‹ Le muscle orbiculaire des lèvresChapitre 9 sur 10 · FONCTIONS DO MUSCLE ORBICÜLAIRE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DO MUSCLE ORBICÜLAIRE

La présence dans l’épaisseur des lèvres des nombreux faisceaux musculaires que nous venons d’étudier nous explique la mobilité extrême de ces organes et nous laisse entrevoir la multiplicité de leurs fonctions. En effet, leur situation à l’entrée de la cavité buccale, dont ils forment l’orifice antérieur, nous indique la part active qui leur est réservée dans l’accomplissement des premiers actes digestifs. D’autre part, cette cavité buccale n'a pas uniquement un rôle alimentaire, elle est aussi utilisée comme voie aérienne et par les modifications si variées apportées à la forme de ses parois, elle exerce une grande influence sur la formation du langage articulé. Les lèvres constituent, en outre, un centre de l’expression, elles sont un véritable miroir où viennent se refléter les états les plus divers de notre âme et, par l’infinie variété de leurs mouvements, entrent pour une grande part dans l’extériorisation de notre

Nous avons donc à considérer dans l’étude des fonctions du muscle orbiculaire celles qui concernent spécialement l’appareil de la nutrition et celles qui appartiennent, comme l’émission de la voix ou les phénomènes expressifs, à la vie de relation.

Fonctions de nutrition. —L’appareil moteur des lèvres, par les modifications apportées à la forme de ces organes et par les mouvements variés qu’il leur communique, joue un rôle très important dans la préhension des aliments et leur introduction

dans la cavité buccale. Mais c’est surtout dans la réception des liquides que le sphincter des lèvres intervient plus spécialement.

Les liquides sont, en effet, rarement portés directement dans la bouche (boire à la régalade) ; le plus souvent les lèvres, suffisamment resserrées baignent plus ou moins complètement dans le liquide, qui est ensuite aspiré et entraîné par la déglutition. Quand les lèvres sont ainsi incomplètement plongées dans le liquide, l’air pénètre en même temps dans la cavité buccale, et son aspiration donne lieu à un bruit particulier. Chez l’homme, la préhension des liquides s’opère principalement par l’intermédiaire des mains; mais, chez les animaux, ce sont les lèvres et surtout la langue qui sont destinées à cet

Dans le phénomène de la succion, l’aspiration se fait par un tout autre mécanisme : « La cavité buccale, dit Beàunis (1), joue le rôle d’un corps de pompe, dont la langue constitué le piston, les lèvres s’appliquent hermétiquement au pourtour du mamelon, l’isthme du gosier est fermé par le contact de la base de la langue et du voile du palais, la partie antérieure de la langue se porte en arrière en faisant le vide autour du mamelon, et la pression atmosphérique qui presse sur la surface de la mamelle chasse le lait dans la cavité buccale ». La respiration peut continuer pendant la succion. Dans ce phénomène, il est nécessaire, de plus, d’attribuer aux fibres du muscle de Klein un rôle très utile; elles permettent, en effet, par la compression du mamelon dans le sens antéro-postérieur une application plus exacte des lèvres.

Dès que les aliments sont introduits dans la bouche, les lèvres, qui avaient aidé à cette introduction, deviennent, au

I Beaunis, Physiologie, t. II,

contraire, des organes de mastication et de contention. Le sphincter s’oppose à leur sortie en resserrant l'orifice buccal; en même temps, combinant son action avec celle des muscles voisins, il brasse en quelque sorte les aliments, les portant entre les arcades dentaires, et assure avec leur broiement complet leur pénétration intime par la salive.

Ce n’est pas d’ailleurs seulement pendant l’acte de la mastication que le sphincter des lèvres s’oppose à la sortie des liquides contenus dans la cavité buccale; à l’état de repos, il empêche l’écoulement de la salive au dehors par l’occlusion tonique de l’orifice buccal. Dans la paralysie labio-glosso-laryngée, au contraire, alors que le muscle orbiculaire est paralysé, la bouche toujours entr’ouverte laisse écouler la salivé en grande quantité, à tel point que les malades sont obligés de tenir constamment un mouchoir au-devant pour la recueillir.

En outre, si le sphincter des lèvres préside à l’introduction des solides et des liquides dans les voies digestives, il peut servir aussi à leur expulsion. Dans la sputation, par exemple, les lèvres se rapprochent en même temps que le malade fait ft/UÀ/lMW une forte aspiration, de façon à expulser avec force le crachat * dont il veut se débarrasser. Dans le vomissement, au contraire,

le sphinter est relâché, et la bouche grandement ouverte, ne suffit même pas à laisser passer les liquides violemment expulsés qui pénètrent souvent dans les fosses nasales.

Pendant le sommeil et à l’état de repos, alors qu’il n’est pas nécessaire de produire de grands mouvements d’inspiration, la tonicité du sphincter des lèvres empêche par le rapprochement de ces organes l’entrée de l’air dans la cavité buccale, et s’oppose de la sorte au dessèchement de la muqueuse qui tapisse cette cavité. Il est, en effet, nécessaire que l’air pénètre par les fosses nasales pour y acquérir la chaleur et l’humidité qui lui manquent et y être dépouillé des poussières qui le souillent.

Fonctions de Relation. — Les lèvres, dit Cuvier, sont peutêtre les parties par lesquelles l’homme surpasse le plus les Mammifères, celles pour lesquelles il y a le saut le plus subitde lui au singe par exemple. C’est dans les lèvres surtout qu’il faut chercher l’explication de l’impossibilité où sont les quadrupèdes d’imiter notre parole. Ce serait dépasser le cadre de ce travail que de faire l’analyse exacte et détaillée des modifications si variées apportées à la forme des lèvres par l’émission des sons articulés, et nous nous bornerons à donner sur leur rôle phonateur l’aperçu le plus général.

Le sphincter buccal, par les modifications qu’il imprime à la forme et aux dimensions des lèvres, concourt en partie à la prononciation des voyelles et des consonnes. « La voyelle, dit M. le professeur Gavarret (1), est un bruit spécial communiqué au chant ou à la parole, de hauteur déterminée, correspondant à la forme donnée à la bouche par l’émission de la voix ». Il faut considérer dans les voyelles un : son fondamental et des harmoniques, le son fondamental étant formé dans le larynx, les harmoniques naissant au contraire de la résonnance du son fondamental dans le thbe additionnel (Beaunis), c’est-à-dire dans la bouche, le pharynx et les fosses nasales. « Aussi, pour les voyelles qui nécessitent un mouvemeut des lèvres en avant, la cavité buccale, formant caisse de résonnance, présente une capacité maxima jointe à une ouverture labiale minima, ce qui donne naissance à des sons graves. Pour les voyelles qui réclament un mouvement des lèvres en arrière, c’est le contraire qui a lieu ; la faible capacité de la caisse de résonnance concordant avec une large ouverture labiale donne des sons élevés. La voyelle A, correspondant à une ouverture de la bouche en forme de porte-voix, fournit un son plein, interné-

diaire entre les sons graves et les sons aigus » (Chervin) (1). Le sphincter des lèvres qui joue dans les phénomènes intimes de la phonation, notamment dans l’émission des voyelles, un rôle si important, prend de même une part active dans la formation des consonnes.

Contrairement aux voyelles, les consonnes sont, d’après Beaunis, des sons formés dans le tube additionnel et renforcés par le son laryngien. C’est surtout dans les consonnes labiales, les premières balbutiées par l’enfant, que les lèvres interviennent dans les modifications apportéesà l’émission des sons. Dans l’M, par exemple, l’occlusioc des lèvres est complète, le voile du palais est abaissé et l’air s’échappe par le nez ; c’est une nasolabiale (A. Chervin). Dans le B et le P, au contraire, les lèvres sont doucementréunies, etle courant d’air, trouvant le voile du palais élevé, s’échappe uniquement par la bouche en produisant un son, ce sont aussi des labiales pures. Dans les consonnes V et F qui sont des labiales, l’arcade dentaire intervient en outre dans la modification du'son, et on les désigne sous le nom de labio-dentales inférieures.— On a dit que l’homme seul pouvait émettre des consonnes ; cependant, chez les animaux, dans le bêlement, par exemple, l’articulation desconsonnes paraîtpouvoir aussi se produire.

Le sphincter des lèvres, qui modifie d’une manière si variée la forme de la fente buccale dans l’articulation des mots, participe de même à la production des bruits labiaux.

Dans l’action de siffler, par exemple, les lèvres, portées en avant, se contractent de façon à limiter dans leur intervalle une ouverture arrondie; le son est alors produit non par leur vibration comme dans la formation d’un son dans la glotte laryngienne, mais par l’écoulement de l’air à travers la petite ouverture

circonscrite par elle. En un mot, les lèvres ne représentent pas probablement ici une anche membraneuse, mais plutôt une ouverture analogue à celle des instruments à vent (Béclard). — Dans le jeu de ces instruments, l’orbieulaire intervient de même dans l’émission des sons musicaux, en donnant à l’orifice buccal les formes et les dimensions les plus variées.

Fonction expressive de l’orbiculaire. — Que les lèvres aient une haute puissance expressive, c’est ce que montrent les citations suivantes :

« Si l’oeil est le centre mimique de la pensée, la bouche est le centre expressif du sentiment et de *la sensualité» (Mantegazza) (1) .

« La bouche est l’interprète et l’organe de l’esprit et du cœur. Au repos, comme dans l’infinie variété de ses mouvements, elle réunit un monde de caractères; elle est éloquente jusque dans son silence » (Lavater).

« C’est par la bouche que sort la voix, interprète du cœur et de l’âme, expression du sentiment, de l’amitié et des plus purs enthousiasmes. La lèvre traduit les inclinations, les appétits, l’inquiétude amoureuse; l’orgueil et la colère la crispent, la serrent, l’amincissent, la bonté l’infléchit, la débauche l’énerve et l’abaisse, l’amour et les passions s’y incarnent avec un charmei nexprimable * (Herder).

L’indépendance, l’autonomie des deux lèvres est également manifeste dans les phénomènes expressifs. Non seulement la lèvre inférieure plus mobile est essentiellement la lèvre de la parole, mais elle sert plus que l’autre à l’expression des passions tristes ou oppressives; ses muscles, surtout les abaisseurs, appartiennent au masque tragique. Dans le masque

comique, c’est au contraire l’appareil moteur du nez et de la lèvre supérieure qui est le plus fort et le plus agile (Moreau) (1).

Poussant plus loin l’analyse, nous connaissons bien depuis les travaux de Duchenne et de Darwin, l’action isolée des muscles du système radié. Nous n’avons pas ici à rappeler les jeux dé physionomie produits par l’élévation en masse de la lèvre supérieure (carré supérieur), l’abaissement en masse de la lèvre inférieure (carré inférieur), ni l’action du musculus superbus (houppe du menton), ni celle du triangulaire, ce muscle si humain qui abaisse l’angle labial, ni celle du canin qui l’élève, et dont Charles Bell (2) a si bien analysé l’effet brutal et agressif. Enfin, c'est aux incisifs (partie excentrique de l’orbiculaire total) qu’il fautattribuer essentiellement l’allongement en avant de la fente buccale ou protraction, la bouche figurant un tube allongé et froncé, c’est le geste du baiser, de la bouderie,de la moue,de l’afféterie. Les anthropoïdes peuvent, eux aussi, avancer les lèvres, quelquefois d’une manière étonnante, et les projeter en forme de pointe. « Ils agissent ainsi non seulement lorsqu’ils sont contrariés, maussades ou désappointés, mais aussi quand ils sont effrayés par un objet quelconque » (Darwin). Quant au buccinateur, son action mimique paraît être nulle.

Il est plus difficile de déterminer quelle est l’action de l’orbiculaire proprement dit. Les expériences de Duchenne ont porté à peu près exclusivement sur leur portion excentrique (prolongement du triangulaire et du canin), il faudrait les reprendre, en les localisant aux seuls faisceaux concentriques ou marginaux. Pour nous, le muscle marginal est le seul vrai sphincter ; en contraction modérée, il produit l’occlusion

linéaire de la fente buccale avec raccourcissement transversal; en contraction forte, l’occlusion avec renversement des lèvres en dedans. Ces deux degrés d’occlusion se constatent aussi pour les orifices palpébral et anal.

Or, l’occlusion sphinctérienne de la bouche se voit à des divers degrés dans des états variés de l’âme qui sont : l’effort, la douleur physique, la contention d’esprit, la décision, l’énergie, la mauvaise humeur, la défiance, le dédain, l’envie, la colère dans sa forme concentrée. Il est remarquable que la contraction de l’orbiculaire [des lèvres est, dans la plupart de ces cas, ajoutée à celle de l’orbiculaire des paupières et du sourcilier; que, par conséquent, les ouvertures buccale et oculaires tendent plus ou moins à se fermer en même temps et à rentrer en quelque sorte en elles-mêmes.

Ce sont là des phénomènes grossiers, facilement saisissables. Mais comment analyser les mille inflexions du contour des lèvres, et leurs expressions si changeantes, et pourtant si reconnaissables, si significatives? Qu’il nous suffise de dire que la contraction isolée de tel ou tel faisceau de l’orbieulaire et la tension variable de ces faisceaux, isolés ou groupés, peuvent réaliser des combinaisons de forme assez nombreuses pour interpréter tous les mouvements de l’âme ou les traits de caractère qui viennent s’extérioriser sur le centre du visage.

Page 1