DÉTAIL D'UNE STALLE
'Allemagne du xv" siècle fut, comme la France, tributaire des Flandres. Seule, sur les bords du Rhin, l'École de Cologne maintint son indépendance. Le réalisme flamand, parfois si brutal dans les expressions, si confus dans l'ordonnance, fut encore outré par les artistes allemands. Bien peu réussi^ r'ent à s'affranchir de formules rapidement devenues conventionnelles et à entrevoir, par-dessus toutes les laideurs et toutes 1rs misères, un idéal supérieur de beauté. Néanmoins les écoles allemandes du XVe siècle ont déployé une vitalité et une verve merveilleuses bien faites pour piquer la curiosité, parfois même pour exciter l'admiration de tous les amis de l'art. Elles mit préparé le splendide essor de I art allemand au siècle suivant pendant la Renaissance.
LA SCULPTURE
Si nous commençons par la sculpture, c'est uniquement afin de ne pas bouleverser l'ordre adopté jusqu'ici. En réalité, différente en cela de l'École flamande, de l'École française, tout comme de l'École italienne, la sculpture allemande n'exerça guère d'influence sur la peinture. C'est que tous les maîtres que nous allons énumérer étaient des artistes habiles, sachant faire vivant, s'élevant parfois à l'éloquence, mais sans le génie supérieur d'un Claus Sluter ou d'un Donatello.
Les plus éminents représentants de la sculpture allemande du xv8 siècle appartiennent aux Écoles de Souabe et de Franconie. Ulm et Nuremberg sont les deux centres par excellence de leur activité. Le bois, telle est la matière qu'ils travaillent de préférence. A Ulm, Georges Syrlin le Vieux orna la cathédrale
de ses magnifiques stalles, avec les bustes de patriarches, île prophètes, de sibylles, de sages de l'antiquité (Pythagore, Ptolémée, Cicéron, Virgile, etc.), de saints, etc. (1469-1474). Dans cet ensemble, qui déborde de verve, l'artiste a varié à l'infini la caractéristique des personnages, en y mêlant, comme l'a dit
GEORGES SYRLIN. LES S I R Y L L E S
Détail des stalles de lu cathédrale d'Ulm.
Li; MUSEE D'A UT
Calhrdr.ile d'UIm.
BUSTE DE S Y 11 LIN PAU LUI- M î: M E
Adam
Michelet, la nature et L'idéal. Il excelle surtout dans les types féminins, tour à lotir riants ou réfléchis, langoureux ou ascétiques. Les belles stalles de Blaubeuren (1493) sortent également du ciseau de Syrlin ou d'un de ses disciples, de même que celles de Geislingen (1512).
La basse Franconie , de son côté, s'enorgueillit d'une magnifique floraison d'art. Généralement on attribue les meilleurs de ses retables au sculpteur Till ou Tilman Riemensclineider (•J-1531 , de Wurlïbourg (ouvrages à Wurtzbourg, à Rolhenbourg, à Bamberg, où se trouve le mausolée de l'empereur Henri II). Ce maille travaillait égalemenl la pierre el le buis. Ses figures se distinguent par une certaine mièvrerie et ses draperies par leurs plis recroquevillés.
A Nuremberg, deux vaillants sculpteurs Krafft et Veit Stoss, excellent à mettre dans la pierre ou le bois la souplesse et l'éloquence de la vie.
Krafft (f 1507) s'est illustré par son Chemin de croix (I4'.K)), qui se développe le long de la rouie conduisant de Nuremberg au cimetière Saint-Jean et qui abonde en traits palbéiiques, malheureusement gâtés par une confusion extrême et l'ignorance des règles les plus élémentaires de
l'ordonnance. Le mono. ni funéraire de
Schreyer, à l'église Saint-Sébald, contient également des scènes de la Passion, mouvementées et dramatiques, mais ici encore la multiplicité des plans enlève toute unité à l'action. Enfin, dans son superbe tabernacle en pierre de l'église Saint-Laurent, haut de 64 pieds, l'artiste s'est fait violence pour plier ses figures aux exigences de la composition architecturale.
Par une pensée toute élu ('tienne, il s'esl représen t é 1 u i même avec ses compagnons, agenouillés et soutenant sur leur dos, comme un autre Atlas, le soubassement du monument. Krafft mois séduit par Sun art robuste plutôt qu'élégant, sa franchise, sa conviction, sa verve dramatique.
Tout autre est Veit Stoss (f 1533 ), qui s'était fixé quelque temps à Cracovie, où quelques-uns le font naître et où il a décoré le maître-autel de Notre-Dame par un Couronnement de la Vierge. Mais c'est à Nuremberg qu'on voit la plus grande narlie de son œuvre.
Veit Stoss sculptait le bois; mais il renouvela les procédés el la inélbode de ses devanciers. Ceux-ci d'ordinaire exécutaient de \astes panneaux divisés en plusieurs champs, où leur sujel se scindait en scènes successives. Les figures étaient peintes de couleurs vives sur un fond doré. Les draperies présentaient des plis lourds et grossièrement cassés. Veit Stoss apporta à celte sculpture naïve une perfection el une délicatesse ignorées jusqu'à lui. Dans sa Couronne de roses de l'église Saint- Laurent, qui date de 1518 et qu'on regarde comme son chef-d'œuvre, il a suivi