‹ Le moyen age médicalChapitre 45 sur 89 · Calmeil, Ouv. cil. p · texte numérisé non relu

Calmeil, Ouv. cil. p

LA DKMONOMANlE AÜ MOYEN AGE

îêmmes dupes do leurs rêves fantastiques.

Paul Zaccliias, l'auteur do Questiones médico-légales, ouvrage dans lequel il se montre aussi savant manigraphe que remarquable médecin légiste. Ennemi du surnaturalisme, il eut le courage de dénoncer les cruautés commises contre les démonomanes.

Enfin, inscrivons avec respect le nom de Jean Wier1, ou plutôt de Joannes Wierus, médecin du duc de Clôves. Il avait fait ses études à Paris, où il fut reçu docteur, et était devenu ensuite le disciple do Corneille Agrippa, partisan de la démonolâtrie. Comme lui, Jean Wier crut à l’astrologie, à l’alchimie, à la kabbale, aux ensorcelés, aux sorcières, aux démons, à la possession des humains par ces êtres pernicieux. Mais dans ses œuvres, qu’il publia en 1560, il innocente les malheureux qui sont leurs victimes, il les déclare aliénés et les réclame comme mélancoliques, comme convulsionnaires, démoniaques, comme des malades atteints de folie, pour les soigner et les guérir. Il se déclare convaincu que les sorciers, les stryges, les lycantropes qu’on s’acharne à brûler ne sont que des aliénés, dont l’intelligence a été troublée par des esprits malfaisants, que les maléfices qu’on leur impute ne sont dangereux pour

1. Lire les œuvres de Jean Wier dans la Bibliothèque diabolique, avec un avant-propos du docteur Bourneville. Ces œuvres ont pour titre : Histoires, disputes et discours des illusions et impostures des diables, des magiciens infâmes, sorcières et empoisonneurs, des ensorcelez et démoniaques et de la guérison d’iceux. Deux volumes, splendidement édités, üelahaye et Lecrosnier, éditeurs.

La démonomanie au moyen âge

personne. Ils sont dupes des fausses sensations qu’ils ont éprouvées dans leur transport extatique ou dans leur sommeil.

Wier soutient que la monomanie homicide des habitants du pays de Vaud n’a pu être accréditée que par les imbéciles ou des ignorants; que les stryges dont on répandait le sang sur lès rives du Léman, sur les bords du Rhin, dans la Savoie et ailleurs, n’avaient jamais eu ni délits ni meurtres à se reprocher. Et il cite encore d’autres condamnations où la folie et l 'innocence des condamnés lui paraissent aussi incontestables que l’évidence h

En général, il déclare toujours les sorcières irresponsables, les réclame comme folles et se charge de combattre les diables, sans exorcisme. « Avant tout, disait-il aux juges et aux bourreaux, ne tuez pas, ne torturez pas... Craignez-vous donc que ces pauvres femmes ne souffrent pas assez, que vous vous ingéniez à les faire souffrir encore ? Pensez-vous qu’il y ait une misère pire que la leur ? Ah ! si elles vous paraissent mériter un châtiment, rassurez-vous : leur maladie suffît. » Belles paroles, dignes d’un grand philosophe. Né au xvie siècle, il croyait à la magie et à la sorcellerie, mais comme médecin. il plaidait la maladie, et comme homme il réprouvait l’échafaud. « Le devoir des moines, disait-il, est de s’estudier plustost à guérir qu’à faire périr. » Mais, hélas ! il prê-

Page 1