SCÈNE IX
JULES, assis; DUTAG.
DUTAC, entrant tout effaré, à part.
Je m'en doutais!.. Tandis que depuis une heure je parcours la caserne pour le trouver, Je voila ici, tranquillement installé !.. Puissé-je encore arriver à temps!.. (Haut, en s'avançant.) Vous êtes le sergent Darcy, je présume ? JULES, sans se lever.
Oui, mon Commandant.
DUTAC.
Ah! bien... Et vous avez vu le Colonel ?
JULES
Sans doute.
DUTAC.
Très bien !.. Et il vous a pris pour son secrétaire ?
JULES, se mettant à écrire.
Vous le voyez, mon Commandant, je suis déjà en fonctions.
DUTAC.
Ah! très bien! très bien!.. Vous n'avez vu que lui?
JULES, écrivant toujours, Je ne comprends pas , moiî Commandiuit.
Je veux dire sa femme... L'avez-vous vue, sa femme?
JULES
Sa femme!., non... Mais, mon Commandant, s'il faut que je me présente...
(Il fait un mouvement.) DUTAC.
Du tout, du tout... C'est que, voyez-vous? elle est malade, sa femme ; le moindre bruit Tincommoderait. Ainsi, vous concevez qu'il y aurait du danger à vous laisser là, si près d'elle; sans le savoir, vous pourriez être la cause de quelque malheur... Kt sou méilecin, bon Dieu ! s'il savait cela!.. Oh ! il n'y a pas un instant à perdre!.. Prenez donc tout cet attirail, et venez avec moi; je vais vous conduire dans ma chambre , où vous pourrez travailler tout à votre aise.
JILES,
Impossible, mon Commandant; le Colonel m'a donné l'ordre formel de ne pas bouger d'ici avant d'avoir terminé ce travail.
DUTAC.
Comment! comment!.. Quel est ce travail?., voyons ces papiers.
JULES
Pardon, tnon Commandant, mais je ne dois laisser voir ces papiers à personne.
DUTAC.
Bah! bah! le Colonel n'a point de secret pour moi. Au reste, je ne tiens pas à les voir... Prenez tout cela, et suivez-moi.
JULES
Mais, Cotnmandant, je vous répèle que cela est impossible, et je suis étonné que, connaissant l'ordre du Colonel, vous insistiez encore.
DUTAC.
Et moi donc , ne puis-je pas donner (îes ordres aussi?.. Voyons! lorsque je prends sur moi la responsabilité de tout ceci, vous ne devez plus hésiter.
JULES
Puisque vous insistez avec tant de persévérance, ii est, mon (^lommandani, un moyen facile de tout concilier. F^e Colonel m'a dit que si je frappais. à cette porte, il serait ici tout de suite... Je vais...
(Mouvement.) DUTAC.
Arrêtez!., gardez-vous-en bien !
JULES
Et pourquoi?., c'est un moyen si naturel.
DUTAC.
Et sa femme, malheureux ! sa femme qui est si malade (pic le moiiuire bruit, le moindre (iérangcment peut la fiirc loniher en .^vucopcî.. Jo sais bien qu'il est \l\ . le Colonel, ptrsque je
le quitte à l'instant, et qu'il m'a dit: « Emmenez le s( rsent Da: cy chez vous, il y travaillera tout aussi bien [u'ici.»
JULES
Eh quoi ! Commandant, c'est donc par ordre du Colonel?..
DUTAC.
Sans doute, je vous le dis depuis une heure. (A pan.) Je mens pour la première fois de ma vie, mais il le faut bien.
JULES
Alors, mon Conimandant, puisque vous m'assurez qu'il en est ainsi, je dois croire à votre parole, et je suis prêt à vous suivre.
J)UT.iC, l'aidant à réunir ses papiers.
Allons donc, que diable ! nous avons bien de la peine à nous entendre!.. Mais, voilà tout, vite, partons, partons !
JULES, revenant.
Je crois que j'oublie quelque chose...
(On entend la voix du Colonel.) I>UTAC.
Rien, rien... venez vite.
(Il l'entraîne.)
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