‹ Le muletier de Tolede operacomique en trois actesChapitre 13 sur 73 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ELVIRE

Bah ! qui est-ce donc?

MANOEL

Qui? la reine, rien que ça.

ELVIRE

La reine!... vous avez pris la défense de la reine... Contezmoi donc ça? cela m'intéresse.

Eh bien ! c’était sur la place Mayor de Nozedo ; je passais tranquillement, quand je suis arrêté par un groupe de bourgeois qui criaient, à haute voix, que le pays serait cent fois plus heureux si le défunt roi avait élevé au trône don Pèdre, le cousin de la reine.

ELVIRE

Ah! ils prétendaient?

, 'MANOEL

Moi, je leur réponds qu’ils ont tort, que l’Etat serait cent fois plus heureux si les bourgeois faisaient du commerce au lieu de faire de la politique.

ELVIRE

Bravo! (a paît.) lia beaucoup d’esprit.

MANOEL

Je leur dis enfin que c’est mal d’attaquer une pauvre petite reine qui est déjà bien assez à plaindre d’avoir à gouverner des imbéciles comme eux.

ELVIRE, paiement.

Vous leur avez dit cela?

MANOEL

Et ça les a fâchés !

ELVIRE

Quel mauvais caractère !

MANOEL

Ils parlaient de me faire un vilain parti... Ma foi, je saisis mon bâton de voyage, je frappe à droite, à gauche, en avant, en arrière, enfin, je parviens a m’ouvrir un passage, et je me remets tranquillement en route.

ELVIRE

C'est bien, c’est très-bien ce que vous avez fait là.

MANOEL

Oh! ma foi, non, ce n’est ni bien, ni mal ; mais je vous parle politique... ça ne doit galère vous amuser.

ELVIRE

La politique... oh! non, ça ne m'amuse guère.

MANOEL

Je comprends ça...

ELVIRE* ù part.

Mais il ne me dit toujours pas comment il me trouve... (Haut.) J'aimerais mieux parler d'autre chose.

MANOEL

Eh bien! c’est ça... parlons... tenez, parlons de vous.

De moi? (a pan.) Allons donc !

MANOEL

Savez-vous que vous êtes une jolie fille, vous?...

ELVIRE, à pan, respirant avec force.

Ah! c’est bien heureux !... (iiaut.) Vrai, vous me trouvez...

MANOEL

Parbleu ! je vous trouve... je vous trouve ce que vous êtes, la plus belle fille d’Espagne..., et je m’y connais... Ça ne vous fâche pas ce que je vous dis là?’

ELVIRE

Au contraire, allez toujours.

MANOEL

Et avec ça, il y a dans vos yeux, sur votre visage, quelque chose de doux et de tendre qui donne tout de suite envie de vous aimer...

ELVIRE, à part.

Ça va bien !

MANOEL

Et si jamais je me marie, je voudrais que ma femme vous ressemblât; je suis certain que nous nous entendrions à merveille.

ELVIRE

Oui, je crois que nous ferions un joli petit ménage, (a pan.) Allons, ça va très bien.

MANOEL, s'animant.

Et il ne faudrait pas causer avec vous trop longtemps... parce

qu’alors... (ilveut lui prendre la taille.)

ELVIRE, à part.

Oh ! mais, ça va trop bien. ..(prenant un air digue.) Senor Manoël...

MANOEL

Pardon, pardon... c’est drôle, comme avec un regard vous savez remettre les gens à leur place ; une autre femme, je l’aurais déjà embrassée dix fois.

ELVIRE, effrayée.

Dix fois !

MANOEL

Ou quinze !

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