‹ Le Moyen Âge et la Renaissance (volume 2)Chapitre 28 sur 74 · UMVERSITÉ DE PARIS ET PRINCIPALES UNIVERSITÉS DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

UMVERSITÉ DE PARIS ET PRINCIPALES UNIVERSITÉS DU MOYEN AGE

NSEiGNEz les nations» {Ite et doce^e,MAT.,xxviii.

19), avait dit aux apôtres le Christ ressuscité. Tel éîait le litre sur lequel reposait la mission dont l'Église prit l'initiative, et (pi'elle accomplit presque sans partage pendant tout le cours du Moyen Age.

Les écoles de Marseille . d'Aulun .

de Lyon, de Rordeaux . de Narbonne. de Clermont. de Toulouse. qui . jadis cl

Mœurs et usages de la vie civile.

UNIVERSITES, FU I

sons la doiiiiiialion des vainqueurs, avaient jeté sur la Gaule un si vif éclat littéraire, gi.ice aux noms des Pétrone, des Irogue-Pompée, des Salvien et des Césaire, ces écoles, des le sixième siècle, n’étaient plus même un souvenir. Avec le mérovingien Dag-Bert, ou Dagobert L‘ (638), s étaient éteintes les dernières lueurs des traditions publiques qu avait laissées sur notre sol le génie de l’antiquité. Le clergé, tant régulier que séculier, était devenu le suprême et unique asile des lettres et des connaissances humaines. Et cet asile lui-même s’ouvrait à l’ignorance et à la baibarie. Telle était la situation des choses lors de la venue de Charlemagne. On sait les efforts qui furent tentés et les mesures prescrites par ce gland homme pour y porter remède. Un de ses capitulaires, adressé à Baugulf, abbé de Fulde (Balijz., CapituL [, 201), ordonne la restauration des écoles épiscopales et cénobiales. Par ses soins, le moine anglais Alcuin et les plus célèbres clercs étrangers , dont la renommée était venue jusqu’à ses oreilles, furent mandés dans ses Etals. 11 réunit autour de lui ces savants, dans une sorte d'académie, dont lui-même était un des membres les plus zélés. Les manuscrits des monastères furent révisés, multipliés et tianscrits avec une critique plus sévèi’e et plus éclaii’ée. L’écriture enfin fut régénérée. Ces incontestables services iwhis à la littérature, les bienfaits immenses qu’ils produisirent, agrandis encore par le prestige des âges et la reconnaissance des générations, valurent au nouveau césar le titre de fondateur et aussi de patron de l’iniversité; double auréole, dont la gratitude des siècles, plus fidèle dans sa poésie que docile aux démonstrations de l'histoire, n’a point encore complètement découronné le front de saint Charlemagne. Cette première opinion, qui fut la pensée publique durant tout le Moyen Age, et qui trouva de graves soutiens jusqu’à la lumière de la critique moderne, est elle-même un fait trop important acquis à l’histoire , pour que nous n’en consignions pas ici l’expression, je ne dirai pas la plus pure, mais la plus pleine et la plus complète. Voici donc ce que rapporte à cet égard le compilateur Nicoles Gilles, un des premiers écrivains qui , chez nous , aient tenté d’élever la Chronique à la hauteur de l’Histoire :

In scelus exurgo, sceleris discrimina piirgo, «Je me dresse conlie le crime cl je fais justice de ses allenlals. » — Charlemagne, empereur, lenanl d*une main le globe el de l’autre le glaive de justice, d’après une miuialure des Uegislres de ribiiversité [Arch. de l’Univ., minist. de l'Instr. publ.)

De deux moynes qui cryoient par tout qu iis auoienl science à vendre et comment C Université de Paris fut par Chariemaigne premièrement érigée.

N ce temps viiidrent d’Yrlaiide en Fi ance « deox moynes qui esloienl d’Escosse, les- « quels estoieiit moult grans clercs cl de « saincte vie; el par les cilés cl par les jiays « presclîoient et cryoient qu’ils a voient « science à vendre el qui en vouldroisl aclie- « pter vînt à eiilx. Ce qui vint à la cognois- « sauce de l’empereur Chariemaigne, qui « les feit venir devers lui el leur demanda « s’il esîoit vray qu’ils eussent science :i ven- « dre. Lesquels respondirenl que voii'enienl « ils Favoieiit par don de grâce de Dieu et « qu’ils estoieiit venuz en France pour la 8 prester et enseigner à qui la vouldroit apprendre. L’empereur leur demanda (juel « loyer ils vouldroient avoir pour la monstrer. Et ils respondirenl qu’ils ne vouloient « riens, fors lieux convenables à ce faire et la substance de leurs corps tant seulement . « et que on leur administrast gens et enfaiis ingénieux pour la recevoir. Quant l'empe- « reur les eut ouyz, il fut bien joyeiilx et les tint avec lui jusques à ce qu’il convint aller « en guerre. Et lors commanda à i’ung d’eulx nommé Clément qu'il demourast à Paris et « luy fist bailler les enfans de gens de tous estais les plus ingénieux que on sceust trou- « ver, et fist faire lieux et escolles convenables pour apprendre, el commanda que on « leur administrast tout ce qui leur seroit besoing et leur donna de grands privilèges. « franchises et libertez. Et de là vint la première insiiliition du corps de rFniversile de « Paris, qui estoit à Rome, où, par avant, d'Athènes elle avoit esté translatée.» [Annales. 1344, in~4“, F Ij, v“.)

La première rédaction de ce récit , reproduction altérée d’un passage du moiue de Saint-Gall (Oc religiosil. CaroL, cap. i.), appartient à Ilélinaud, moine du douzième siéi le. copié à son tour, et mis pour nous en lumière par le célèbre Vincent de Beauvais, auteur du Miroir historial. Celle opinion eut cours, el fut l'objet d'un eiaàlil à peu prés incontesté jusqu’à Etienne Pasquier. réio(|uent et impartial avocat de l’Fuiversiie. qui. dans ses Recherches de la France (1723, in-!", l. i, p. 8911, démontra, de eoneeri avec

Loisel (Plaidoyer devant la cour du parlement, ap. Büllæüai, Histor. Universital. paris., t. I, p. 125.) et André Ducliesne {Prœfat. ad B. Alcuini opp.), ses contemporains, le peu de fondement historique de cette légende. Près de cent ans plus tard, au siècle des Du Gange et des Mabillon, le docte annaliste de ce même corps. César Égasse Du Boulai {Hist. Univ. paris., 1. 1, p. 91 et seqq.), déployait une érudition désespérée cà la défense d’une cause qui œmptait encore de nombreux partisans. Et enfin, dans les derniers temps de la monarchie, a line époque où certes, pour les institutions du Moyen Age, le temps des illusions était passé, son dernier historien, 1 honnête et timide Crevier (t. i, vu et passim), ne touchait qu’avec une réserve et un embarras marqués à cette tradition sacramentelle. S'il est vrai, en effet, comme nous l’avons ci-dessus indiqué, que l’empereur des Francs avait établi dans son propre palais, c’est-ii-dire au sein de ses résidences variables, une véritable académie, ainsi qu’on en peut juger par les traces curieuses que les œuvres d’Alcuin nous en ont conservées {Alcuini opéra, éd. Ducliesne, 1617, in-f, p. 1386 et passim), il est plus que douteux que cet institut nomade ait Jamais fixé son siège à Paris, ville peu fréquentée par Charlemagne. Il est bien moins constant encore qu’on puisse voir là une institution concertée et durable, et surtout une suite de maîtres qui, sous l’égide du pouvoir royal, se soit régulièrement perpétuée jusqu’aux temps réellement historiques de l’Université parisienne.

Quels qu aient été à cet égard, et h des intervalles bien éloignés, les efforts intéressés des universitaires, tout semble au contraire démontrer que ces lemarquables tentatives du grand empereur, comme tant d’autres ébauches de son génie, ne survécnrent pas à la main puissante qui les avait produites, et que les écoles de Paris, ainsi que nous le voyons dans l’histoire de toute la chrétienté, naquirent et se développèrent sous l’autorité et sous les auspices de l’Église. Quant à l’étymologie du mot Université , qui fournit en même temps l’origine de la chose, nous pensons que les divers auteurs qui ont traité ce point, depuis Étienne Pasquier lui-même jusqu’à Du Boulai, Sauvai et Crevier. n en ont point saisi avec une exacte précision le sens primitif et l’histoire grammaticale. Dans la diplomatique du Moyen Age, le mot universitas s’applique à une collection ou catégorie quelconque de personnes à qui s’adresse un acte ou une pensée ; noverit iiniversitas vestra : sachez tous. Peu à peu, cette formule de pur style, qui s’appliquait à tous les protocoles du monde, prit un sens restreint, spécial et détourné; elle finit par indiquer individuellement des étudiants de Paris; puis, l’institution publique,

le corps de l’État, que ces étudiants formèrent; puis, le quartier de la ville qui leur était léseivé. De même, pour choisir dans la langue un terme de comparaison sensible, ces mots : Votre Majesté ou Sa Majesté, simple périphrase, dans le principe, du pronom

personnel, sont devenus, avec le temps, la dénomination consacrée de la personne royale.

Les annales de 1 Université de Paris commencent à peu près avec Abailard, cette figure historique restée si vivement empreinte dans la mémoire populaire. En 1107, lorsque 1 infortuné docteur vint pour la première fois dans cette ville, l’école était encore pen-

dante au giron de l’Église. C’est au cloître de Notre-Dame qu’enseignaient maître Guillaume de Champeaux, le grammairien, archidiacre de la catluklrale , et le théologien maître Anselme de Laon, dont il suivit d’abord les leçons célèbres, et qu"'!! devait bientôt supplanter l’un et l’autre. En 1 1 69, au rapport de Raoul de Dicet et de Mathieu Paris, Henri II, roi d’Angleterre, proposait de soumettre le différend qui le divisait avec Thonias Beket, archevêque de Canîorbéry, au jugement impartial des écoliers des diverses nations , étudiant à Paris ( « scholaribus diversaruoi provinciarum æquâ lance negoliuin examinanlibus. » dp. Bull., llisl. Univ. par., t. ii,p.364.); déférence remarquable qui témoigne à la fois de l’autorité de ces études, et qui accuse en môme temps (jue!(|ues premiers symptômes d’organisation. En 1195, le même Mathieu Paris mentionne un abbe d’Angleterre qui, dans sa jeunesse, avait fait ses études à Paris et y avait été reçu dans la compagnie élective des maîtres. (« In eleclorum magistrorum consortium. » Vita Johannis de Cellâ, abbat. S. Albani.) Le diplôme de Î200, donné à Bélliisy par Philippe- Auguste, et qui faisait le fondement des privilèges de FUniversilé, nous montre ce corps pourvu d’un chef (cflp^7«/e), dont rimmunité, ainsi que celle de tous ses membres, par rapport à la justice laïque, est solennellement garantie. (Bull., t. in, p. 3. Ce chef fut ensuite appelé recteur.) Enfin, c’est seulement en 1260 (Bull., t. iii, p. 338, 562 et seqq.), que nous voyons te corps universitaire muni de tous ses organes et parvenu à son complet développement.

Déroulons ici le tableau de cette organisation.

Nations. — ■ Dès le principe, une division naturelle s’établit entre les jeunes gens que la réputation des écoles parisiennes y faisait affluer de tous les points de la chrétienté. L’analogie de langue, d’intérêts, de sympathies, les groupa tout d'abord par nations. Peu à peu, ces réunions spontanées prirent une forme plus régulière, et pourvurent au gouvernement de leurs intérêts communs. Il y avait quatre Nations : celle de France . celle (F Angleterre , celle de Normandie et celle de Picardie.

La nation de France se composait de cinq tribus, qui comprenaient les évêchés ou provinces métropolitaines de Paris, Sens, Tours, Reims, Bourges, et tout le midi de l’Europe : ainsi, un écolier du diocèse de Barcelone, qui venait étudier à Paris, était de la nation de France.

La nation F Angleterre, dont le domaine n’était pas moins étendu, embrassait toutes les contrées du nord et de l’est étrangères à la France actuelle. Elle se divisait en deux tribus : celle des insulaires et celle des continentaux. Le nom F Angleterre étant devenu un objet d’exécration pour les Français au sein même de leur capitale, soumise a son autorité, on y substitua le nom F Allemagne, et depuis la rentrée de Charles Ml a Paris en 1436, cette nouvelle dénomination remplaça la première dans les actes publies. Ce changement avait été sollicité dès 1377, pendant le séjour à Paris de 1 empereur Charles IV. (Bullæus, de patron, iv nat., p. 70. — Pasquieii, Reciterclics de la France. col. 939. — Reg. mss. de l’Univ.; n® 8, lib. procur. nat. allcman., F 56.''

ni

La nation de Normandie n’avait qu’une tribu, correspondant h la province de ce nom.

La Picardie en avait cinq, qui consistaient dans les diocèses de Beauvais, d’Amiens, de Noyon, de Laon et des Morins ou de Térouanne, évêché transporté depuis à Saint- Omer.

Facultés. Arts— Les quatre Nations réunies formèrent d’abord Y université des études, mais plus tard, lorsque les facultés se constituèrent, ces mêmes nations ne composèrent plus que la Faculté des Ar/s. Cette déuomination comprenait dans l’origine tout le cercle

des connaissances qui s’enseignaient publiquement. Les arts libéraux, qui, dans notre division actuelle des connaissances classiques, correspondraient en partie au domaine des sciences et des lettres, embrassaient le trivium, c'est-à-dire la grammaire, la rhétorique et la dialectique, et le quadrivium, ou l’arithmétique, la géométi'ie, la musique et l’astronomie.

Théologie. — En 1259, les frères prêcheurs, ou dominicains, protégés par le crédit et l’affection particulière de saint Louis, finirent par obtenir d’être associés à rUniversité, malgré la répugnance que ce coi-ps manifesta toujours à l’égard du monachisme. Comme ces religieux ne pouvaient être assimilés qu’aux maîtres en théologie, ces derniers, secondés par rassentiment de tous les autres maîtres ou docteurs en arts, et par la eommune antipathie contre ces intrus, établii-ent une catégorie spéciale qui prit le nom de Faculté de Théologie. Ils furent bientôt imités par les décrétistes et les médecins, qui s’érigèrent en faculté de Droit et de médecine. Jusque-là, ces diverses spécialités d’études étaient restées confondues dans les attributions collectives des Nations, antique noyau, comme nous l’avons dit, de l’Université tout entière.

Malgré rimpoiianee croissante et la supériorité relative que les trois facultés nouvelles prirent avec le temps, cette origine primitive du corps des Nations entraîna toujours pour lui une [)répondérance évidente et la conservation de certaines prérogatives essentielles. Ainsi chaque nation nommait un procureur, et chaque faculté un doyen. Le mode d’élection des procureurs et le terme de leur emploi variaient suivant les nations. Bull., in, 577.) La Faculté de Théologie, indépendamment de son doyen, qui était le docteur séculier le plus ancien en grade, élisait tous les deux ans dans son sein un syndic chargé de l’administration des affaires. Les deux autres facultés avaient deux doyens, l’un d’àge ou d’ancienneté dans le grade de docteur, l’autre en exercice et choisi

Sceau des quatre N.itiuns ou Faculté des Arts. — liibL roy. de Paris, Cab. des médaillés, AT/e siècle.

tous les ans. Ces officiers, au nombre de sept, composaient le tril)una! de rUuiversilfet décidaient de toutes ses affaires. On voit donc que la Faculté des Arts avait à elle seule une part quadruple de représentation el possédait la majorité des suflra^es; elle jouissait en outre exclusivement du privilège de nommer le Recteur , ou chef de toute FUniversité, qui ne pouvait être pris que dans son sein ; elle seule, enfin, avait la garde du trésor, des archives, l’administration du Pré-aux-Ciercs et la nomination ou la présentation de tous les officiers non électifs de FUniversité.

Droit.

N 1 1 51, un clerc de Bologne, nommé Gratian, réunit en un nouveau corps, sous le tûve de Décret , les diverses décisions des papes el des conciles, (jui composaient la jurisprudence ecclésiastique, ou droit canonique. Ce recueil fut goûté du souverain pontife Eugène III, qui Faccueillit avec empressement, et en ordonna l’étude et l’enseignement dans les universités, ainsi que dans les églises. Telle fut parmi les écoles de Paris l’origine de la Faculté de décret. laquelle n’était d’abord qu’un démembrement de celle de Théologie. Vers la même époque, la découverte des Pandectes de Justinien, retrouvées en 1 133 lors du siège d’Âmalfi, vint augmenter les connaissances de l’Europe chrétienne en matière de droit, connaissances qui se bornaient alors à la possession du code Théodosien , des lois barbares et des capitulaires des rois de France. Cet événement raniiiia partout les éludes des jurisconsultes, et bientôt le droit civil vint prendre place dans l’ Université de Paris, h côté du droit canonique. 3Iais les papes et les évêques , aux yeux desquels la théologie était la science suprême et la seule nécessaire, favorisèrent exclusivement le développement de celte faculté, et ne permirent l’exercice du Droit , qu’en tant qu’il se rapportait à la doctrine et aux intérêts de l’Eglise, c’est-à-dire du droit canonique. A^ers 1210, Honorius 111 rendit une bulle célèbre (Bull., îlist. univ., part. III, p. 96) qui interdit l'enseignement du droit civil à Paris et dans les lieux circoiivoisins , comme préjudiciable aux études théologiques. L’absurdité d’une telle prescription , en présence des besoins et dos elïorls croissants des éludes, n’en permit jamais la complète application, el la science du droit séculier ne cessa point d’étendre ses progrès. Ce ne fut toutefois qu'en 1679, sous le règne de Louis XIV, que le droit civil devint ou redevint en Errance l'objet d'im enseignement public et régulièrement constitué.

Médecine. — L’enseignement de la médecine paraît avoir pris naissance chez nous vers la tin du douzième siècle. Les religieux, qui, seuls, possédaient l'instruction nécessaire pour aborder avec fruit ces éludes, en furent les premiers dépositaires. Mais la discipline

catholique ne tarda pas à contrarier ces premiers efforts. En 1163, le concile de Tours, présidé par Alexandre III, interdit auxnioines, ayant fait profession, de quitter leurs couvents pour assister aux leçons de médecine et de droit civil (« ad audiendum... physicam, leges "se mundanas » ^ Pasqüier, Rech. col., 911). Celte défense fut renouvelée, comme nous lavons dit, h 1 égard du droit civil, par le pape Honorius III, et reçut du reste la même inexécution. Les notions médicales de l’antiquité avaient été transmises au Moyen Age par les Grecs et les Arabes. L’école de Salerne et celle de Montpellier disputèrent et surpassèrent même , pendant longtemps, la renommée que la Faculté de Paris ne réussit que tardivement a conquérir. La médecine, d’ailleurs, science de faits et d’observations, ne pouvait réaliser de progrès sérieux, au milieu des préjugés de toute espèce, et sous 1 aveugle autorité des categories, des formules et des méthodes empiriques qui présidèrent si longtemps à toutes les études.

Par suite des idées morales introduites par le christianisme, sur la sain (été relative du célibat et de la société conjugale, le mariage fut , dans le principe et pendant la plus grande partie du Moyen Age, considéré comme incompatible avec la cléricature, et par conséquent avec l’exercice ou du moins avec l’enseignement public du droit et de la médecine. Vers 144 /, un docteur en médecine de la Faculté de Paris, s’étant vu contester ses droits de régent ou professeur, comme ayant épousé récemment une veuve (Bull., Y. 541 et seqq.), un procès s’engagea sur cette matière, et fut enfin soumis à la décision loyale. Le roi Charles MI repoussa les motifs traditionnels allégués contre le docteur, et lui confirma la plénitude des droits qu’il réclamait. Quelques années plus tard, en 1452, lorsque, par les ordres du même prince, le cardinal d’Estouteville réforma l'Université , le principe de l’incompatibilité du mariage avec les fonctions universitaires fut définitivement rayé de la discipline, et ne fut plus appliqué par la suite qu’aux clercs engagés dans le sacerdoce.

Recteur et Suppôts. — Le Recteur était élu par les Nations. La durée de son pouvoir était d’abord d’un mois ou de six semaines. En 1278, le cardinal de Sainte-Cécile, légat en France, pour mettre fin aux abus qu’engendrait la brièveté du rectorat, réforma cet état de choses, et prescrivit cju a 1 avenir les fonctions du recteur s’exerceraient pendant l’espace de trois mois. (Pasqüier, Rech., p. 935.) Cet usage s’observa jusqu’à la fin du cpiinzième siècle, épocpie à laquelle le rectorat devint annuel, et même, par la suite, d’une durée encore plus prolongée. Les procureurs des Nations étaient d’abord chargés du soin déliré le recteur; mais des brigues scandaleuses s’étant produites, on commit quatre électeurs spéciaux pour déléguer cette fonction. Ces électeurs prêtaient serment de faire un choix honorable et utile a 1 Lbiiversité. Ils portaient le nom d'iutrajitSy a cause du conclave dans lequel ils entraient pour cette nomination. Le recteur nouvellement élu recevait l’investiture du recteur sortant, et jurait à son tour de remplir son olfice pour rbonneur et le profit de TUniversité.

De gi ands privilèges étaient attaches a la dignité de Recteur. Il exerçait sur toutes les écoles une juridiction souveraine, et ne reconnaissait point de supérieur sur tout le

territoire de TUniversité. Souvent appelé, pendant le cours du Moyen Age, au conseil même des rois, il marchait de pair avec Févéque de Paris et le parlement dans les cérémonies publiques. Il donnait à tous les écoliers, h tous les maîtres, les lettres de scholarité qui leur conféraient les privilèges de leur robe, et recevait d’eux le serment d’obéissance perpétuelle, fl quelque dignité qu’ils pussent parvenir. Il nommait h tous les offices, tels que ceux de syndic, trésorier, greffier, grands et petits messagers, parcheminiers, libraires, relieurs, écrivains, enlumineurs, et enfin de bedeaux ou sergents de l’Université. Il ouvrait son avènement au rectorat et il célébrait la fin de son exercice par une procession solennelle, à laquelle il conviait, indépendamment de tous les suppôts que nous venons d’énumérer, les ordres religieux qui habitaient le territoire de sa juridiction. En 14-12, dit Juvenal des Ursins, lors d’une procession de l’Université à Saint- Denis pour les malheurs de la guerre, le cortège était d’une telle étendue, que la tête de la procession entrait dans la ville de Saint-Denis, alors que le recteur était encore aux Mathurins. (Collect. Michaud et PoüJ. , t. II , p.

476.) En dehors de ces circonstances, tous les ans, le lendemain de la Saint-Barnabé(12 juin), avait lieu la célèbre fêle du

Bedeaux des Facultés de Théologie» de Jurisprudence et de Medecine de rUniversité de Pont-â-Mousson, tirés des Funérailles de Henri, duc de Lnrraine , par Claude de la Ruelle. (Bibl. rov. de Paris. Cab. des Estampes.)

Bachelier de l.i Facullc de Théologie, et Professeurs des Facultés de Théologie, de Jurisprudence sité de Pont'à-Mousson, tirés des Funérailles de Henri II , due de Lorraine, par Claude de la Cab. des Estampes.)

locine de PUnixerhbl. ^o^ . de Pans.

ïxndit, ou fête du parchemin, dont nous reparlerons plus tard. Ce jour-là, le recieui’.

Mœurs et usages de la vie civile.

UNIVERSITES, Pci, V

vêtu de sa chape rouge et de son bonnet rectoral, monté sur une mule ou une haquenée, précédé de ses deux massiers, entouré des doyens, procureurs et suppôts, s’acheminait vers la foire de ce nom, qui se tenait à Saint-Denis. 11 y prélevait, avant tous autres acquéreurs, la provision de parchemin annuellement nécessaire h l’Université et recevait des marchands une gratification qui, au seizième siècle, s’élevait à la somme de cent écus.

Le syndic, appelé aussi procureur, promoteur ou procureur fiscal, était, h proprement parler, l’administrateur de l’Université.

Le trésorier avait la gestion financière des revenus et des dépenses. Ces revenus consistaient notamment dans la taxe scolaire, dans quelques legs et fondations , dans le produit annuel du Pré-aux- Clercs et dans celui des messageries, dont nous allons parler.

Le greffier, secrétaire ou scribe, était chargé de tenir la plume, de lii e dans les assemblées les pièces communiquées et de garder les registres de la compagnie.

On appelait grands messagers certains bourgeois notables, établis dans la capitale, qui servaient de correspondants aux nombreux écoliers venus h Paris de tous les pays de l’Europe. Accrédités par les familles, assermentés près l’Université, ils étaient exempts du droit de garde urbaine et partageaient les autres immunités universitaiies. Ils devaient fournir

D’après une mmialure du registre manuscrit n. ii, fol. 10, de la Nation de Picardie, 1476-1483 (Arch. de l’Université, ininist. de I Instr. publ.) : Maître Jean de Vandeuil, procureur de la Nation. — Bedeau. - Jean Leniieui, messager de Guise en Tliierache, au ojocese idyose) de Laon. — t- Porl'’aits. Voir la légende gravée pour la Prononciation.

aux étudiants, moyennant caution, l’argent dont ceux-ci avaient besoin, et veiller à leurs nécessités. Le nombre des grands messagers était limité à un seul par diocèse. Ils avaient sous leurs ordres, et sans nombre, de petits messagers ou simples facteurs, qui, sans cesse

en route, portaient et reportaient perpétuellement de Paris à l’extérieur, et de l’extérieur à Paris, les lettres missives et autres envois, relatifs à l’enseignement ou aux élèves. Telle fut . h proprement parler, parmi nous, l’origine de la poste aux lettres et des messageries, qui ont été depuis élevées à l’état de services publics, la première par Louis XI, et les secondes par Louis XIV.

Les bedeaux, sergents, massiers, ou appariteurs, étaient au nombre de quatorze, deux par compagnie. Chaque Faculté, chaque Nation, avait deux bedeaux ; le grand et le petit. Le recteur en exercice se faisait précéder des deux bedeaux de la nation qui l’avait fourni. Ces fonctionnaires, destinés dans le principe à un service de sûreté ou de cérémonie, finirent par tenir la plume dans les actes publics, et par devenir des personnages demi-serviles et demi-littéraires.

A ces officiers, grands et petits, il faut ajouter les deux conservateurs des privilèges de Université : l’un, conservateur royal, n’était autre que le prévôt de Paris, (pii , lors de son installation, devait jurer de les respecter et de les maintenir ; l’autre, conservateur apostolique , était élu parmi les évêques de Meaux , de Beauvais et de Senlis. Il faut y joindre enfin les deux chanceliers, appartenant aux églises de Notre-Dame et de Sainte- Geneviève, sur lesquels nous allons revenir , en traitant des grades et de Y enseignement universitaires.

Quelques mots sur les patrons de l’Université trouveront ici une place naturelle et serviront à l’intelligence des sceaux usités en Î398 parles Nations et les Facultés de Palis : monuments inédits pour la plupart, que nous reproduisons pour la première fois, autant du moins que nous ayons su le faire, d’une manière exacte et complète. (^oy. PI. des Sceaux des Universités. )

L’Université de Paris reconnaissait deux classes de patrons : les uns dont l’invocation était commune au corps tout entier; les autres qui recevaient seulement un culte sjiécial de la part des membres ou compagnies, telles que les Facultés et les Nations.

Nous traiterons d’abord des premiers. Au Moyen Age, la Vierge-Mère, ou, pour employer cette dénomination cà la fois si gracieuse et si populaire, Notre-Dame, présidait, dans le culte des fidèles, à une multitude d’institutions non-seulement religieuses, mais civiles. On rencontre à chaque pas, dans les œuvres ou les souvenirs de eette période, la trace de cette poétique influence. Patronne de l’église et de la ville de Paris, Notre-Dame le fut aussi de 1 Université parisienne ; son image se retrouve, à toutes les épocpies. siales sceaux et autres emblèmes des écoles. (Voy. ci-dessus, folio iii verso, et })lanches des Sceaux, n o.) Il faut y joindre sainte (Catherine et saint Nicolas, ipii ligurenl éualement sur le sceau le plus ancien de l’Université [fig. 5), et qui, du reste, étaient les patrons traditionnels, non-seulement de tous les clercs, mais de toute la jeuuessi' A divers intervalles, des tentatives eurent lieu pour rendre les mêmes honneurs à saint Thomas Beket, archevêque de Canlorhery, aux saints Côme et Damien, ainsi ipi à saint .4ndré. Quelques-uns de ces personnages devinrent l\ la longue les patrons definitifs de Nations ou de lacnltés: mais saint André resta seul, en compagnie de Notre-Dame.

de sainte Catherine et de saint Nicolas, au nombre des patrons communs de TUniversité.

Les Nations et les Facultés se choisirent de bonne heure, indépendamment de ce culte général, un certain nombre de saints protecteurs, en l’honneur de qui elles célébraient périodiquement des solennités religieuses, solennités auxquelles se mêlaient de très-mondaines réjouissances. En 1275, ainsi que nous aurons plus tard occasion de le rappeler, la multiplication excessive de ces fériés et les abus qu’elles avaient engendrés, firent reconnaître la nécessité de les restreindre. Un statut général de la Faculté des Arts ordonna donc que chaque Nation, en dehors des fêtes communes, ne pourrait en célébrer qu’une seule. De Palronis quat. Nat., p. 4-7.) Cette règle, toutefois, ne reçut point une

application rigoureuse, et nous allons seulement énumérer par ordre les noms des divers saints que les nieMbres de 1 Université invoquaient ou fêtaient séparément.

La Nation de France, aux douzième et treizième siècles, adressa des hommages publics à saint Ihomas de Cantorbery. Mais cette dévotion, instituée par la politique et combattue par elle, n étendit point sur les esprits un empire unanime et constant. Cette Nation solennisait aussi l’anniversaire de saint Guillaume de Bourges, mort en 1209, archevêque de cette ville, et ancien écolier de l’Université de Paris. La figure de ce Lint est probablement celle que nous trouvons deux fois, à la face et au revers, sur le sceau de la Nation de France qui pend au fameux acte de 1398. (Arch. du roy., J. 515, 14. Yoy.

PL des Sceaux, 7 et 7 bis.) La tribu de Sens se réclamait particulièrement de saint Antoine.

Saint Nicolas était le patron ordinaire de la Nation de Picardie ; mais la tribu d’Amiens honorait spécialement saint Firmin. A côté de ce dernier, on remarque sur le sceau de la Nation de Picardie, qui date de 1398 (PL des Sceaux, n» 2 ) , un autre personnage, dont le nom, très-fruste, est écrit sur le champ de l’empreinte : Y. Piatus (saint Piat), apôtre de ïournay, ville dont le diocèse formait, à cette époque, une des tribus de la Nation. Ainsi se trouve révélé le nom d’un second patron de Picardie, que ne mentionne pas Du Boulai.

La Nation des Normands se recommandait en premier lieu de Notre-Dame, ou de la vierge Marie; le sceau de cette Nation, de 1398 (PL des Sceaux, fig. n“ 1 ), nous représente une scène fort curieuse, où des nochers, pour conjurer l’effort du diable, personnification de la tempête, adressent leurs prières à Y Étoile des mers. Ils se plaçaient, en outre, sous la protection de leur illustre patron local, saint Bomain, archevêque de

L’antique patron de la Nation d’Angleterre était saint Edmond, roi de Norfolk et de Suffolk, mort en 1017, martyr de la foi chrétienne. La tête ceinte d’une couronne et portant a la main un scejitre fleurdelisé, il figure sur l’un des sceaux de 1398, associé à saint Martin et à sainte Catherine. (PL des Sceaux, n“ 8. ) Charlemagne, honoré comme saint dès le douzième siècle en Germanie, regardé d’ailleurs comme" le fondateur de f Université et de la clergie-An sein de la chrétienté, fut, de tout temps, invoqué par es écolieis d Allemagne. Lorsque ce nom devint celui de la nation qui le porta, celte

Univei-Eités, p]. I

ELECTIO PROCURATORIS MAGISTRI. — Pac-simile de la première pa^e du proces-verbal de l'élecUon d'un procureur du nom de Gouda. Registre 9; Conclusions allemandes de 146tr-l 47S, raie 41. (Archives de l'Université, ministère de l'Instruction publique.)

Signature et paraphe du procureur DE GCUDA.

F. SERÈ, DIREXIT.

UniversiléB, PI, TI.

Hermann

Soltau del. Bisson et Gottard exa.

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