‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similéChapitre 17 sur 65 · REGION DU MIDI. — VILLES DE CONSILAT · texte numérisé non relu

REGION DU MIDI. — VILLES DE CONSILAT

L'Italie, où la cendre de l'antiquité est toute chaude encore, est évidemment le foyer principal où se rallume une civilisation qui n'a jamais été qu'à denii-éleinte. Mais l'Italie présente elle-même de très-grandes diversités. L'empereur, le pape, les princes féodaux, les évêques, y exercent, sur les villes, des influences très-inégales de contrée en contrée. En Toscane et en Ligurie, le progrès des villes vers la liberté est faiblement

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disputé; en Lombardie et dans les Deux-Siciles. la féodalité, au contraire, est très-forte. Partout, néanmoins, les cités s'affranchissent : dans les Siciles, la féodalité reste maîtresse des campagnes; dans la plus grande partie de l'Italie, elle est poursuivie et vaincue jusque dans les campagnes par les cités réorganisées selon l'esprit des républiques antiques. Les empereurs, en Lombardie. avaient donné les droits de comté aux évèques, pour les opposer aux grands laïques; les villes profitent de la Guerre des Investitures pour renverser la domination des évèques-comtes. avec l'appui de la papauté même, qui poursuit dans ces évèques les alliés de l'empereur. C'est aux souvenirs de la vieille Rome que les cités affranchies vont demande]' le titre nouveau de leurs magistrats républicains: les villes de l'ancien exarchat de Ravenne, devenu le domaine du Saint-Siège, donnaient à leurs officiers municipaux le titre allier de consuls, peu en rapport avec leurs modestes fonctions. Les cités de la Haute-Italie et de la Toscane l'empruntent et L'appliquent à des institutions plus dignes d'un si grand nom; elles font de vrais consuls romains à Milan, à Gènes, à Pise, etc. Les villes romaines, à leur tour, et les principales cités maritimes des Deux-Siciles. se remettent par leurs lois au niveau de leurs sœurs du nord. La noblesse féodale, en Toscane, en Ligurie, en Lombardie, est dissoute, absorbée, attirée dans lesvilles en otage; les barons sont transformés en patriciens urbains. L'empereur ludesque s'efforce en vain de ramener sous son joug ces fières populations qui ont brisé le joug de ses vassaux. Du haut de ces tours élancées et légères qui ornent encore aujourd'hui quelquesunes des villes italiennes, le signal des combats vole par toute la Lombardie; l'empereur est vaincu, et réduit à se contenter d'une suzeraineté presque nominale : l'aigle impériale s'enfuit devant le char splendide [carrocio] qui porte les bannières des villes lignées. Heureuses les cités d'Italie, si leur prospérité même ne leur faisait oublier l'union qui pourrait seule rendre celle prospérité durable, cl si, au lieu de s'associer par un lien fédératif, elles ne tournaient leurs armes les unes contre les autres dans des lutles fatales à la liberté de toutes!

Si nous passons les Alpes et que nous descendions de l'Italie dans la France méridionale, nous y retrouverons immédiatement le contre-coup du mouvement italien: l'analogie des mœurs, des souvenirs, des tendances, y propage presque instantanément l'imitation des nouveautés ultramon (aines. Plus avancées quant au développement chevaleresque et littéraire, moins avancées quant au développement politique, la Provence, la Septimanie. l'Aquitaine, font de nobles échanges avec l'Italie. Leurs villes, moins puisantes que les cités italiennes, ont déjà cependant, du dixième au onzième siècle, des libertés municipales assez étendues; elles s'intitulent communauté, université, pour indiquer quelles font corps, que tous les citoyens ne font qu'un; elles ne font pas seulement corps chacune dans l'enceinte de leurs murailles, elles interviennent ensemble dans les affaires générales, elles prennent part aux parlements, aux états-généraux du royaume d'Arles et de la Septimanie. (Les Etats dont nous parlons ici n'étaient point une institution régulière, mais des assemblées extraordinaires convoquées en vue de quelque grand intérêt public.) Leurs magistrats traitent en égaux les seigneurs féo-

daux ; la jeunesse patricienne des villes est admise dans l'ordre de chevalerie. Pendanl longtemps, les seigneurs d'origine franke el gothique, n'admettant pas les vieux litres municipaux latins dans la hiérarchie féodale, n'ont reconnu les magistrats des villes qu'en qualité de bous hommes, c'est-à-dire de notables. Mais les consuls, eux. savent bien se faire faire place dans la hiérarchie. Le consulat, arrivé d'Italie, couronne partout l'édifice municipal dans les provinces voisines du Rhône, de la Méditerranée et de la Garonne. Le régime où des consuls exercent le pouvoir exécutif près d'un sénat municipal, atteint la Charente, d'un côté, el Lyon, de l'autre. Le consulat gagne même, par le Rhin et le Danube, une partie des cités germaniques, mais sans y porter sa vigueur native ni ses vastes attributions; ce n'est pas lui qui régénérera les villes des Teutons. Dans notre midi, au contraire, où le sol est si bien préparé à le recevoir, il produit tout ce qu'il peut produire, eu égard à l'état respectif des classes el des forces sociales. S'il n'arrive pas, comme en Italie, à supprimer la féodalité, il la transforme. Le puissant comte de Toulouse semble moins dans sa capitale un prince féodal qu'un magistral suprême de la bourgeoisie, quand il préside en personne le chapitre (conseil) de la cité, au milieu de ces fiers bourgeois qui se qualifient de barons de Toulouse (los baros de Tolosa). Le nom général de consuls doit disparaître à Toulouse devant celui de capitouls (capitulares , chefs du chapitre), particulier à celte ville; mais les fonctions sont les mêmes. Dans plusieurs cités, spécialement en Provence, une autre magistrature, également d'origine italienne, vient se superposer ou se juxtaposer au consulat; c'est celle institution du podestat, ipoleslas), dont le nom exprime énergiquement le pouvoir public personnifié. A Avignon, deux podestats et deux consuls figurent ensemble à la tête du corps de ville. Presque toutes les villes importantes n'admettent plus d'intermédiaires, de vicaires, entre elles et le prince féodal; les consuls ne reconnaissent plus le vicomte, h moins que le vicomte ne devienne, par l'assistance même de la cité, un prince indépendant. A Marseille, l'université de la cité-haute se gouverne en république, sous la suzeraineté du comte de Provence, tandis que la cité-basse reste soumise à un vicomte. Plusieurs cités ne reconnaissent même plus la suzeraineté du comte. Ainsi Périgueux . partagé en deux communautés alliées, la Grande et la Petite Confraternités, refuse toute obéissance aux comtes de Périgord. sauf à reconnaître la suzeraineté nominale du duc d'Aquitaine. Arles, sous les podestats, paraît, au moins quelque temps, indépendante des comtes de Provence et se gouvernant en ville libre et impériale. Les lois et coutumes de toutes ces villes varient à l'infini. Toutes les combinaisons imaginables de démocratie el d'aristocratie, de système électif, de concentration, de division, de pondération des pouvoirs, sont essayées successivement et simultanément. Parmi les constitutions que se donnent nos cités méridionales, du onzième au treizième siècle, on trouve de vrais chefsd'œuvre de politique, ensevelis au fond des archives de telle ou telle petite ville des bords du Rhône ou du golfe de Gascogne (à Bayonne, par exemple), et l'on est saisi d'admiration en voyant quels trésors d'intelligence et de patriotisme ont été dépensés sur de si étroits théâtres.

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