Coléreux, bilieux, mot à mot de grande bile
LES GRANDES ÉPIDÉMIES
Nous lui prions qu’il nous garde et console.
Pour corriger mondains luxurieux,
S’est engendrée ceste grosse vérole.
Malgré ces preuves accablantes de l’ancienneté des maladies vénériennes, Astruc s’est fait, comme on le sait, le défenseur de l’origine américaine de la vérole, en s’appuyant sur cette hypothèse émise par Ulrich de Hutten, en 1519 : au siège de Naples, à la fin de l’année 1494, une armée espagnole commandée par Gonzalve de Cordoue vint au secours des assiégés. Les soldats communiquèrent aux filles et aux courtisanes du pays la maladie américaine que l’armée de Charles VIII contracta, à son tour, après la prise de la ville, et qu’elle répandit ensuite dans toute la France. Or, l’histoire est là pour nous apprendre que le roi de France ne fut de retour à Paris, avec les troupes, qui firent la campagne d’Italie, qu’au mois de mars 1496. Et c’est précisément le 6 mars de cette même année, que le Parlement faisait publier dans les rues de la ville un règlement sur les vérolés, dont le premier article disait : « Aujourd’hui sixième de mars, pour ce « qu’en cette ville de Paris, y avoit des ma- « lades de certaine maladie contagieuse, « nommée la grosse vérole, qui puis deux « ans en ça a eu grant cours en ce royaume, « tant de ceste ville de Paris, que d’autres « lieux, à l’occasion de quoi estoit à craindre « que sur ce printemps elle multipliast, a « estoit advisé qu’il estoit expédient y pour- « veoir. »
Un autre témoignage recueilli par l’histoire
LES GRANDES ÉPIDÉMIES
est le récit des voyages de Christophe Colomb par son contemporain Pctrus Martyr d’Anghierra, historien attaché à la Cour de Ferdinand et d’Isabelle. D’après les notes que lui remit le grand navigateur à son retour d’Espagne, notes authentiques écrites au jour le jour les marins espagnols et italiens de Colomb trouvèrent « des peuples qui vivaient dans l’âge d’or. Point de fossés, point de clôtures, point de livres, point de lois.. . Les hommes sont complètement nus, les femmes à peine vêtues d’une bande d’étoffe. Malgré cela leurs mœurs sont honnêtes. »
Quand Colomb revint pour la seconde fois en Europe, il laissa à Hispaniola, sous les ordres de son frère, une centaine de ses compagnons, qui n’étaient qu’un ramassis d’aventuriers de toutes les nations. Ils se livrèrent à toutes les exactions envers les malheureux Indiens, se souillèrent de tous les crimes, les hommes violant les femmes et se livrant sur elles aux plus honteuses débauches. « A ce point, que s’il faut absolument penser, dit Ch. Renaut, que la maladie vénérienne a été importée par l’un ou l’autre peuple, je suis plus porté à croire que ce sont les Espagnols qui l’ont transmise aux naturels d’Hispaniola que ceux-ci aux Espagnols \ »