‹ Le moyen le plus sûrChapitre 5 sur 26 · I ^ LE COLON KL · texte numérisé non relu

I ^ LE COLON KL

Mais, mon ami...

DiTAC, s'aniinant.

C'est que, voyez-vous? ce serait une monstruosité!.. Personne ne sait, comme moi, les trésors que renferme votre belle âme!.. Aussi, je suis votre ami à la vie, à la mort, moi!.. Je ne vous quitterai jamais!., je serai toujours là, l)rèsde vous... Et si quelqu'un s'avisait de vous J'airc de la peine, je lui couperais la ligure!

LK COLOXKL.

Ah ça ! Dutac, est-ce que je cours quelque danî^er?

JJUTAC.

Non, certainement, non!.. Mais, c'est que, quand je pense aux vicissitudes humaines, je voudrais que vous tussiez bien convaincu de mes seutimens i)our vous.

1,F. COLONEL

Eh! mon vieil ami , il y a trente ans que je les connais !.. Ne vous amusez donc pas à rêver des chimères, et. parlons de l'objet qui m'occupe... J'ai dessein de prendre pour secrétaire un jeune sous-ollicier venu avec le dernier détachement; il est sergent de voltigeurs dans votre bataillon; son nom... attendez... (Il prend un papier sur la table.) Jules Darcy ; vous «lonnerez Tordre qu'il soit exempté de tout scivice.

DliTAC.

Ce sera fait... Jules Darcy?.. Je ne connais pas encoïc ce noni-!à.

LE COLONEL

11 est arrivé depuis peu de jours ; c'est un fort joli sous-oflicier, que son ancien colonel me recommande par une lettre extrêmement llatteuse... 11 est le fds d'un ancien ollicier en retraite, et il a reçu une excellente éducation.

DUTAC.

Ah! j'y suis!.. Ce doit être mon guide général de gauche... Belle tenue sous les armes!.. Je prendrai sa mesure.

PICAr.n, entrant.

Quelqu'un demande à parler à M. le colonel; J'ai fait entrer dans le bureau de Monsieur.

LE COLONEL

C'est bien, j'y vais... (l'icarti sort.) Je vous laisse un instant, Dutac... Voilà les journaux pour vous distraire, en attendant que ma femme soit prête.

nUTAC.

Merci !

(Le colonel son par la porte du fond.)

SCKNE IV.

DUTAC, seul.

I.cs journaux!., j'ai bien le temps de songer à tout ce bavardage... Je suis dans une inquié-

tude !.. l.e peu do mots échappés à M"* de Verrières... Que peut-elle avoir à cacher?.. Elle, si simple, si modeste, tromperait-elle son mari? Lui, un si excellent militaire!.. Dame! César aussi était un assez bon militaire, et il paraît certain que sa fiMume... On assure même que c'était pour cacher cela qu'il portait toujours une couronne (!e laurier.,. ^-lais ce moyeti-là n'est pas à l'usage de tout le monde.

A m le la liobe et les Bottes.

On ne peut pas souffrir qn'une couronne Décore ainsi les maris de nos jours.

Pour couvrir celle que leur donne

L'hymen, aide par les amours.

Si, pour cacher des ornemens fort tristes, Chacun chargeait sa tète de lauriers.

Je crois que les pépiniéristes

Feraient grand tort aux ciiapeliers.

SCI>NE V.

DUTAC, ADÈLE.

ADÈLE, entrant par la porte de gauche.

Vous êtes seul. Commandant?., tant mieux! car il me tarde de vous confier une chose bien importante... C'est un secret.

DUTAC.

Un secret?., un secret que ne doit pas connaître votre mari?..

ADÈLE, intimidée.

Vous en jugerez. Monsieur... mais, de grâces, quittez ce ton sévère qui nt'intiinide... Soyez, couiiiie à l'ordinaire, indulgent et bon, cela m'encouragera.

DUTAC, à part.

Le cœur me bat pour ce pauvre de Ver- 1 ières ! (Haut) Vous ne pouvez avoir besoin d'indulgence. Madame.

ADÈLE

Peut-être?.. J'ai peu d'expérience, vous le savez, et dans celte circonstance je suis embarr^issée.

DUTAC, à part.

Au diable les préambules !

ADÈLE

Si ma bonne mère vivait encore, je lui aurais ouvert mon co'ur, elle m'aurait conseillée; mais à présent je suis seule ; il n'y a que vous qui avez toujours été si bon i)our moi, vous que je m'étais habituée à regarder comme un père...

DUTAC, vivement.

Eivous avec raison, car je vous chéris comme ma fdle.

ADÈLE, d'un ton caressant.

Alors, adoucissez donc ces gros yeux qui me font peur, et rappelez-vous qu'entre un père et une lille le cœur seul doit parler.

DUTAC, avec émotion.

Mais, certainement, chère di^nç !.. Aussii U

est impossible que... Ah! c'est que j'aiuic tant (le Verrière ! Allons, voyons, ouvrez-moi votre cœur. Moi, je suis un vieux soldat, voyez-vous? un peu rude, mais franc comme Tor, et pour vous je me jetterais dans le l'eu!...

ADÈLE

Ah ! je vous retrouves, enfin, mon bon monsieur Dutac!.. Ecoutez-moi donc : vous savez qu'avant mon mariajïe j'habitais avec ma mère, veuve du brave capitaine i]o Sivry, dans un petit village du Gâtinais. Près de nous un vieil oflicier en retraite vivait avec ses deux lilles, jeunes personnes charmantes, qui devinrent mes amies intimes.

DLTAC.

Très bien !

ADÈI,r.

Quand je perdis ma mère, c'est dans leur amitié que je trouvai les seules consolations capables de me faire supporter ma douleur.

DUTAC.

A merveille !

ADÈLE, avec un peu d'hésitation.

Elles... avaient... un frère.

DUTAC, à part.

Nous y voilà !.. Les amies d'enfance ont toujours un frère !..

ADÈLF.

Oh, c'était un noble jeune homme!.. Aidant son père et protégeant ses sœurs!.. Ma mère avait pour lui beaucoup d'afiection, et vous comprenez bien que nous voyant touslesjours...

DUTAC, vivement.

Mais non, mais non, je ne comprends pas.

ADÈLE

AiB : Un Lom^r.c pour faire iip t^hleau.

Lorsque l'on revoit chaque jour L'olyet qui déjà sut vous i)!aire, Il faut bien céder à l'amour.

DLTAC.

Mais cela ii'esl pas nécessaire.

ADÈLE

Alors viennent li;.s(l()U\ scrnens.

Jouets d'enfant ! Folle équipée!

ADi-.l,K.

Qu'on se rapjicllc liicn l'.)ng- temps.

DLTAC.

Qu'on ouijiic ;ivec sa ))0'.ipéc.

ADÈLE

Oh ! non, monsieur Dutac, on n'oublie pas.

DUTAC.

On a tort. Madame, on a grand to'.t !..

ADÈLE

Vous croyez?..

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