JACQUES, MADELEINE
Jacques.
•J’ai tenu ma parole, Madeleine... ils ont vidé six bouteilles dovant moi, et je n’ai pas une goutte do vin sur la conscience.
MADELEINE
Écoute-moi, Jacques.
JACQUES
Commo ton regard est animé!.... commo tu parais agitôol
MADELEINE
Écoule-moi, to dis-jo!...
Jacques, ramassant rargent qui est sur la table.
Parlo... je no perds pas un mot.
MADELEINE
Jacques, bien souvent tu as dû to repentir de ce que tu as fait.
Encore mo rappeler ça... toujours!... tu ®3 san3 miséricorde, Madeleine.
MADELEINE, continuant.
Tu crois en Dion, n’cst-co pas ?
JACQUES
Eh bien!... après?
madeleine.
Dis-moi donc enfin la vérité commo tu la dirais à Dieu.
JACQUES
La vérité 1
Madeleine.
Quand la marquise, au nom de monsieur do Sonnetille, son I père, nous confia l'enfant do mademoiselle Clémence de Soldoville... quand elle nous remit une somme d’argent, elle te dit, n’est-ce pas : Vous irez habiter Paris, et vous recevrez, chaque mois, pareille somme?
JACQUES
Oui, ce sont bien là ses paroles.
MADELEINE
Puis elle ajouta : Si, malgié vos soins, l’enfant venait à mourir, la pension qui vous est assurée serait remplacée par un petit capital qui vous mettrait à l'abri du besoin.
JACQUES
A quoi bon revenir encoro là-dessus?
Madeleine, continuant.
Deux ans après notre installation à Paris, l’enfant était beau et fort; je l'aimais de tout l'attachement que j’avais eu pour sa inèrc... La pension nous était payée par un notaire d’Orléans... d’ordinaire, tu faisais ce voyage... Une fois, tu mo contraigois h partir à ta place... je laissai l’enfant sous la garde... quand jo revins, au bout do trois jours, tu m’appris que oe pau> ro petit, saisi do convulsions, était mort.
JACQUES
Enfin... où veux-tu en venir?
MADELEINE
En me disant cela, tu tremblais... en mo disant cola, tu mentais, Jacques, tu mentais!
Simonne, paraissant à la porte à droite.
' Voisin, je vous préviens qu’il y a en bu une dame étrange ro qui demande à vous parler.
JACQUES
Jo vais...
LE MMI.T.
wadiieinb , retenant Jacques.
C’est bien, dame Simon... il va descendre tout b l'heure... Jacques, comme s’il voulait sortir. .
Mais...
M4DBLB1NB , OVCC OUtOfité.
Oh! tu m’écouteras, d'abord! (Simonne sort.) — Oui, tu mentais, Jacques... et un horriblo soupçon me Tint... Je pensai que, pour obtenir la somme qui t'était promise, tu avais tué cet enfant.
JACQUES
Moi!
MADELEINE
Jelo croyais... otje t’eu demando pardon.
Jacques.
Pardon... et pourquoi ?
MADELEINE
Parce que je sais à présent que cet enfant existe.
Jacques, avec terreur.
11 existe?
■AD8LEINE
Oui, Dieu est bon. et il a voulu quo cct enfant fût recueilli par moi... Cet enfant, c’eit Maurice!
JACQUES
Maurice!
■muras.
J’en suis sûre... Il porte encore sur lui le médaillon qui renferme le portrait de sa mère... Ce médaillon, qui ne l’a pas quitté, et qu'on ne lui a laissé, sans doute, que parce qu'on espérait, i l’aide de cette image, apprendre, un jour, à qui il appartenait, et gagner une récompense en le rendant à sa famille.
S'il était vrai !
MADELEINE
Mon cœur rao dit que je ne me trompe pas , et pourtant il y a quelque chose qui confond mon esprit et donne un démenti à ma certitude... Celui que je m'étais chargée d’clovcr... que j’avais promis do rendre, plus tard , à sa mère... l'enfant do Clémence de Senneville, commençait à parler quand nous l'avons perdu , ot notre Maurice est privé de rusago do la parole... Ah ! mais , monsieur Damiens mo le disait hier encore , puisqu'il entend , c’est une preuvo qu’il n’est pas muet do naissance... Il faut qu’une grande émotion... ou le saisissement do la frayeur... Jacques, comme frappé d’une idée.
Mais.... oui.... c’est cela.... la frayeur 1
MADELEINE
Eh ! quoi ! Tes souvenirs to rappellent....
JACQUES
Madeleine» lu m’as demande touto la vérité. — Eh bien ! la voici.... Si le crimedonl tu m'as soupçonné n’a pas été commis... je n'en dois pas moins porter la peine... car je l’avais résolu.... le soir, profilant de (on absence, j’emportai cet enfant jusqu’au pont do ITlôiel-Dieu... j’allais le précipiter dans la Seino, mais il s’échappa do inesbras ot tomba du parapet sur le pont.... en poussant un tel cri d’épouvanto.... qu'il mo sembla entendre quelque chose qui se brisait en lui... il était resté sur le pavé, privé de sentiment. — Au môme instant, un bruit de pas m’effraya et jo pris la fuite. — Plus tard, supposaut que l’enfant n’avait pas survécu h sa chute, j’envoyai à la Marquise son acto mortuaire, et quand je t’appris qu’il n’eiistait plus, je ne croyais pas mentir.
MADELEINE
Oh ! maintenant, je ne doute plus.
JACQUES
Mais tu te tairas, Madeleine... il le faut.... tu tairas notre secret.
A tout le monde, excepté à sa mère pourtant.... h sa mère, qui pleure encore l'enfant de son amour.
JACQUES
Sois prudente.... attends avant de parler quo nous ayons pu
nous consulter encore... songe qu’elle n’est pas libre songo
que toute indiscrétion peut me perdre.
• MADELEINE
Eh bien ! oui... c’est vrai... j'attendrai... cher Maurice ! Ah ! je ne croyais pas pouvoir l’aimer d’avantage... Jo veux lorovnir... Jo veux l'embrasser cucore ! ( EUe sort oar la gauche.)