‹ Le muet drame en six actesChapitre 18 sur 55 · scène xv · texte numérisé non relu

scène xv

Les Mêmes, CLÉMENCE, deux Ovfictbrs db marins. (Ils entrent du fond.)

DR GRANDPRÉ, ÜUX Officiers.

Je vous rends mille grêres, messieurs, d’avoir bien voulu accompaenor madame. (A Clémence.) Je tous ml^nrfni? impatiemment, CJéruance... Mais qu’avez-vousî celle pâkur, celte émo-

LE MUET

lion. (H h conduit sur le canapé de droite , Délateur se retire ou fond à gauche, les Officiers s'approchent de Clémence gui ne peut voir Delatour.)

CLÉMENCE

Pardonnez-moi. mon ami, je suisoncoro toute entière, jo l’avoue, h ce qui vient de se passer... Vous vous étonnez de voir mes yeux mouillés de. larmes... mais auteur «le moi pleuraient tout h l'heure de vieux matelots... et les cœurs, commo 1o mien, battaient d'anxiété.

DB GlUNDPBt.

En vérité T a-t-on quelque accident à déplorer T

Vous savez qu’un pauvre forçat devait, an risque do sa vio» racheter sa liberté en abattant !«• dernier obstacle qui retenait encore le Duquesne sur son chantier... En effet, fl peine étais-je arrivée que, sur un signe de l'amiral, on amena CO malheureux... Il était pâle, mais semblait résolu... il saisit la hache qu’on lui présentait, et gravit d’un pas assoz ferme lo plan incline... omis arrivé sous l'immense «avive, et voyant de plus près l'imminence du danger, cet homme so sent faiblir et, rejetant la hache qu’il ne pouvait plus soulever, il s’écria : « Rendez-moi mes chaînes; je no veux pas mourir... » On l'entoure, mais en vain on l’encourage, on l'excite... l'amiral s’oppose b ce que de nouvelles instances soient faites auprès d’un homme dont la terreur semble avoir trouble la raison... La cérémonie allait Otro remise, chacun so disposait à partir, quand un jeune garçon du peuple, presque uu enfant, s’élance hors de la foule et ramasse la hache ; il était sous 1« nnviro avant mémo qu’on eût pu tenter de le retenir... D’un geste, il arrête ceux qui veulent lo suivro pour l’arracher h une mort presque certaine. Quand tout le monde tremblait pour lui... lui seul était calme... il s’agenouille, presse sur ses lèvres un scapulaire qu’il portait caché sur sa poitrine... puis, d’un bras ferme et hardi, il lève sa hache... elle retombe... un horrible craquement so fait MltadtV... lo lourd blltiraent glisse avec la rapidité de lu foudre... un cri de terreur et d'angoisse retentit... cet enfant... ce courageux enfant a disparu... mais quand le image de poussière so dis-ipe, ou l’aperçoit .. Tout le monde alors battait des mains... des cris do joie, d’enthousiasme s’élevaient de toutes parts... Lui, toujours calme, s'approche modestement du commissaire du port, et reçoit de ses mains la récompense qu’il avait si noblt meut gagnée ; les applaudissements redoublent, et l’enfant, presquo confus do son triomphe, rentre et so perd dans la foule dont il était sorti.

DB GRANDPRÉ

Je comprends toutes les émotions qu’a dû vous faire éprouver cct incident ; & votre tour, vous comprendrez et vous partagerez, j’en suis sûr. la joie que j’ai ressentie tout b l’heure, eu retrouvant ici, et par un hasard inespéré, le plus ancien, le meilleur do mes amis... Clémence, jo vous demande votre bienveillant accueil pour M. Armand l) la tour.

CLÉMENCE, surprise.

Delatour 1 ( Sur un regard de Delatour, elle se tait.)

DR GIUNDFRV.

Vous connaissiez- vous déjà?

DELATOUR

Oui, mon ami, et la surprise de madame peut facilement s’expliquer.... J’ai eu l’honneur de donner autrefois quelques leçons do dessin b mademoiselle de Senne ville.... Quand je pris congé d’elle, je croyais ne plus revenir en France... madame ne devait donc pas s’attendre a me revoir.

CLBUBNCB.

En efTotl

DELATOUR

Madame est encore sous l’impression pénible de ce qu'elle a vu tout à l’heure, et tu me permettras ..

DE GRAN0PHB.

Oh! tu no nous quitteras pas; Clémence, vous le savez, madame de Fcrmont, votre sœur, arrive aujourd’hui, et j’ai quelques ordres b donner...

CLÉMENCE

Monsieur, c’est à moi...

DE CRANDPnfi.

Non... vous paraissez fatiguée, souffrante, demeurez.... jo reviens. {Anx Officiers.) Messieurs, je suis b vous. {Clémence, Odtsitôi apres le départ de. De Grandpré, fait quelques pas pour s’éloigner, Delatour la retient.)

DELATOUR

Madame... (Plus bas.) Clémence, il faut que jo vou-» p.rl

clémence, venant prés du canapé de gauche;.

Monsieur...

DELATOUR

Oh ! vous ne pouvez craindre que, cherchant 4 réveiller le souvenir d’un passé 4 jamais détruit , j’oublio que monsieur do Grandpré e>i mon hôte et mou ami... Dans les déserte du nouveau inonde, un espoir m’avait fait supporter la vio... revenir en France, vous retrouver libre , donner un noin 4 mon filai.... Après quatorze ans d’exil, et en apprenant la mort do monsieur do Bonneville, j’avais sollicité, obtenu nom rappel. Jo vous ai retrouvée, Clémence, et la fatalité élève entre nous une infranchissable barrière... Fncoro quelques jours, quelques heures, peut-être, ot jo devrai vous dire un éternel adieu... mais jo no pouvais pas vous quitter sans savoir si Dieu m’a tout à fait condamné; oh non.... c'est impossiole,... s’il m’a laissé vivre, c'est qu’il devait ino rendre mon enfant.

CLÉMENCE

Il me fallait encore cette éprouve... c’est par moi, monsieur, par moi, que vous deviez apprendre... que Dieu me vienne donc en aide!-, vous «liez tout savoir !.. (Elle fait signe à Delatour de voir si personne m tes écoute et s'assied sur le canapé, Delatour reste droouf.) Lorsque je sus votro duel avec monsieur de N,mgis, mon trouble, mon effroi me tiahirenl... la marquise do Ferment m'arracha facilement notre funeste secret .. Loin de nous prendre en pitié, elle courût tout révéler h monsieur do Sennevillo. Il obtint votre bannissement. On m’avait pour toujours séparée do vous, jo croyais qu'au moins, on laisserait à ta pauvre mère son eufani, sou trésor... avec lui, j'acceptais l’obscurité, la misèro, la priron même... On enleva notre fils de la retraite mystérieuse où je lo faisais élever... il fut confié aux soins de Madeleine, ma femme de chambre, « t de Jacques, son mari... Us durent quitter le pays, [mur aller, je l'ai su depuis, cacher mon üls dans un quartier de Paris... Paris, gouffre immense où- tout indice se perd et s’efface... je ne voyais plus mon (Ils, mais je le savais avec Madeleine, j'avais pu mémo remettre secrètement b colle femme un médaillon renfermant mon portait... Ce portrait, votre ouvrage, ne devait plus quitter ce cher enfant, qui, séparé de sa mère, aurait au moins connu ses traits... Puis, comme vous, j’opérais qu’un jour viendrait où nous serions réunis, mais la marquise qui nous avait perdus, no voulut même pas qu’il nous fût parmi* d - itérer... Elle résolut do me marier, et in«> présenta monsieur do Grandpré... jo refusai d'apporter la honte b l'homme do bien qu’on aurait voulu tromper.,, monsieur de Sennoviffe, persuadé par ma sœur que ce mariage sauvait l'honneur do son nom, et me trouvant inébranlable, me menaça dans la vie de mon enfant... la pauvre mère éperdue consentit alors à tout co qu’on exigea d'ello... j’avais pourtant obtenu do la marquise qu’une lettre écrite par moi b mon.-ieur de Grandpré lui serait i omise avant la signature du coniract. Excepte votre nom, culte lettre lui apprenait tout... elle fut donné* «levant moi par madame do Ferment.

DELATOUR

Eli bien?

CLÉMCNCB.

Eh bien!... soit pitié, soit tout autre sentiment, monsieur de Grandpré revint 4 moi lo londomain avec le visage doux et talmo qu'il avait la veille... Le mariage fut célébré, et depuis quatorze ans, pas un mol n’est sorti de la bouche de M - do Grandpré qui pût, en rue rappelant lo passé, forcer mon front b rougir.

DELATOUR

Fur et noble cœur... Mais notre enfant, Clémence... notro enfant?

clémrncb, à part.

Oh! do la force, mon Dieu! iionnez-moi do la force. (Haut.) Qu'lqu* s mois après mon mariage, je sus que Madd inu ot Jacques étaient revenus «ans 1<> pays, mais qu’ils y ôtaient revenus seuls... et ma sœur viul m'annoncer quo mon enfaul étau mort à Paris.

DELATOUR

Mortl

Et elle m’en apporta la prouve legale.

DELATOUR

Mort!... mon enfant I... (Jl pleure.)

CLÉMiNi-B, se levant.

Prenez garde! on vient 4 nous... Allons, Armand, essuyés vos larmes, étouffez vos sanglots... que lo calme soit sur votre fron«, le sourire sur vos lèvros... L’est uu horrible supplice,

n’est-ce pas*' EU bien! jo l'ai subi quatorze sus... moi— Ob! vous voyez qu'on ne meurt pas de douleur... j'existe!

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