‹ Le moyen le plus sûrChapitre 2 sur 26 · DUTAC , ADÈLE , LE COLONEL · texte numérisé non relu

DUTAC , ADÈLE , LE COLONEL

ADÈLE , entrant par la porte à gauche de l'acteur. J'en étais sûre!., quand j'ai vu que M. de Verrières n'entrait pas chez moi après son rapport, comme il le fait chaque jour, je me suis dit tout de suite : C'est le commandant Dutac qui le retient.

LE COLONEL

Et pour mal parler du mariage.

ADÈLE

Oh! alors, il est deux fois coupable.

DUTAC.

Et vous serez deux fois iodulgenle?

Il le faudra bien.

DUTAC.

C'est d'autant plus mal à moi d'avoir retenu le colonel, que je devais aller moi-même m'assurer, ce matin, si votre petite indisposition d'hier est entièrement dissipée.

ADÈLE

Encore?.. Mon Dieu! que vous êtes terrible. Commandant, de revenir sur cette prétendue indisposition, au sujet de laquelle vous m'avez tourmentée toute la soirée.

LE COLONEL

Mais c'est qu'en ellet, ma chère amie, tout le monde s'était aperçu d'un changement en loi : et, ce matin encore, tu es pâle, tes yeux sont fatigués.

DUTAC.

Ah! je suisijien aise que le colonel me vienne en aide... .sans lui, j'allais passer pour un radoteur et un taquin !

ADÈLE

Oh! Commandant, pouvez-vous croire...

DUTAC.

Eh bien! oui, c'est précisément parce que, d'ordinaire, vous m'accueillez avec ce gracieux sourire, ce doux regard qui li'appartiennent qu'à vous, que j'ai dû m'inquiéter, en voyant hier un changoincnl de front complet... OIil ce n'était plus ça... Des soupirs étouHés, des distractions coaliiuielles...

LE COLO.VEL

C'est Mn\, nra chère aiiiic... bcrais-tu ma-

laJe ?

ADELE.

Eh ! Messieurs, que de grandes plirases pour peu de chose!.. Quoi ! parce qu'une folle, uu caprice, un rien, m'aura passé par la tète, vous voilà déclamant sur mon humeur, sur ma santé ? Croyez-vous donc que les idées d'une femme s'alignent comme les soldats de votre bataillon, M. Dutac?.. Et vous, mon cher Henri, vous laisserez-vous influencer par les visions de ce brave commandant, qui voudrait peut-être m'appliquer quelque article de son règlement militaire?.. Ne me croirez- vous pas, quand je vous répéterai que ma santé est fort bonne ?.. Si mon humeur n'est pas toujours égale, c'est que, dame! je ne suis point parfaite! Mais enfin, telle qu'elle est, vous aimez votre Adèle, et vous savez, mon ami , qu'elle serait désolée de vous causer le moindre chagrin.

(Elle lui tend la main,) LE COLONEL, l'attirant à lui, et la baisautau front.

Tu es et tu seras toujoun- ni! ange !.. Allons, qu'il ne soit plus question de cela !.. C'est Dutac, avec ses observations, ses commentaires, qui m'avait fait prendre l'alarme.

(Il s'approche de la table et prend quelques papiers.) DUTAC.

Oh! c'est que moi, je connais si bien ce qui se passe dans le cœur de ceux qu ■ 'aime!.. J'ai une si grande habitude de lire sur vos traits. (Adèle lui fait un signe.) Vous aurez beau nier, je suis sûr qu'hier...

ADÈLE, s'approchant de lui, et à mi-voix.

Mais, taisez-vous donc!.. Ne voyez-vous pas que je vais pleurer, si vous continuez?.. DUTAC, Stupéfait.

Comment?,, il est donc vrai que...

ADÈLE, bas.

Silence! vous saurez tout!.. (Haut.) Allons, Commandant, je vous pardonne, à condition que vous m'accompagnerez à la promenade que j\}. de Verrières m'a promise pour ce maîin... (Au colonel.) Vous n'avez pas oublié, sans doute, Henri, que nous devons essayer le nouvel équipage que vous avez fait venir de Paris? LE COLONEL , quittant la table.

En effet, j'ai donné des ordres... Adèle a raison, mo!» cher Major, venez avec nous à la promenade, vous pourrez ainsi continuer votre querelle avec ma fenniie.

DUTAC, qui était resté stupéfait.

Moi?., des querelles?.. Mais, au contraire, c'est elle qui... ou plutôt, c'est moi... LE COLONEL, riant.

Eh bien! voilà que vous ne savez plus ce que vous dites !

DUTAC, revenant à lui.

Je sais du moins que je suis toujours prêt à donner à cette chère dame des preuves de mon dévouement.

LE COLONEL

A merveille !.. Va donc te préparer, ma chère

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