ACTE DEUXIÈME
GÉRARD
Vous me... vous m’ai... moi! moi! comment !... C’est donc
[possible!
Non, ce n’est pas un jeu? Ce serait trop horrible !
Vous m’aimez! vous... Ah! vous... puisqu’il en est ainsi...
Eh bien, tant pis! Alors, moi, je vous aime aussi !
Allons donc 1
CAMILLE, ï pari.
GÉRARD
Vous m’aimez !... Si j’avais du courage...
Si je pouvais parler !... Mais non... lien! quel dommage! Quand le cœur est si plein... Comment dire cela?
Tenez! depuis deux ans, tous les jours, je viens là,
Et je vous suis des yeux à travers la charmille...
Ab ! mon Dieu l vous m’aimez !... Est-ce bien vrai, Camille ?
CAMILLE, élonnrr, i pari.
Comme il dit tout cela!
GÉRARD, •'animant.
Puis, quand tombe le jour,
Je recueille après vous mes épaves d’amour.
Toujours, vous le savez, on laisse quelque chose Qu’on oublie ou qu’on jette.
(Tirant les objets de sa redingote à mesure qu'il les nomme.)
Et voyez cette rose,
La reconnaissez-vous? Ce volume de vers,
Celui que tous lisiez si souvent...
CAMILLE, 1 pari.
A l’envers.
GÉRARD, continuant son inventaire passionné.
Ce ruban qu’ont flétri les baisers de ma lèvre,
Et ce gant parfumé dont le parfum m’enfièvre,
Et ce peigne ébréché, mais mille fois heureux D’avoir brisé ses dents à mordre vos cheveux,
Ce flacon, ce mouchoir, et ce voile de serge Qui frissonnait le soir sur votre cou de vierge.
Regardez tout cela! mon trésor, le voici...
Pourquoi ne peut-on pas montrer son cœur ainsi !
Vous verriez un trésor et plus riche et plus rare ;
Car le cœur d’un timide est un coffre d’avare...
Si je savais au moins comment on fait la cour...
Suis-je assez malheureux d’étre un muet d’amour !
CAMII I.E, interdite.
Mais, monsieur...
GÉRARD, s'exaltant.
C’est égal, vous devez me comprendre, , Vous m’aimez!... Vous m’aimez!... Qu’on vienne donc vous
[prendre
A moi !... Si l’on... D’abord, je ne connais plus rien 1
CAMILLE; à part, le regardant en dessous.
Je l’avais très-mal vu : quand il parle, il est bien.
GÉRARD, toujours plus animé.
Tous ces revirements n’auront-ils pas de trêve ?
Qu’on nous marie, enfin, sinon je vous enlève!
CAMILLE
Comment, monsieur ! (a part.) Ah çà, mais il est effrayant!
GÉRARD, se radoucissant.
Non ! vous avez raison ; je veux, en suppliant,
Je veux aller trouver votre mère moi môme,
Et lui dire : « Madame... enfin... c’est que je l’aime... » Quand je pense, mon Dieu, que peut-être, demain.
Je serai votre époux... donnez-moi votre main...
Vous ne me dites rien... est-ce que je vous fâche En vous parlant ainsi ?... Pardonnez-moi, je tâche De vous aire combien... Mais qui vous fait songer,
Camille?
(Il lai prend la main et se tpet à genoux.)
CAMILLE, sans se détourner.
AhI
GÉRARD, lui baisent U main.
Ma femme!
CAMILLE
(A part, et très-émne.)
Ah ! c’est pour l’encourager.