Antoine Lecocq, De ligno sanclo
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changé considérablement. On ne voit maintenant des pustules que sur très peu de malades, presque point de douleurs ou des douleurs bien plus légères, mais beaucoup de tumeurs gommeuses. Une chose qui a étonné tout le monde, c’est la chute des cheveux et des autres poils du corps.... Il arrive encore pis à présent: les dents branlent à plusieurs, et tombent même à quelquesuns '. »
Ces phénomènes se rapportaient évidemment à l’action de la pommade mercurielle très employée en Italie, depuis que Hugo, de Bologne, l’avait recommandée dans le maluni mortuum, ou lèpre maligne d’Occident. En France, on avait recours, le plus souvent, aux macérations de bois de gaïac, ou bois saint, comme on le désignait alors, (sanctum litjnum). Il est fait mention cependant de la stomatite mercurielle consécutive à des onctions d’onguent napolitain dans le prologue de Pantagruel , de Rabelais.
Ce passage de maître François Rabelais 1 2,
1. On commença à faire usage du mercure, larga manu, en frictions en 1497.
2. Rabelais avait très probablement soigné des syphilitiques à Lyon et peut-être ailleurs, avec plus ou moins de succès. Il dit, en effet, dans le V' livre de Pantagruel, que parmi les choses impossibles, il faut classer le fait (l’un jeune abstracteur de quinte-essence qui se vantait de « guarir les verollez, je dy de la bien fine, comme vous diriez de Rouen. » La vérole rouennaise passait pour incurable. D’où le proverbe : Vérole de Rouen et crotte de Paris ne s’en vont qu’avec la pièce.
Nous reviendrons dans le chapitre consacré à Rabelais sur les accidents d’hydrargyrisme déterminés par les Onctions avec la pommade mercurielle.
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nous autorise à penser que les médecins s’étaient enfin décidés à donner leurs soins aux malades atteints de syphilis, ce qui était rare à la fin du xv® siècle : Presque tous, en effet, refusaient à cette époque d’examiner les caractères d’une maladie à laquelle ils ne comprenaient rien, qui avait pour foyers les plus ignobles réduits des carrefours, qui n’avait été décrite, enfin, ni par Hippocrate, ni par Galien. Aussi, cette lues venerea, comme l’appelait Fernel, fît-elle d’innombrables victimes dans tous les pays. Elle se répandit partout, dans les villes et dans les campagnes, et en très peu de temps causa de tels ravages qu’on fut obligé, dans les grandes villes, de prendre des mesures sanitaires contre les vérolés, comme autrefois pour les lépreux.
D’abord, on les expulsa, avec défense, sous des peines sévères, de rentrer et d’avoir commerce avec les personnes saines. Mais on ne tarda pas à comprendre que la contagion ne pouvait avoir lieu que par des rapports sexuels, et on interna les malades dans des hôpitaux spéciaux où ils furent soignés, d’après les moyens connus et préconisés par les premiers syphiliographes : Bains en étuve, frictions mercurielles, etc. Malheureusement aucune mesure de prophylaxie ne fut prise vis-à-vis des prostituées, auxquelles on reconnaissait déjà le monopole de la contagion vénérienne. Car, on ne croyait plus alors, comme Jean de Lorme, que « la verolle se gaigne en touchant une personne qui l’a, en respirant l’haleine d’un vérolé, en
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marchant pieds-nus sur son crachat », et de bien d’autres manières. Déjà môme, les poètes écrivaient des sonnets, des poèmes, des ballades sur le mal d’amour. On ferait un immense volume avec toutes les poésies, qui furent publiées sur ce sujet pendant le xviâ siècle. Mais aucune ne présente un grand intérêt pour la science, à part peutêtre la ballade de Jean Droyn, d’Amiens, dédiée à un Prince ***, dans laquelle l’auteur, plus fort sur l’étiologie de la syphilis que les médecins, conseillait aux jeunes gens, qui craignaient la grosse vérole , de ne pas se commettre avec des filles de joie, sans avoir constaté leur innocence pathologique.
Cette ballade fut publiée à Lyon en 1512, c’est-à-dire seize ans seulement après l’apparition de la maladie vénérienne dans l’armée de Charles VIII, à une époque où la plupart des médecins considéraient encore celle-ci comme une maladie infectieuse due à l’action des miasmes pestilentiels de l’air. C’est à ce titre que nous devons la reproduire et lui faire les honneurs d’un document médical historique :
Plaisants mignons, gorriers \ esperrucats 1 2, Pensez à vous, amendez votre cas,
Craignez les troux, car ils sont dangereux ; Gentilshommes, bourgeois et advocats,
Qui despendez ecus, salus 3, ducas,
Faisant banquetz, esbattement et jeux,