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LA SCULPTURE ET LA PEINTURE GOTHIQUES EN FRANCE

AU XVe SIÈCLE

u xve siècle, sous l'énergique impulsion des innombrables sculpteursetpeintres flamands fixés jrs en France, sculpture et La ceinture prenlenl un essor lu i 1anl. La disciline, qui naguère encore avait si sévèrement maintenu tous les éléments décoratifs, se relâche. Le statuaire, d'un côtë, le peintre et ses confrères, de Tau- Ire, entendent se composer un cadre architectural à leur façon ou mê le supprimer s'il le faut; ils s'affranchissent de

la tradition. La liberté, l'exubérance, lé réalisme son) les caractères dominants de cette période, véritable ère de transition

Chartreuse de Champmol.

CLAUS SLUTER. — MOISIS Fragment du Puits do Moïse.

qui

se rattache encore par certains liens au style gothique, mais qui, par d'autres, prépare l'avènement de la Renaissance et de ses splendeurs.

LA SCULPTURE

L'histoire de l'architecture française du xv« siècle a été esquissée dans un de nos précédents chapitres. Nous aborderons donc directement l'étude de la sculpture.

Voici d'abord, en Bourgogne, l'École de Dijon, presque toute • ■«imposée «h- Flamands. La province avait été' érigée en duchépairie par Jean le Bon en faveur de son fils Philippe le Hardi, qui influa d'uni1 façon particulièrement heureuse sur la sculpture française de son temps, de même qu'à Bourges son frère Jean, duc de Berry; ils furent tous deux des protecteurs éclairés des arts, et la sollicitude dont ils entourèrent les artistes, L'impulsion intelligente et généreuse qu'ils imprimèrent à l'art contemporain doivent leur être tenues comme meilleurs litres de gloire que leur politique.

Philippe le Hardi résolut de décorer d'une façon somptueuse son palais ducal et la chartreuse de Champmol, près de Dijon, où il aimait à résider et dans laquelle il ordonna qu'on lui élevât une sépulture digne de lui. Il avait appelé auprès de lui les artistes les plus renommés de l'époque, entre autres Jean de Man ille le Wallon, Jacques de Baerze, de Termonde, Broederlam, peintre d'Ypres, précédemment au service de Louis de Maie, André de Dammartin, architecte de grande valeur. Quand Jean de Marville mourut en 1389, c'est Claus Sluter, du comté de Uni lande, qui lui succéda dans la charge «l'imagier du duc, et qui se montra un artiste véritablement extraordinaire, continuant

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la tràdilioi» des ancêtres, tout en témoignant d'une forte origi-

nalité. Il fui aidé d'excellé» ts collaborateurs'! coni son neveu

Claus de Werwe, de Hattem, « I < » 1 1 1 il apprécia surtoul le concours si uLileilès 1398, année où il tomba gravement malade, el qui lui succéda en qualité d' « ouvrier et tailleur d'ymaiges du duc de Bourgogne » (1401). Il semble d'ailleurs qu'une fatalité de maladie ou de misère se soit appesantie sur les dernières années de tous ces maîtres, .puisque Claus de Werwe lui-même n'acheva pas le tombeau de Jfean sans Peur, qu'il avait entrepris el 4 1 11 i lut terminé en 1469 par Antoine l.einoilurier d'Avignon.

Les principales productions sorties de l'atelier de Dijon et auxquelles collaborèrent ces différents artistes, sans qu'on sache encore d'une façon absolument assurée quelle fut leur œuvre propre, sohl le tombeau de Philippe le Hardi, les sculptures du portail île la chapelle et celles du calvaire du Puits de Moïse.

Les -i. h ues du portail de la chapelle, à la chartreuse de Champmol, sont admirables d'expression, île vérité et de verve. Au centre se dresse la Vierge, vêtue d'une ample robe aux pli-- haï

IliellX, qu'elle écarte de la main droite, tandis que son bras gauche soutienl l'enfanl Jésus, qu'elle regarde avec tendresse ;

il esl |inssible que

celle statue ail été sculptée par Jean de Manille. A gaucho, agenouillé, les mains jointes, coiffé d'un pelil bonnet, les épaules supportant un lourd manteau, qui s'étale l'œil bienveillant de l'apôli gique ei rude. A droite, ugenou comme

ni; Philippe pot ,

i rière lui, prie le duc Philippe. SOUS sainl Jean, debout, à la ligure énerduebesse Marguerite de Flandre, ée aussi, devant sainte Catherine, aux longs voiles, n figure les sainies femmes au tombeau, joint les mains en une altitude pieuse el modeste. Os chefs-d'œuvre de la sculplure de tous les temps oui dû être exécutés par Clans Sluter ,1e 1387 à 1393 environ.

Le Puits de Moïse esl du même maître; c'esl la base d'un calvaire commandé par le duc pour le cloître de la chartreuse. Ses six lares sont couronnées par les slalues des prophètes Moïse, David. Jérémie, Zachariè, Daniel et Isaïe. qui ont annoncé le Chris) dans l'Ancien Teslanienl. I ne colonnette frêle el élégante, supportant un ange de douleur, dont les ailes éployées soutiennent une corniche, les sépare les uns des autres. Chaque physionomie a sa personnalité : celles de Jérémie et de David sont calmes. Mois,, respire l'énergie. Daniel la dureté', Zachariè songe, et lsaïe, mélancolique, déroule ses prophéties. I.e Puils de Moïse mérite l'admiration universelle qui l'entoure comme unedes productions les plus impressionnantes de la pensée humaine. Il fut commence'' en 139o et achevé en 1404, année où mourut Sluler. Il est presque admis que celui-ci est l'auteur de David, de Moïse et de Jérémie. et son neveu, sous sa direction, des trois autres. Ces effigies étaient peintes, comme d'ailleurs la plupart des statues de celle époque.

Ce sont égalemenl ces deux artistes qui sculp.tèrcnt le tombeau de Philippe le Hardi, déjà esquissé par Jean de .Manille, dont la pari fui sans doute considérable dans la conception e! peutêtre l'exécution de la statue même du duc. Ce qui appartient en propre à ses deux successeurs, c'csl le dispositif architectural et

surtoul les inoubliables statuettes de Pleurants, au nombre de quarante, qui accompagnent le souverain à sa dernière demeure. Ces. figurines sont bien connues; d'un réalisme qui n'a rien de grossier, elles expriment la douleur de croyants,

sincère ni émus, mais calmes dans la manifestation de leur

peine, parce qu'ils sont convaincus que la mort est le commencement d'une nouvelle vie.

Ce tombeau fut achevé en 1412. Claus de Werwe mourut en 1439, dans la misère, ayant exécuté, en outre de ces ouvrages, le tombeau de Jean sans Peur presque en sa totalité el des statues pour les églises de Dijon. Sennir. Poligny, Dan nie - les- Messieurs, etc. Le tombeau île Jean sans Peur, cou on l'a dit, fut

terminé de 1466 à 1470, par Antoine Lemoiturier, qui esl vraisemblablement aussi l'auteur de l'original tombeau de Philippe Pot,

grand sénéchal de Bourgogne (musée du Louvre), exécuté entre 1473 et 1493.

Tandis que ces belles œuvres, et bien d'autres encore, étaient sculptées à Dijon, une école non moins admirable, mais d'un réalisme m oins vigoureux, comme tempéré par

le climat plus modéré de la Loire, florissait auprès d'un autre frère de Charles v, Jean de France, duc de Bon-y. dont l'in!luencc artistique

fui aussi féconde, en-

core bien qu'elle le paraisse moins, car il mourut sans héri tiers, et sa tradition n'eut personne qui la perpétuât, contrairement à ce qui se passa en bourgogne.

Son premier imagier l'ut (lui de llaniniai lin ; après vint un maille comparable à Sluler et à de W erwe : .b an de IDipy, dit Jean de Cambrai, élève de Beauneveu. De même que son frère, le duc Jean résolu! de se Caire construire un tombeau grandiose ; pour le 'contenir, il commanda que l'on édifiai une sainte Chapelle, à Bourges, destinée dans sa pensée à égaler celle de Champmol. Le sculpteur mourut plein de gloire en 1 4.'i8. Il avait achevé l'effigie de son maître, couché en son manteau d'hermine,-el qui garde, même dans la mort, cette expression de bonhomie un peu gouailleuse, si Caractéristique de sa physionomie.

!l restait, pour terminer celte sépulture, à exécuter la partie monumentale el les quarante figurines de Pleurants dans les niches du soubassement. C'esl à quoi s'employèrent, par les s, ans (Je ('.bal les VII, neveu du duc, l'.lienne lîobillel el Paul Mossi'lnian, jusque vers 14o7. Trois cents ans apn's, en 17î>7, le tombeau lut transporté' dans la crypte de la cathédrale de Bourges, quand fut démolie la sainte Chapelle. C'est là que le cherchèrent

d< - lasles. pendant la liévoliilion. poui le détruire. Seule

resta l'effigie sur sa table de marbre; des amateurs éclairés el le musée de Bourges réussirent, par une bonne fortuné invraisemblable, à préserver une vingtaine des statuettes, qui sonl du plus haul intérêt.

Les Pleurants, aussi curieux ét intéressants que ceux de Dijon, étaient abrités-sous des dais simples, doubles et triples, que supportaient îles pilastres isolés, décorés d'angelots. I, 'ordonnance esl plus claire qu'au lombeau de Jean sans Peur, car la disposition architecturale y opprime moins les ligures; l'art y est donc plus élevé, puisqu'il ne subordonne pas le principal au secondaire.

Mus^p du l.o

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