‹ Le Moyen Âge et la Renaissance (volume 2)Chapitre 16 sur 74 · LE ^Î0YEN ÂGE · texte numérisé non relu

LE ^Î0YEN ÂGE

cordées par Jean XXII à ceux qui baisent la mesure de la plante du pied de la Vierge ; celtes attribuées à la mesure de la taille de Jésus-Christ ; celles de la confrérie de saint Nicolas, au moyen desquelles on délivrait tous les jours une âme du purgatoire en disant cinq pater et cinq ave; celles dites de quatre-vingt-dix mille ans, copiées sur un vieux tableau qui était dans l'église de Saint4ean~de-Lalran, etc. Mais il y avait bien d’autres indulgences bizarres ou impertinentes dont ne parlait pas le décret d Innocent XI, telles que celles des Salutations à tous les membres de Jésus-Christ, celles de l’Adoration des membres de la sainte Vierge, celles des Révélations de sainte Brigide, celles de l’Oraison de saint Léon, celles du Cordon de saint François, etc. Ces indulgences ne se bornaient pas cà racheter des années ou des siècles de purgatoire ; elles préservaient des tempêtes, des naufrages, des morsures de serpents ou de chiens enragés, de mort subite, de la peste. Ces indulgences étaient annexées à certains chapelets, à certaines croix, a certaines médailles, à certains habits qu’il fallait porter, véritables Superstitions empruntées au paganisme et conservant encore un caractère manifeste d’idolâtrie. Les dévots, effrayés de la durée des peines du purgatoire, ne se montraient pas moins fort empreLés de les abréger par des indulgences qui promettaient beaucoup à peu de frais. L’Église décida donc que les curés et les abbés accorderaient seulement l’absolution des péchés confessés; que les archevêques et les évêques donneraient des indulgences seulement pour quarante jours; les cardinaux, seulement pour cent jours, et que les papes ne pourraient, en aucun cas, étendre leurs indulgences au delà de deux mille ans. C’était bien peu de chose auprès des indulgences que nous fait connaître le livre des stations de Rome, imprimé en 1475 : quand on montrait les clefs de saint Pierre et saint Paul dans la basilique de Saint-Jean-de-Latraii, les Romains gagnaient trois mille ans d’indulgences; les Italiens, six mille, les étrangers, douze mille; quand on exposait . la Véronique dans la basilique de Saint-Pierre, Romains, Italiens et étrangers gagnaient des indulgences semblables aux précédentes; il y avait vingt-huit mille ans d’indulgences pour celui qui montait dévotement les degrés de Saint-Pierre; sept mille ans, pour celui qui visitait, à Saint-Laurent, la pierre sur laquelle ce saint a été giillé, etc. En somme, la seule fête de saint Mathieu, à Rome, pouvait rapporter â un chiétien actif cent cinquante-neuf mille deux cent quatre-vingt-douze ans et vingt-huit jours d’indulgences, tout au juste. La papauté, au Moyen Age et longtemps après la Renaissance, n’a pas eu de meilleurs revenus que ceux des reliques et des indulgences.

V. Le sacrement de l’extrême-onction offrait moins de prises à la Superstition, à cause des conditions même dans lesquelles on l’administrait. Mais comme on se seivait de l’huile bénite pour conférer ce sacrement, on appliqua cette huile â des usages superstitieux et profanes. Les sorciers ne manquèrent pas de la faire entrer dans leuis conjurations et dans leurs philtres. Quant aux patients qui recevaient ce sacrement , précurseur ordinaire de la mort, leur frayeur s’augmentait encore de quelques \ aines Croyances : ils s’imaginaient que les onctions, faites aux yeux, aux oreilles, aux mains et aux pieds, auraient pour résultat, dans le cas où ils guériraient, de les rendre sourds.

iveugles ou paralytiques; que ces onctions seraient inutiles devant Dieu, si on ne leui' ivait préalablement lavé le visage; que, durant celte cérémonie funèbre, on devait illumer treize cierges, ni plus ni moins., autour de leur lit; qu’après avoir reçu ce sarrement, ils ne pourraient accomplir le devoir conjugal, manger de la chair, marcher pieds nus. On a lieu de s’étonner que ce sacrement, qui s’entoure d’un appareil n lugubre et si solennel, n’ait pas inspiré plus de Croyances superstitieuses; en voici juelques-unes que l’Église s’efforçait en vain de détruire. On croyait, presque parout, que l’exlrème-onction entraînait la mort inévitablement et empêchait d’ailleurs toute guérison ; on croyait que quiconque l’avait reçue voyait diminuer sa chaleur naturelle, perdait ses cheveux, était plus accessible au péché qu’auparavanl, et ne devait pas danser pendant un an, sous peine de mourir; on croyait encore que les abeilles périssaient à une lieue autour de la maison où se donnait i’exlrême-onciion. La terreur qu’inspirait le moment suprême ne permettait pas, sans doute, à la Superstition d’en pervertir les tristes cérémonies. Mais dès que le viatique sortait de l’église, précédé

d'un porte-croix et annoncé par le son d’une clochello ou d'une crécelle, on éviiaii de se trouver sur son |)assage, on se renfermait dans 1 intérieur des maisons, pour uc'lr»'

pas désigné à une mort prochaine, et même pour ne pas mourir à la place du moribond qui allait recevoir les derniers sacrements. Si l’on ne pouvait échapper à la rencontre fatale du viatique, on se découvrait, on s agenouillait avec respect, et 1 on s empressait ensuite d’entrer dans une église, comme pour y implorer le droit d’asile contre la mort. C’était donc un fait inouï, que l’impiété d’une troupe de joyeux compagnons, qui, dansant sur un pont de bois à Utrecht, en 1277, laissèrent passer le Saint-Sacrement sans interrompre leurs danses', mais le pont se brisa tout à coup, et deux cents personnes furent noyées dans le fleuve, pour avoir oublié, dit la Chronique de Nuremberg, de rendre <à Dieu rhommage qui lui est dû.

VL Les Superstitions qui regardent le sacrement de l’ordre s’étaient cachées en quelque sorte dans le clergé et n’arrivaient pas jusqu’au peuple. Le chrême, qui servait aussi h. l’ordination, était seulement détourné parfois de son usage, comme toutes les huiles saintes, et employé en magie, en amour ou en médecine. On racontait différentes légendes qui défrayaient la chronique scandaleuse des mauvais chiétiens et des hérétiques, entre autres la plaisante légende de la papesse Jeanne, celles de certaines prostituées qui s’étaient fait sacrer eveques et qni avaient ose conférei les sacrements. On se scandalisait moins de voir, dans l’histoire, des enfants au maillot ordonnés prêtres aussitôt que baptisés, et même sacrés cardinaux ou évêques sous la garantie d un bref du pape. Quant aux laïques qui se faisaient passer pour prêtres et qui en remplissaient les fonctions, sans avoir reçu l’ordination, ils étaient livrés impitoyablement au bias séculier et punis comme idolâtres et sacrilèges.

VIL Le sacrement du mariage avait gardé naturellement toutes les Superstitions païennes qui appartenaient aux cérémonies nuptiales de l’antiquité, et de plus il en avait lait naître d autres qui tenaient plus particulièrement a l esprit du christianisme. Les unes précédaient le mariage; l’amour, la curiosité et l’avarice, suivant un casuiste, en étaient les instigateurs. On avait inventé mille charmes, mille pratiques, mille artifices superstitieux, pour se faire aimer : philtres de toute espèce, sortilèges et invocations magiques, prières, messes, jeûnes, le tout mélangé de folies et de sottises qui se modiliaient à l’infini selon le pays et les individus. Voulait on connaître si un mariage serait prospère en fortune, en amour, en enfants? on avait recours h tous les genres de divination que I homme, avide de savoir l’avenir, s’est plu à multiplier et h expérimenter. Les présages étaient observés et interrogés avec soin. Une fille n’avait qu h remuer avec la main l’eau d’un seau tiré du puits, ou y jeter des œufs cassés sur la tête de quelqu un, pour voir dans cette eau l’image de l’homme qu elle épouserait, l ne imion ne pouvait être heureuse, si les époux, en allant h l’Église, rencontraient sur leur chemin une femme grosse ou échevelée, un moine, un prêtre, un lièvre, un chien, un chat, un hoi'gne, un boiteux, un aveugle, un lézard, un serpent, etc.; si on les retenait par leur rol)e ou par leur manteau, s’ils entendaient le cri d’un oiseau ou d’un animal de mauvais augure. En revanche, le mariage était voué au bonheur, s’ils rencontraient une courtisane, un loup, une araignée, un crapaud , etc.; s’ils sortaient de leur logis au bruit du

tonnerre, si l’oreille droite leur tintait, s’ils saignaient de la narine droite, etc. On ne fini rait pas d’énumérer tous les présages, auxquels on donnait un sens heureux ou nudlieurenx dans les préludes du mariage.

Les maléfices et les philtres imaginés pour inspirer de l’amour étaient jdus innornhrables et plus bizarres encore ; on employait, dans leur composition, les substances qui semblaient propres à faire des talismans ou des breuvages amoureux. On ne se contentait pas de mettre un anneau de jonc ou de paille au doigt d une fille, ni de lui laiic forger un anneau avec un vieux fer de cheval, ni de jeter de la poudre de pouillot s.nu.igi* dans sa boisson, ni de porter un ruban qu’elle avait porté, ou des rognures de ses ongles, ou bien une boucle de ses cheveux. On pulvérisait des os de morts, des reliques, des perles magiques, des minéraux précieux, des hosties consacrées, des cierges et des lameaux bénits, et l’on attribuait à ces poudres la puissance d allumer un ainoin iiH'sistible dans le cœur le plus froid et le moins tendre. On ne doutait pas du succès de l’opération, si Ton avait fait boire de l’eau bénite, du saint-chrême ou des saintes huiles a la femme qu on voulait contraindre à aimer. L’amour et la concupiscence charnelle autorisaient les pratiques les plus condamnables : c’était le meilleur produit du dangereux métier de sorcier. Les fiançailles donnaient lieu à diverses Superstitions plus innocentes : on aspergeait d’eau bénite les fiancés quand ils sortaient de l’église, ou bien on les battait et on les empêchait de sortir, avant qu’ils eussent payé rançon; on les emportait de vive force au cabaret, on les accueillait par des huées et des charivaris. C’est pourquoi il était défendu aux curés de célébrer les fiançailles après le coueber du soleil. Un fiancé augurait mal de son mariage, s’il laissait tomber son cbapeau à terre ; une fiancée, si on lui touchait la main droite avec la main gauche, et si quelqu'un lui marchait sur le pied droit.

Le jour de la célébration du mariage n’était pas inutile à choisir, quoique l'Eglise nv reconnîit pas, comme le paganisme, des jours fastes et néfastes. On n aurait eu garde de se marier h la fête de saint Joseph, qui était honoré par 1 Eglise, mais redouté de tous les maris. On peut supposer que celte fête, placée en plein carême, avait contribué à faire décréter par les conciles et les synodes, que le carême, de même que le^ dimanebes et les principales fêtes chômées, serait un temps inapte et défendu au mariage. 11 y avait cependant autrefois comme aujourd’hui des cas d exception, mais alors la célébration se faisait sans appareil et sans réjouissances. Les jours de jeune, quatretemps et vigiles, étaient également anlipatbiquesavec le mariage, parce que. dit le synodo de Besancon en 1573, les époux eussent été forcés de coucher seuls : Dcbcnt a manlah Utoro abslinere tanquam iixorem non habeules. L’Eglise blâmait les époux qui se mariaient de grand matin, habillés salement ou négligemment, et qui réservaient leurs beaux habits de noces pour le bal ou le festin ; elle ne tolérait pas non plus l'usage de donner des étrennes ou des présents à la mariée devant l’antel; elle eondamnait plus sévèrement d’autres Superstitions qui avaient pour objet unique d’empêeher le nœud de l'aiguillette, ce plaisant épouvantail de nos pères. Les maris avaient imaginé, contre un si

désagréable accident, de mettre du sel dans leur poche ou des sols dans leur chaussure'en allant se marier, ou de passer sous le crucifix sans le saluer, au moment de la bénédiction nuptiale, ou de pisser trois fois dans Fanneau conjugal en disant In nomine Palris, ou même de faire acte de mari axant la célébration du mariage.

L’Église s’étaitpréocciipée, plus qu’elle ne le devait, du nœud de l’aiguillette, qui était assez fréquent au Moyen Age, par suite de la frayeur qu’on en avait. On attribuait, en général, ce mauvais cas cà des sortilèges, à des enchantements, à des malices du déinom Tous les moyens semblaient bons pour se soustraire à cette fâcheuse position conjugale. C’est pour cela qu’on frappait avec des bâtons la tête et la plante des pieds des mariés, pendant qu’ils étaient agenouillés sous le poêle. Le remède pouvait être plus violent que le mal. D’autres maris se contentaient de faire bénir deux ou trois anneaux et même jusqu’à cinq, destinés tous ensemble au doigt annulaire de l’épousée, ou bien ils recommandaient à celle-ci de laisser tomber l’anneau, quand on le lui présenterait, ou bien encore ils faisaient célébrer les épousailles, en cachette, la nuit, dans quelque chapelle basse et fermée. Les méchants, de leur côté, avaient bien des manières de nouer l’aiguillette, elle diable était toujours le complice secret ou avoué de cette vilaine action. Le savant Bodin, dans sa Démonomanie, compte plus de cinquante façons d’en venir à un tel résultat, qui amusait singulièrement les malins de 1 enfer. Sans rappeler les exemples mémorables que nous fournit l’histoire (Pierre le Cruel, roi de Castille et de Léon, empêché, par les charmes de sa concubine Maria Padilla, d’accomplir son mariage avec Blanche sa femme ; Ludovic Sforza empêchant, par des sortilèges , son neveu , Louis Galeas, duc de Milan, de cohabiter conjugalement avec la duchesse Isabelle; Jean, comte de Bohême, frappé d’impuissance la nuit de ses noces, etc.), nous enregistrerons ici un arrêt fort ingénieux, rapporté par Bodin et relatif au nœud de 1 aiguillette ; « D autant que celaestoit fort commun en Poitou, le juge criminel de Niort, sur la déclaration d une nouvelle espousée, qui accusoit la voisine d’avoir lié son mari, la fit mettre en prison obscure, l’an 1560, la menaçant qu’elle ne sortiroit jamais, si elle ne le délioit; deux jours après, la prisonnière manda aux mariés qu’ils couchassent ensemble. Aussitôt le juge, estant averti qu ils estoient déliés, lâcha la prisonnière. »

Le procédé le plus ordinaire et le plus facile pour lier 1 aiguillette, était de faire un nœud, soit à une corde, soit à un ruban, soit à une courroie, soit même h un che^eu, pendant la cérémonie du mariage, en prononçant à rebours un des versets du psaume Miserere met, Deus. Il y avait même des enfants dressés à ce métier malhonnête, et qui en vivaient. L’Église, après avoir recherché et décrit avec soin tous les sortilèges analogues sous le litre de la décrétale De frigidis et maleficiatis , anaihémalisait , excommuniait les auteurs, agents et instigateurs de ces Superstitions détestables, non-seulement les sorciers et magiciens, mais encore quiconque oserait , dans une perverse intention . tourner les mains en dehors et enlacer les doigts les uns dans les autres , quand 1 époux présente l'anneau à l’épouse; lier la queue d’un loup en nommant les maries; attacher certains billets, certains morceaux d’étoffe, aux habits des époux; toucher ces

ëpoux avec certains bâtons faits d’un certain bois ; leur donner certains coups dans ceitaines parties du corps; prononcer certaines paroles en les regardant; faire certains signes avec les mains, les doigts, la bouche, les pieds, etc. Quant aux remèdes ecclésiastiques offerts aux pauvres maléficiés, celaient des exorcismes, des messes, des oraisons, des jeûnes, des aumônes. Tous les conciles, tous les synodes, tous les rituels ont fulminé rexcommunication contre « les sorciers et sorcières, charmeurs et charmeresses, tous ceux et toutes celles qui mettent empêchement en mariages qui sont h faire ou pai faits. » Le peuple avait, dans le but de combattre aussi le nœud de l’aiguillette, adopté une coutume qui règne encore par toute l’Europe : c’était le chaudeau, ou bouillon, ou soupe, ou pâté, ou fricassée de la mariée, qu’on lui apportait processionnellement, au son des instrumenis et au bruit des chansons, pendant la première nuit des noces. Cette pâtée était destinée à échauffer l’ardeur des époux et à les empêcher de s endormir, tandis que le démon veillait pour leur jouer un de ses tours habituels.

Quant aux Superstitions qui avaient pour but de dénouer l’aiguillette, elles étaient aussi nombreuses et aussi singulières que celles qui servaient à la nouer. L’Église ne les autorisait pas davantage, parce qu’elle n’y avait aucun intérêt. Voici les plus communes : 1“ mettre deux chemises à l’envers le jour des noces; 2° placer une bague sous les pieds de l’époux, pendant la cérémonie; 3* dire trois fois en se signant : Ribald, Nobal et Varnobi; k° faire dire, avant la messe de mariage, l’évangile de saint Jean In principio ; 5" frotter de graisse de loup les montants de la porte du logis nuptial ; 6” percer un tonneau de vin blanc et faire couler le premier jet dans l’anneau de mariage; 7“ pisser dans le trou de la serrure de l’église où le mariage a été célébré; 8^ prononcer trois fois Yemon avant le lever du soleil; 9“ écrire sur un parchemin neuf dès l’aube ; Avigazirtor, etc. Ou comprend que le nœud de l’aiguillette, eût-il été serré par Ions les diables, iTétait pas capable de résister à de si puissants remèdes. On comprend aussi que les mauvais plaisants ne se lassaient pas d’inventer des recettes analogues h celle-ci . on faisait déshabiller les époux et on les couchait tout nus par terre ; le mari baisait alors l’orteil du pied gauche de sa femme, et la femme, l’orteil du pied gauche de son mari ; puis, l’un et l’autre faisait un signe de croix avec ses talons en marmoUant une prière. Il y avait encore d’autres cérémonies «sales, vilaines et impures a 1 endroit de 1 anneau, » entremêlées d’oraisons spéciales, dont la plus célèbre commençait ainsi : « Bénite aiguillette, je te délie. »

Ce redoutable nœud n’avait rien à faire avec une autre Siipersliiion assez Iroquenie dans les couvents des deux sexes : ici, un moine épousait la sainte Vierge ou quelque sainte préférée ; là, une religieuse, sans plus de façon, épousait Jésus-Christ ou quelque saint, avec qui elle s’élail mise en cohabitation mystique. On apprit que ces illuminés poussaient parfois les choses jusqu’au contrat dûment signé par une des parties et par un représentant de la partie absenle. Les impies et les sorciers n avaient pas voulu être en reste de Siipersiilioii sur le chapitre du mariage : ils se mariaient donc entre eux. au risque d'être biTilés, ou bien ils contractaient une alliance abominable avec le diable

ou ses simulacres reconnus, tels que le bouc, la chèvre, le chien et le porc. Le Sabhal n’était, clit-on, que la consécration de ces hideux accouplements. Ce fut Là le texte de bien des procès criminels. Le peuple avait une aversion instinctive pour tous les mariages mal assortis : il manifestait cette aversion par des charivaris, dans^ les secondes noces, où le cortège des mariés était souvent conduit à 1 autel au milieu d un effioyable concert de cloches, de poêles et de chaudrons, à moins que cette musique dérisoire, renforcée de cris et de huées, ne fût réservée pour la nuit même du mariage. L’Eglise prenait en vain la défense des veuls et des veuves qui convolaient ensemble en secondes noces ; mais le charivari bravait les excommunications, «marchant en larves et masques, jetant poisons, breuvages vilains et dangereux devant les portes des secondement mariés, excitant fumées puantes, sonnant tahourins, faisant toutes choses vilaines et sales qui se peut penser, jusques à tant qu’ils aient des mariés tiré certaines sommes d’argent comme par force. » Tels sont les ternies d’une ordonnance synodale de Larchevêché de Lyon en 1 577.

ous n’avons pas rapporté toutes les Superstitions auxquelles l’Eglise faisait la guerre avec plus ou moins d'énergie et de persévérance selon les temps et selon les hommes. Il existait encore une iimoinhrahle quantité de Superstitions locales qui avaient sans doute une origine commune de paganisme, mais qui s’attaquaient moins directement aux principes du dogme catholique ; ces Superstitions, qu’on peut distinguer des autres, profanes, se mêlaient à tous les actes de la vie privée et se persimple tradition du foyer domestique. Elles avaient plus de racines et d’éléments dans les campagnes que dans les villes, et elles formaient une espèce de religion occulte que le peuple pratiquait avec un aveugle respect. Comment le clergé, souvent crédule et ignorant non moins que ses ouailles, aurait-il pu rechercher et coinhaltre une à une les mille Superstitions qui enveloppaient la société chrétienne et qui se déroulaient autonr de l’homme depuis son berceau jusqu ;» sa tombe? Voilà pourquoi l;i plupart de ces Superstitions, nées dans les religions antiques, ont traversé le Moyen Age et la Renaissance sans rien perdre de leur caractère primitif ; païen ou chrétien, le peuple est également superstitieux, par instinct, par goût et par habitude.

11 làudrait donc découvrir, dans les moeurs religieuses de l’Antiquité, le germe des Superstitions populaires du Moyen Age, principalement de celles qui ne faisaient pas intervenir le personnage du diable, et qui conservaient ainsi leur cachet païen ou judaï¬

que; en voici quelques-unes que l'on peut juger, à première vue, antérieures au christianisme : On mettait une pièce de monnaie dans la main droite du mort, avant de 1 en-

ievelir, pour qu’il fût mieux reçu dans l’autre monde; on n' achetait pas à prix d argent es abeilles, mais on les échangeait, pour qu’elles prospérassent dans la ruche ; on lai- ;ait sortir de l’étable les veaux, à reculons, en les séparant de leurs mères ; on ne vouait pas manger de la chair d’un animal qui n’aurait pas été tué avec le fer; ou jetait les cordes nouées de plusieurs nœuds, sur la fosse d’un trépassé; on couvrait d’un voile loir les ruches à miel, à la mort de leur maître, afin que les mouches ne mourussent )as aussi; on ne commençait à labourer, qu’après avoir trois fois, autour delà charrue, u’omené du pain et de l’avoine, avec un cierge allumé; on choisissait un fou, un enlant mun idiot, pour semer du persil qui, autrement, eût porté malheur au semeur; on enterrait un cheval, un bœuf ou tout autre animal mort, les pieds en l’air , à l’entrée d une :^curie, pour empêcher la mortalité de s’y introduire ; on dressait des croix et des poteaux Jans les champs, en prononçant certaines formules, pour protéger les moissons, etc. D’autres Superstitions, au contraire, non moins innocentes que les précédentes, avaient évidemment un cachet chrétien qui témoignait de leur origine : on mettait des branches Lie buis bénit sur le fourrage, pour le préserver des insectes; on évitait de jetei- au feu les coquilles d’œuf, de peur de faire brûler une seconde fois saint Laurent; on croyait que les remèdes pi'is par un malade après la confession et la communion, n’avaient plus d’efficacité; on n’osait coudre, filer, ni travailler dans la chambre d’un mort; on ne laissait aucun vase plein d’eau dans une maison où était un cadavre, pour que son âme n’allcât pas s’y baigner ; on faisait une croix à la cheminée, pour empêcher les poules de s’égarer, etc. L’inventaire des Superstitions religieuses serait plus long que celui des vérités de la science et de la morale.

C’était surtout pour se guérir des maladies, pour se préserver de maux et de malheurs à venir, pour s’attribuer toutes les variétés de bonheur désiralilcs, que le pauvre peuple se livrait plus volontiers aux erreurs et aux pratiques de la Superstition. La souffrance physique et morale, la peur, l’avarice, l’égoïsme enfm, se traduisaient de mille manières, en croyances et en actes plus insensés que coupables; car tout le monde ne faisait point appel aux sciences occultes qui avaient alors des inconvénients plus serieux (jue rexcomniimication. Les talismans, par exemple, étaient, a certaines exceptions ]u ès, tolérés ou approuvés par l’Église : on portait sur soi des versets de la Bible ou de 1 Evangile, des prières, des grains bénits, des chapelets, des scapidaires, des médaillés , des i-eliques. 11 y avait aussi des talismans astrologiques et magiques. Quant aux herbes, aux pierres, aux poils d’animaux, qui servaient à faire des préservatils. l'Eglise n en i-econuaissait pas la vertu, et refusait de sanctionner leur usage par des ju iî'ves et d('s cérémonies. Elle était plus indulgente que la Faculté de médecine. :i 1 égard d'autres Super- ,stitions de vaine observance qui avaient également pour but de guérir diverses maladies ou d'en garantir. Voici un échantillon de ces étranges Superstitions , que l'on retrouverait encore dans les mœurs des campagnes. 1. Contre la fièvre : ne manger ni chair ni neufs. l\ Pâques et aux fêles solennelles; dérober un chou dans un jardin voisin et \c niettie sécher à la crémaillère; porter en amulette un os de mort ; enfermer dans un sa-

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chet line grenouille verle et l’attacher au cou du malade; manger la première pâquerette que l’on rencontre; recevoir la bénédiction, le même dimanche, à trois paroisses dilférentes; chercher, en disant son chapelet, une tige de bouillon blanc et la jeter aux vents,- passer à tiavers la fente d’un arbre ; boire dans un seau d’eau, après qu’un cheval y aura bu ; passer entre la croix et la bannière de la paroisse pendant une procession; boire de l’eau bénite, la veille de Pâques ou de la Pentecôte; s’entortiller le bras ou le cou avec les ourlets d’un linceul; boire trois fois, dans un pot neuf, de l’eau puisée à trois puits et mêlée ensemble; etc. IL Contre la peur: ficher des épingles dans le soulier d’un mort; porter sur soi une dent ou un œil de loup ; monter sur un oui-s. IlL Contre le rhumatisme : faire frapper trois coups d’un marteau de moulin par le meunier ou la meunière en disant : hi îioïtihîb PciItis, etc. IV. Contre 1 épilepsie ou mal caduc: attacher un clou de crucifix au bras de l’épileptique; lui faire porter un anneau d’argent ou une médaille, avec les noms des trois Rois : Gaspar, Melchior, Balthazar. V. Contre les verrues : les frotter avec de la bourre ou avec du genêt; envelopper des pois chiches ou des cailloux dans un linge et le jeter derrière soi dans un chemin. VL Contre le mal de dents : les toucher avec une dent de mort ; planter un clou dans une muraille; demander trois aumônes en l’honneur de saint Laurent. VIL Contre l’hémorrhagie : saiguer du nez sur des fétus de paille en croix; mettre dans le dos une clé forée. VIIL Contre les douleurs de l’accouchement: faire mettre h l’accouchée les chausses de son mari ; lier avec sa ceinture la cloche de l’église en la faisant sonner trois fois. IX. Contre la pleurésie : courir ça et la dans une église. X. Contre le mal de gorge : attacher une branche de prunier dans la cheminée; appliquer un soc de charrue au creux de l’estomac. XL Contre la gale : se roulei’ tout nu dans un champ d’avoine; arracher une poignée d’avoine en grappe et la laisser sécher sur une haie. XII. Contre la toux : cracher dans la gueule d’une grenouille vivante. XIII. Contre les engelures : plonger ses mains dans le fumier, le pi emier jour de mai. XIV. Contre les chancres : souffler à jeun, trois fois de suite, pendant neuf jours, dans la bouche du malade. XV. Contre les maux d’oreilles : les toucher avec une main de squelette. XVI. Contre le mal de tête: se lier les tempes avec une corde de pendu, etc. Les médecins avaient plus d’intérêt que les prêtres à combatti e ces Superstitions, et c est h peine s’ils permettaient aux rois de France d’empiéter sur les droits de la Faculté et de guérir les écrouelles en les touchant, antique privilège des successeurs de Clovis qui. le premier, en avait fait usage , après avoir été sacré avec l’huile de la Sainte-Ampoule, que le Saint- Esprit, sous la figui’e d’un pigeon, daigna, lui-même, appor ter du ciel. Selon le médecin Dulaurens. qui a écrit l'histoire de ce merveilleux privilège de nos rois, Henri H guérissait [dus de 1500 malades par an. Les rois d’Angleterre, qui n’avaient rien de commun avec la Sainte- Ampoule, ne guérissaient que le mal caduc.

L’Eglise, qui trouvait bon que le roi d’Angleterre guérît le mal caduc, et le roi de France les écrouelles, offrait h toutes les maladies une foule de rentèdes analogues, que le pouvoir de l’imagination pouvait rendre efficaces en certaines circonstances. Elle miil-

ET LÆ RENAISSANCE.

lipliait, dans ce but, les fêles des saints et , en même temps, leurs reliques, qui molivaieni tant de processions, de pèlerinages, de vœux cl d’offrandes. Ces reliques étaient souvent très-bizarres, très-malhonnêtes, comme le ban de saint .losepli en bouteille fà Cmirchiverny , près de Blois) , les cornes de Moïse (à Rome) , le lüit de la Vierge, etc. , mais, néanmoins, toutes avaient le mérite de guérii' les bons ebrétiens. Voilii c ommenl on ne regardait guère à l’origine de ces reliques qui, selon les besoins de la circonstance, so propageaient d’une manière inquiétante : ainsi, saint Georges n avait }>as moins de trente corps, tous également honorés, dans la cbrélicnté; sainte .lulienne comptait vingt corps, vingt-six têtes et une infinité de bras et de jambes; saint Loger, cinq corps, dix tètes et douze mains ; saint Jean-Baptiste, dix têtes et onze index; saint Jérôme, deux corps et quatre têtes seulement, mais soixante-trois doigts; saint Pancrace, trente coiqts et plus de six cents ossements divers, etc. Un saint qui n’aurait eu qu’un corps, une tête, deux bras et deux jambes, dans les reliquaires du monde catholique, eût été assez mal vu, et ne se fût pas permis beaucoup de guérisons miraculeuses.

Ces guérisons étaient, d’ailleurs, partagées entre les saints qui s’en attribuaient le monopole; souvent même, le saint avait été inventé exprès pour la maladie, et lorsque, par exemple, au commencement du 16'= siècle, le mal vénérien apparut, il trouva, on ne sait où, un saint Foulin , pour le prendre sous ses auspices, et en disputer la direction suprême, au patron de la peste, saint Job. 11 y avait donc un nom de saint accolé au nom de chaque maladie. On invoquait saint Aignan et saint Saintin, pour la teigne; saint Andrieux, saint Antoine, saint Firmin, saint Germain, saint Messent, saint Verain, sainte Geneviève, pour l’érysipèle ou le scorbut; sainte Appoline et saint iMédaid, pour le mai de dents; saint Averiin, saint Leu, saint Loup, saint Jean, saint Mathieu, saint Nazaire. saint Valentin et saint Victor, pour l’épilepsie; saint Cbristophe, saint Eloi et saint Julien, pour le mal de gorge; sainte Claire, pour le mal d’yeux; saint Eutrope, pour l'hydropisie; saint Genou, pour la goutte; saint Ladre, pour la lèpre; saint Main, pour la rogne; saint Mathurin, pour la folie; sainte Pétronille, pour la fièvre; saint Quentin, pour la toux; saint Roch et saint Sébastien, pour la peste; saint Réné, pour les maux de reins. C’était là, il faut l’avouer, une concurrence permanente contre les médecins qui n’osaient s’en plaindre tout haut, et qui mettaient, de bonne grâce, leur pharmacopée sous l’invocation de ces bienheureux thérapeutistes. Passe encore si l’on sciait borne a demander, de la pluie à sainte Geneviève, et des enfants ;i saint Gn liihon ou ;i saint Guignolet !

La Superstition était partout , dans les palais comme dans les cabanes . dans les villes comme dans les champs, en France et dans tous les pays de 1 Europe: elle participait à tous les actes et même à tous les sentiments de la vie religieuse et ' privée. Elle embrassait, comme le serpent, l'arbre de la scieiue, et elle en dévorait les fruits, jusqu’à ce que la Vérité eût mis fm à son règne . en écrasant sous ses pieds |a tête du monstre qui s’était réfugié pendant tant de siècles au tond des tenèbivs du Moyen Age. Paul LACROIX.

On Conhlo do FUistoire do Franco et du Comité de< Monuments Hi'^toriqno*.

Th. Biiowke. Essais sur les Erreurs P^P«^3,ires, Irad. de l’anglais (par l'abbé Soucliay). Paris, '1753, 2 vol.

J. Barth. Salgdes. Des Erreurs et des Préjugés répandus dans les divers rangs de la société. Parts, J, û ^1- 8-

La première édit, de 1 810 est en nn volume; la seconde de 1 8 1 1 , en deux.

Gatien tiE Semur. Trailé des Erreurs et des Préjugés. Paris, 1845, in-12.

Il existe dans les Revues et les journaux un erand nombre de notices sur les Croyances et usa-es superstitieux des provinces de chaque pays.

Ludov. Lalanne. Curiosités des Traditions, des Mœurs et (les Légendes. Paris, 1847, in-12,

.1. Berger DE XivREY. Traditions tératologiques, ou Récit de l’antiquité et du Moyen Age sur quelq. points de^ la table,

(lu merveilleux et de i’bistoire naturelle. Parts, 18ob, in-8.

Perd. Denis. Le Monde enchanté; CosmograpbÛ! et histoire naturelle fantastique du Moyen Age. Paris, 184o, in-.)-.

On Y Li-oiive la légende du Purgatoire de saint Patrice, d apres un manuscrit du quinzième siècle, et la Lettre du Freslre Jelian.

Arn. SoRBiNi Tractatus de Monstris. Paris , 1570, in-l6.

Trad. en franç. par Fr. de Belleforest, dans les Uint. prodigieuses.

Fr. Hedeun. Des Satyres, Brutes, Monstres ^et Démons ; de leur nature et adoraüon. Paris, Becon, '1627, in-8.

Voy. d’autres traités sur les Monstres, par Mart. AV einrichius (loyo), Crafeiiberg (1609 , Fort. Liceto (1634), etc.

Voy., sur les Dragons, plusieurs notices dans les Mem. de l Acad, telt., par FLCam. Duchemin, Eloy Jobanneau, Lerouge, etc.

A 1. Et. Lerouge. Notice sur le Trou du Purgatoire de S. Patr'ice. Voy. celle Not. au t. Vides Mém. de l’Ac,ad. Celt.

B. G. (Gust. Brunet.) Notice liistor. et bibliogr. sur la lésende du Juif Errant. Paris, 1845, iti'8 de 19 p.

Discours véritable d’un Juif Errant, lequel maintient en parollcs probables avoir esté présent à voir crucilier Jésus- Clirist, et est demeuré en Vie. Bordeaux, 1609, in-8 de.lu p.

Voy. aussi une pièce analogue, du même temps : Relation d'un Gentilhomme arrivé de Jérusalem, dans laquelle on apprend ou est le mal-

heureux qui donna nn soufflet à Jésus-Christ. ,

Voy. les dissertai, piibl. en Allem., par Drosclier (1 668), Fren zel sous le pseud. de G. Tliüo (1668), et Schmied, sous celui de Lli. Scliuiz (16891.

P. ViCT. Cayet. De la venue de TAnteebrist, comment et en quel temps il viendra; de la consotiimation du monde, et du second avènement de N. S. J.— G, Paris, 160—, in-8,

Voy aussi l’AtJrsi. de la nativité de V Antéchrist, parles Chevaliers de Malte (Par., 1625, in-8) , VAdvert. à tous chrestiens sur le grand

et épouv. avènement de V Antéchrist, par de Perrieres Yariri (46 edit. Par., 16U9, iii-8|. De l'Antéchrist et de ses marques, par J. Perrier, etc.

De ritus et moribus Indorum. Presliiter Johannes potens. S. n. et s. a. [Eistadt, Reiser, circa 1-180), in-4 de 8 fl.

Plusieurs fois réimpr. Imité en vers, par Giuliano Datl ' la Gran magnificentia del Prete Jauni (Fioreiltiæ, circa 1485|, iil-4 de 4 ff.à 2 col.

Prestre Jehan, à l’empereur de Rome et au roy de P’rance. S. n. et s. d. (vers 1500), in-4 de 12 ff. gotb.

Réimpr. sous le titre de : Nouvelles de la terre de Prestre Jehan.

(.1. Lenfant.) Histoire de la Papesse Jeanne, tirée des Dissertât. latines de Spanbeim. La Haye, 1756, 2 vol. in- 12, lig.

Voy., outra le Dict. histor. de Rayle, les dissort, de Léon.^ Allalius {Confutntio falialœ de Johanna papissa. Colon. -.Agrip., 1643, iii-8), de Blondel ( De Joanna papissa. Aiiistel., 1657, in-8), de Sam. Itïiiresiiis (Joanna papissa restituta. Groiliiigie, 1658, ill-4 ), de dos. G.iraiiipi ( Dissert, ad Joannæ papissæ fabcUam. Roniæ, 1749, in-4).

Rob. du Triez. Les Ruses, fmesses et impostures des Esprits malins. Cambray, Nie. Lombart, 1565, iu-4.

Jac. de Clusa (Junterrurck). Tractatus de Apparitionibus aiiimariim. liurgdorf.,\!tl^, in-fol. de 26 11'.

RciiHDr. plusieurs fois au quiiiziènie siècle.

L. Lavateri, de Spectris, Leiniirilms, et magnis atque liisolitis Fragoribiis, etc. Genevœ, Crispinus, 1570, in-8, fig.

S,ouvcnl rcimpr, et trad. en franç. (par Jean Crespin ?) : Trois Livres des .Ipparitions des EipritSy Fantosmes, et Accidents merveilleux qui précèdent la mort de quelq. personn. renommez (Genève, 1571, in-S).

Noël Taillepied. Traité de l’Apparition des Esprits, à sçavoir des âmes séparées, fanlosines, etc. Rouen, 1602, in-12. P. Leloyer. Discours et histoires des Spectres ou Appari¬

tions et Visions d’Esprits, anges et démons. Paris, 1605, m 4.

La première édit., Angers, 1586, in-4, ne cnnl. eut que 4 livres.

Voy) les Traités lat. sur les Spectres, par P. Tbyrœus \1599), Sig. Scherertzius (1621), Fr. Torreblanca (1623), H. Grosiiis (1650), etc.

Alp. Costadau. Traité bist. et crit. des princip. Signes

dontnousnous servons pour manifester nos pensées. Sec^^part.

Signes supersl. et diaboliques. Lyon, 1720, 4 vol. in-li, lig.

Aug. Calmet. Traité sur les Apparitions des Esprits et sur les Vampires ou Revenants. Paris, 1751, 2 vol. in-12. Lenglet Ddfresnoy. Traité histor. et dogm, sur les Appa-

riiions,les Visions et les Révélations. Paris, 1751 ,2 vol. in-12. Lenglet Dufresiiov a réimpr., dans son Rec. de dissert anc et nouv. sur les Apparitions, les Visions et les Songes (Pans, 1/52, 4 vol- m- 12), des relations publ. à part aux seizième et dix-seplieme siècles.

Apomazar (Achmet). Des Signitications et événements des Songes, tourné du grec en lat. par Leunclavtus, et mis en franc, (par Denys Duval). Paris, 1581, in-8.

Vov l’ouvr grecd’Artemidorus(D«i Somniorum interpretatione), souvent réimpr., et trad. eu franç. par Cb. Fontaine (Li/on, J. de Tournes, 1546,111-8). L’édit, de iîoi/rn, 1584, in-16, est suiv. iu Livre d Àug. Nipke, des divinations et des augures, trad. par A. Dumoulin.

Jean Levesque de Burigny. Mémoire sur la Superstition des peuples à l’égard des Songes. Voy. ce Mém. dans le t. XXXVIII des Mém. de l'Acad. des Insc.

P. Boaistu-AU, Cl. de Tesseb.ant, Fr. de Belleforest, Rodr Hoyer et J. de Marconville. Histoires prodigieuses. Paris. Ve de Guill. Cavellat, 1597-98, 6 lom. in-16, tig.s. b.

Réimpr. plus. fois. La l" édit, ne contient qu’un extrait des auteurs grecs et latins, par Boaisluaii [Par., À. Prière^ 1560, in-4, fig.).

J. DE Marconville. Recueil d’aucuns cas merveilleux advenus de nos ans, et d’aucunes choses eslranges Çt monstrueuses advenues ès sièclespassez. Paris, Dalliei , 1 56d),in-8.

Le Recueil du même auteur, imprimé sons un titre analogue dans la 6e partie des Ihal. prodigieuses, est tout à fait différent de celui-ci.

Vov aussi le Thrésor d'histoires admirables et mémorables de nosue recueil!, par Sim. Goiilarl (Genève, 1620, 4 vol. in-8).

Theoph. Raynaudi Tractatio de Stigmalismji sacro et profane, divine, luimano, dæmoniaco. Lwâ'd., 1654, in-8.

Van. Dale. Dissertationes de origine et progressa idolatriæ et Superstitioiium. Amstel., 1696, in-4.

P. Lebrun. Histoire cril. des Pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé |es savants. (Augm. et conlin. par Belot et Granet.) Paris, 1752-56,4 vol. in-12, Itg.

Réimpr. plus fois. La Ire édit., 1702, n'a qu’un vol.

(J. Fr. Bernard.) Superstitions anciennes et modernes, et Préjugés vulgaires qui ont induit It^s peuples à des usages conlrairesàlareligion.dfiîs/erciam, 1755-56, 2 vol. in-fol., lig.

J. -B. Thiers. Traité des Superstitions qui regardent les sacrements, 4“ édit. augm. Paris, 1741, 4 vol. in-12.

Jac. deVoragine. Aurea Legenda alias HistoriaLongobar-

dica vocitata. [mpressa ParisHs, lier Lld. Bering, Mari- Crantz et Midi. Friburger, 1475, in-fol. à ^ col.

Réimpr. plus de cent fois et trad. en ital., en angl., en allem. en bohém , à la fin du quinzième siècle. La vieille traduction franç. de Jean de Vigney ou Vigny a été souvent reimpr. avec des xariantes M. Gust. Brunete.il a publ. une nouvelle, mais en abrégeant 1 original G’*’*’

6 vol in-l«|. La première édit, de la Légende dorée, trad. par J . de \ ign; hyon, Barth. Buyer, 1477, in-fol.), est suivie de U Légende des Saincts nouveaulx, extraite du Spéculum historiale de Vincent de Beauvais.

Jean Calvin. Traiclé îles Reliques ou avertissement trèsutile du grand profit qui reviendroil à la cbrestieiité s’il se faisoit inventaire de tous les corps saints et reliquej qui sont tant en Italie qu’en France. Genève, J. Gérard, I5a5, in-8.

L’édit, de tfenére, 1599, contient un autre Traite des Bcliques, trad. du lat. de G. Cbemiiicius, et fl„venl. des reliq. de Home, trad. de lit.il.

JAC.-ÂUG.-Sni. Collin de Plan’CY Dictionnaire critique des Reliques et des Images. Paris, 1821-22, 5 vol. in-8.

(H. Griffet.) Hist. des Hosties miracul. Brux., 1770, in-8.

' Vov les Trailés histor. et dogm.it. des Indulgences, par Isid. Valserano|1585), par Hiib. Me-.irier (1587), de J. Cape! (159/), ue Laur. Revncr (1036), de Dorain. Viva (1699), de Nie. Forestier (1/02), etc.

■ir„. 1., •DlLliixrrrllARÎ/V ^VCIKXCKS OCCL’LI

ÉRODiEN , Macrobe, Deiiys d’Halicarnasse, ciiii ont décril les Saturnales et les Lupercales de raiicienne Rome, semblent avoir en sous les yeux les Fêtes singulii'res t|ue le paganisme légua comme un stigmate à la religion chivtienne, et que celle-ci a subies, plutôt que tolérées, pendant tout le Moyen Age. sous les noms de Fête des niacres.

Fête des Fous (fèsluin Faluoniin). Fête des Innocents.

Fête des Anes. etc. Il y avait des traditions, des mœurs et des usiiges tellement euraci- FETE DES FÛDS Fol 1

Kaurs et Usaces de la vie religieuse

liés dans l’esprit du peuple, que c’eût été tenter l’impossible que de vouloir les faire dispai-aître sous l’enseignement et la pratique d’un nouveau culte. Les fondateurs du christianisme avaient compris que le plus sûr moyen de s’emparer du monde, c’était d’admettre d’abord , les yeux fermés , la superstition païenne dans le giron de 1 Kg ise de Jésus-Christ, c’était d’atteiidi-e que la moisson fût entassee dans les greniers pour séparer l’ivraie du bon grain. On laissa donc au peuple ses fêtes favorites, consacrées par des siècles, et l’on se contenta d’en changer la destination ; Jésus-Christ hérita de l’apanage de Saturne; ses principaux saints se partagèrent la succession de Pan.

de Priape et des autres divinités champêtres.

La Fête des Calendes ou des Satiirnaîes commençait, chez les Romains, au milieu du mois de décembre, et se prolongeait jusqu’au troisième ou cinquième jour de janvier; tant que durait cette fête, les affaires publiques et particulières restaient suspendues; on ne songeait qu’au plaisir; ce n’étaient que collations, danses, concerts, mascarades : on s’envoyait Fun à l’autre invitations et présents; on ne quittait presque pas la table; on y i'aisait des rois du festin ; on y installait les esclaves à la place de leurs maîties ; on se peimettait de tout dire et de tout faire, comme sous le règne de Saturne , au bon temps de l’àge d’or. Le christianisme, qui recruta ses premiers apôtres parmi les classes infimes de la société, n’eut garde de priver celles-ci d’une fête pareille, que Ion pomait, au besoin, défendre avec les paroles de l’Évangile sur la charité et légalité. 11 fractionna seulement cette longue fête en plusieurs fêtes spéciales qui s’abritèrent chacune sous les auspices d’un jour férié du calendrier catholique. De la, les idolâtries et les léminiscences païennes, auxquelles donnaient lieu la fête de Noël, celles de Saint-Étienne, de Saint-Jean l’Évangéliste et des Saints-Iimoceuts, du 25 au 28 décembre, la fête de la Circoncision et celle de l’Épiphanie ou des Rois, le F' et le 0 janvier. Les Liipercales, qui se célébraient au mois de février en l’honneur du dieu Pan , ne furent pas davantage supprimées par les chrétiens; on les partagea en deux séries distinctes : les fêtes du carnaval, qui s’ouvi’aient le lendemain de l’Épiphanie et ne se terminaient quau mercT’edi des Cendres; les fêtes du mois de mai, qui duraient quelquefois tout le mois, et qui. plus ordinairement, se bornaient au premier jour de ce mois et aux trois jours des bogations. Il y eut, pour ainsi dire, la fête des campagnes et celle des villes. Puis, comme si ce n’était pas assez de concessions aux vieilles coutumes du paganisme, on permit aux fidèles de se divertir comme des païens aux fêtes de quelques saints, tels que saint Nicolas, saint Martin, saint Éloi , sainte Catherine, saint Ursin, etc., qui avaient conlis(]ué à leur profit le culte des dieux et des déesses de l’fJlympe.

Toutes ces fêles joyeuses reçurent la désignation générique de Fêle des Fuus, en léiimignage des extravagances dont elles étaient le prétexte avoué. Ce fut pour leur ôter leui tache originelle, qu’on essaya d’en faire remonter la responsabilité jusqu’au roi Salomon, (jui avait dit que le nombre des Fous est infini {Slullorum iiiflnilus est numerus). l. Église clirétienne ne fit donc pas dilficultéde se déclarer, en quelque sorte, la mère des Fous, en répétant avec Jésus-tffirist : Bienheureux les pauvres d’esprit! » L’ Eglise de ces

premiers siècles s’associait de fait et d’intention à tous les a« les de ses cnfaiiLs, à leurs joies aussi bien qu’à leurs souffrances : elle retenait ainsi dans son sein et sous son lutorité immédiate les pieuses saturnales qui furent le berceau du théâtre moderne. Les conciles et les synodes ne cessaient de protester contre ces scandales, éclatants vestiges du paganisme^ mais les évêques dans leurs diocèses, les cures dans leurs paroisses, les abbés dans leurs couvents, se montraient plus indulgents et ne se hasardaient pas à contrarier le sentiment populaire en pi-oscrivant la Fête des Fous, que l’Europe chrétienne avait introduite dans sa liturgie. La France sinioul, par suite du caractère gai etgalols de ses habitants, s’éfeiit pi-oiioncée pour cette joyeuse Fêle, (pi’ello célébra plus longtemps et plus solennellement que ne le firent tous les autres pays : elle avait pressenti que l’art dramatique sortirait de la.

La Fête des Fous était générale dans l’Église grec(jiie et <!ans l’Église latine. Les conciles d’Orléiins (533), d’Auxerre (385), de Châlons-sur-Saône (650), défendent les déguisements, les danses et les chansons profanes dans les églises; le concile de Tolède (6.33) ordonne des prières, des processions et des jeûnes, pour l’abolition de la Fêle des Calendes ou des Saturnales; le concile de Constantinople (692) condamne aussi les indécences de cette Fête, les masques, les danses, les chansons, les galas, qui en perpétuaient l’idolâtrie. Ces conciles ne faisaient que se conformer à l’opinion que saint Augustin a plusieurs fois exprimée dans ses sermons et ses homélies. La Fête des Calendes se nommait en France la Fête des Barbatoires {Barbaloria), sans doute parce que les acteurs se couvraient le visage de masques à barbe, hideux et fantastiques, appelés bar boires dans la langue du treizième siècle. Grégoire de Toiu's {Hisi. Franc. , lib. X, cap. \vi ) parle d’un jugement rendu contre les religieuses de Poitiers, accusées d’avoir celebrc les Barbatoires. Cette fête était encore nommée la Fête îles Diacres, des Sous-Diacres et des Diacres-Saoûls {Salurl Diaconi), parce (pie le bas clergé se livrait, ces jours-la, aux excès du vin et de la débauebe. (Duca>’GE, Gloss, inf. Lalin.. aux mots Harbaloria, halendæ, feslum Faluorum.) On n’a pas de détails précis sur celte Fêle jusipi’au douzième siècle; on sait toutefois qu’elle était en usage non-seulement dans toutes les églises, cathédrales et paroissiales, mais encore dans tous les couvents d’hoinines et de femmes. Elle autorisait les folies les plus coupables et les plus bonleiises; elle avait , d liabitude . ti'ois ou (juatre périodes marquées, ayant chacune ses acteurs et son spectacle pai’ticuliers. Le premier jour, qui était la fêle de Noël, la plèbe clei’icale et monacale criait a ITmisson : ^'oèl, Noël! et se mettait en liesse ; le lendemain, jour de Saini-Elienne . h s diacres tenaient concile pour élire un pape on palriarclie des Fous, un eveipie ou aivln*vèque des Innocents, un abbé des Sols; le jour suivant, kTe de SaiiU-Jean, les sousdiacres commençaient la danse en son honneur; ensuite, le quatrième jour, (été des Saints-Iimocents, les enlants de cliœur et les clercs subalternes act lamaicnt le p:qx' ou l’évêque ou l’abbé élu, qui faisait son entrée triomphale dans l'église, le jour de la t'.ii concision, et «pii siégeait pontilicalemenl jusqu’au soir de l’Fpiphanie. G'élait donc le ri'gne joyeux de ce pape, ou de (Ct eveque, ou de cet abbt* de la folie, ipii composai! la

Fête des Fous et qui eu dominait les phases bizarres , les mascarades grotesques et parfois impies, les scènes plaisantes et souvent ordurières , les orgies furieuses, les danses, les jeux et les chants profanes, insolentes parodies de la liturgie catholique.

La Fête des Fous nous apparaît pour la première fois, avec toute sa pompe étrange et malhonnête, en 1182, dans un ouvrage liturgique (Beletüs, Lib. de divin, ofp.c., cap. Lxxn et cxx, cité par Ducange), qui l’appelle la liberté de décembre, à l’instar des Saturnales païennes. Cette liberté consistait à intervertir les rôles et les rangs du clergé, qui, pendant les fêtes de Noël et de l’Épiphanie, commettait toutes sortes de folies dans l’intérieur des églises : les clercs, diacres et sous-diacres officiaient à la place des prêtres; ceux-ci dansaient et jouaient aux dés , à la paume , à la boule et k d’autres jeux de hasard, devant l’autel; les enfants de chœur, masqués et couverts de chapes, occu- |)aient les stalles des chanoines; la veille des Innocents, ils élisaient un évêque parmi eux, le levêtaient d’habits épiscopaux, le sacraient et le promenaient par la ville, au son des cloches et des instruments. Belet distingue quatre danses particulières à la Fête des Fous ; celle des lévites ou des diacres, celle des prêtres, celle des enfants ou clercs, et celle des sous-diacres. Ce qu’il dit des évêques et des archevêques qui se mêlaient h ces profanations ne doit s’entendre peut-être que de ceux qu’on choisissait parmi les acteurs de la Fête. Les églises, les monastères, les maisons épiscopales, étaient soumis à la « liberté de décembre. » Telle était la force de l’habitude, que l’évêque de Falâs, Odon ou Eudes de Sully, qui exerça un si grand empire sur les mœurs de son temps, ne put détruire complètement les abus qu’il déplore dans son mandement de l’année 1 198, abus qu’il avait d’abord fait frapper d’excommunication par le cardinal Pierre de Capoue, légat du pape en France. Le L' janvier, jour de la Circoncision, la cathédrale était envahie par une foule de gens masqués, qui la profanaient par des danses immodestes, des jeux défendus, des chansons infâmes, des bouffonneries sacrilèges et par mille excès de toute espèce, jusqu’à l’effusion du sang. Les prêtres et les clercs étaient les instigateurs et les complices de ces scandaleuses mascarades qui se répandaient par les rues et jetaient le désordre dans tout Paris. Eudes de Sully régla lui-même les cérémonies de la fête de la Circoncision, et ordonna aux chanoines de se tenir, a l’avenir, dans leurs stalles avec gravité et modestie. L’année suivante, il publia un second mandement contre les excès du même genre qui avaient lieu le jour de Saint- Étienne par le fait des diacres, que celte fête intéressait spécialement, comme celle de la Circoncision appartenait plutôt à la licence des sous-diacres. Pour donner à ces deux lêtes le caractère respectable qu’elles devaient avoir, il assigna une certaine somme aux chanoines et aux clercs qui assisteraient aux matines et à la messe et qui s’y conduiraieui décemment. Les mandements d’Eudes de Sully ne furent pas longtemps en vigueur, et. malgré les efforts de son successeur, Pierre Cambius, malgré une lettre pastorale de 1208, malgré le concile de Paris (1212), qui défendit expressément aux évêques et aux archevêques de laisser célébrer la Fête des Fous, où l’on simulait un sacre d’évêque (mùï bacidns accipilur)., cette Fête reprit le dessus dans le diocèse de Paris, ainsi

que dans tous les autres où l’autorité épiscopide n’avait pas mieux r(mssi à se luire obéir.

L’autorité royale lui vint en aide sous le règne de Charles VU, qui [tarait avoii- (Té, plus que ses prédécesseurs, préoccupé du désir de mettre fin à ces turpitudes. H ne lit d’ailleurs que donner force de loi à ce décret du concile de Bâle (U.'lo), compris dans la Pragmatique -Sanction : « 11 y a un indigne abus qui se pratitpie dans quelques églisr^s et qui est, qu’en certaines fêtes de l’année, quelques-uns, se revêtant d’habits pontificaux avec la mitre et la crosse, donnent la bénédiction, comme font les évc'-ques; d’autres s’habillent en rois et en ducs, et c’est ce qu’on appelle, en quel<pi<is provinces, la Fête des Fous, des Innocents ou des Enftmts. » {Cap. de Specl. in eccl. non faciend. , sess. 21.) Charles VII eut plus d’une occasion de faire appliquer dans ses Kfcits le (hici ei du concile; en 1444, il invita la Faculté de théologie de Paris à écrire aux prélats et aux églises pour les adjurer de travailler à l’abolition de la scandaleuse superstition connue sous le nom de Fête des Fous, « détestable reste de l’idolâtrie des païens et du culte de l’infâme Janus. » (Voyez la lettre de la Faculté de Théologie, dans le Trailé contre les masques, de Savaron.) Suivant cette lettre, le jour de la Circoncision, les gens d’Église assistaient à l’office, les uns en habits de femmes, de fous, d’histrions, les autres en chape et en chasuble mises à l’envers, la plupart avec des masques de figure monstrueuse; ils élisaient un évêque ou un archevêque des Fous, le revêtaient d’habits pontificaux, et recevaient sa bénédiction, en psalmodiant les leçons des matines indignemeni travesties; ils dansaient dans le chœur, chantaient des chansons dissolues, mangeaieni et buvaient sur l’autel , jouaient aux dés sur le pavé de fégiise, encensaient le célébrani avec la fumée de vieux cuirs et de matières puantes qu’ils faisaient brûler dans l’encensoir, couraient et sautaient de la façon la plus indécente, et, h la suite de cette messe dérisoire, se montraient sur des échafauds et se pi-omenaient sur des chars en luttant de cris, de grimaces, d’insolences et d’impiétés. Le blâme sévère que la Faculté de théologie de Paris avait adressé au clergé de France ne produisit pas beaucoup d’elfet hors de la capitale; car, peu d’années après, les ecclésiastiques de Troyes célébraient la Fêt(‘ des Fous (' plus excessivement que au temps passé n’avoient accoustumé. » Charles \ Il crut devoir, à cette occasion, se plaindre à l’évêque de celte ville et lui rappeler ([ue,

selon la Pragmaticjue-Sanctioii et les anciens droits, les Fols ne doivent taii e aucuns évesques ne arcevesques des Fols, qui portent en l’église mitre, croix, ci'osse et aultr»'s ornements pontificaux. » Le clergé troyen, pour s’excuser, prétendit (}ue son évêque. Jetin Léguisé, lui avait commandé de célébrer la Fête des Fous, qui se (adéhrail de meme à Sens. 11 eût pu ajouter qu’un prédicateur, en réponse au d(4ret de l’I uivei'siti' de Paris, avait osé soutenir en chaire, à Auliin , que cette Fête était aussi approuvée de Ditai (jue celle de la Conception de la \ ierge. C’est Gorson (pii raconte ce fait ('urieiix.

La Fête des Fous, (pie l’on célébrait à Sens depuis le onzième ou douzième siinh'. semble pourUmt avoir eu un caractère dillei eut. On peut même assurer ipf elle avait (‘t(“. dans l’(jrigine, institiu'e naïvement [lar uned(‘volion toute musicale, (.elte Fête était la

lit

lameuse Fête de l’Ane, ou des Anes {festum Asmorim, dit Diicange dans son Glossaire), qui existait aussi, mais avec des variétés notables, à Rouen, ii Autim, à Beauvais et ailleurs. Nous avons, pour en juger, le rituel même de la Fête, contenant 1 office de l’Ane, avec la musique notée. Ce précieux manuscrit, provenant de l’ancienne bibliothèque du chapitre de la cathédrale de Sens et conservé aujourd’hui dans la bibliothèque publique de cette ville , se compose de quarante feuillets petit in-4“ sur vélin d une éclatante blancheur ; l’écriture des rubriques et des antiennes, placée sous la notation carrée, avec des initiales en rouge, n’est pas antérieure au commencement du quatorzième siècle: mais la reliure du volume se compose de deux admirables dyptiques en ivoire, du |ius beau travail antique du quatrième siècle, représentant les fêtes de Gérés et de Bacchus ; ces deux planches d’ivoire ont été malheureusement dépouillées de leur garniture et de leurs fermoirs d’argent. Les rubriques insérées dans le texte de l’office nous font connaître toute la mise en scène de la Fête de l’Ane, qui n’était pas célébrée, comme on 1 .i cru , en mémoire de l’ânesse de Balaain , mais bien de l’ânesse qui se trouvait dans 1 étable où naquit Jésus, et de celle que montait Jésus-Christ à son entrée dans Jérusalem le jour des Rameaux. Il est possible que quelques souvenirs des Fêtes de Bacchus et de l’âne de Silène se soient mêlés d’abord à la fondation de cette Fête chrétienne, qui ne causait pas plus de scandale que la fête de Saint- Hubert, où les chasseurs amenaient cà la messe leurs meutes et leurs faucons pour les faire bénir , et remplissaient 1 eglise de sons de trompes et de cris de chasse, auxquels oiseaux et chiens répondaient à 1 unisson. La musique imposante et solennelle qui accompagnait les paroles du chant, et qui les ^oilaitpour ainsi dire, devait être écoutée avec beaucoup de recueillement par l’assistance, qui d’ailleurs n’entendait guère le latin. Ces paroles avaient été composées fort sérieusement, en style d’ode, par quelque poète qui ne pensait pas qu on pût trop louei 1 animal que Jésus-Christ avait jugé digne de loi servir de monture. Au reste, six reis léonins, qu’une main du quinzième siècle a tracés en tête du manuscrit, nous appiennent que cette fête étiit le triomphe du préchantre {prŒcenlor), et que chantres etdeics, après l’office, se désaltéraient le gosier en prévision des feux du purgatoire :

Festum festorum de consuetudine morura ,

Omuibus urbs Senonis festival nobilis annis,

Quo gaudet Pi æcentor; tamen omnis honor Sit Christo circumciso nuoc, semper et almo.

Tartara Bacchorum non poeuta sunt Fatuorum,

Tartara vinccntes sic fiunt ut sapientes.

L’Ane, le plus bel Ane (ju’on avait pu trouver, couvert d’une chape sacerdotale, était amené processionnellement à la cathédrale, au milieu des chants d’allégresse de son cortège; le clergé venait à sa rencontre, toujours en chantant, jusqu’à la porte de l’église, où ces quatre vers hexamètres latins annonçaient la cérémonie et les joyeusetés dont elle était l’objet :

Lux hodiè, lux lætitiæ, me judice, tristis Quisquis erit , removendus erit solemaibus istis. Sint hodiè procu! invidiæ , procul omnia mæsta ; Læta volunt, quicumque colunt Asioaria festa.

Le Sire Ane était alors introduit dans l’église , où il semblait prendre part au sacriticc de la messe : on le conduisait tantôt du côté de l’épître, tantôt du côté de l’Évangile; on le présentait devant l’autel, et on lui chantait, avec accompagnement des orgues et des instruments, cette fameuse prose de FAiic, »|oi n’est pas une moquerie audacieuse, comme l’ont ciai les philosophes du dix-huitième siècle, mais une naïve et po<*lirjii<' expression de la piété de nos pères :

Orientis partibus, Advcntavit Asinus Pulcher et fortissiraus, Sarcinis aptissimus,

Bé , sire Ane, hé!

Hic iii collibus Sichen Knutritus su b Ruben , Transiit per Jordanem , Saliit in Bethleem.

Hé, sire Ane, hé!

Saltu vincit hirculos, Dagmas et capreolos,

Super dromedarios Veiox madianæos.

Hé, sire Ane, hé!

Aurum deArabia,

Thus et niyrrham de Saba, Tulit in ecclesià,

Virtos asinaria.

Hé , sire Ane , hé!

Dum trahit véhicula Multa cum sarcinuia , lllius mandibula Dura terit pabuia.

Hé, sire Ane, hé!

Cum aristis hordeum Comedit et carduum , ïriticum a palea Segregat in area.

Hé , sire Ane, hé!

Amen dicas, A sine , .!am satur ex gramine , Amen, amen itéra Aspernare vetera.

Hé, sire Ane, hé!

Le refrain de cette prose, en style biblique , dont la musitiue a tant de noldesse et do gravité, est assurément une imifcition consonnante de VlLvolie Hacche,, que répétaient les adorateurs de Bacclius. La Fête de l’xNne se célébrait encore dans d autres villes iiue Sens, le jour de Noël; mais l’office n’était peut-être pas le même pour toutes, t'elui (jui liiisait partie de la liturgie de Sens, au treizième siècle, servait egalemeui a leglis(' collégiale de Notre-Dame de Sales, à Bourges, et .leau l’asioris. chanoine (h- cetic église, lui avait fait don d’un livre de chœur, dans lequel la messe de l'Aue (hait uolei' ii [)eu près de la même manière, si l’on en croit le correspondant anonyme di' l'ahhe d’Artigny. Cette messe eu musi(|ue, destinée à metti’e eu rerud le laUmt des chauti'(‘s ci (les instrumentistes, devait être une messe sèche, c’esl-;i-dire sans cons(H'ralion ; (die pouvait donc se terminer jKir celle procession solennelle {conducius ad poctdum) du grand-chantre, (jne l’on conduisait à table eu répélaul un plaisant (dleltda. (.(‘l (die-

/«», qui l'evenait plusieurs fois dons l'office de l'Ane, était coupé en deux par cette longue parenthèse où l'on serait fort en peine de découvrir la moindre heresie •.

Allé resonnent omnes ecclesiæ

Cum dulci naelo symphoniæ,

Filium Mariæ genitricis piæ ,

Ut nos septiformis gratiæ

Itepleat donis et gloriæ :

Unde Deo dicanaus luta.

Selon quelques auteurs qui se sont fondés sur une tradition conservée a Sens, toute l’assistance reprenait en chœur ; la, ia, ou hiati, hian. Ensuite, les gros chantres, derrière l’autel, entonnaient en faux-hourdon {in falso) ces deux vers léonins :

Hæc est Clara dies clararum clara dierum ,

Hæc est testa dies festarum testa dierum.

On voit, dans les registres de la cathédrale d’Autun, que la Fête des Fous {Follorum), de iVll à 1416, amenait aussi un âne en chasuble au milieu de l’office, et que le chant traditionnel : Hé, sire Ane, hé, hé! était entonné par des clercs vêtus d’habits grotesques. Le cérémonial de la Fête de l’Ane à Beauvais, rapporté par Pierre Louvel IhisI. el anliquUés da diocèse de IJeauvais), offre beaucoup d’analogie avec celui que nous a transmis le rituel de Sens; nous douions pourtant que les chantres qui chaulaient l’oflice de l’Ane se soient appliqués à imiter le braiement de cet animal, au-devant duquel les chanoines se rendaient à la porte de l’église, la bouteille et le verre a la main {lenenles singali urnas vini plenas cwn scyphis vitreis). Ce jour-là, les encensements se faisaient avec du boudin et des saucisses, disait un Cérémonial, qui remontait au treizième siècle et qui n’est pas venu jusqu’à nous. Il est clair que le refrain: Hé, sire Ane, hé! remplaçant l’eroâé païen et Vamen catholique, avait pu être compris par les fidèles comme une invitation à braire sur tous les tons. L’âne de Beauvais reparaissait encore, dans une procession , le 14 janvier, portant sur son dos une jeune fille et un enfant, pour figurer la Fuite en Égypte. Quant à la Fele de l Ane, telle que la célébrait l’église de Kouen, selon Ducange (au mot : Feslum Asinorum), c’était simplement l’iniroduction de l’ânesse de Balaam , arrêtée par un ange, dans une monslre de personnages empruntés à l’Ancien Testament et au Nouveau, et composant une sorte de mystère entrecoupé de dialogues en latin farci ou macaronique.

Cette Fête de l’Ane n’était donc qu’un épisode plus ou moins développé de la Fête des Fous, épisode qu’on pourrait appeler musical. Cette Fête avait été naturellement complétée par une Fête du Bœuf, le jour de saint Jean l’Evangéliste, dont le bœuf fut de toute ancienneté l’animal symbolique; mais le jésuite Théophile Raynaud, en foisant ce curieux rapprochement, a négligé de nous apprendre en quelle église se chantait la prose du Bœuf. Le rituel de la Fête des Fous nous maiKiue aussi entièrement; ce qui nous

autorise h croire qu’elle avait perdu beaucoup de son caractère primitif depuis le mandement d’Eudes de Sully, et que ses principales extravagances s’étaient dépouillées de leur masque liturgique. L’église n’était plus alors le théâtre unique des orgies et des folies du bas clergé en gogue ou goguette : c’était sous le porche , c’éUiit dans le cimetiere et sur le parvis, que se déployait la pompe des processions joyeuses et des mascarades. Le pape ou le patriarche des Fous, l’évéque ou l’arclievéque des Innocents, l’ahhé des Sots ou des Conards présidait toujours à ces saturnales; mais, son élection faite, on se content;iit de le présenter h l’église, vêtu in ponlificaiibus , avec quelques hymnes semi-profanes et quelques cérémonies ridicules , dont les chantres et les enfants de chœur avaient le privilège. Les corporations de marchands présentaient de même , à la messe de leur patron , leVoî ou le prince de leurs confréries. Les compagnons de l’arc et de l’arquebuse avaient une messe spéciale en l’honneur de l’élection de leur roi; les princes de la jeunesse , les princes d’amour, créés de la même manière par des associations de plaisir, étaient aussi les bienvenus, lorsqu’ils faisaient leur entrée dans l’église, portant le costume de leur élal et entourés de leurs sujets et vassaux.

La Fête des Fous subsista moins longtemps que celle des Innocents, parce que 1 élection d’un pape des Fous fut reconnue injurieuse contre la papauté, avant que l’élection d’un évêque des Innocents semblât offensante pour l’épiscopat. Ces élections burlesques eurent plus de durée et d’éclat dans le Nord que dans le Midi. A Amiens, il y avait nonseulement un pape, mais encore des cardinaux des Fous, jusqu’en 1548. Le pape, élu par les sons-diacres , le jour de la Circoncision , avec permission du chapitré de la cathédrale, recevait, comme insigne de sa dignité, un anneau d’or, une tiare daigent et un sceau. Son intronisation avait lieu dans un festin que payaient les chanoines, à condition que les serviteurs du nouveau pape s’abstiendraient de descendre les cloches de l’église et de commettre d’autres insolences. En 1438, un pape des Fous, nomme Jean le Caron , décédé dans l’exercice de son pouvoir annuel, fit un legs de soixante sous pour la célébration de la papauté de son successeur. Senlis, au quinzième siècle, aAaii un pape des Fous, dont l’élection et le sacre se faisaient dans la cathédrale, a^ant que l’évêque et le chapitre se fussent prononcés , en 1413, pour que celte indécente ceienionie fût du moins transportée hors de l’église. A Laon , ce n’était pas un pape , mais un patriarche des Fous, qu’on élisait la veille des Rois, sans préjudice de l’election d un e^eque des Innocents, et le chapitre faisait les frais des bombances qlii accoinpagnaienl cette double fête, célébrée pourtant hors de l’église à dater de 1554. 1 e patriarche des Fous , à Laon, n’avait pas de cardinaux , mais des consorls qui lorinaient sa cour et son cortège. On ne peut douter que les papes et les patriarches des tous n aient eu. comme les évêques et les archevêques des Innocents, le privilège de faire frapper monnaie à leur efïigie; mais on ne connait que deux médailles, d'un type analogue, (ju’on puisse leur attribuer. La preiniè're lepn'sente, d un cote, une tete double d(' l»ape et de diable, avec cette légende : Ecclesia rEin cRS.x ïi:>et faciem ni vroei . et de l’autre côté, une tête double de cardinal et de fou. avec cette légende ; Stvlti ai.i- Ikurs et Usages de la v;e rehsieuse. lElE FOÜS Fc! V

QVANDO SAPIENTES. La secoiide médaille offre aussi deux têtes doubles, l’une de pape et de patriarche, avec ces mots : In virtvte tva letabitvr ivstvs; l’autre de cardinal et d’évêque, avec ces mots : Svper omnem terram constitves eos principes. 11 existe un si grand nombre de ces médailles en argent , en cuivre et en plomb, qu’il est permis de les regarder comme la monnaie courante des Fous au seizième siècle.

Les évêques et les arclievêques des Innocents eurent un règne plus durable et plus étendu que celui des papes et des patriarches des Fous. On les trouve en même temps dans la Provence et dans la Normandie , dans la Lorraine et dans la Flandre, mais la Picardie semble avoir été leur mère-patrie. Ces évêques ou archevêques étaient élus, sacrés et acclamés parles gens d’église et par le peuple; ils avaient droit de porter la mitre , la crosse et les gants, aux cérémonies des Fous ; ils rendaient , dans leur diocèse folâtre , des arrêts et des ordonnances , qu’ils scellaient de leur scel épiscopal ; ils frappaient monnaie en plomb et même en cuivre leur nom et à leur devise ; cette monnaie n’avait cours que parmi leurs sujets ou suppôts, qui s’en servaient comme de signe {enseigne) de ralliement aux processions et comme de jeton de présence aux assemblées; c’était à peu près l’usage des mereaux de confréries et de corporations. Il est remarquable que les monnaies ou médailles qu’on frappait et qu’on mettait en circulation à 1 époque de l’élection d’un nouvel évêque des Innocents, avaient une similitude frappante avec les cachets {sigilla) des Saturnales, que les anciens Komains s’envoyaient en présent à l’occasion de ces fêtes , appelées aussi SigiUaires. On peut supposer, avec apparence de raison, que les monnaies des Fous furent destinées dans l’origine aux jeux de hasard qui se jouaient dans les églises, jusque sur les marches de l’autel, à la faveur de la liberté de décembre. Un grand nombre de ces pièces de jeu, ou jeloirs , sont venues à notre connaissance, grâce aux recherches du savant docteur Rigollot; mais quelques-unes sont encore des énigmes dont on chercherait vainement le mot. On voit , sur la plupart de ces monnaies, une devise joyeuse, latine ou française, avec divers attributs de la folie. Plusieurs présentent des rébus à la mode picarde, ou des sujets bizarres, rarement intelligibles pour nous qui n’avons fait encore que constater l’existence de ces associations de Fous, à' Innocents et de Sols, dans chaque province, dans chaque ville et même dans chaque couvent. La plupart de ces pièces, découvertes sur le sol de l’ancienne Picardie, appartiennent aux quinzième et seizième siècles : l’inie est datée de 1499, l’autre, de 1508, celle-ci, de 1514, celle-là, de 1528, sans nom de ville et sans indication certaine de localité; la légende porte quelquefois le nom de l’évêque; plus ordinairement, cette légende, latine d’un côté et française de l’autre, abrège et orthographie de différentes façons la double formule : Monnoie de l'évesque Innocent et Moneta episcopi Innocenliuni. Ces monnaies affectent souvent l’effigie et même la légende (Siï nomen Domini benedictvm) des monnaies royales et baronales du même temps. Voici deux ou trois devises de différents genres, qu’on rencontre sur les monnaies publiées par M. Kigollot : Vous vees le temps tel quil est; — Guerre cause mainlz hélas; — La paix est sous ta main de Dieu-, — Skiera pace vigent , concresciml terranea; — Bene vivere et lœtari,

etc. En examinant avec attention les monnaies des Fous, plusieurs éiudits ont pense que ces pièces étaient distribuées en guise de contre-marque ou de billet, pour les processions, les montres , \e&jeux'et les représentations théâtrales, que l’évèque des Innocents avait le privilège de faire exécuter par ses ouailles, ou suppôts , ou consorts.

A Amiens, qui semble avoir été le centre du vaste empire des Innocents, et qui possédait aussi, comme nous l’avons dit, un pape des Fous, le chapitre de la cathédrale faisait les frais de la Fête des Innocents, que les grands et petits vicaires célébrèrent selon l’antique usage (ut antiquitùs facere sokhant)]ns,{\n'‘A\i milieu du seizième siècle, A Laon, les chanoines assistaient à cette Fête, dont il est fait mention dans les registres de la cathédrale sous les années 1284 et 1397 : l’élection de l’évêque avait lieu la veille de la Saint-Nicolas; après le souper de la Férié, les convives disaient une antienne et un De profandis. A Noyon, l’évêque des Innocents était, en 1410, un des chanoines de la cathédrale; il y avait, en outre, un roi des Fous, appelé roi des Vicaires, (pii portait la couronne royale, h l’office delà Circoncision, more anliquo. A Péronne, la tête et l’épiscopat des Innocents ont subsisté jusqu’en plein dix -septième siècle; mais celte Fête, dans les derniers temps, se bornait à un souper des chanoines et des enfants de chœur. A Reims, à Roye, a Corbie, à Tool, à Bayeux, etc., on trouve des traces authentiques de la Fête des Innocents , de l’élection de l’évêque, des galas et des mascarades qui avaient lieu en son honneur. Dans le midi de la France, il y avait par tou i même empressement à élire les évêques des Fous plutôt que des Innocents. A Viviers, l’évêque-fou {episcopus stullus) , mitré et crossé, était conduit processionnellement à la chaire épiscopale, où il entendait l’office , pendant les trois jours de Saint-Étienne, de Saint-Jean et des Saints-Innocents ; il donnait sa bénédiction à l’assistance , et son aumônier, en chape comme lui, ayant sur la tête un coussin en guise de bonnet, prononçait des indulgences bouffonnes qui variaient à chaque office.

A Vienne en Dauphiné, l’évêque des Innocents, élu dans la sacristie de la cathédrale dès le 13 décembre, par les jeunes clercs, officiait pontitîcalement, présidait le dîner du menu clergé, distribuait des bénédictions, ordonnait des processions publicpies et recevait de l’archevêque de Vienne, en signe de redevance, trois florins d’or, une mesure de vin et deux charges de b<5is. Les enfants de chœur tenaient le rang et le siégé des chanoines, pendant les cérémonies bouffonnes de cette Fête, qui ne disparut qu’en 1070, et tpii se célébrait de la même manière à Châlons-sur-Saône. Dans cette dernière ville, 1 evêque des Fous, promené sur un âne et entouré de son clergé burlesque, dînait en public sur une estrade dressée devant la cathédrale, au milieu des cris, des chants et des grimaces de la joyeuse bande. A Aix, révêque-fou (fatuns) était choisi tous les ans, le 21 décembre, entre les enfants de chœur, par le chapitre lui-même, qui fournissait les mitres, les chapes et les ornements de la Fête des Fous; cette Fête ne lut supprimée qu en 1343, propter insalentias et inhonestates qiiœ fiebani. Elle s’était perpétuée à Atitil>t\'^ jusqu’en 1644, quand Lauretit Mesmes, qui en fut témoin dans l’église des Cordeliers de cette ville, (kuivit à son ami Gassendi pour se plaindre de cette incroyable

superstition. Les acteurs de cette Fête, semblables à des fous furieux, se revetaient d’ornements sacerdotaux mis à l’envers ou déchirés, pour occuper les stolles du chœur; ils tenaient des livres d’heures à rehours, et faisaient semblant de lire avec des lunettes dont les verres étaient remplacés par des écorces d’orange; ils s encensaient avec de la cendre ou de la farine, marmottaient des mots confus et poussaient des cris pareils à des hurlements de bête et à des grognements de pourceau. La Fete des tous était générale dans toute la chrétienté au moyen âge; mais elle ne fut nulle part celebree avec autant de ferveur qu’en France, où la réformation même n’eut pas la force de la détruire, comme ailleurs. Elle a donc laissé moins de vestiges dans les annales eccle siastiques des pays étrangers; on citerait peu de documents analogues a cet inventaire des ornements de l’église d’York, daté de 1530, dans lequel il est question d une petite mitre et d’un anneau « pour l’évêque des Fous. »

Les couvents d’hommes et de femmes avaient aussi leur Fête des Innocents, avec élection d’abbé-fou et d’abbesse-folle. C’était principalement dans les abbayes normandes que cette Fête avait pris racine dès le treizième siècle. Odon Rigaud , archevêque de Kouen dans la visite qu’il fit de son diocèse en 1345, trouva que la Fête des Fous et des Innocents était une occasion de débauches et d’indécences pour toutes les communautés des deux sexes. Les religieuses se déguisaient en hommes, chantaient des leçons farcies à l’office des Saints-Innocents, et nommaient une pelile abbesse, qui usurpait, ce iour-là la place et la crosse de la véritable abbesse. Dans les monastères de moines, l’abbé des Sots {abbas StuUorum) ou l’abbé des Conards {abbas Conardorum) avait des relations peu édifiantes avec les petites-abbesses et les abbesses-folles, comme en fait foi cette léf^ende d’une vieille monnaie des Fous : De boxe xonains xox cure de vieux a. b. Mais, du moins, les excès auxquels donnait lieu l’élection de l’abbé-fou et de l abbessefolle étaient presque toujours renfermés dans l’enceinte muette du cloître. ^

Cependant, dès le commencement du quinzième siècle, l’Église de France s était appliquée à faire la guerre aux scandales que cette Fête avait introduits avec elle dans la pratique du culte, sinon dans le dogme religieux ; la Pragmatique -Sanction donnait aux évêques et aux chapitres une grande force contre les profanations qui se faisaient alors dans les lieux saints. On ne pouvait espérer de détruire tout d’un coup une coutume de plaisir que les gensd’Église considéraient comme un de leurs plus chers privilèges. On commença donc par mettre les lieux saints à l’abri de ces profanations , de ces momeries et de ces jeux de théâtre, qu’on relégua d’ahord sous le porche, dans les charniers, sur le parvis d€ la maison de Dieu; on sépara dès lors définitivement le culte et la liturgie , des superfétations païennes qui les déshonoraient. Les clercs pourtant ne renoncèrent pas à leurs divertissements; et, tandis que les laïques héritaient , pour ainsi dire, de la Fête des Fous, et formaient des associations joyeuses pour la mise en sceiie des mystères, l’Église retirait par degrés sa protection aux excès de la liberté de décembre. Cette liberté s’était éparpillée par tout le calendrier catholique, et dilférentes fêtes de saints lui avaient donné asile, en dépit des admonitions épiscopales, synodales et ca-

pitulaires. A Lisieux, le soir de Saint-Ursin, qu’on fôtait le 29 décembre, les chanoines faisaient une cavalcade, en habits grotesques, avec des tambours et des hautbois. A Alençon, le 6 décembre, jour de Saint-Nicolas, la confrérie de ce saint promenait par la ville un enfant habillé en évêque. Ailleurs, on célébrait les Martinales ou fête de saini Martin , la fête de sainte Catherine, celle de saint Lazare, celle de saint Êloi , etc. , avec un cérémonial bouffon qui devait être une imitation de la Fête des Fous. Le dimanche des Rameaux, les Rogations, l’Ascension, la Fête-Dieu, étaient aussi plus ou moins consacrés à ces bouffonneries , qui , dit une ordonnance du synode de Cambrai en 1 o65, « sentent plutôt le paganisme que la modestie chrétienne. ■> C’étaient toujours des mascarades , des farces et des jeux , qui préludaient à la naissance de l’art dramatiijue.

Les réminiscences du paganisme s’étaient principalement attachées aux fêtes du mois de mai , qui conservaient une teinte des Liipercales et des fêtes rustiques. Le renouveau et la saison du vert ont, de tout temps et dans tous les pays, éveillé la gaieté et inviuaux plaisirs. De là, cette fête du L^mai, que presque toutes les religions célébrèrent par des processions , des chants et des danses ; de là , cette plantation de 1 arbre du mai . que chaque confrérie était si jalouse de faire avec pompe et Iriomphe. Les confrères de la Basoche, c’est-à-dire les clercs du Palais de Paris formant la compagnie de Mère- Sotte , finirent par s’attribuer seuls l’honneur de planter le mai dans la ville, et leur cavalcade en masque , au son de la musique, fut certainement une dégénérescence des épisodes de la Fête des Fous. Le pouvoir des papes, patriarches, évêques, archevêques et abbes des Fous et des Innocents durait partout une année entière, et se manifestait à certaines fêtes par ces montres qui faisaient le divertissement de nos aïeux. Il était tout simple que les Fous témoignassent de leur présence à l’époque de l’année où les ^e^es fleurissent; carie préjugé populaire établissait une inévitable coincidence entre la tloiaison des fèves et l’invasion de la folie. Voilà pourquoi sans doute le vert était la couleui emblématique, la livrée de la folie, et par conséquent celle de la Basoche. On compreiul donc que le 1'" mai , à la fête du Vert , la Mère-Sotte fît appel à ses suppôts laïques, comme les papes, évêques et abbés des Fous et des Innocents, a leurs consorts et seiNileius ecclésiastiques. Cette fête du 1" mai avait quelquefois un cérémonial bizaiie qui losemblait à la représentation d’un mystère. A Vienne en Dauphiné, selon un ancien missel manuscrit, quatre hommes nus et noircis {nudi demgrali) sortaionl du palais archiépiscopal, le matin du i" mai, et couraient les rues pour convoijuer les meuniers et les boulangers, qui se rendaient bien montés et bien armés devant rarchevèche : la . ils acclamaient un roi nommé par l’archevêque, et lui ünsaient cortege, précédés par les quatre noircis; on allait ainsi à l’hôpital de Saint-Faul, dont la porte était termee. Ün des gardes du roi frappait à cette porte, en demandant saint Paul. On lui répondait d’abord : « Il dit ses heures; » puis : « Il monte à cheval; •> et enfin : u Véez le ci tout prêt. » Et saint Paul paraissait , à cheval, vêtu en ermite, portant un baril de vin, un pain, un jambon, et une poche remplie de cendres, qu’il jetait au nez des passants. Le

roi de la fête jurait sur l’Évangile, et promettait par acte notarié de ramener sain et

sauf saint Paul à l’hôpital. Le cortège se transportait au couvent des Dames -de- Saint- André 5 OÙ l’abbesse lui fournissait une reine parée , comme le roi , le plus grotesquement possible : reine et roi étaient alors promenés solennellement autour de la ville , avec des cris et des rires étourdissants.

Les processions et les cavalcades devaient être nécessairement la dernière expression de la Fête des Fous, qu’on eut tant de peine à écarter des églises et a retrancher de la liturgie. Ces processions furent sans doute des compensations offertes aux acteurs et aux spectateurs de cette Fête , aussi chère aux uns qu’aux autres. Chaque ville avait sa procession plus ou moins fameuse dans la province. Celle de l’Épinette à Lille, celle de la Mère-Folle à Dijon , celle du Prince d’ Amour à Tournay, celle du Prince de la Jeunesse à Soissons , celle des Caritats à Béziers, celle de la Fête-Dieu à Aix, furent des épisodes déguisés de là Fête des Fous, et, en même temps, des évocations du théâtre naissant. La Fête-Dieu à Aix eut surtout un éclat et une célébrité qui ne sont pas encore tout à fait perdus de nos jours. Le roi René, comte de Provence, ne dédaigna pas de dresser lui-même l’ordonnance de cette fête. En suivant les vieilles traditions, qu il lemit en vigueur dans sa bonne ville d’Aix, non-seulement il régla le costume, le rang et la marche des joueurs , mais encore il composa lui -même la musique et la danse de cette fête chevaleresque, ecclésiastique et populaire, dans laquelle on voyait figurer le lieutenant du prince d’ Amour, le roi et les bâtonniers de la Basoche, labbé de la ville ^ les diables, les cazcasselos (lépreux), les apôtres, la reine de Saba, les lirassons des chevaux frux , etc. Cette fête avait lieu , la veille , le jour et l’octave du Saint- Sacrement , le lundi de la Pentecôte et le dimanche de la Trinité, et chaque journée amenait des cérémonies nouvelles qui coûtaient des sommes considérables à la ville, et qui excitaient toujours l’enthousiasme des spectateurs. Ces cavalcades, ces processions étaient accompagnées de représentations scéniques muettes ou dialoguées , sérieuses ou comiques, qui devinrent des mystères et des soties , quand un poète se rencontra pour les rimer.

Les associations laïques qui se iôrmaient de tous côtés pour hériter des joyeuses coutumes de la Fête des Fous , fournirent les premiers acteurs et les premières pièces à 1 art dramatique. Les confrères de la Passion, à qui Charles M permit de s’établir à Paris en 1402, et de représenter des mystères dans une salle de l’hôpital delà Trinité, étaient, dans l’origine, des gens d’Église, des personnes pieuses, qui voulurent faire tourner au bien de la l eligion ce goût effréné de spectacles et de mascarades , que la Fête des Fous avait répandu dans le clergé et dans la population. Les autorités ecclésiastiques encouragèrent d’abord ces jeux , plus édifiants que ceux du pape des Fous et de l’évêque des Innocents. Dans le même temps, les gens du Palais, avocats, procureurs et clercs de la Basoche, qui se souvenaient aussi du bon temps de la iiberlé de décembre, voulurent donner asile à la Folie ou Sotise , que la Pragmatique- Sanction avait expulsée du domaine de l’Église; ils créèrent le royaume des Sots et l’empire des Fous: ils élurent un prince qu’ils couronnèrent du bonnet vert h oreilles d’âne, sous le nom de Mère- Sotte. Le but de leur institution fut la représentation des Soties ou farces, qui satta-

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