‹ Le Moyen Âge et la Renaissance (volume 2)Chapitre 17 sur 74 · CEINTURE DE LA MERE FOLLE · texte numérisé non relu

CEINTURE DE LA MERE FOLLE

quaieiit à toutes les puissances de la terre, et qui ne relevaient que de la malice de l’auteur. Ces représentations, de même que celles des mystères, étaient toujours précédées de processions et de montres en habits dissimulés. C’est ainsi que la Fête des Fous se perpétuait et se transformait, en fondant le théâtre moderne tragique et comique.

Cette Fête, enracinée dans les mœurs, empruntait tous les noms et toutes les formes pour échapper à la censure de l’Église et à la prohibition des lois civiles. A l’aris, elle avait trouvé grâce devant la royauté et l’épiscopat, en provoquant l’association et la concurrence des confrères de la Passion et des clercs de la Basoche. En Normandie, elle produisit la compagnie des Conards; en Bourgogne, la société de la Mère-Folle, dont le principal siège était à Dijon. La compagnie des Conards, c’est-à-dire des Sots ou Facétieux, et non des Cornards , comme Font pensé à tort certains philologues, fut constituée, vers le milieu du quatorzième siècle, à Évreux et à Rouen; son chef, élu tous les ans par les gens de Conardie, confrères de Saint-Barnabé , s’appelait l’abbé des Conaixls ; il visitait ses États, monté sur un âne , coiffé du coqiieluchon vert à houppes, brandissanl sa marotte comme un sceptre, et entouré de sa cour conardanle et conardisanle , qui chantait une antienne farcie, en mémoire de la Fête de l’Ane :

La Fête aux Conards, dont on attribuait la création à un certain abbé de la Bucaille. avait lieu le jour de Saint-Barnabé, patron de la confrérie, et le jour des Rogations: l’abbé prêchait à ses sujets V Evangile des Comoilles, répertoire naïf et malhonnête de jeux de mots et de facéties; il rendait ensuite des jugements plaisants dans des causes grasses qu’on plaidait devant lui, comme cela se pratiquait aussi, le F”' mai, au Palais de Paris. Sa juridiction coiiardique ne s’arrêtait qu’au seuil de l’église.

La société de la Mère-Folle de Dijon était plus renommée encore, quoiqu’elle ne fût pas plus ancienne. C’est Philippe -le -Bon, duc de Bourgogne, qui l’avait instituée pour remplacer la Fête des Fous , et qui la fit approuver par Jean d’Amboise, évêque de Langres et gouverneur de Bourgogne en 1454. Cette institution, si bien appropriée .à l’esprit des vendanges bourguignonnes , semble avoir été imitée de la compagnie des Fous, qu’ Adolphe, comte de Clèves, établit dans son comté en 1381 , et que plusieurs villes des Pays-Bas s’empressèrent d’adopter comme un ordre de chevalei-ie. La société de la Mère-Folle se composait de plus de 500 personnes de toute qualité : magistrats . avocats, procureurs, marchands, bourgeois, etc., qui se divisaient en deux bandes, l’une d’infan terje , l’autre de cavalerie, tous portant le bonnet de Fou et des habits fantasques aux trois couleurs jaune , rouge et vert. Le chef de la compagnie se nommait Mère - Folle ; il faisait des montrées ou revues de son armée, présidait une sorte de tribunal facétieux, et prononçait des jugements que son procureur fiscal reri se chargeait de faire exécuter. Ces procès et ces plaidoyers risibles , ces cavalcailos . ces promenades solennelles, ces assemblées et ces jeux burlesques mettaient en évidence les attributs de la Folie, le bonnet vert, la marotte et les grelots, qui disparurent. s;ms que le monde fût devenu plus sage; mais la Fête des Fous, qui avait cesse de hurlei et de glapir sous les voûtes du sanctuaire, inspirait encore les chansons et les joyeu-

setés que bégayait la comédie au berceau; tandis que le clergé, se rapi^lant que les Fêtes (Je Jésus-Christ, de la Vierge et des saints avaient fait autrefois la jubilation des fidèles inaugurait le théâtre par des histoires dramatiques empruntées à l’Ancien Testament, à l’Évangile et à la J.égende. Les mystères et les soties furent donc les heureuses ’inspirations de la Fête des Fous; mais il y a trois ou quatre siècles d’intervalle entre la prose de l’Ane et les compositions scéniques d’Arnoul Greban , de Jean >liche! , d’André de la Vigne et de Pierre Gringoire.

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