ROULEAU MORTUAIRE DE SAINT VITAL
talion saxonne s’ctail cependant maintenue assez belle, quoique déjà sous des formes irès-lourdes : on peut citer, pour ce genre d’ornements, le Sacramentairen° 987 de la Bibliothèque Nationale, et celui d’Æthelgar, conservé à la Bibliothèque de Rouen, qui nous a fourni la bordure n" 10.
Toutefois, la décadence dans les arts en France semble s’être arrêtée vers la fin du onzième siècle, si l’on en juge par des peintures de l’année 1060, exécutées dans un manuscrit latin n" 818 de la Bibliothèque Nationale. On pourrait regarder comme contemporains de celte même date les ornements et les peintures de divers autres manuscrits, notamment ceux cotés 1049^ S. Germ. lat. (Vie de saint Germain, évêque de Paris), et 2058 A. F. (OEuvres de saint Augustin) la Bible, tome 1. L, n“ 8 (PI. IX ter), etc.
Dans les manuscrits du douzième siècle, on sent l’influence nouvelle des croisades et l’heureuse amélioration introduite par ces expéditions lointaines, dans les sciences, les lettres et- les arts; l’Orient régénérait l’Occident, et l’on doit reconnaître une imitation orientale dans les bizarres figures mêlées aux ornements des lettres capitales, et dans l’emploi habituel des belles teintes bleues d’outre-mer. C’est ce que paraissent indiquer les manuscrits latins de la Bibliothèque Nationale, n°* 5058, 5084, 1618, 1721, et les curieuses peintures du n° 267 de la Sorbonne. Tout ce que peut inventer l’imagination la plus capricieuse et la plus fantastique se trouve mis en œuvre pour donner aux lettres latines une forme grotesque, ou du moins un caractère qui rappelle, avant tout, les ornements les plus déliés de l’architecture sarrasine. Ce système, cette mode d’ornementation dans l’écriture se répandit alors de telle sorte, qu’on la fit servir même aux actes publics : témoin le rouleau mortuaire de Saint- Vital, daté de l’année 1122, qui est aujourd’hui conservé aux Archives Nationales : les lettres de la première ligne ( notamment le T) , sont composées d’une aggrégation de diables enlacés, bien dignes du crayon de Callot. (PI. X., La Grèce, à cette époque, conservait pourtant encore les belles traditions de la peinture antique (voyez le manuscrit n° 543 de la Bibliothèque Nationale ; nous en avons tiré la bordure n° 12); mais ce fut le dernier période de la splendeur de cet art.
Enfin , au treizième siècle , l’art sarrasin ou gothique domine presque partout en Europe ; en France surtout, il déploie ses proéminences les plus aiguès, dans l’écriture comme en architecture. Dans le dessin, tous les personnages prennent des formes grêles et allongées ; les blasons envahissent le domaine des Miniatures ; on y admire les coloris les plus beaux et les plus purs ; l’or , appliqué avec une rare habileté , se détache en relief sur des fonds d’un bleu admirable, qui de nos jours n’a rien perdu encore de sa vivacité primitive. En examinant, par ordre chronologique, les manuscrits de ce temps-là qui sont à la Bibliothèque Nationale , et en nous attachant de préférence à ceux
qui , écrits en langue française, portent une date certaine , nous citerons d’abord un \olume, daté de l’an 1200 , contenant des vies de saints en prose et en vers; mais on n’y trouve que des lettres capitales ornées. Un autre manuscrit , ;i peu près contemporain, qui a pour titre Vrigiet de Solas (S. F. 1 L), demande une étude spéciale, à cause de ses grandes Miniatures , de leur singulière disposition et des sujets si variés de diableries et autres qui remplissent des feuillets entiers. On y voit représentés les sept arts libéraux, les sens, les âges de l’iiomme, les dix piaies d’Égypte, les cornmandemenls de Dieu, etc. Les fonds d’or sont damasquinés assez heureusement; mais les couleurs. ayant perdu de leur éclat, sont aujourd’hui peu remarquables Le manuscrit le plus important par ses Miniatures, celui qui sur- }»asse, [)our ainsi dire, tous les autres du même siècle, est, sans contredit, un Psautier h cinq colonnes, contenant les versions française , hébraïque et romaine , ainsi que des gloses : il porte le n" 1 1.32 bis, Supplément français. Les peintures dont il est orné, sont très-nombreuses et d’une dimension inusitée alors. On reconnaît trois époques dilîérentes dans leur exécution : la plus ancienne remonte probablement <à la lin du douzième siècle; ce sont les médaillons, au nombre de 90, qui couvrent le recto et le verso des quatre pi’emiers feuillets : ils sont rangés sur trois colonnes par page, et ils l’cprésentent des sujets peints, tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament. On discerne facilement , dès le premier coup d’œil, le caractèie ancien de ces Miniatures, relativement aux autr es parties de c(‘ même volume : aucune trace de gotbicité, les fonds en tr ès-bel or-, l’arcbitectirre à plein cintr-e, les dr-aper ies parfaitement agencées, la peinture vigoureuse , le dessin correct ; on y voit des nraisons, dont la for-rne et la couvertur e en tuile ne diffèr-ent guèr e des nôtr es ; diver s instruments rustiques, certains costumes royaux ou populaires, méritent une attention particulière, surtout celui d’un homme revêtu d’un manteau assez semblable au vêtement gaulois connu sous le nom de rnnilhts. Après ces quatre feuillets, conrmence réellement le psautier- : l’écriture et les peintures sont dès lors du treiziènre siècle (PL XI). jusqu’au feuillet 72. On y compte trente-neuf grandes miniatures. L’or a[)pliqué en relief, les belles teirrtes d’orrlte-rrrer-, les armes et les ar rnur es des soldats, les costuirres d’hommes et de femmes, enfin le texte du manuscrit, tout annonce une œuvr e de la pr ernièr-e moitié du tr-eizièrne siècle. Entr e les feuillets 72 et 93. se trouvent des Miniatures d’un style moins ancien, entremêlées toutefois de quelquesunes (pt’on doit attr ibuer- à l'ar tiste (jui avait or-né les premièr-es pages
Peinture des Manuscrits PI XI.
FAC-SIMILE D'LNE MIISIATUKE DU PSAUriElt 1l3i bis, SiipiilOiiieHl fiain.ais.
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