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De rébus Oceanis et de Orbe nom décades

2. La s//t)hilis au xv1 2 3 siècle. Petrus Martyr avait constaté

la syphilis en Espagne en 1187.

LES GRANDES ÉPIDÉMIES

Nous n’insisterons pas davantage sur les origines de la syphilis, ni sur ses rapports avec la lèpre et les maladies cutanées, qui étaient si répandues en Europe, pendant tout le moyen âge.' On peut, à la rigueur, considérer cette maladie comme nouvelle, en

1. Le mercure fut employé en frictions, dans les dernières années du xv' siècle, contre les accidents secondaires de la syphilis ; mais dés le vme siècle, les Arabes en faisaient usage dans la lèpre et les maladies de peau. Et c’est en raison de l’analogie des deux affections que les premiers syphiligraphes adoptèrent ce médicament que les alchimistes avaient presque déifiés : ils lui reconnaissaient une âme raisonnable et le considéraient comme la plus précieuse des créatures, ayant l’âme, le corps et le souffle, etc.

Malgré l’usage et l’abus qu’on fit des onctions mercurielles, il existait encore à la fin du xvlp siècle beaucoup d’autres traitements de la syphilis : saignées, cataplasmes, tisanes, onguent à base de sublimé corrosif pour frictions, etc., sans compter les inventions de la superstition et du charlatanisme.

Au nombre de ces dernières, il faut placer les amulettes et les anneaux constellés préconisés par les médecins des premiers siècles du moyen âge. Le plus souvent, a écrit Ch. Renault, on préférait le sceau dit des Gémeaux, ceux du Verseau ou du Bélier, ou encore celui des Poissons. Le sceau dit des Gémeaux se faisait ainsi, d’après Arnauld de Villeneuve et Bonet deLates : Prenez de i’or très pur, fondez-le et faites un sceau arrondi. Pendant qu’on le fera, dites : Exurge Domine , sol in fada in preceplo quod mandasti, et synagoga populorum circumdabit le, psaume : Domine deus in te speravi. —

Ce sceau était également bon dans le cancer, les condylomes, les fies, la goutte, etc.

— Pendant que le soleil sera dans les Gémeaux, faites sculpter sur une face la figure des Gémeaux, à la circonf» çence Chimel, St-André. Sur l’autre face, à la circonférence . Qui credideril cl baptizalus erit salvus ent ; et au JTiilieu : Lother, sains.

LES GRANDES ÉPIDÉMIES

faisant remonter sa période d’invasion et de développement à la découverte du nouveau monde, ou la rattacher à une maladie éteinte, prenant un nouvel essor après sa métamorphose, sous l’influence d’une constitution épidémique spéciale. Ce qui nous paraît démontré, c’est qu’elle a ôté précédée de maladies vénériennes contagieuses et qu’elle a perdu les formes irrégulières et malignes du xv0 siècle.

Grâce aux progrès de la thérapeutique, on possède aujourd’hui des moyens sûrs de la combattre et d’atténuer sa virulence. Mais quand les nations civilisées voudront s’entendre pour créer de grands services d’Hygiène publique, la syphilis aura vécu ; elle passera au rang des maladies éteintes.

Origines de la Magie et de la Sorcellerie.

A partir du jour où Louis XIV cassa l’arrêt du Parlement de Rouen, qui condamnait à mort plusieurs individus du pays de Vire, prévenus du crime de sorcellerie, on ne vit plus en France beaucoup de sorciers.

C’était en 1682 ; il y avait presque un siècle qu’Urbain Grandier avait été mis à la torture et brûlé vif, pour avoir jeté un maléfice sur les Ursulines de Loudun !

Une réaction violente contre les inquisiteurs, les théologiens et leurs bûchers commençait à se produire, grâce à la courageuse intervention d’éminents philosophes et de savants, justement indignés des crimes des prêtres apostoliques et romains. Cette réaction eut pour résultat de démontrer que les innombrables victimes de l’intolérance religieuse au moyen âge n’étaient ni des sor-

ciers, ni des possédés, ni des suppôts de l’enfer. Les psychologues et les moralistes les réclamèrent et en firent alors des aliénés, des malades atteints du délire partiel, qui caractérise la forme monomaniaque de la folie. Les malheureux, ainsi réhabilités par la science, furent donc classés dans la catégorie des hallucinés, des démonomanes, des érotomanes, des lycanthropes, etc., sans compter les autres espèces de monomanies, comme le vampirisme, la choréomanie, la lypémanie, l’aménomanie, etc., dont on les reconnut atteints.

Les encyclopédistes et leurs élèves se déclarèrent alors satisfaits, en constatant que la science psychologique avait fait table rase des superstitions et des absurdités du moyen âge. La peine de mort était abolie pour les démonolâtres, mais on leur ouvrait toute grande la porte des asiles d’aliénés

Peut-être y aurait-il aujourd’hui encore mieux à faire?... Reprendre l’histoire de cette fameuse épidémie de démonolûtrie d’autrefois, examiner le dossier des prévenus de sorcellerie et de folie, faire passer au creuset de la physiologie pathologique les symptômes observés, en tenant compte des découvertes neurologiques modernes, essayer, en un mot, de résoudre cette grande question de psychologie, qui a tant passionné les esprits, depuis plus de quatre siècles.

Je crois que c’est là qu’est la vérité; et, pour mieux juger des faits, j’estime qu’il y a lieu de dresser préalablement le bilan de l’état psychologique des peuples occidentaux

du moyen âge, — état psychologique qui n’était que la continuation des idées et des traditions de l’antiquité modifiées par les préjugés tanatiques d’une religion nouvelle et par une constitution sociale cruelle et barbare.

Si l’histoire nous autorise, en effet, à conclure que les sciences occultes ont existé dès l’antiquité la plus reculée, que les peuples, qui apportèrent la civilisation d’Orient en Occident, ont admis de tout temps l’existence des génies, des anges et des démons, il sera facile alors d’expliquer l’action que devaient avoir ces traditions mystérieuses sur l’esprit ignorant des serfs du moyen âge, courbés sous l’esclavage de la féodalité et le despotisme du cléricalisme romain.

Interrogeons donc les textes historiques avec impartialité, analysons ces théogonies anciennes, qui sont, pour ainsi dire, les procès-verbaux du développement philosophique de l’esprit humain, et nous verrons s’il y a lieu d’admettre que les maladies mentales peuvent sévir épidêmlquement sur plusieurs générations d’un peuple, comme les maladies pestilentielles du vi° siècle, par exemple.

Nous savons que c’est dans l’Inde, berceau du genre humain, qu’est née la doctrine des êtres surnaturels, des génies bons et mauvais, de leur action mystérieuse sur les hommes et les choses. L’histoire nous montre, dans les temps les plus anciens, Zoroastre, inspiré par Ahura-Mazda, le sei-

gneur Omniscient, écrivant, dans le Zend- Avesta, le texte et les commentaires de la loi religieuse qu’il destine aux Aryas de l’Inde et de la Perse. Cette loi devait avoir pour but de détruire le culte des dews ou démons, qui parcouraient la terre sous une forme humaine, et de réprimer les instincts naturalistes de ce peuple, le plus ancien de l’Asie, en l’initiant à la foi des génies célestes.

Les disciples de Zoroastre furent les Mages, c’est-à-dire les savants, mais ils modifièrent la doctrine du prophète, que les Guèbres seuls conservèrent dans sa pureté, avec le dogme fondamental du dualisme de la lumière et des ténèbres, représenté par Ormazd et Ahriman, l’esprit bienfaisant et l’esprit malfaisant.

Les Chaldéens, célèbres de toute antiquité par leurs connaissances non seulement en astronomie, mais dans toutes les sciences, adoptèrent la doctrine du Zend-Avesta, et leurs Mages la portèrent aux Egyptiens, aux Hébreux, aux Grecs, aux Romains, et enfin aux Gaulois, où leurs adeptes devinrent les Druides.

La science ou magie des Chaldéens n’était autre que le magnétisme, le somnambulisme et le spiritisme.

« Les Mages, à n’en pas douter, dit M. F, Fabart, d’après l’attitude qu’ils ont dans certains bas-reliefs exhumés des pays de l’Orient, connaissaient la vertu des passes magnétiques. On en voit qui, debout, la main étendue, influencent par les gestes et le re-

la démonomanie au moyen âge 120

gard des sujets assis et ayant les paupières closes.

« Les Pythonisses, les Sybilles, n’entraient en faculté de prévision qu’après avoir passé par les crises du somnambulisme artificiel, et on trouve des passages d’auteurs anciens où il est parlé du sommeil imposé »

Dans un de mes précédents ouvrages, j’ai mentionné, en effet, plusieurs passages très curieux de la Pharsale de Lucain, où il est parlé des oracles de la magicienne Erichto et des réponses de la pythonisse du temple de Delphes aux réponses d’Appius. Cassandre, prêtresse d’Apollon, dans la tragédie d ’Aganienitiorij de Sénèque le tragique, est encore un type d’hystérique hypnotisable. Et si le poète ne décrit pas les moyens employés par les prêtres pour magnétiser leurs sujets, on les trouve décrits dans d’autres auteurs latins en termes assez explicites pour ne laisser aucun doute sur la connaissance des passes magnétiques.

« On faisait avec la main, dit Cœlius Aurelianus, des mouvements circulaires devant les yeux des patients. Sous la fixité du regard, ceux-ci suivaient les mouvements des mains ; leurs yeux clignaient... » C’est en voulant donner le traitement de la catalepsie que le médecin romain, le contemporain de Galien, nous initie aux pratiques magnétiques. Après avoir donné une description de la névrose, qu’il caractérise par la prostration, l’immobilité, la

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