ACTE I
« ELVIRE
. Je ne trouve pas; dans mon palais, le ciel me parait toujours triste et sombre, et chacune de mes pauvres fleurs semble pencher la tète, comme pour répéter avec moi : Dieu! que c'est ennuyeux, la cour!...
CARMEN
Est-ce bien la reine que j’entends?
ELVIRE
La reine si réservée, si froide, si sévère! Cela t étonné, n’estce pas? Eh bien! ce qui m’étonne, moi, c’est d’avoir pu vivre, jusqu’ici, de cette vie plus que monacale... Ah! si tu m’avais connue il y a six mois !
CARMEN
Mais, qu’était donc alors votre majesté?
ELVIRE
Une simple novice du couvent de la Visitation. Je ne pensais guère à être reine alors : je ne songeais qu’à être heureuse, à rire, au milieu de mes compagnes, et à faire enrager les bonnes soeurs.
CARMEN
En vérité !
ELVIRE
Mais ce bonheur-là ne pouvait pas durer éternellement... Un jour, mon oncle, le roi de Léon, mourut sans héritier direct ; on vint me chercher en grande pompe au couvent, et l'on m’annonça... (iffeciiut uu air «rave) que j’étais appelée au trône.
CARMEN
En effet ! je me souviens qu’une députation de la grandesse du royaume de Léon vous amena... triomphalement
ELVIRE
Et ennuyeusement au palais... là on me remit le testament et les secrètes instructions ae mon oncle. Hclas ! il me recommandait de ne blesser ni les vieilles coutumes, ni les vieilles habitudes, ni la vieille étiquette de cette vieille vilaine cour! J’ai essayé, jusqu’ici, de lui obéir, et voilà comment la plus gaie, la plus rieuse, la plus folle des novices, est devenue tout à coup la plus grave et la plus ennuyée des reines passées, présentes et futures.
CARMEN
Mais pourquoi avons-nous quitté secrètement le palais ? pourquoi sommes-nous venues dans ce misérable carrosse qui s’est arrêté là, au pied de la colline?... Enfin, majesté, que venonsnous faire ici?
ELVIRE
Nous venons...
CARMEN
Nous venons?...