‹ Le moyen age médicalChapitre 79 sur 89 · Corbeille, petit panier, du grec Xofivoç · texte numérisé non relu

Corbeille, petit panier, du grec Xofivoç

Laissons de côté les débats du procès et, comme Expérience, demandons à ses conseillers leur avis sur la question. Ils se présentent dans l’ordre suivant :

Ypocras

Ma dame je me resjouis,

Quand me baillez ceste ouverture :

Vous sqavez bien que je jouys De plusieurs seeretz de nature ?

Vous avez, par mon escripture,

Les Amphorismes de renom,

Et si ay fait la confiture Du boire, qui porte mon nom 1 .

Galien

Et moy, la Commentacion Sur les livres de nostre maistre :

Velàmon occupation :

De cela me scay entremettre,

Puis par escript ay voulu mettre Ung régime de sanité.

Et aussi rédiger par lettre :

De morbo et accidente.

Avicenne

Combien j’ay nobilité,

Pour principer et pour régner,

Si ay-je curiosité

De sçavoir les corps gouverner :

Et à celle fin de donner Enseignement plus proulïüable, '

J’ay prins plaisir à ordonner Quatuor f en , livre notable.

1. C’est moi qui ai donné la recette du breuvage qui porte mon nom, c’est-à-dire l’hypocras, infusion de cannelle, d’amande douce, d’ambre et de musc dans du vin sucré.

DU MOYEN AGE

Averroys

Ypocras est docteur louable,

Galien est scientifique,

Avicenne est moult honnorable,

Prince puissant et magnifique ;

Mais mon engin philosophique A quilibus non indiget.

Car j’ai composé en phisique Ce livre qu’on dit : Colliget.

Hippocrate se contente de rappeler qu’il est l’auteur des Aphorismes , qu’il considère probablement comme son chef-d’œuvre, Galien ne veut être que l’auteur des Commentaires des écrits du médecin de Cos ; il oublie de citer son livre De usu partium et son traité De Locis affectis. Avicenne, l’Hippocrate et l’Aristote des Arabes, fait allusion à ses Préceptes de médecine, tirés en grande partie des œuvres de Galien, qui furent pendant plusieurs siècles la base de l’enseignement médical en Europe et en Asie. Averroès, l’élève d’Avenzoar, parle de son Recueil d’écrits sur la médecine, connu sous le nom de Collyget, deVarahe Kullygat, c’est-à-dire le Livre de tous, mais il ne dit rien de ses autres ouvrages, et notamment de ses Commentaires sur Aristote, qui ont une valeur presque égale aux écrits encyclopédiques du Prince des philosophes.

Les quatre savants entrent ensuite dans une longue discussion sur l’action de l’intempérance sur la production des maladies. Nous n’en prendrons que les principaux arguments.

Ypocras

Nous ne faisons que commander Qu’on se reigle, qu’on se tempere,

Mais nul ne se veult amender :

Velà dont vient le vitupéré1.

Quant à part moy je considéré Les excès et potacions,

Si le inonde ne se modéré Il en mourra par millions.

Galien

Tous maulx viennent par gloutonnie :

Escriptureen est toute plaine,

Mais la sobre parsimonie Rend la créature toute saine.

Senecque, qui tousjours amaine Quelque mot digne et vertueux,

Dit à la créature humaine Cet enseignement somptueux :

« Scez-tu comment tu dois manger ?

Ung peu moins que saturité. »

Averroys

À Salerne, loingtaine terre,

Les medicins d’auctorité Firent, pour ung roy d’Angleterre,

Ung Régime de santé :

Enseignemens y a planté :

Il ne les fault que visiter,

Combien que j’aye voulenté,

D'aucuns passaiges reciter :

Omnibus assuetam jubeo servave dyelam.

Ex magna cerna , stomacho fit maxima pena.

Ut sis nuctc levis, sil tibi ccna brevis.

Ces trois derniers vers pouvent se traduire ainsi : Je prescris à tous un régime sévère*

1* Blâme, de vituperare.

DU MOYEN AGE

Un long repas force l’estomacà un trop grand travail. Si tu veux passer une nuit calme, que ton dîner soit court. Cet aphorisme est tiré d’un vieux poème intitulé : A Regimine sanitatis; il fut dédié au roi d’Aragon par son médecin, maître Arnauld de Villeneuve.

Le quatrième conseiller parle à son tour :

Avicenne

C’est très bien dit, ce m’est advis :

Diette est réglé d’excellence.

Et l’estomach reçoit envys 1 Long soupperou grant opulence 2.

Ung mot qui est de preference.

Pour gens d’estude et de noblesse :

Ne quid nimis, ce dit Terence :

Le trop nuyst, la quantité blesse.

Térence a dit, en effet : « Rien de trop, c’est, je crois, la maxime la plus utile dans la vie. 3 » Nos confrères du moyen âge connaissaient vraisemblablement leurs classiques latins, autant que nous et peut-être mieux.

Hippocrate blâme dans un autre endroit le banquet, qui se faisait la nuit, auquel nous avons donné, de nos jours, le nom de souper. Il dit avec l’assentiment de Galien :

Corporelle réfection

Greve, quand elle est diuturne ;

Mais plus, sans comparaison,

Replection qui est nocturne.

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