LA VIERGE DOREE DE LA CATHÉDRALE D AMIENS
Bibliothèque de Ik'ide.bci-g.
M f NI ATU I) E ALLEMANDE J MANUSCRIT DE MANASS É (xiii" siècle.)
LA PEINTURE Ët LÉS ARtS MINÈURS
Si l'on songe, un instant, à la variété des manifestations où l'art gothique a excellé avec une maîtrise qui défie toute comparaison, on lestera émerveillé, confondu : vitraux, émaux cloisonnés el translucides, pierres tombales, travaux de hueherie et d'ivoire, brodèries, tapisseries, enluminures des manuserits.
On pourrait discuter sur le point de savoir si la même supériorité se rencontre dans l'emploi de la peinture comme décoration murale. Tout ce que nous connaissons ai l uelleinent . tout ce qu'on découvre chaque jour sous le badigeon pourrait permettre de répondre d'une façon affirmative en ce qui regarde les xic, xnc et xiue siècles; au xiv°, nous pouvons croire qu'il en a encore élé de même. D'après l'admirable Danse des morts de la Chaise-Dïeu, il esl
permis de supposer que la grande fresque du
charnier des Innocents, à Paris, peinte en VA'l'i.
nr le cédait en maîtrise et en expression à aucune des œuvres nota- Ides du temps. Comme poi h aii peinl au milieu ■lu \ive siècle, celui du roi Jean le lion, conservé à la bibliothèque .Nationale, ou celui du roi Charles V, dans la Bible de la Haye, n'ont pas été surpassés, dans un autre ordre d'idées, la Communion de saint Dais, au Louvre, ou le Jugement dernier de la cathédrale d'AIbi el le retable en soie peinte de la cathédrale de .Narbonne, également au Louvre, sont, dans leur genre, des œuvres de premier ordre. Celle supériorité ne fait plus question lorsqu'il s'agit de
vitrail, de miniature ou de tapisserie. Ici i s avons été les
maîtres et les initiateurs, et le génie des artistes gothiques est sans rival.
Les peintures sur verre sont les mosaïques de nos églises; mosaïques translucides dont il serait superflu de vanter la magnificence décorative. Il n'est personne qui. entrant dans une église gothique, encore pourvue de ses verrières, n'ait été' d'emblée ébloui, enchanté, conquis par la splendeur, l'éclat, l'effet poétique de ces merveilleuses tentures traversées par la lumière et toutes brillantes de l'éclat des plus riches pierreries. Le vitrail est un facteur essentiel de l'art gothique : il est d'essence absolument occidentale, tout au moins dans ses applications monumentales. Il a. pris naissance dans le domaine royal et s'est développé en France au xu" siècle; il a suivi les phases d'évolution de l'architecture religieuse. A tous égards, l'art du vitrail est un art national par excellence. L'École dos verriers de l'Ile-de- France et de la Champagne a approvisionné l'Europe de ses praticiens et de ses produits.
Les plus belles verrières sont celles qu'on voit encore à la cathédrale du Mans, à Saint-Denis, à Sens, à l'abside de la cathédrale de Poitiers, à Chartres et à Bourges. On doit mettre hors de pair deux chefs-d'œuvre particulièrement magnifiques : le grand vitrail de la Passion, à Poitiers, et la verrière de saint Eustache, à la cathédrale de Sens. Ce sont des œuvres parfaites au point de vue technique et d'un style incomparable. Elles montrent déjà quel souci les maîtres verriers apportaient à régler les rapports d'irradiation, si difliciles à calculer, du rouge, du bleu et du jaune. Paris a ses trois roses justement réputées; lto'.ien a des baies splendid.es où dominent les bleus les plus
profonds ; il en est de même d'Amiens, de Clermont, de Reims,
de Soissous. lit- i., de chàlons, de Troyes ; mais, seules, les
cathédrales de Chartres, de Bourges, du .Mans. d'Auxerre, l'abbatiale de Saint-Remi, à Reims, et de la sainte Chapelle, à Paris, ont conservé leur vitrerie à peu près intacte.
Quand on parle de vitrail, tout le monde pense à Chartres. Qui n'a pas vu l'ensemble prodigieux de cette décoration translucide, comprenant cent vingt-cinq grandes fenêtres, neuf grandes roses, quatre-vingt-cinq roses moyennes, douze petites, et couvrant une superficie de plusieurs milliers de mètres carrés, ne peut se faire une idée même approximative de ce qu'un semblable adjuvant peut ajouter d'envolée à l'impression religieuse que produisent nos grandes basiliques.
L'histoire du vitrail embrasse, en France, un cycle glorieux de cinq siècles, el à chaque siècle cet ai l prestigieux va se transformant cl s'enriebissant de moyens nouveaux. Car il est certain que. dans leur genre, les vitraux exécutés pour le due de Berry, à Bourges ou à Biom, que le vitrail des Alérions, à l'église de
Montmorency, q :eux de la chapelle d'Ecouen, aujourd'hui à
Chantilly, ou ceux des Bourbons, à Moulins, ne sont inférieurs à aucun de ceux qui les ont précédés.
Ce que nous venons de «lire du vitrail pourrait également bien s'appliquer à la tapisserie et à l'enluminure des manuscrits. Le moyen :ige a fait de la tapisserie un des éléments essentiels, sinon le principal, de ta décoration des édifices civils ; dans bien des cas, la tapisserie, plus solide dans nos climats que la peinture murale, était destinée à la remplacer. Les gothiques en ont lait rapidement une des plus magnifiques expressions de leurs arts somptuaires. Depuis la tenture d'Angers, de la fin du XIVe siècle, jusqu'à la suite de la Dame à la Licorne, du musée de Cluny. jusqu'aux délicieuses lisses tissées d'or et d'argent du trésor de Sens, ce fui pour les métiers d'Arras, b s Arazzi », comme on disait en Italie, une production formidable dont rien ne peut donner une idée, sauf peut-être la vue de certaines séries conservées dans les palais et les églises d'Espagne.
La miniature suit le mouvement du vitrail et de la peinture murale. Jusqu'à la fin du xivc siècle, l'enluminure des manuscrits, sur îles fonds d'or épais, reste stylisée cl thématique, comme le vitrail; ce n'est qu'à la lin du xiv siècle, sous l'influence du naturalisme des imagiers flamands que les miniaturistes du duc de Berry. du duc d'Anjou et du duc de Bourgogne apportent la vie et l'intimité dans l'ornementation des manuscrits. Il esl à peine besoin de rappeler les œuvres de Jean de Bruges, d'André Beauneveu, de Paul dé Limbourg, et le chef-d'œuvre par excellence, le roi des manuscrits, les Grandes Heures du duc de Berry, conservées dans la bibliothèque du château de Chantilly ; les délicates créations du grand miniaturiste français du xve siècle. Jean Fouquet, sont présentes à toutes les mémoires; toutle monde connaît, au moins de réputation, le C'trur d'amour é/iris du roi René, à la bibliothèque de Vienne, attribué à Barthélémy Leclerc, ou les flaires d'Anne de Bretagne, à la bibliothèque de Paris, œuvre maîtresse de Jean Bourdichon ; tout le monde sail ce qu'on entend paries prodiges sortis des mains de fée de nos enlumineui s et que se disputent à prix d'or les bibliothèques du monde entier.
El je n'ai rien dit des ivoires, des tissus, des orfèvreries, des ferronnei ies, des émaux, — de ces admirables émaux de Limoges qui ont contribué', au moins autant que le reste, à répandre le renom du goûl français à travers le inonde! Je n'ai rien dit non plus de ci s lombes gravées, de ces pavements, merveilles de dessin linéaire, de ces sceaux qui devancent l'ai l de la médaille, de ces armures, de ces armes, images raffinées de la féodalité! Pensons un instant à des pièces d'art comme les ferronneries de Biscornet le . à .Notre-Dame de Paris, comme les ivoires du Louvre groupes du Couronnement de la Vierge et de la Descente de croix). Rien n'est demeuré indifférent aux maîtres gothiques; ils se sont montrés artistes incomparables en toutes choses ; ils ont
prouvé- 1 lois de plus que l'universalité des aptitudes est le
signe des grandes époques.
louis n 0 N SE.
ART GOTlIIOn-: FRANGE XIVe ET XVe SIÈCLES
1. Statue de la Maison des musiciens, à Reims. — 2. Miséricorde d'une stalle de la cathédrale d'Amiens ( la construction do la tour de Baber). — 3. Le sceau de Louis, comte de Flandre et de Nevers '1322). — 4. Serrure de la fin du xvc siècle (Musée de Clnny). — 5. Reliquaire de sainte I ortunade, x v siècle (provenant île l'ôgliso 'le Saîntc-Fortunade [Correze]). - 6. Stylet en ivoire du xiv siècle (Musér de Cluny). — 7. Crédence de la fin du xvl siècle (Musée de Cluny). — 8. Penture de porte de Notre-Dame de Paris, par Bi SCO mette.
Vlxot- Giraiidon.
LE STYLE GOTHIQUE EN ITALIE