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FÉCONDITÉ DES IDÉES

Réforme en Angleterre, tolérance en Irlande, examen des actes publics en Espagne, orages secrets des universités allemandes, efforts des théories militantes en France : tout cela, c'est Texamen, le droit du jugement individuel, la raison de Thomme qui réclame son privilège ; c'est la lutte de la pensée contre l'autorité. — Toland, Voltaire, Diderot et Raynal, ont continué l'œuvre de Luther. Par delà l'océan Atlantique, Calvin règne encore.

Il y a deux siècles, en 4626, sur une grève déserte du comté de Lincoln, en Angleterre, une vingtaine de pauvres gens qui ont froid, tremblent et se cachent derrière les rochers. La nuit, ils prient à genoux sur le sable humide, en attendant la chaloupe qui doit les prendre ; leurs femmes et leurs enfants sont derrière eux, résignés, sans faiblesse, sans larmes, prêts à s'exiler avec leurs pères et leurs maris. — Ce sont quelques sectateurs obscurs de Calvin, auxquels on veut faire abjurer la pensée de Calvin. Déjà deux fois ils ont essayé de quitter l'Angleterre ; les amendes, la prison, le pilori, les ont châtiés. Persécutés par le protestantisme, eux qui sont la dernière expression du protestantisme, ils vont, comme le dit tristement un de ces hommes qui nous a laissé le récit du voyage, se sevrer volontatremeut du doux laii de la patrie. Le lien du malheur les unit : la souffrance commune les a baptisés frères. Ils forment une petite république qui va passer les mers, et, promenant sa pauvreté et son courage à travers le monde, réaliser là-bas, dans ces terres ignorées, toute la pensée de Calvin.

Cette pensée ne s'affaiblira pas sous le poids des^ années et des travaux. En dépit de l'exil, de la misère

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et d'une longue obscurité, ce génie calviniste consen^era sa force un jour, quand il sera question de lutter contre la Grande-Bretagne. L*lieure de la révolution, américaine viendra ; le sang de la doctrine calviniste coulera dans les veines des citoyens de Massachussets, et, fidèles aux théories de leurs aïeux, ils montreront qu'ils sont encore ces hommes qui, ne voulant accepter aucune autorité, aimaient mieux tout quitter et être martyrs que d'esclavef' leur pensée, comme parle Montaigne.

Si Ton objecte que Calvin était législateur, non lii* térateur,je réponds que la fécondité intellectuelle de Molière et de Shakspeare n'a pas été moindre dans un autre ordre. Les influences littéraires et politiques se confondent. Calvin, le réformateur, est un des grands écrivains de son siècle. La fermeté de son style répond à la sévérité de son âme et reproduit la rigidité de son système ; ce fut le modèle de toutes ces prédications protestantes, austères* de pensées, et dénuées d'ornements. Michel Montaigne, prosateur érudit et mondain, gascon insouciant» écrit pour tuer le temps et recueillir ses souvenirs ; on ne peut guère lui attribuer la prétention d'un chef de secte et l'orgueil de la théorie ; il devient mâitire-WQift l'avoir espéré, moins encore voulu. 11 éveille toutes les intelligences sceptiques : Bayle relève im. hi; Voltaire est son nourrisson ; Rousseau lui doit plus d'un axiome ; Hume ne parvient qu'à systématiser son doute. Le gentilhomme nonchalant et l'héré^arque infatigable, en quoi se touchent-ils ? L'ua a détruit et fondé à l'aide de sa pensée ; l'autre a jeté aux vents cette pensée paresseuse et énergiqu^e, qui a fructifié toute seule.

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