BAPTISTE, DE GRANDPRÉ, DELATOUR
Baptiste, entrant du fond.
Ah! j’ai une visite à annoncer il monsieur De Grandpré* justement le voilà. [A De Grandpré qui entre par le premier plan de gauche.) Monsieur, un étranger vient de me remettre celle carte pour vous.
de grandpré.
Qu’ai-jo lu? Armand Delà tour. Et cet étranger où est-il?
BAPTISTE
Dans la grando allée du parc, et jo vais...
DK GRAM PRE.
INon, non je cours au-devant de lui! ( Delatour paraît sur l perron. De Grandpré va à lui, et iis te jettent dans les bras l ui de l autre. — Baptiste tort par le fond.) Armand !
delatour.
Henri!
DE grandmé, l'embrassant.
Cest toi, mon ami d’enfance, quo je n’espérais plus revoir... Cest bien toi quo jo presse dans mes bras!
DELATOUR
Oh ! bienheureuse sera donc la destinée qni m’attend en France l ie croyais ne retrouver au retour que des coeurs froids ou des visages inconnus... et c’est un ami qui m'accueille, c’est uo frère quo j embrasse !
ukandprb.
Oublieux ami, frère ingrat, me laissor apprendre par des i différents ton départ pour lo Mexique, où tu allais, disait-o chercher la fortune... et depuis quinze ans ne m’avoir v «dresse une seule lcltret v
DELATOUR
Jo te savais hoiireux , Henri ; moi , j’étais triste et désespéré, ! et jo ne voulais pas assombrir les joies de ta vio en te disant les douleurs de la mienne
DE GRANUPRÉ.
Joies et douleurs, tout u'otait-il pas commun entre nous?
DELATOUR
! Tu n’étais pas h Paris , quand un chagrin profond m'inspire U résolution do m’expatrier.
DB GRANDPKB.
Ce chagrin, pourquoi no me l’avoir pas confié?
DILATOOa.
! Co secret, le seul que j’aio jamais gardé avec toi, ne m’ap- ■ parlenait pas à moi seul, Puis, contre le malheur qui m’accablait, ton amitié même eût été impuissante; mais laisse-moi , pour un moment, oublier le passé, et ne parlons que de ce qui t’intéresse... La vie s’ouvrait pour loi, belle et heureuse... tu ôtai», à mon départ, l’époux d'une f rame charmante.
DK GRANDPRÉ.
Tu me rappelles , mon ami , la seule épreuve que Dieu m’ait envoyée... épreuve cruelle... Il me semblait que la blessure faite a mon cœur ne pourrait jamais se cicatriser... que jamais une autre foramu ne rallumerait col amour mort avec ma Caroline... — - Après trois sauces d’omors regrets, je dus pourtant céder aux instances do ma famille et contracter do nouveaux liens...
delà-tous.
Tu t’es remarié?
DB GRANDDBÉ.
Oui... et tout le bonheur que mo promettait Caroline, Clémence me l'a donné.
DELATOUR
Clémence !
DE GRANDPRÉ
Cest le nom do ma femme, do ma femme à laqurllo je veux to présenter aujourd’hui... tout h l'heure... à son retour de Toulon... Tu étais, je crois, connu do la famille de monsieur de Seuuo ville, son pèro?
Lo comte de Senneville... mort il y a deux ans?
DB CRANDFRB.
C’est cela même.
delatour , à part.
Malhour! malheur! Cest elle!
DB GRANDPRE.
Il manque ici, pourtant, ce qui fait la vraie félicité, un oüfant I Oh! tout ce quo jo possède, je l’aurais donné, jo lo donnerais pour avoir uu fils!... comme je l'aimerais!... Là est peut-èire ie secret de la mélancolie de Cletncncu; ta présence y apportera, j’en suis sur, quelque diversion, no parles donc plus do départ... aucun lien* de famille no t’aiUre loin do nous... lu es seul au monde.
delatour, à part .
Dieu no l’a pas voulu, i’esoèr !
DS GRANDPRÉ
J’ai compris qu’un chagrin d’amour t’avait fait quitter autrefois la France; mais de longues années se sont écoulées; et cet amour a dû s’éteindre.
DELATOUR
Il est au moins tout à fait sans espoir.
DB GRANDPRÉ. ’’
Si celfoque lu aimais t’a oublié, mon pauvre Armand, si elle est à un autre, eh bi*n, tu chasseras son souvenir, notre amitié t’y aidera. Allons, c’est convenu, tu me donneras quelques semaines.
DELATOUR
Quelques jours, mon ami, puis, je partirai pour aller à la recherche du seul bonheur que j'espère à présent, et que la bouté du ciel m’a réservé peut être l
DE GRANDPRÉ
On vient à nous... c’est Clémence I.. je veux, à l’instant, lui préseuter mon ami, mon frère.