‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similéChapitre 16 sur 65 · VUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE

Franchissons un siècle d'un seul bond, et regardons de nouveau l'Occident.

Quel changement! Quel mouvement luumlleux dans l'Europe entière! Quelle vie ardente s'est développée dans ces cités qui naguère rampaient, silencieuses el mornes, au pied du château de leurs maîtres! Au douzième siècle comme au dixième, un fait capital domine la situation. Tout h l'heure, c'était l'extension envahissante de la féodalité: maintenant, c'est la réaction des villes contre les châteaux féodaux: c'est l'esprit de cité

renaissant sous la forme de l'esprit bourgeois, qui, ainsi que la France elle-même, emprunte un nom teulonique pour réagir contre le régime issu de la conquête des Tenions. Ce qui renaît, ce n'est pas la municipalité romaine de l'Empire, abâtardie par la servitude au milieu de son faste et de ses arts resplendissants, c*est quelque chose de rude et souvent de quasi-barbare dans la forme, mais de fort et de généreux au fond, et qui. autant que le permet la différence des temps, rappellerait bien plutôt les petites républiques antérieures à l'Empire romain.

Les circonstances de ce grand mouvement et les institutions qui en résultent , offrent l'aspect d'une variété infinie; mais l'identité se retrouve au fond dans les principes et le but de la révolution qui remue toute l'Europe centrale, et qui réagit plus ou moins fortement sur les régions extrêmes : l'Italie, la France et l'Allemagne s'entraînent l'une l'autre. Si les principes et le but sont identiques, c'est-à-dire le rétablissement ou le raffermissement de la liberté civile, l'abolition des impôts arbitraires et l'organisation des villes en corps politiques, il y a cependant diversité d'origines : deux puissantes impulsions initiales sont venues, l'une du midi, l'autre du nord. C'est, d'un côté, l'esprit gréco-latin des municipes antiques, ranimé par opposition au génie des Barbares et transformé par un souille démocratique; de l'autre côté, l'esprit libre et égalilaire des vieilles tribus celtiques et germaniques ressuscité contre la hiérarchie militaire enfantée par la conquête : l'Europe est soulevée par ces deux courants d'idées qui la poussent à la l'ois vers une civilisation nouvelle, vers une nouvelle organisation de la vie urbaine.

Quand l'œil moins ébloui par le tumulte d'un tel spectacle peut saisir les différences, il distingue dans le mouvement de l'Europe centrale deux zones principales : 1° la Haute- Italie avec le midi de la Fiance ; 2° la France du nord et la ïeulonie. La France centrale offre quelque chose de moins tranché, de moins éclatant, comme une transition un peu pâle entre ces deux régions si puissamment agitées. Plus loin, apparaissent la Caslille, suivant son développement original et isolé; l'Angleterre, dominée et réorganisée parles Franco-Normands; la Scandinavie et les Slaves occidentaux, influencés plus ou moins directement par l'Allemagne.

Reposons un instant nos regards sur chacun des deux centres d'action que nous venons de reconnaître.

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