SCENE I
DUTAC, LE COLONEL,
(Au lever du rideau, le Colonel est assis à droitedu public et parcourt quelques papiers qu'il range; Dutac est debout.)
LE COLONEL
Eli bien ! mon brave commandant , ne trouvez-vous pas que notre régiment, quoique nouvellement formé , marche déjà comme un ancien corps ?
DUTAC.
Parbleu! avec un colonel commc'vous!
LE COLONEL
Vous pourriez dire avec des olliciers comme le commandant Dutac... ce serait plus juste.
DUTAC.
Que diable ! mon cher de Verrières, depuis
trente ans que nous servons ensemble, nous avons, je pense, appris à nous coiniaiire ; nous savons tous deux ce que nous valons.
LE COLONEL
Oui, sans doute, et voilà jtistemeni pourquoi j'espère obtenir bientôt pour vous...
DUTAC.
De ravancement? Pas de ça, s'il vous plaît!.. Je n'en veux pas !
LE COLONEL
Bah!
DUTAC.
Non, je vous l'ai dit vingt fois; j'ai pris ma mesiue, je suis tout ce tpie je peux être.
LE COLONEL
Mais c'est trop de modestie.
ni! TAC.
C'est bien plutôt de l'aniour-propre! Donnez
lE MOYEN LE PLUS SDR.
moi un bataillon, et ditos-moi : Dutac, travaille ça!., à la bonne heure! je suis dans mon élément!.. Je prends mon bataillon, je le ploie , je le déploie, je le masse, je le forme en carré, ça ne fait pas un pli !.. Je le ferais manœuvrer dans une assiette, et l'on dit : Diable ! le commandant Dutac connaît son alïaire!.. Mais tirezle de là pour en faire un lieutenant-colonel?.. Serviteur !.. il n'est plus bon à rien !.. Aussi , morbleu ! je resterai chef de bataillon , et le jour où le roi voudra faire de moi autre chose, je prendrai ma retraite.
LE COLONEL
Comment?., vous me quitteriez ?
DUTAC.
Je n'en ai pas la moindre envie, et le jour où je prendrais ma retraite, ce serait pour vi\re près de vous.
LE COLONEL
A la bonne heure!.. Vous vous marierez et nos deux ménages n'en feront qu'un.
DUTAC.
Me marier? merci ! Voilà encore un genre d'avancemeut dont je ne veux pas.
LE COLONEL
Et pourquoi ?
Pour mille raisons! et la première, c'est que je suis trop vieux.
LE COLONEL
Je me suis bien marié, moi, qui n'ai guères que deux ans moins que vous.
DUTAC.
Vous êtes si brave !
LE COLONEL
Plaît-il?
DUTAC.
Pardon ! ce n'est qu'une plaisanterie , car, vous le savez, nul plus que moi ne rend justice à M""' de Verrières.
LE COLONEL
Et nul n'est plus avant que vous dans ses bonnes grâces.
DUTAC.
C'est tout simple ! A'e lui ai-jo pas servi de père le jour de son mariage? Je me suis liabituéà la regarder comme ma (ille; ausM, avec elle, je suis presque aussi à mon aise qu'à la tête de mon bataillon. iMais parce que votre Adèle est uiic jeune fenuiieparfaitedetoutijoint. cl (lUC vous avez eu la main liciiieuse, ce n'est pas une raison pour que yi me risque, à mon tour, moi qui n'ai jamais eu de bonheur aux jeux de hasard.
Il m'en souvicut, dès mon enfance, Le sort inc Iraliissail toujours; .)'.; n'eus gurrr n;cil!p)irc rltanrc , J.i/isquc Nint le jeu des .iinours.
Or, ma pnidcncu e:<l a\crlie, 0.1 ne uagnf (in'en ristiiiynl peu,
Et l'hymen est une partie
Que je jouerai sans mettre au jeu.
LE COLONEL
Diable! commandant, vous êtes uu homme dangereux.
DUTAC , hochant la tête.
Pas trop. Colonel, pas trop!.. Mais, silence! voici votre enjeu qui arrive.
«asaeeeesseeaeeeeeeeoeeaeoseassesoaaaesseeMMaeeeeeM