‹ Le moyen age médicalChapitre 46 sur 89 · J. Wier livre de prœsligiis dœmonum et incantatimibus · texte numérisé non relu

J. Wier livre de prœsligiis dœmonum et incantatimibus

cliait dans le désert en s’adressant à eux.

Quoique moins connus, nous ne pouvons oublier d’écrire les noms de cette pléiade de médecins qui contribuèrent avec Ponzinibus, Alciat, Zaccliias et J. Wier ù ramener la médecine à l’étude des faits et à la débarrasser des idées spéculatives du moyen âge : Guillaume deBaillou, François de le Boë(Sylvius), Félix Plater, Sennert, Willis, Bonet et tant d’autres qui affranchirent la science de l’autocratie religieuse et furent les avant-coureurs du positivisme moderne.

Beaucoup de ceux qui les avaient précédés avaient été cependant des médecins remarquables, des savants, auxquels l’anatomie, la clinique médicale et la chirurgie doivent d’importantes découvertes, mais la plupart ne surent pas se défendre des superstitions religieuses. En certaines circonstances, ils se firent inconsciemment les auxiliaires des théologiens et des inquisiteurs. En faisant acte d’adhésion aux idées des démonologues comme en se désintéressant par leur silence de ces grandes questions psychologiques, ils ne furent pas, nous avons le regret de le dire, à la hauteur de la mission humanitaire que les peuples sont en droit d’attendre de leurs savants.

Possédés, Sorciers et Démonomanes.

Pour comprendre ce que fut la démonomanie au moyen âge, il faut analyser préalablement les éléments divers, qui entraient dans la constitution médicale de l’époque, et rechercher sous quelles influences morbides cette étrange névrose a dû se produire.

Ces influences, nous les trouverons d’abord dans l’état de dépression intellectuelle et morale provoquée par ces épidémies pestilentielles successives qui, depuis le vi° siècle, décimaient les populations de l’Europe occidentale, — dans la propension des esprits au surnaturalisme, qui avait envahi toutes les classes de la société, — dans les terreurs suscitées par les menaces incessantes des flammes éternelles, — dans l’effroi que faisaient éprouver les cruautés et les perquisitions des inquisiteurs et des juges fanatiques. Nous les trouverons encore dans l’affreuse misère qui anémiait d’une manière effrayante les habitants des cités et des campagnes, en livrant une multitude de femmes à la prosti-

tution, dans l’iniquité d’un régime despotique, enfin dans les mauvaises conditions d’hygiène morale susceptibles d’atrophier l’intelligence et d’amoindrir la vitalité de l’organisme.

Dans le récit des misères du moyen âge, fait de main de maître par un do nos illustres historiens, d’après les anciennes chroniques, nous lisons ceci : « La société est empreinte d’un profond sentiment de tristesse. Il y a comme un crêpe de douleur répandu sur la génération. Le monde est livré à tous les fléaux ; les invasions des barbares, les maladies pestilentielles, l’horrible famine déciment le peuple; des vents violents brisent les arbres séculaires ; un ciel grisâtre se mêle aux brouillards des forêts profondes, comme une nuit qui enveloppe le genre humain. C’est un cri lamentable poussé par tout un siècle... Le sombre témoignage du contemporain Glaber indique le fatal état de la société dévorée par tant de fléaux. On croyait que l’ordre des saisons et des lois des éléments, qui jusqu’alors avaient gouverné le monde, étaient retombés dans un éternel chaos et l’on craignait la fin du genre humain \ »

Quand éclata l’épidémie’ de démonomanie, vers la fin du xve siècle, plus de dix générations avàient subi l’action dépressive des superstitions et des idées fausses répandues

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