LE 310 YEN AGE
A l'exceplion de l'importante invention du rouage de la sonnerie, l’Horlogerie resta stationnaire jusqu’à la fin du treizième siècle; mais au commencement du siècle suivant, elle reprit son essor, et l’art ne s’arrêta plus.
En 1324, Walliugfort, bénédictin anglais, construisit pour le couvent de Saint-Alban, dont il était abbé, une Horloge mécanique. Elle était à sonnerie; elle marquait, outre les heures, le quantième du mois, les jours de la semaine, le cours des planètes, les heures des marées, etc. Quelques années plus tard, en 1344, Jacques de Dondis, citoyen de Padoue, composa une Horloge, qui, exécutée par les soins d’un excellent ouvrier nommé Antoine, et placée an sommet de la tour du palais de sa ville natale, a été longtemps l’admiration de tous les savants. Pour donner une idée de cette merveilleuse machine, il suffira de reproduire ici ce que Philippe de Maizières, qui vivait h l’époque de Jacques de Dondis, en a dit dans un des premiers écrits où il soit question de l’Horlogerie ancienne; cet ouvrage, intitulé la Songe du vie! Pèlerin, est encore inédit et par conséquent peu connu; nous lui empruntons textuellement cet extrait.
L est à savoir que, en Italie, y a aujourd’huy ung homme, en philosophie, « en médecine et en astronomie, en son degré singulier et solempnel, par « commune renommée, excellent ès dessus trois sciences, de la cité de Pade. « Son surnom est perdu ; et est appelé maistre Jehan des Orloges, lequel de- « meure à présent avec le comte de Vertus, duquel pour science treble (tri- « pie) il a chacun an des gaiges et de bienfaits deux mille flourins ou environ. « Cettuy maistre des Orloges a fait, de son temps, grandes œuvres « ès trois sciences dessus touchiées, qui, par les clercs d’Italie, d’Allema- « gne et de Hongrie, sont autorisées et en grant réputation : entre lesquels « œuvres, il a fait un instrument, par aucuns appelé Sphère, ou Orloge « du mouvement du ciel : aiujuel instrument, sont tons les mouvements « des signes et des planettes avec leurs cercles et épicycles, et différences « par multiplications, roes sans nombre, avec toutes leurs parties, et
« en quel signe et degré les planettes sont et estoiles du ciel : et est faite si souhtilement « cette sphère, que, nonobstant la multitude des roes, qui ne se pourroient nombrer « bonnement , sans défaire l’instrument , tout le mouvement d’icelle est gouverné par « un tout seul contrepoids, qui est si grant merveille, que les solempnels astronomiens « de lointaines régions viennent visiter en grant révérence ledit maistre Jehan et l’œuvre « de ses mains ; et dient tous les grans clercs d’astronomie , de philosophie et de méde- « cine, qu’il n’est mémoire d’homme, par escrit ne autrement, que, en ce monde, ait « fait si souhtil ne si solempnel instiument du mouvement du ciel, comme horloge des- « susdite; l’entendement souhtil dudit maistre .Telian, il, de ses propres mains, forgea la- « dite orloge , toute de laiton et de cuivre, sans aide d’aucune autre personne, et ne fit
« autre chose en seize ans tout entiers, si comme de ce a esté informé l’escrivain de « cettuy livre, qui a eu grant amitié audit maistre Jehan. » (Voy. à la Bihl. Nation, de Paris, plusieurs manuscrits du Songe du riel Pèlerin.)
L’Horloge de Jacques de Dondis excita partout rémulation. Tous les princes de l’Europe voulurent en avoir de pareilles. Des ouvriers de la France et de l’étranger en tirent successivement pour des châteaux et pour plusieurs églises ou monastères.
Parmi les plus belles Horloges qui furent faites au quatorzième siècle, on doit citer celle de la cathédrale de Dijon, que Philippe le Hardi enleva à la ville de Courtrai, après la bataille de Rosebecq.
« Le duc de Bourgogne, dit Froissart, ht ester des « halles un orologe qui sonnoit les heures, l’iin des plus (( beaux qu’on sçeut trouver delà ne deçà la mer; et celuy '< orologe mettre tout par membres et par pièces sur « chars, et la cloche aussi. Lequel orologe fut amené « et charroyé en la ville de Dijon en Bourgogne, et « fut là remis et assis, et y sonne les heures vingt- « quatre, entre jour et nuit. »
Ajoutons que cette Horloge était surmontée, comme elle l’est encore aujourd’hui, de deux automates en fer (l’homme et la femme) qui frappaient les heures sur la cloche. Ces deux personnages étaient nommés .Jacquemarls. Les historiens ne s’accordent pas sur la formation et la signification de ce mot. Ménage croit qu’il vient du mot latin jaccomarchiadiis (jaque de maille, habillement de guerre). On sait qu’au âloyen Age on avait l’habitude de placer, au sommet des tours ou des clochers, des hommes chargés de veiller au repos public, pour avertir de l’approche de l’ennemi, ainsi que des incendies, des vols et des meurtres qui avaient lieu dans l’intérieur des villes. Plus tard, une meilleure organisation de la police permit de supprimer ces sentinelles nocturnes; peut-être a-t-on voulu en conserver le souvenir, en fabricant des hommes en fer qui son-
. - f 1 I ^ Jacquemart, de Notre-Dame de Dijon.
liaient les heures. Dinerents écrivains cherchent a prouver que le mot Jacquemart vient du nom de l’horloger Jacques Marck , qui vivait au quatorzième siècle, et qui serait, suivant eux, l’inventeur de ressortes d’horloges.
Le savant Gabriel Peignot, auteur d’une dissertation sur le Jacquemart de Dijon, est d’un avis contraire à celui de la plupart des auteurs qui ont écrit sur l’origine des Jacquemarts. Il établit qu’en 1422, un nommé Jacquemart, orlogeur et serrurier, demeurant dans la ville de Lille, travaillait pour le duc de Bourgogne , et qu’il reçut
22 livres pour les besognes qu’il avait faites à l’Horloge de Dijon. De ce document authentique, M. Peignot lire l’induction suivante : « Ce Jacquemart de Lille ne serait-il pas le fds ou le pelil-fds de celui qui aurait fait l’Horloge de Courtrai, transportée à Dijon, en 1382, et qui a du être faite peu de temps auparavant, c’est-à-dire de 1373 à 1380? Le peu de distance de Lille h Courtrai le donnerait à penser. Alors il serait présumable que le nom de notre Jacquemart proviendrait de celui de son fabricateur, le vieux Jacquemart de Lille. »
Toutes ces inductions sont plus ou moins concluantes; mais, au total, ce ne sont que des inductions; et aucune d’elles ne prouve d’une manière irréfragable l’origine du mol Jacquemart. Quant à nous, il ne nous convient pas de prendre parti dans ce grave différend ; disons seulement qu’à la fin du quatorzième siècle et au commencement du (juinzième, beaucoup d’églises, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en France et aillein s, avaient déjà des Jacquemarts.
L’Horloge que Charles Y fit construire, en 1370, fut la première qu’ait possédée la capitale du royaume; elle fut exécutée par un habile ouvrier, nommé Henry de Yic, à qui le roi assigna six sous parisis par jour, et un logement particulier dans la tour du Palais où fut placée cette horloge, qui devait, deux siècles plus tard, donner le signal de la Saint-Barthélemi.
Celle du château de Monlargis fut faite par Jean Jouvence, en 1380.
On connaît plusieurs autres Horloges remarquables, exécutées vers la même époque ; ce sont celles de Sens et d’Auxerre, et surtout celle de Lund en Suède. Cette dernière, d’après la description qu’en donne le docteur Hélein, était des plus curieuses : lorsqu'elle sonnait les heures, deux cavaliers se rencontraient et se donnaient autant de coups qu’il y avait d’heures à sonner; alors une porte s’ouvrait, et l’on voyait la vierge Marie, assise sur un trône, l’enfant Jésus entre ses bras, recevant la visite des rois Mages, suivis de leur cortège; les rois se prosternaient et offraient leurs présents; deux trompettes sonnaient pendant la cérémonie; puis, tout disparaissait pour reparaître à l’heure suivante.
Pour compléter cette nomenclature des principales horloges du quatorzième siècle, nous citerons quelques fragments d’une pièce de vers de Froissart, intitulée : L’Horloge amoureuse. Ces fragments serviront à constater certains faits relatifs à l’Horlogerie de ce tenips-là. D’après ce que dit Froissart, et ses descriptions sont parfaitement exactes, le rouage du mouvement des horloges, comme celui de la sonnerie, se composait de deux roues (chacun de ces rouages en eut cinq, à partir de la fin du quinzième siècle). Le cadran était mobile ; et, tournant sur lui-même, il portait, à l’une des extrémités de sa circonférence, un index servant à l’indication des heures tracées sur un autre cadran, fixe et adhérent au premier. La verge, cette partie essentielle de l’échappement, n’était pas accompagnée d’un pendule; elle portait un balancier placé horizontalement à son extrémité supérieure; le plus ou moins de pesanteur de celle pièce déterminait le retard ou l’avance de l’horloge. Sur- chacun des bras du balancier, était suspendu
un poids que l’on pouvait rapprocher ou éloigner du centre de la verge ; et par là on obtenait la pesanteur exactement nécessaire à la marche régulière de l’horloge. C’est par le même système, que l’on règle aujourd’hui le pendule.
Laissons maintenant parler Froissart :
L’Orloge est, au vray considérer,
Un instrument très bel et très notable.
Et s’est aussy plaisant et pourfitable.
Car nuict et iour les heures nous aprent Par la soubtililé qu’elle comprent En l’absence méisme dou soleil :
Dont on doit mieuls prisier son appareil.
Ce que les autre instruments ne font pas.
Tant soient faits par art et par compas :
Dont celi tiens pour vaillant et pour sage Qui en treuva primièrement l’usage.
Quant par son sens il commença et fit Chose si noble et de si grant proufit
Or, vœil parler de l’estât de l’Orloge : <
La premeraine roe [roue) qui y loge,
Celle est la mere et li commencemens Qui faict mouvoir les aultres mouvemens Dont rOrloge a ordenance et maniéré :
Pour ce, poet [peut) bien ceste roe première
Signifier très convignablement
Le vray Désir qui le coer d’omme esprent. . . .
Le plonk [le poids) trop bien à la Beauté s’accorde. Plaisance s’est montrée par la corde Si proprement, qu’on ne poroit mieulz dire;
Car tout ensi que le contrepois tire La corde à lui, et la corde tirée.
Quant la corde est bien à droit atirée ,
Retire à luy et le fait esmouvoir.
Qui aultrement ne se poroit mouvoir :
Ensi Beauté tire à soy et esveille La Plaisance dou coer. . . .
Ap rès, affiert à parler dou dyal [mouvement diurne),
Et ce dyal est la roe iournal
Qui, en ung iour naturel seulement.
Se moet [se m(Ut) et fait un tour précisément :
Ensi que le soleil fait un seul tour Entour la terre en un naturel jour.
En ce dyal, dont grans est li mérites,
Sont les heures xxiin descrites :
Pour ce porte-t-il xxiin brochettes ( les chevilles de la roue qui lèvent la détente du marteau des heures) Qui font sonner les petites clochettes.
Car elles font la destente destendre.
Qui la roe chantore fait estendre Et li mouvoir très ordonnéement.
Pour les heures monstrer plus clerement.
Après, affiert dire quel chose il loge En la tierce partie de l’Orloge :
C’est le derrain [dernier) mouvement qui ordonne La sonnerie, ainsi qu’elle sonne.
Or. fault savoir comment elle se fait.
Par deux roes ceste œuvre se parfaict :
Si porte o li [avec elle), ceste première roe.
Un contrepois par quoy elle se roe [elle se meut)
Et qui le fait mouvoir, selonc m’entente,
Lorsque levée est à point la destenle.
Et la seconde est la roe chantore [roue de la sonnerie), Ceste a une ordenance très notore [notable)
Que d’atouchier les clochettes petites.
Dont nuict et iour les heures dessusdites Sont sonnées, soit estés soit yvers,
Ensi qu’il apertient, par chants divers....
Et pour ce que li Orloge ne poet Aller de soy, ne noient ne se moet.
Se il n’a qui le garde et qui en songne [qui en prend soin).
Pour ce il fault, à sa propre hesongne,
Ung orlogier avoir, qui tart et tempre (à propos) Diligemment l’administre et attempre,
Les pions [les poids) relieve et met à leur dehvoir.
Et si les fait rieulement [par ordre) mouvoir
Encore poet moult, selonc m’entente,
Li orlogiers, quant il en a loisir.
Toutes les fois qu’il li vient à plaisir.
Faire sonner les clochettes petites Sans derieuler [dérégler) les heures des susdites .... (Voy. le Journal des Savants, ann. 1785, in-4°).
Les premières horloges h poids et contre-poids, destinées à donner l’heure dans les appartements, parurent en France, en Italie et en Allemagne' vers le commencement du
Beaux-Arts. HORLOGERIE, Fol. V
(juatorziènie siècle. Elles furent d’abord un objet de haute curiosité, et leur prix exorbitant les rendit accessibles seulement aux grands seigneurs et aux riches citadins. Plus tard, elles devinrent plus communes , et alors elles ornèrent les cellules des moines ,
les cabinets des savants et les salons de la bourgeoisie. Ces horloges se suspendaient ordinairement contre les murs des appartements, et particulièrement dans les dortoirs ou chambres à coucher. On les plaçait aussi sur des piédestaux en bois sculpté, lesquels étaient vides intérieurement pour laisser le libre passage aux plombs ou poids. Dans l’inventaire de Charles V, il est fait mention d’une de ces Horloges, dont toutes les pièces étaient en argent richement ciselé. Ce chef-d’œuvre d’art et de mécanisme avait appartenu à Philippe le Bel, qui l’avait acquis d’un habile ouvrier de Wurtemberg. (Voy. l’inventaire de Charles V, Bibl. Nat.)
Le quinzième siècle produisit de grandes choses en Horlogerie, notamment sous Louis XH. Alors, par la puissante volonté de Georges d’Amboise, tous les beaux-arts se réveillaient en France, comme ils s’étaient déjà réveillés en Italie à la voix de Jules H et des Médicis.
En 1401, la cathédrale de Séville s’enrichit d’une magnifique Horloge à sonnerie. En 1404, Lazare, Servien d’origine, en construisit une pareille pour Moscou. Celle de la ville de Lubeck fut faite en 1405 : elle était décorée des figures des douze apôtres. Nous citerons encore la célèbre Horloge que J. Galéas Visconti fit construire pour la ville de Pavie, et surtout celle de Saint-Marc de Venise, exécutée en 1495.
L’époque de Charles VII, signalée par tant de graves événements politi(jues, fut pourtant fertile en belles inventions dans les sciences et dans les arts. L’Horlogerie lui en doit quelques-unes et, entre auties, celles du ressort-spiral et du réveille-matin. Le ressortspiral est une lame d’acier très-mince, qui , se roulant sur elle-même dans un tambour ou barillet, produit, en se détendant, l’elfetdu poids sur les rouages primitifs. Ce ressort, pouvant agir dans un espace très-étroit , permit de faire de très-petites horloges. On en voyait, sous Louis XI, qui n’étaient pas plus grosses que nos pendules de voyage. Carovagius et divers horlogers contemporains en fabriquèrent de cette espèce, à quantième, à sonnerie et h réveille-matin. La forme, que les ouvriers du quinzième siècle donnèrent à leurs horloges portatives fut des plus élégantes : elles étaient sculptées et gravées avec un art parfait. On cite celle du Cabinet de M. de Bruges, comme un chefd’œuvre. Celte Horloge est en fer damasquiné; elle représente divers sujets pieux, d’un tiavail admirable. Quelques autres horloges portatives, non moins belles, sont parvenues jusqu’à nous; on en Irouvedans lesMuséesde l’Europe, et dans les collections particulières.
Il est difficile de constater l’époque précise de l’invention des montres. Pancirole
Horloge à roues cl à plomb (Ms. de U Bihl. nal, de Paris.)
ET LA REINAISSANCE.
assure que de son temps, vers le déclin du quinzième siècle, on en faisait qui n’étaient pas plus grosses qu’une amande; Myrmécides est cité comme un des ouvriers qui s’il-
lustrèrent dans ce genre de travail, moins habile que Myrmécides ; il exébeauté incomparable : ce réveil soncoup battait le fusil et allumait une pour douter de la véracité de Pancirole ont été recueillies dans l’Encyclopédie effet il existait des montres , fort bien France, et surtout en Allemagne Il est constant , par exemple , montres de poche à Nuremberg, d’un œuf, ce qui pendant œufs de Nuremberg.
nous l’avons fait, l’Horcle, et pouvant apprécier de cette époque, nous ne invraisemblable qu’il ait Guid’ Ubaldo délia Rotre à sonnerie, enchâssée du reste, qu’en 1575,
Cantorbéry, légua à son <l’Ély, une canne en bois montre incrustée dans possédait aussi une qui marchait huit montée. Nous dedans l’origine, la tites horloges égulière; mais après leur ap- Europe, un dont le nom connu, insée. Cette forme d’un
Horloge en fer damasquiné (XVe siècle}, du Cabinet de M. de Bruges, à Paris
Carovagius, dit du Vei fdier, n’était pas enta, pour André Alciat, un rércf/d’ime nait l’heure marquée, et du même bougie. Nous n’avons pas de raisons et de du Yerfdier, dont les assertions des Sciences ; et nous croyons qu’en travaillées et pourtant très-petites, en dès la fm du règne de Louis XL que Péters Héle fabriquait des en 1 500 : elles avaient la forme longtemps les fit appeler Ayant étudié, comme logerie du seizième sièl’habileté des horlogers regardons pas comiiK' été offert au duc d’I’rbin.
vere, en 1542, une moudans une bague. On sait.
Parker, archevêque d(‘ frère Richard , évêque des Indes, ayant une la pomme. Henri Mil très -petite montre, jours sans être rêvons dire que .
marche de ces pelait fort irrépeu de temps parition en ouvrier, n’est pas venta la fupièce, de la cône tron-
qué par le haut, servit à égaliser la force du ressort; à la base de cette fusée, était attachée une petite corde de boyau, qui, se roulant en spirale jusqu’au sommet, venait s’attacher au barillet, dans lequel était renfermé le ressort.
Voici en quoi consiste l’excellence de cette invention. Lorsqu’une montre est remontée
jusqu’à son dernier point, le ressort a acquis une force considérable, et il pourrait entraîner le rouage avec une grande rapidité ; mais, à ce moment , la chaîne venant agir sur le plus petit rayon de la fusée (c’est-à-dire au haut du cône), la force du moteur s’en trouve sensiblement diminuée. Si l’on suppose maintenant que la montre continue de marcher, il sera facile de se rendre compte de ceci : le ressort en se détendant perd progressivement de sa force; mais la chaîne, agissant simultanément sur les plus grands rayons du cône {la fusée), rétablit autant que possible l’équilibre; et la puissance du moteur sur le rouage reste uniforme.
L’inventeur de ce mécanisme rendit donc un important service à l’Horlogerie, puisque, par la fusée, on parvint à égaliser la marche des petites horloges. Plus tard , un habile horloger, nommé Gruet, inventa les chaînes en acier, qui remplacèrent avantageusement les cordes de hoyaux, celles-ci ayant le grave inconvénient de se resserrer par la sécheresse et de se détendre par l’humidité.
L’usage des montres se propagea rapidement en France et en Europe. Sous les règnes des Valois, il s’en fabriquait d’extrêmement |)etites : les formes, que les artistes adoptaient de préférence, étaient celles du gland, de l’amande, de la coquille, de la croix latine, de la croix de Malte. On en faisait aussi de carrées, d’oblongues, d’octogones, etc. ; la plupart artistement gravées, damasquinées, émaillées; les cadrans étaient en cuivre doré on en argent ciselé. L’aiguille qui marquait l’heure était presque toujours d’un travail admirable et d’une rare délicatesse; quelquefois cette aiguille fut enrichie de pierres (ines, incrustée d’émail. Quelques-unés de ces montres, par un mécanisme merveilleux, faisaient mouvoir des figures symboliques ou religieuses : c’étaient le Temps, Apollon, Diane, ou bien la Vierge, les douze Apôtres, etc. Vers le milieu du seizième siècle, il y avait à Paris, et dans les principales villes des provinces, une quantité assez considérable d’horlogers, pour que l’on songeât à les réunir en communauté. Les statuts de cette communauté ayant été décrétés, au commencement du règne de François I'% nous donnerons une analyse sommaire de leurs principales dispositions.
Ces statuts ne permettaient à aucun individu de négocier, directement ou indirectement, aucunes marchandises d’Horlogerie, vieilles ou neuves, achevées ou non, s'il n’avait été reçu maître horloger à Paris.
four parvenir à la maîtrise, l’aspirant devait prouver qu’il avait fait huit ans d’apprentissage, et qu’il connaissait l’art de l’horloger en théorie comme en pratique. Il était tenu de faire un chef-d’œuvre dans la maison et sous les yeux d’un des gardes visiteurs de la corporation.
11 était défendu à tout maître horloger de prendre un second apprenti, avant que le premier eût fait les sept premières années de son apprentissage.
Chaque année, après la fête de Saint-Éloi , la communauté des horlogers nommait ses prud’hommes, ses syndics et ses gardes visiteurs. Les premiers étaient les dispensateurs de la justice entre les maîtres, les ouvriers et les apprentis; ils veillaient au maintien des j)rérogatives de la société, etc. Ils étaient aussi agents comptables, et comme tels, ils
faisaient les recettes et les dépenses nécessaires pour les besoins de la corporation. Quant aux gardes visiteurs, institués pour veiller à la bonne confection des pièces d’Horlogerie, ils avaient le droit de pénétrer, à toute heure du jour ou de la nuit, dans les ateliers des horlogers, et de se faire présenter les montres et les horloges en cours d’exécution ou tout à fait terminées, de les saisir s’il ne les jugeaient pas faites suivant les principes de l’art, de les briser, au besoin; le tout sans préjudice d’une amende assez forte au profit de la communauté.
Ces statuts, que l’on peut lire en entier dans les ordonnances rendues par François F' , en 1544, n’étaient préjudiciables qu’à l’ignorance et à la mauvaise foi; ils servaient de frein au charlatanisme et h la cupidité.
Sous l’empire de ces sages institutions, protectrices du travail, les maîtres horlogers du seizième siècle n’avaient pas h redouter la concurrence des personnes étrangères à la corporation. S’ils se préoccupaient de la supériorité artistique de quelques-uns de leurs confrères, c’était dans le but tout moral de leur disputer les premières places, et de les devancer dans la carrière qu’ils avaient à parcourir. Cette émulation était on ne peut plus favorable aux développements de l’Horlogerie. Le travail du jour, supérieur h celui de la veille, était surpassé par celui du lendemain. Ce fut par ce concours incessant de l’intelligence et du savoir, par cette rivalité légitime et fortifiante de tous les membres de la même famille industrielle, que la science elle-même atteignit peu à peu l’apogée du bien et le sublime du beau. L’ambition des ouvriers était d'arriver à la maîtrise; et ils atteignaient ce but avec facilité lorsqu’ils étaient laborieux et capables. L’ambition des maîtres était de se faire un nom respectable par leur probité commerciale et par la bonne confection de leurs ouvrages; c’était là ce qui les conduisait aux honneurs du syndicat, cette magistrature consulaire la plus honorable de toutes, car elle était le huit de l’élection et la récompense des services rendus à l’art et à la communauté.
Sous Charles IX et Henri HI, beaucoup d’horlogers , en France et dans quelques autres parties de l’Europe, acquirent une réputation justement méritée. La plupart de ces artistes devaient posséder de grandes connaissances scientifiques; il fallait qu’ils connussent les mathématiques, la chimie, l’astronomie, la géométrie et la mécanique. On voit, dans le Trésor impérial de Vienne, dans la Kiintkammer de Berlin, au Grime geivœlbe de Dresde, à l’Escurial, en Espagne, à Florence, à Bruxelles, à Bruges et à Gand, dans différentes villes de l’Angleterre et de la France, enfin à Paris, dans les riches collections de MM. Labarte et Sauvageot, des horloges portatives qui accusent un savoir éminent et une prodigieuse habileté, de la part de leurs auteurs. Quelques-unes de ces petites horloges sont d’une complication telle, que, même en ce siècle de lumières et de progrès, peu d’horlogers seraient capables de les exécuter. Elles marquaient, outre les heures, le quantième du mois, les jours de la semaine, les phases de la lune, le lever et le coucher du soleil, les signes du zodiaque, etc., etc.; elles sont, en outre, à sonnerie et à réveille-matin. Quant à la forme de ces petites horloges, quant aux ornements dont on
les décorail, ils étaient d’une exquise beauté ; et l’on dirait, à les considérer aujourd’hui (jue tous les ouvriers de cette grande époque furent des Benvenuto Cellini.
On a recueilli un grand nombre de noms d’horlogers du seizième siècle; nous nous bornerons h mentionner les plus célèbres ; ce sont : Daniel Van (Amsterdam) ; Conrad , Kreizer (Nuremberg); Antoine (Padoue); Jen Venlrossi (Florence); Myrmécides fds, Duboule, Pierre Portier, Gervais, Delorme, Étienne Maillard, Le Noir, Jolly, Binet, François, Mallart, Boger, Sennebier (Paris); Jan Jacobs (Haerlem); Verner, auteur d’un ouvrage sur l’Horlogerie en 1 544 (Augsbourg) ; Jacques Duduict (Blois) ; Legrand (Bouen) ; Rouhier (Dijon); Anson, Adams, Greenill, Pellerson (Londres); Weiz, Aller, Sache, Beschedl (Bruges), etc. Tous ces noms et beaucoup d'aulres ne s’oublieront plus; ils sont gravés sur le cuivre et l’or; ils brillent sur quelques-unes des œuvres qui les immortalisent et que l’on conserve précieusement dans les musées et dans les collections.
Les grosses horloges, au seizième siècle, n’étaient pas moins belles ni moins compliquées que les petites : on cite celle que Henri II fil construire pour son château d’Anel, en 1550 : chaque fois que l’aiguille allait marquer l’heure, un cerf aux abois, sortant de l’intérieur de l’horloge, s’élançait poursuivi par une meule de chiens; bientôt la meute et le cerf s’arrêtaient; et celui-ci, par un mécanisme des plus ingénieux, sonnait l’heure avec un de ses jiieds.
On ne connaît pas l’auteur de la célèbre Horloge de Jean d’Iéna, mais on sait qu’elle fut construite vers le milieu du seizième siècle; elle existe encore aujourd’hui. Au-dessus de son cadran est une tête en bronze, d’une laideur remarquable, dont la bouche s ouvre, dès que l’heure va sonner; alors une statue, représentant un vieux pèlerin, lui présente une pomme d’or attachée au bout d’une baguette; mais au moment où la pomme est sur le point d’être avalée, le pèlerin la relire précipitamment : ainsi le pauvre lions de Jena (Jean d’Iéna), comme on l’appelle , est condamné, depuis trois siècles, au sort de Tantale. A gauche de cette tête est un ange chantant (ce sont les armes de la ville) : il lient un livre d’une main, elle lève vers ses yeux, à chaque fois que l’heure sonne; de l’autre main, il agile une clochette. Gelte Horloge, qu’on appelle communémenl « la tête monstrueuse » ou Hans von Jéna, est souvent citée par les écrivains allemands, lesquels prétendent que la ligure qui en fait le principal ornement représente les traits d’un bouffon du prince Ernest, électeur de Saxe.
On dit qu’après la mort de l’électeur, alors que ses héritiers se partageaient le pays, le fou Klaus (c’est ainsi qu’il se nommait) fut estimé 80,000 risdalers (32,000 fr.), somme énorme pour l’époque ; « Les plus sages et les plus habiles, disent les chroniqueurs, pouvaient aller à l’école de ce bouffon de cour, et les princes mêmes manquaient rarement de lui demander des conseils. »
En 1570, la ville de Niort, en Poitou, s’enrichit d’une Horloge non moins curieuse que celle d’Iéna. Une multitude de figures allégoriques la décoraient. Elle fit pendant longtemps l’orgueil de la province ; elle était un objet d’envie pour les pays circonvoisins, dont les habitants venaient la visiter en grant révérence. Le sieur Bouhain, auteur de cette Horloge, en a donné une description qui peut paraître emphatique ; cependant, d’après ce qu’en disent plusieurs historiens, notamment le jésuite Schott et le révérend père Alexandre, elle n’était pas inférieure aux plus belles horloges de l’époque.
Celle de Strasbourg, construite en 1573, était la merveille des merveilles. Sa réputation s’étendit dans toutes les parties de l’Europe. Angelo Rocca, qui écrivait au commencement du dix-septième siècle, en fait un grand éloge. On l’avait placée au sommet d’une tour dans fintérieur de la cathédrale. Une sphère mouvante, sur laquelle étaient tracées les planètes, les constellations, etc., en était la pièce la plus importante. Elle accomplissait son mouvement de rotation en trois cent soixante-cinq jours. Des deux côtés et au-dessous du cadran de l’horloge, étaient représentées, sous la figure de personnages et d’images allégoriques, les fêtes principales de l’année et les solennités de fÉglise. D’autres cadrans, distribués avec symétrie sur la façade de la tour, marquaient les jours de la semaine, le quantième du mois, les signes du zodiaque, les phases de la lune, le lever et le coucher du soleil, etc. A chaque heure, deux anges sonnaient de la trompette; lorsque leur concert était terminé, la cloche tintait l’heure; puis, immédiatetement, un coq, perché au faîte de l’horloge, déployait avec bruit ses ailes, et, par deux fois, faisait entendre son chant naturel. Le rouage de la sonnerie, par le moyen de trappes mobiles, de cylindres et de ressorts cachés aux yeux du public, faisait mouvoir et fonctionner une quantité considérable d’automates, exécutés avec beaucoup d’art. Rocca, qui nous donne ces détails dans son Commentarium de Campanis, dit que l’on attribuait la construction de cette merveilleuse machine à Nicolas Copernic, qui florissait vers le milieu du seizième siècle. Il ajoute qu’après que cet habile mathématicien eut mis la dernière main h son œuvre, les échevins et consuls de la ville lui firent crever les yeux, pour lui ôter la possibilité d’en exécuter une pareille autre part.
Nous nous étonnons, à bon droit, qu’un écrivain exact et judicieux, comme l’était Angelo Rocca, se soit fait le propagateur d’une tradition absurde et tout à fait invraisemblable. D’abord, il n'est pas vrai que Copernic fut fauteur de l’Horloge de Strasbourg; ce grand astronome n’est peut-être jamais allé en Alsace ; on sait d'ailleurs que l’Horloge, qu’on lui attribue, a été exécutée par Conrad Dasypodius en 1573 : on peut consulter, sur ce fait, Melchior Adam, Falconnet et presque tous les auteurs qui ont écrit sur l’Horlogerie. 11 y a plus, Dasypode a écrit un livre pour donner la description complète
(le son Horloge ; il en fait ressortir avec soin toutes les beautés ; il y montre toutes les difficultés qu’il a surniontées, tous les problèmes mathématiques qu’il a résolus; enfin, en lisant ce livre, on est saisi d’admiration pour l’homme de génie qui ne craignit pas d’entreprendre et qui eut le bonheur de mener à bien son immense chef-d’œuvre, la gloire de Strasbourg, et l’ornement de la magnifique cathédrale de cette ville.
L’Horloge de Lyon, faite en 1598 par Nicolas Lyppyus, de Bâle en Suisse, acquit une célébrité non moins grande que celle de Strasbourg. Moins compliquée que cette dernière, elle était beaucoup mieux exécutée. Quelques années plus tard, elle fut réparée et notablement augmentée par Nourrisson, habile horloger lyonnais. Cette Horloge donna lieu à une fable à peu près semblable à celle qu’a reproduite Rocca, au sujet de l’Horloge de Strasbourg. Le peuple avait la ferme croyance que Lyppyus fut mis h mort après avoir achevé son chef-d’œuvre. Cette tradition s’est maintenue jusqu’à notre dixneuvième siècle; et il n’est pas rare d’entendre encore aujourd’hui d’ignorantes vieilles femmes ou d’infimes ciceroni affii mer l’authenticité de cet inqualifiable assassinat. Nous ne chercherons pas à prouver l’absurdité d’une telle fable : nos lecteurs savent bien que, même au seizième siècle, on ne tuait pas les gens pour crime de chef-d’œuvre. Si, vers la même époque, l’horloger Clavelé fut brûlé vif, ce n’est pas parce qu’il avait fabriqué la première horloge en bois : on s’est plu à en faire un sorcier, uniquement parce qu’il était calviniste. Quant à Lyppyus, il mourut tranquillement, honoré et respecté, dans sa ville natale, à B:'de en Suisse.
A toutes les horloges remarquables déjà citées, il faut ajouter celles de Saint-Lambert de Liège, de Nuremberg, d’Augsbourg, de Bâle, et, enfin, celle de Médina-del- Campo.
L’époque de Louis XIH fut le dernier reflet de la renaissance des arts en Europe. La décadence se faisait pressentir en Allemagne, en France et en Italie. L’Angleterre seule, quoique profondément ébranlée par de grands événements politiques et par la chute d'une tête royale, n’en continua pas moins h produire des pièces d’Horlogerie comparables, sous bien des rapports, à celles du règne d'Élisabeth. On voit à Londres, dans plusieurs cabinets d’amateurs, et entre autres dans celui du docteur Hobbes, des horloges portatives et des montres, fabriquées sous Charles F’’, qui toutes sont remarquables par l’excellence du mécanisme et par la richesse des ciselures. Sous le même règne, ou pendant la dictature de Cromwel, des artistes anglais, d’un véritable talent, exécutèrent des Horloges monumentales qui furent placées dans diverses églises de Londres et dans les cathédrales d’Edimbourg, de Glascow, de Perth, de Dublin, etc. Le docteur Hélein cite particulièrement l’horloge de Saint-Dunslan, à Londres, et celle de la cathédrale de Cantorbéry.
Les horlogers français de la même époque se bornaient h imiter les ouvrages de leurs devanciers. Cependant, quelques années avant la mort du cardinal de Richelieu, des artistes recommandables firent de louables efforts pour créer une ère nouvelle à l’Horlogerie. Ils inventèrent des outils précieux pour la confection des pièces qui composent
Horlogerie
Rivaud et, Racmet de).
A Bisson €t Couard, exe.
HORLOGE DE SAINT-MARO, exeoutée à Venise en I49Ô.
F. SERÉ, OIREXlf.
Horlogerie.
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Bisson et Cottard exc.
Horloge de cabinet de l'époque des Valois. (XVI' siècle)
(Colleclion de M. Saavageot, à Paris.)
F. SERÉ ÜIREXIT,
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Horlogerie
Ferdioaud Serê d«^l.
Imprime par Pluo frêies.