‹ Le moyen le plus sûrChapitre 6 sur 26 · IK'T.VC · texte numérisé non relu

IK'T.VC

Comment î si je le crois?,. Ah ça! mais , di-

tes-moi donc, il me semble qne tout cela était un peu...

ADÈLE

Cela se passait sous les yeux de ma mère, monsieur Dutac ; cet amour, elle l'approuvai!.

DUTAC.

Et bien! elle avait là une heureuse idée!

Mais, hélas! notre illusion dma peu : le compagnon de m.on enfance, atteint par le sort, futj forcé de paitir comme soldat.

DUTAC, à par!.

Je respire !.. l.a loi de recrutement a du bon.

ADÈLE

Nous nous écrivîmes bien (|nelquefois; il m'entretenait de son espoir dans l'avenir ; il voyait déjà le jour où, parvenu au gi adc d'oflicier, il viendrait demander ma n)ain à ma mère; mais bientôt il passa en Afrique où il fut blessé. Depuis ce moment, plus de lettres! Je devins orpheline ; je me vis lout-à-coup seule, abandonnée; cette position ra'eilrayait. Ce fut alors que le généreux colonel de Verrières vint à mon secours; lui, le noble compagnon d'armes de mon père, il m'oiliit un rang, une fortune , un appui : j'hésitai quelque temps, monsieur Dutac ; mais, enfin, la icconnaissancc me commanda d'accepter ; je quittai les lieux où je n'avais plus de bonheur à espérer, et je m'ell'orçai (rou!)lier celui que je ne pouvais plus aimer sans crime.

DUTAC.

C'est très bien, ma chère dame, c'est très bien (A part.) Ouf! Nous en serons quittes pour la peur !

ADÈLE

Ah ! c'est une pénible tâche, allez. Commandant, que de vouloir changer en indillerence les plus douces émotions du cœur î

DUTAC.

Allons donc! Avec un mari comme le colonel, ça doit jnarciier tout seul !... D'ailleurs, vous n'avez plus rêva ce jeune homme, et...

Voilà[)récisénîentcequeje voulais vous diic ! Je l'ai revu, il est ici.

DUTAC, à pari.

Ah! mon Dieu!... (Haut.) il est ici? Comment c 'la ?

ADÈLE

Hier, nie ti'iuvant aver mon mail près d'un d<'tacliem''nt nouvellement arrivé . que vous j) ssiez en reviie, toui-à-coup je l'ai reconnu diins les rangs.

DUTAC.

Dans les raiigs?.. Mais c'est donc...

AOÈLE.

• Oh simple sous-nflicier; mais, sous cet habit, quel air noble et distingué ? O'iand je rappcrçus, jugez de mon effroi !.. car il ue sait pis que je

suis niari(''e ; il me croit encore au village, près do sps sœ-iis. Oh ! que lui aiirai-je dit, s'il m'eût rrc«mii!io? Heureuscuient, un voile couvrait ma (igurc, et servit à cacher le trouble^ rn j m'agitait.

DUTAC, à part.

Mais c'est une malédiction que ce hasard-là !.. Quel parti prendre, mou Dieu ?

ADÈLE

Vous voyez bien que je ne pouvais raconter tous cela à M. de Verrières, lui qui est si bon pour moi, qui mérite tant d'êlre aimé.

DUTAC, satisfait.

Ab!

ADÈLE

Alors, j'ai voulu me confier à vous, vous consulter. J'ai pensé que vous pourriez voir ce pauvre jeune homme, lui apprendre mon mariage, mes devoiis, les siens; lui recommander d'être prudent, de m'oublier... ou du moins de ne voir en moi qu'une amie, une protectrice. Oh ! oui, je le protégerai ! Je prierai mon mari de l'avancer, de le faire nommer officier; l'épaulette lui ira à merveille! alors Usera devenu raisonnable, nous pourrons le recevoir, il est si aimable ! . .

DUTAC, qui a réfléchi profoiuléincnl.

Quel est donc son nom, madaiiK^ ?

ADÈLE

Jules Darc y.

DUTAC.

Hein? vous dites ?

ADÈLE

Jules Darcy î Je croyais vous l'avoir nommé.

DUTAC, à pan.

Et le colonel qui va justement le choisir pour secrétaire !

ADÈLE

Qu'a donc ce nom qui vous étonne?

Etonné? moi? Pas du tout!... (a part.) 11 n'y aque ce moyen!., c'est le plus sûr!.. (Haut). C'est que j'ai beau chercher. Madame; ce nom de Jules Darcy m'est toui-à-fait inconnu.

ADÈLE

Qw dites-vous. Commandant ?.. Mais il y a si peu de temps que ces soldats sont arrivés ! Vous ne les coiniaissez pas tous.

DUTAC.

Je connais tous lessous-nfliciersdu régiment, cl je puis vous allirnier que Jules Darcy n'en fait point partie.

ADÈLE

Mais c'est impossible, monsieur Dutac, je l'ai vu ! Je vous répète que je l'ai vu.

DUTAC.

Quelque ressemblance vous aura trompée.

ADÈLE

Une ressemblance?... Etquel autre pourrait

posséder cette physionomie gracieuse et fière à

la fois, ces veux où se peint une âme ardente et

généreuse ?... Ah ! ils sont trop bien gravés là

pour que j'aie pu m'y méprendre.

DUTAC, à part.

Diable! diable!

Il est peut-être d'un autre bataillon, et je vais faire demander....

DUTAC, la retenant.

Y pensez-vous, enfant?... Et à qui confierezvous les motifs d'une semblable recherche? Rétléchissez donc, et croyez-moi quand je vous dis, quand je vous assure que Jules Darcy n'est point au régiment ! Qui mieux que moi peut le savoir.

ADÈLE

Je n'en doute pas, mais...

DUTAC.

Mais... mais, je vous parle avec certitude. Allons, allons, tranquillisez-vous !

ADÈLE

Je le voudrais... et cepeadant, ce pauvre Jules, j'aurais eu tant de plaisir à le revoir, si... DUTAC, vivement.

S'il était ici ?.. Je comprends bien !.. mais il n'y est pas !.. Je vous répète qu'il n'y est pas !-. Bannissez donc toute craiiiio, ce n'était qu'une tinsse alarme !.. Allons, r!;ère dame, je vous laisse un instant; une adaire de service m'appelle, (a part.) 11 faut empêcher ce jeune homme de venir ici !.. (Haut.^ J'espère, en revenant, vous retrouver cette aimable gaîté ([ui répand tant de charmes autour de vous, (a part.) Quand je devrais le garder à vue poiiclant un mois... Tout est perdu, s'ils se revoient !... (Haut.) lit nous ferons une promenade délicieuse pendant laquelle je vous expliquciai une nouvelle manœuvre que j'ai inventée ; ça vous amusera, vous verrez! (a part.) Pauvre colonel ! Ce que c'est que de nous! (Haut.) A tout à l'heure, chère dame, à tout à l'heure !

(Il sort vivement par le fond.)

ADÈLE, seule.

Ce n'était pas lui!.. Serait-il donc possible que mes yeux m'eussent trompée?... Hélas ! peut-être vaut-il mieux qu'il en soit ainsi ? J'ai beau tâcher d'écarter de ma pensée ce souvenir si doux et si cruel à la fois, il revient sans cesse. Ce boucpict de violettes, seiiihlable à celui qu'il m'apportait chaque matin, c'est avec bonheur que je le place à mon c(Mé: il me semble que dans le parfum d(^ ces fleurs je lotrouve quoique chose de lui... (Elledétadie Ui bouquet.) Oh! c'est mal! Monsieur Dutac a raison, il faut chasser toutes ces idées.

Ail dcjeannotrt Colin.

Adieu donc, fleur chérie, Ton parfum dangereux, A mon âme attendrie , Parie d'un temps heureux :

Ces jours de notre enfance, Ils semblent revenir; Mais quand fuit l'espérance?

Pourquoi se souvenir?

(Elle jette son bouquet sur la table.)

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