‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similéChapitre 24 sur 65 · UNIVERSITE DE PARIS ET PRINCIPALES UNIVERSITÉS DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

UNIVERSITE DE PARIS ET PRINCIPALES UNIVERSITÉS DU MOYEN AGE

NSEIGNEZ les ualions » [Ite et do-

(Ttl'.Mx T..XXV11I.

19), avait dit aux apôtres le Christ ressuscité. Tel était le titre suc lequel reposait la mission dont l'Eglise prit l'initiative, et qu'elle accomplit presque sans partage pendant tout le cours du Moyen Age.

ai Les écoles de Marseille, d'Autun.

de Lyon, de Bordeaux, de Narbonne, de Cler-

lllnnt.de Toulouse, qui . jadis el

PRITES, i

sous la domination des vainqueurs, avaient jeté sur la Gaule un si vif éclat littéraire.

grâce aux noms des Pétrone, des Trogue-Pompée, des Salvien et des Césaire, ces écoles.

dès le sixième siècle, n'étaient plus même un souvenir. Avec le mérovingien Dac-Berl

ou Dagohert Ier (638), s'étaient éteintes les dernières lueurs des traditions

publiques qu'avait laissées sur notre sol le génie de l'antiquité. Le clergé.

tant régulier que séculier, était devenu le suprême et unique asile des lettres

et des connaissances humaines. Et cet asile lui-même s'ouvrait à l'ignorance

et a la barbarie. Telle était la situation des choses lors de la venue de Char-

lemagne On sait les efforts qui furent tentés et les mesures prescrites par

ce grand homme pour y porter remède. Un de ses capitulaires. adressé à

Baugulf, abbé de Fulde (Baliz., Capital. I, 201), ordonne la

restauration des écoles épiscopales et cénobiales. Par ses soins .

le moine anglais Alcuin et les plus célèbres clercs étrangers, dont

la renommée était venue jusqu'à ses oreilles, furent mandes dans

Il réunit autour de lui ces savants, dans une sorte d'académie, dont lui-même était un des membres les plus zélés. Les manuscrits des monastères furent revisés, multipliés et transcrits avec une critique plus sévère et plus éclairée. L'écriture enfin fut régénérée. Ces incontestables services rendus à la littérature, les bienfaits immenses qu'ils produisirent, agrandis encore par le prestige des âges et la reconnaissance des générations, valurent au nouveau césar le titre de fondateur et aussi de patron de l'Université; double auréole, dont la gratitude des siècles, plus fidèle dans sa poésie que docile aux démonstrations de l'histoire. n'a point encore complètement découronné le front de saint Charlemagne, Cette première opinion, qui fut la pensée publique durant tout le Moyen Age. el qui trouva de graves soutiens jusqu'à la lumière de la critique moderne, est elle-mêmeun fait trop important acquis à l'histoire . pour que nous n'en consignions pas ici l'expression, je ne dirai pas la plus pure, mais la plus pleine et la plus complète. Voici donc ce que rapporte à cet égard le compilateur Nieoles Gilles, un des premiers écrivains qui . chez nous . aient tenté d'élever la Chronique à la hauteur de l'Histoire :

1>> scelus exurgc, -. eleris discrimina |p<ir^i>. ., Je me dresse contre le crime el je fais justice de ses attentats. - — Charlemagne, empereur, tenant d une main te çlobe ci de Vautre le Jai\e de justice, d'apres une miniature «le? Registres de l'Université {.inh. de l'Unit., flaintsf. de I'/n«(r. put/t.)

De deux moy nés qui cryoient par tout qu'ils auoient science à cendre et comment l'Université de Paris fut par Charlemaigne premièrement érigée.

n ce temps vindrent d'Yrlande en Fiance « deux moynes qui estoient d'Escosse, les- « quels estoient moult grans clercs et de « saincte vie; et par les eilés et par les pays « preschoient et cryoient qu'ils avoienl « science à vendre et qui en vouldroist ache- « pter vînt à eulx. Ce qui vint à la cognois- « sance de l'empereur Charlemaigne, qui « les feit venir devers lui et leur demanda « s'il estoil vray qu'ils eussent science à ven- « dre. Lesquels respondirent que voirement « ils l'avoient par don de grâce de Dieu el « qu'ils estoient venuz en France pour la « prester et enseigner à qui la vouldroit apprendre. L'empereur leur demanda quel « lover ils vouldroient avoir pour la monstrer. El ils respondirent qu'ils ne vouloient « riens, fors lieux convenables à ce faire et la substance de leurs corps tant seulement . « et (pie on leur administrast gens et enfans ingénieux pour la recevoir. Quant l'einpe- « reur les eut ouyz, il fut bien joyeulx et les tint avec lui jusques à ce qu'il convint aller « en guerre. Et lors commanda à l'ung d'eulx nommé Clément qu'il demourast à Paris el « luy list bailler les enfans de gens de tous estais les plus ingénieux que on sceust trou- « ver, et fist faire lieux et escolles convenables pour apprendre, el commanda que on « leur administrast tout ce qui leur seroit besoing et leur donna de grands privilèges. « franchises et libériez. El de là vint la première institution du corps de l'Université de « Paris, qui estoil à Rome, où, par avant. d'Athènes elle avoit esté translatée. » [Annales. 1544, in-4\ f Ij, v°.)

La première rédaction de ce récit, reproduction altérée d'un passage du moine de Saint-Gall [De reliuiosit. CaroL, cap. 1. 1. appartient à Hélinand, moine du douzième siècle, copié :i son tour, et mis pour nous en lumière par le célèbre Vincent de Beauvais, auteur du Miroir Itistorial. Celte opinion eut cours, et fut l'objet d'un crédit à peu près incontesté jusqu'à Etienne Pasquier, l'éloquent et impartial avocat de l'Université, qui, dans ses Recherches de la France 172.5. in-l". t. i. p. 891), démontra, de concert avec

Loiscl Plaidoyer devant la cour du parlement, ap. Bclljei'.m. Histor. Universital. paris. . i. i. j». 125.) ci André Duchesne (Prœfat. ad B. Alcuini opp.), ses contemporains, le peu de fondement historique de cette légende. Près de cent ans plus tard, au siècle des Du Gange et des Mabillon, le docte annaliste de ce môme corps, César Égasse Du Boulai Ilist. Unir. paris., 1. 1. p. 91 et seqq. . déployait une érudition désespérée à la défense d'une cause qui c< miplait encore de nombreux partisans. Et enfin, dans les derniers temps de la monarchie, à une époque où certes, pour les institutions du Moyen Age, le temps des illusions était passé, son dernier historien, l'honnête et timide Crevier (t. i. vu etpassim), ne touchait qu'avec une réserve et un embarras marqués à cette tradition sacramentelle. S'il est vrai. en effet, comme nous l'avons ci-dessus Indiqué, que l'empereur des Francs avait établi dans son propre palais, c'est-à-dire au sein de ses résidences variables, une véritable académie, ainsi qu'on en peut juger par les traces curieuses que les œuvres d'Alcuin nous en ont conservées {Alcuini opéra, éd. Duchesne. 1617. in-f. p. 1.386 etpassim), il est plus que douteux (pie cet institut nomade ait jamais fixé son siège à Paris, ville peu fréquentée par Gharlemagne. Il est bien moins constant encore qu'on puisse voir là une institution concertée et durable, et surtout une suite de maîtres qui, sous l'égide du pouvoir royal, se soit régulièrement perpétuée jusqu'aux temps réellement historiques de l'Université parisienne.

Quels qu'aient été à cet égard, et à des intervalles bien éloignés, les efforts intéressés des universitaires, tout semble au contraire démontrer que ces remarquables tentatives du grand empereur, comme tant d'autres ébauches de son génie, ne survécurent pas à la main puissante qui les avait produites, et que les écoles de Paris, ainsi que nous le voyons dans l'histoire de toute la chrétienté, naquirent et se développèrent sous l'autorité et sous les auspices de l'Église. Quant à l'étymologie du mot Université . qui fournit en même temps l'origine de la chose, nous pensons que les divers auteurs qui ont traité ce point, depuis Etienne Pasquier lui-même jusqu'à Du Boulai. Sauvai et Crevier. n'en ont point saisi avec une exacte précision le sens primitif et l'histoire grammaticale. Dans la diplomatique du Moyen Age, le mot universitas s'applique à une collection ou catégorie quelconque de personnes à qui s'adresse un acte ou une pensée : noverit universitas vestra : sachez tous. Peu à peu, celte formule de pur style, qui s'appliquait à tous les protocoles du monde, prit un sens restreint, spécial et détourné; elle finit par indiquer individuellement l'université des étudiants de Paris; puis, l'institution publique, le corps de l'État, que ces étudiants formèrent; puis, le quartier de la ville qui leur était réservé. De même, pour choisir dans la langue un ternie de comparaison sensible, ces mots : Votre Majesté ou Sa Majesté, simple périphrase, dans le principe, du pronom personnel, sont devenus, avec le temps, la dénomination consacrée de la personne royale.

Les annales de l'Université de Paris commencent à peu pies avec Abailard. celte figure historique restée si vivement empreinte dans la mémoire populaire. En 1107. lorsque l'infortuné docteur vint pour la première fois dans celte ville, l'école était encore pen-

dante au giron de l'Église. C'esl au cloître de Notre-Dame qu'enseignaient maître Guillaume de Champeaux, le grammairien, archidiacre de la cathédrale, et le théologien maître Anselme de Laon, dont il suivit d'abord les leçons célèbres, et qu'il devait bientôt supplanter l'un et l'autre. En 1 160, au rapport de Raoul de Dicet et de Mathieu Paris. Henri II, roi d'Angleterre, proposait de soumettre le dillérend qui le divisait avec Thomas Reket, archevêque de Cantorbéry. au jugement impartial des écoliers des diverses nations, étudiant à Paris ( « scholaribus diversarum provinciarum sequâ lance negotium examinanlibus. » Âp. Bull., llist. Univ. par., t. n,p. 364.); déférence remarquable qui témoigne :i la l'ois de l'autorité de ces études, et qui accuse en même temps quelques premiers symptômes d'organisation. En 1195, le même Mathieu Paris mentionne un abbé d'Angleterre qui, dans sa jeunesse, avait l'ait ses études à Paris et y avait été reçu dans la compagnie élective des maîtres. (« In electorum magistrorum consortium. » Vita Johannis de Cellâ, abbat. S. Albuni.) Le diplôme de 1200, donné a Béthisy par Philippe- Auguste, et qui faisait le fondement des privilèges de l'Université, nous montre ce corps pourvu d'un chef (capitale), dont l'immunité, ainsi que celle de tous ses membres, par rapport à la justice laïque, est solennellement garantie. (Bull., t. m, p. .'5. Ce chef fut ensuite appelé recteur.) Enfin, c'est seulement en 1260 (Bull., t. m, p. 358, 562 ei seqq.), que nous voyons le corps universitaire muni de tous ses organes et parvenu à son complet développement.

Déroulons ici le tableau de cette organisation.

Nations. — Dès le principe, une division naturelle s'établit entre les jeunes gens que la réputation des écoles parisiennes y faisait affluer de tous les points de la chrétienté. L'analogie de langue, d'intérêts, de sympathies, les groupa tout d'abord par nations. Peu h peu, ces réunions spontanées prirent une forme plus régulière, et pourvurent au gouvernement de leurs intérêts communs. 11 y avait quatre Nations : celle de France . celle d'Angleterre, celle de Normandie et celle de Picardie.

La nation de France se composait de cinq (ribus, qui comprenaient les évèchés ou provinces métropolitaines de Paris, Sens, Tours, Beims, Bourges, et tout le midi de l'Europe : ainsi, un écolier du diocèse de Barcelone, qui venait étudier à Paris, était de la nation de France.

La nation d'Angleterre, dont le domaine n'était pas moins étendu, embrassait toutes les contrées du nord et de l'est étrangères à la France actuelle. Elle se divisait en deux tribus : celle des insulaires et celle des continentaux. Le nom d'Angleterre ('tant devenu un objet d'exécration pour les Français au sein même de leur capitale, soumise à sou autorité, on y substitua le nom d'Allemagne, et depuis la rentrée de Charles VII à Paris en 1436, celte nouvelle dénomination remplaça la première (huis les actes publics. Ce changement avait été sollicité dès 1377, pendant le séjour à Paris de l'empereur Charles IV. (Ik'LLixs. de patron, iv nat., p. 70. — Pasquier, Recherches de la France. col. 939. — Reg. mss.de l'Univ.; n" 8, lib. procur. nat. al/eman.. P 56.]

La nation de Normandie n'avait qu'une tribu, correspondant à la province de ce nom.

La Picardie en avait cinq, qui consistaient dans les diocèses de Beauvais, d'Amiens, de Noyon, de Laon et des Morins ou de Térouanne, évèché transporté depuis à Saint- Omer.

Faciltks. Arts.— Les quatre Nations réunies formèrent d'abord l' université des études. mais plus tard, lorsque les facultés se constituèrent, ces mêmes nations ne composèrent puisque la Faculté des Arts. Cette dénomination comprenait dans l'origine tout le cercle

des connaissances qui s'enseignaient publiquement. Les arts libéraux, qui. dans notre division actuelle des connaissances classiques, correspondraient en partie au domaine des sciences et des lettres, embrassaient le tririum . c'est-à-dire la grammaire, la rhétorique et la dialectique, et le quadrivium, ou l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. Théologie. — En 1239, les frères prêcheurs, ou dominicains, protégés par le crédit et l'affection particulière de saint Louis, finirent par obtenir d'être associés à l'Université, malgré la répugnance que ce corps manifesta toujours à l'égard du monachisme. Comme ces religieux ne pouvaient être assimilés qu'aux maîtres en théologie, ces derniers, secondés par l'assentiment de tous les autres maîtres ou docteurs en arts, et par la commune antipathie contre ces intrus, établirent une catégorie spéciale qui prit le nom de Faculté de Théologie. Ils furent bientôt imités par les décrétistes et les médecins, qui s'érigèrent en faculté de Droit et de médecine. Jusque-là . ces diverses spécialités d'études étaient restées confondues dans les attributions collectives des Nations, antique noyau, comme nous l'avons dit. de l'Université tout entière.

Malgré l'importance croissante et la supériorité relative que les trois facultés nouvelles prirent avec le temps, cette origine primitive du corps des Nations entraîna toujours pour lui une prépondérance évidente et la conservation de certaines prérogatives essentielles. Ainsi chaque nation nommait un procureur, et chaque faculté un doyen. Le mode d'élection des procureurs et le terme de leur emploi variaient suivant les nations. (Bull., m, 577.) La Faculté de Théologie, indépendamment de son doyen, qui était le docteur séculier le plus ancien en grade, ('lisait tous les deux ans dans son sein un syndic chargé de l'administration des affaires. Les deux autres facultés avaient deux doyens. I un d'âge ou d'ancienneté dans le grade de docteur, l'autre en exercice et choisi

Sceau des quatre Nations ou Facull ■ des Arts. — Bibl, roy. de Pant,

Cab. d-'S médaille*, XFI* sircle.

tous les ans. Ces officiers, au nombre de sept, composaient le tribunal de l'Université et décidaient de toutes ses affaires. On voit donc que la Faculté des Arts avait à elle seule une part quadruple de représentation et possédait la majorité des suffrages; elle jouissait en outre exclusivement du privilège de nommer le Recteur, ou chef de toute l'Université, qui ne pouvait être pris que dans son sein; elle seule, enfin, avait la garde du trésor, des archives, l'administration du Pré-aax-C lèves et la nomination ou la présentation de tous les officiers non électifs de l'Université.

Droit.

n 1151, un clerc de Bologne, nommé Gratian. réunit en un nouveau corps , sous le titre de Décret , les diverses décisions des papes et des conciles, qui composaient la jurisprudence ecclésiastique, ou droit canonique. Ce recueil fut goûté du souverain pontife Eugène 111, qui l'accueillit avec empressement, et en ordonna l'étude et l'enseignement dans les universites, ainsi que dans les églises. Telle fut parmi les écoles de Paris l'origine de la Faculté de décret, laquelle n'était d'abord qu'un démembrement de celle de Théologie. Vers la même époque, la découverte des Pandccles de Justinien, retrouvées en 1 133 lors du siège d'Amalfi, vint augmenter les connaissances de l'Europe chrétienne en matière de droit, connaissances qui se bornaient alors à la possession du code Théodosien . des lois barbares et des capitulaires des rois de Fiance. Cet événement ranima partout les études des jurisconsultes, et bientôt le droit civil vint prendre place dans l'Université de Paris, à côté du droit canonique. Mais les papes et les évoques, aux yeux desquels la théologie était la science suprême et la seule nécessaire, favorisèrent exclusivement le développement de cette faculté, et ne permirent l'exercice du Droit, qu'entant qu'il se rapportait à la doctrine el aux intérêts de l'Église, c'est-à-dire du droit canonique. Vers 1210, Honorius 111 rendit une bulle célèbre (Bull., llist. unir., part. III, p. 96) qui interdit renseignement du droit civil à Paris et dans les lieux circonvoisins, comme préjudiciable aux éludes théologiques. L'absurdité d'une telle prescription, en présence des besoins et des efforts croissants des études, n'en permit jamais la complète application, el la science du droit séculier ne cessa point d'étendre ses progrès. Ce ne fut toutefois qu'en 1679, sous le règne de Louis XIV, que le droit civil devint ou redevint en France l'objet d'un enseignement public et régulièrement constitué.

Médecine. — L'enseignement de la médecine parait avoir pris naissance chez nous vers la tin du douzième siècle. Les religieux, qui, seuls, possédaient l'instruction nécessaire pour aborder avec fruit ces études, en furent les premiers dépositaires. Mais la discipline

catholique ne larda pas à contrarier ces premiers efforts. En 1163. le concile de Tours, préside par Alexandre 111. interdit auxmoines, ayant fait profession, de quitter leurs couvents pour assister aux leçons de médecine et de droit civil « ad audiendum... physicam, leges ve mundanas » ; Pàsqoier , Rech. col.. 911). Cette défense fut renouvelée, comme nous l'avons dit. à l'égard du droit civil, par le pape Honorius 111. et reçut du reste la même inexécution. Les notions médicales de l'antiquité avaient été transmises au Moyen ^ge par les Grées et les Arabes. L'école de Salerne et celle de Montpellier disputèrent el surpassèrent mêine , pendant longtemps, la renommée que la Faculté de Paris ne réussit que tardivement à conquérir. La médecine, d'ailleurs, science de faits et d'observations, ne pouvait réaliser de progrès sérieux, au milieu des préjugés de toute espèce, et sous l'aveugle autorité des catégories, des formules el des méthodes empiriques qui présidèrent si longtemps à toutes les études.

Par suite des idées morales introduites par le christianisme, sur la sainteté relative du célibat et de la société conjugale, le mariage fut. dans le principe et pendant la plus giande partie du Moyen Age, considéré comme incompatible avec la cléricature, et par conséquent avec l'exercice ou du moins avec l'enseignement publie du droit et de la médecine. Vers 1447, un docteur en médecine de la Faculté de Paris, s'élant vu contester ses droits de régent ou professeur, comme ayant épousé récemment une veuve P>u.i... Y. 541 el seqq. ), un procès s'engagea sur celle matière, el lui enfin soumis à la décision royale. Le roi Charles VII repoussa les motifs traditionnels allégués contre le docteur. et lui confirma la plénitude des droits qu'il réclamait. Quelques années plus lard, en 1 •'*.'> 2. lorsque, par les ordres du même prince, le cardinal d'Eslouteville réforma l'Université, le principe de l'incompatibilité du mariage avec les fonctions universitaires fut définitivement rayé de la discipline, et ne lut plus appliqué parla suite qu'aux clercs engagés dans le sacerdoce.

Recteur et Si itots. — Le Recteur était élu par les Nations. La durée de son pou voir était d'abord d'un mois ou de six semaines. En 127S. le cardinal de Sainte-Cécile, légal en France, pour mettre lin aux abus qu'engendrait la brièveté du rectorat, réforma cet elat de eboses, et prescrivit qu'à l'avenir les fonctions du recteur s'exerceraient pendant l'espace de trois mois. (Pasquier, Rech., p. 935.) Cet usage s'observa jusqu'à la fin du quinzième siècle, époque à laquelle le rectorat devint annuel, et même, par la suite . d'une durée encore plus prolongée. Les procureurs des Nations étaient d'abord chargés du soin délire le recteur; mais des brigues scandaleuses s'étant produites, on commit quatre électeurs spéciaux pour déléguer celte fonction. Ces électeurs prêtaient serment île faire un choix honorable el utile à l'Université. Ils portaient le nom à! mirants, à cause du conclave dans lequel ils entraient pour celle nomination. Le recteur nouvellement élu recevait l'investiture du recteur sortant, et jurait à son tour de remplir son office pour l'honneur et le profit de 11 niversité.

De grands privilèges étaient attachés à la dignité de Recteur. 11 exerçait sur toutes li s écoles une juridiction souveraine, et ne reconnaissait point de supérieur sur tout le

ET LA RENAISSANCE, territoire de Université. Souvent appelé, pendant le cours du Moyen Age. au conseil même des rois, il marchait de pair avec l'évêque de Paris et le parlement dans les cérémonies publiques. 11 donnait à tous les écoliers, à tous les maîtres, les lettres de scholarité qui leur conféraient les privilèges de leur robe, et recevait d'eux le serment d'obéissance perpétuelle, à quelque dignité qu'ils pussent parvenir. 11 nommait à tous les offices, tels que ceux de syndic, trésorier, greffier, grands et petits messagers, parcheminiers, libraires, relieurs, écrivains, enlumineurs, et enfin de bedeaux ou sergents de l'Université. Il ouvrait son avènement au rectoral et il célébrait la fin de son exercice par une procession solennelle, à laquelle il conviait, indépendamment de tous les suppôts que nous venons d'énumérer, les ordres religieux qui habitaient le territoire de sa juridiction. En 1412, dit Juvenal des Ursins, lors d'une procession de l'Université à Saint- Denis pour les malheurs de la guerre, le cortège était d'une telle étendue, que la tête de la procession entrait dans la ville de Saint-Denis, alors que le recteur était encore aux Matliurins. (Collecl. Micuald et Pouj., t. II. p.

47(5.) En dehors de ces circonstances, tous les ans, le lendemain de la Saint-Baraabé(12«

J /' Bachelier de la Faculté de Théologie, et Professeurs des Facultés de Théologie, de Jurisprudence el de Médecine de l'Univer-

noIÀlvnû f/it/* jIh *'1'' ^e Pont-à-Monsson, tirés de; Funérailles de Henri II, duc de Lorraine, par Claude de la Ruelle. (Bibl. roy. de Paris,

i eieiJIC It£U5 (1U Cab. àea Estampes.)

Lendit 7 ou fête du parchemin, dont nous reparlerons plus tard. Ce jour-là, le recteur.

Bedeaux des Facultés de Théologie, de Jurisprudence et de Médecine de l'Université de Pont-à-Mousson, tires des Funérailles de Henri, dur de Lorraine, par Claude de la Ruelle. (Bibl. roy. de Paris, Cab. des Estampes.)

Mœurs et usages de la vie civile.

UNIVERSITES , Fol. V.

vêtu de sa chape rouge et de son bonnet rectoral, monté sur une mule ou une haquenée, précédé de ses deux massiers, entouré des doyens, procureurs et suppôts, s'acheminait vers la foire de ce nom, qui se tenait à Saint-Denis. Il y prélevait, avant tous autres acquéreurs, la provision de parchemin annuellement nécessaire à l'Université et recevait des marchands une gratification qui, au seizième siècle, s'élevait a la somme de cent écus.

Le syndic, appelé aussi procureur, promoteur ou procureur fiscal, était, a proprement parler, l'administrateur de Université.

Le trésorier avait la gestion financière des revenus et des dépenses. Ces revenus consistaient notamment dans la taxe scolaire, dans quelques legs et fondations, dans le produit annuel du Pré-aux-Clercs et dans celui des messageries, dont nous allons parler.

Le greffier, secrétaire ou scribe, était chargé de tenir la plume, de lire dans les assemblées les pièces communiquées et de garder les registres de la compagnie.

On appelait grands messagers certains bourgeois notables, établis dans la capitale, qui servaient de correspondants aux nombreux écoliers venus à Paris de tous les pays de l'Europe. Accrédités par les familles, assermentés près l'Université, ils étaient exempts du droit de garde urbaine et partageaient les autres immunités universitaires. Ils devaient fournir

D'après une miniature du registre manuscrit n. n, fol. 10, de la Nation de Picardie, 1476-1483 (Arch. de l'Université, minist. de l'instr. publ.) : Mailrc Jean de Vandeuil , procureur de la Nation. — Bedeau. — Jean Ltqueui, messager de Guise en Thîârache, an diocèse fdyose) de Lion. — Portraits. Voir la légende gravée pour la Prononciation.

aux étudiants, moyennant caution, l'argent dont ceux-ci avaient besoin, et veiller à leurs nécessités. Le nombre des grands messagers était limité à un seul par diocèse. Ils avaient sous leurs ordres, et sans nombre, de petits messagers ou simples facteurs, qui. sans cesse

ET LÀ RENAISSANCE, en route, portaient et reportaient perpétuellement de Paris h l'extérieur, et de l'extérieur à Paris, les lettres missives et autres envois, relatifs à l'enseignement ou aux élèves. Telle fut . à proprement parler, parmi nous, l'origine de la poste aux lettres et des messageries, qui ont été depuis élevées à l'état de services publies, la première par Louis XL et les secondes par Louis XIV.

Les bedeaux, sergents, massiers, ou appariteurs, étaient au nombre de quatorze, deux par compagnie. Chaque Faculté, chaque Nation, avait deux bedeaux : le grand et le petit. Le recteur en exercice se faisait précéder des deux bedeaux de la nation qui l'avait fourni. Ces fonctionnaires, destines dans le principe à un service de sûreté ou de cérémonie, finirent par tenir la plume dans les actes publics, et par devenir -des personnages demi-serviles et demi-littéraires.

À ces officiers, grands et petits, il faut ajouter les deux conservateurs des privilèges de l'Université : l'un, conservateur royal, n'était autre que le prévôt de Paris, qui, lors de son installation, devait jurer de les respecter et de les maintenir; l'autre, conservateur apostolique , était élu parmi les évèques de Meaux , de Béarnais et de Senlis. 11 faut y joindre enfin les deux chanceliers, appartenant aux églises de Notre-Dame et de Sainte- Geneviève, sur lesquels nous allons revenir, en traitant des grades et de X enseignement universitaires.

Quelques mots sur les patrons de l'Université trouveront ici une place naturelle et serviront à l'intelligence des sceaux usités en 1398 parles Nations et les Facultés de Paris : monuments inédits pour la plupart, que nous reproduisons pour la première lois, autant du moins que nous ayons su le faire, d'une manière exacte et complète. (Yoy. PI. des Sceaux des Universités. )

L'Université de Paris reconnaissait deux classes de patrons : les uns dont l'invocation clait commune au corps tout entier; les autres qui recevaient seulement un culte spécial de la part des membres ou compagnies, telles que les Facultés et les Nations.

Nous traiterons d'abord des premiers. Au Moyen Age, la Vierge-Mère, ou, pour employer cette dénomination à la fois si gracieuse et si populaire, Notre-Dame, présidait, dans le culte des fidèles , à une multitude d'institutions non-seulement religieuses, mais civiles. On rencontre à chaque pas, dans les œuvres ou les souvenirs de celte période, la trace de celte poétique influence. Patronne de l'église et de la ville de Paris. Notre-Dame le fut aussi de l'Université parisienne ; son image se retrouve, à toutes les époques, sur les sceaux et autres emblèmes des écoles. (Voy. ci-dessus, folio m verso, et planches des Sceaux. n° 5.) Il faut y joindre sainte Catherine et saint Nicolas, qui figurent également sur le sceau le plus ancien de l'Université (fig. 5), et qui, du reste, étaient les patrons traditionnels, non-seulement de tous les clercs, mais de toute la jeunesse. A divers intervalles, des tentatives eurent lieu pour rendre les mêmes honneurs à saint Thomas Beket, archevêque de Cantorbery, aux saints Côme et Damien, ainsi qu'à saint André'. Quelques-uns de ces personnages devinrent à la longue les patrons définitifs de Nations ou de Faillites: mais saint André' resta seul, en compagnie de Notre-Dame.

de sainte Catherine et de saint Nicolas, au nombre des patrons communs de l'Université.

Les Nations et les Facultés se choisirent de bonne heure, indépendamment de ce culte général, un certain nombre de saints protecteurs, en l'honneur de qui elles célébraient périodiquement des solennités religieuses, solennités auxquelles se mêlaient de très-mondaines réjouissances. En 1275, ainsi que nous aurons plus tard occasion de le rappeler, la multiplication excessive de ces fériés et les abus qu'elles avaient engendrés, firent reconnaître la nécessité de les restreindre. Un statut général de la Faculté des Arts ordonna donc que chaque Nation, en dehors des fêtes communes, ne pourrait en célébrer qu'une seule. (Bul., De Palronis quat. Nat., p. 47.) Cette règle, toutefois, ne reçut point une application rigoureuse, et nous allons seulement énumérer par ordre les noms des divers saints que les membres de l'Université invoquaient ou fêtaient séparément.

La Nation de France, aux douzième et treizième siècles, adressa des hommages publics à saint Thomas de Cantorbery. Mais cette dévotion, instituée par la politique et combattue par elle, n'étendit point sur les esprits un empire unanime et constant, Cette Nation solennisait aussi l'anniversaire de saint Guillaume de Bourges, mort en 1209, archevêque de cette ville, et ancien écolier de l'Université de Paris. La figure de ce saint est probablement celle que nous trouvons deux fois, ii la face et au revers, sur le sceau de la Nation de France qui pend au fameux acte de 1398. (Arch. du roy., J. 515, 14. Voy. PL des Sceaux, nos 7 et 7 bis.) La tribu de Sens se réclamait particulièrement de saint Antoine.

Saint Nicolas était le patron ordinaire de la Nation de Picardie : mais la tribu d'Amiens honorait spécialement saint Firmin. A côté de ce dernier, on remarque sur le sceau de la Nation de Picardie, qui date de 1398 (PL des Sceaux, n° 2 ) , un autre personnage, dont le nom, très-fruste, est écrit sur le champ de l'empreinte : S. Pialus (saint Piat) , apôtre de Tournay, ville dont le diocèse formait , à cette époque, une des tribus de la Nation. Ainsi se trouve révélé le nom d'un second patron de Picardie, que ne mentionne pas Du Boulai.

La Nation des Normands se recommandait en premier lieu de Notre-Dame, ou de la vierge Marie: le sceau de cette Nation, de 1398 (PL des Sceaux, fig. n° 1 ), nous représente une scène fort curieuse, où des nochers, pour conjurer l'effort du diable, personnification de la tempête, adressent leurs prières à Y Étoile des mers. Ils se plaçaient, en outre, sous la protection de leur illustre patron local, saint Romain, archevêque de Rouen.

L'antique patron de la Nation d'Angleterre était saint Edmond, roi de Norfolk et de Suffolk, mort en 1017, martyr de la foi chrétienne. La tète ceinte d'une couronne et portant à la main un sceptre fleurdelisé, il figure sur l*un des sceaux de 1398, associé à saint Martin et à sainte Catherine. (PL des Sceaux, n° 8.) Charlemagne . honoré comme saint dès le douzième siècle en Germanie, regardé d'ailleurs comme le fondateur de l'Université et de la clergie au sein de la chrétienté, fut, de tout temps, invoqué par les écoliers à' Allemagne. Lorsque ce nom devint celui de la nation qui le porta, cette

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