441, contre l'inqiorlalion des cartes fabriquées à l'étranger et sans doute en Allemagne. Le concile de Bandierg, en 1491, prohibait les jeux de cartes avec les jeux de hasard : Luflosque taxillarum cl cfiarlarum cl lus similes, in locispubiicis. Ce jeu était également interdit par la Discipline des Yaudois, que ceux-ci présentèrent h Bucer et à OEcolampade en 1530, comme ayant été rédigée vers la fin du quatorzième siècle : a Ludi charlaium. taxillorum et id genus alia, undè iniinila ac horrenda mala, peccataque in Deum tuni etiam in proximum prosiliunt, deserantur. » Ces prohibitions successives furent peutêtre les causes des changements radicaux que l'Alleniagne scholaslique et artistique fit birns aux cartes ;i jouer.

Les plus anciennes que l'on connaisse et qui se rapprochent davantage de l'ancien jeu italien, sont celles que le docteur Stukeley découvrit en 1703 dans une vieille reliure de livre. Les originaux ont été malheureusement détruits, mais les dessins, qui furent faits alors et présentés à la Société des Antiquaires de Londres, ont été reproduits trèsexactement dans le grand ouvrage de Singer. Ces cartes étaient gravées en bois très-grossièrement et imprimées avec deux couleurs, vert et brun. Elles se composaient de quatre séries numérales, ayant pour marques (jrclots. cœur ou rouijc, lierre ou vrrl, et (jlaiids; chaque série était accompagnée de trois ligures : un roi, un chevalier et un valet. Ici, comme dans les jeux italiens et espagnols, le Chevalier renqdaçait la Dame. Chaque valet avait un écusson d'armoiries, l'un avec une licorne, l'autre avec deux marteaux en sautoir, etc. Ces quatre valets représentaient moins le cartier que la maison noble dont ils portaient les armes; leui's types étaient tous différents, comme les types des valets de noblesse, de cour, de chasse et de pied, dans les cartes de Henri 111. Le valet de ,(/;t/o/5 ressemblait à un fou, marchant, drapé dans son manteau; le valet de cœur, à un héraut d'armes, tenant sa masse levée ; le valet de lierre, h un baladin; le valet de glands, à un arbalétrier. Au reste, ces cartes annonçaient l'enfauce des arts du dessin, de la gravure et de l'impression. Elles n'étaient peintes que de vert et de brun, qui sont les deux couleurs alleniandes, comme les deux couleurs françaises furent originairement pour les caries à jouer : iiute ou indigo et vermillon (Statuts des cartiers de 1o81).

.\près ces cartes gravées en bois et coloriées, viemient les cartes gravées sur cuivre pai- le Maître de 1460 et par ses énuiles anonymes. Le jeu de cartes du Maître de 1400. que Bartsch a décrit dans le tome xi du Peinlro-graveur, et que M. Duchesne a fait graver dans le recueil de Jeux de caries larols el de caries numérales, publié par la Société des Bibliophiles français, n'existe que dans un petit nombre de collections d'estampes ; encore, y est-il toujours incomplet. Selon toute api)arence, il devait se composer de soixante cartes, quarante numérales, divisées en cinq séries, et vingt figures, à raison

Cartes a jouer.

A. niu.u<i <i.'i

IliMoti «•) Cnltircl rir

t el 2 Caries allemandea trouvées par le docteur Stukeley, dans la couvorluri! d un livn' iniprmV en l.'ioo, ei rolic dan» lo nii>nio ii-mii*

3, Carte allemande (xv« siècle). — 4. Jeu toscan drllr iltnihiale [xvi* siècle).

•'). Carte anjjlaise du temps d'ElisaliiMh — fl. Carte scienlifi(|uc du cordclier Murner (Allemagne, xvi« siècle).

F Si'n- Hirriil

TjE moyen AGE ET LA RENAISSANCE.

Cartes à jouer. PI. IV.

H. SOLTnU, „__. ^

( Biblioihfequ8 royale. Cabinet des Eclampee. Cariec 4 joutr. lome 1. Kh')

F. SERÉ, DIREXIT

Cartes à jouer. PI. IV bis.

H. SOLTAU, DEL.

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