‹ Le musée d'artChapitre 133 sur 311 · LA GRAVURE · texte numérisé non relu

LA GRAVURE

Dans la première moitié du xve siècle, deux inventions capitales viennent fournir aux partisans du passé comme aux champions du progrès une arme des plus redoutables:

nous voulons parler de la gravure sur bois et de la gravure sur cuivre; la première s'adressant de préférence au peuple, la seconde, d'un prix plus élevé, visant les classes supérieures.

Désormais les images de sainteté, tout comme les caricatures, pourront être répandues

à des milliers d'exemplaires. C'était un moyen 'le propagande 'le tout point inconnu à l'antiquité.

Les Flandres et l'Allemagne ont déployé une égale activité dans ce domaine. Les graveurs sur cuivre, tels le Maille aux banderoles et le Maître E. S., de l 'iiiti, avec sa verve brutale, oui pour rivaux Martin Schongauer, Israël van Meckenen -■- liJOU et Wenceslas d'Olmutz; les estampes île Schongauer, au nombre de plus de cent, se distinguent par leur vivacité, leur tendresse ou leur pathétique.

La gravure sur bois, qui ressor tissait à de puissantes corporations, les « printer» des Pays-Bas, les « karlenmacher « de l'Allemagne, avait débuté par la fabrication des cartes à jouer, production profane s'il en fut. Néanmoins, d'un bout à l'autre du xv" siècle, elle mit au jour d'innombrables images de sainteté. C'est un monde fort triste que celui qui y apparaît, spécialement dans les feuilles volantes, destinées au peuple des campagnes. L'idée et la forme y sont comme déprimées par le

l'hot. llanfstn-n<;l.

MICHEL WOLGEMUT. —

sentiment général de malaise et de misère; l'atmosphère y est lourde et étouffante, l'horizon borné.

Dans la seconde moitié du xv° siècle les Frères de la vie commune, établis dans les Flandres, publièrent la série connue sous le nom de Livres des pauvres, série composée d'une vingtaine de volumes. Ici nous avons affaire à de vraies œuvres d'art. Parmi ces précieux incunables, la première place revient au Cantique des Cantiques. On dirait un Sonye de Poliphile chrétien : même sobriété dans le travail du burin (des tailles parallèles, sans hachures; c'est exactement le système cher aux préraphaélites modernes ; même fraîcheur, même suavité. Trois ou quatre

ligures — l'époux, l'épouse, les compagnes de celle-ci — en fonl d'ordinaire tous les frais.

Nulle i echei che .le la mimique, nulle déclamation, nul apprêt.

Quelques gestes, réduits à leur plus simple expression, parfois même un peu gauches (des mains levées, ('■tendues ou jointes), suffisent à ce vrai poète pour traduire les impressions le ses héros ou héroïnes, tous délicieusement juvéniles, chastes et mystiques ; avec des acteurs si élémentaires, il donne à ses scènes un exquis parfum de poésie.

Dans le S/ieculum hurnmuc salvationis (le Miroir de la rédemption humaine et dans l'Oraison dominicale on retrouve les mêmes figures attachantes.

Puis c'est le tour de VArs moriendi (l'Art de mourir), où la sévérité el l'austérité des scènes s'accordent bien avec les ensejgnemenls du texte. Dans {'Apocalypse, enfin, le dessinateur s'est avant tout préoccupé de frapper fort : la vigueur du souille fait oublier la lourdeur el la brutalité des compositions.

Vers la lin du siècle, l'horizon s'éclaire et l'on voit paraître les illustrations du Térenec, publié à Strasbourg en 1496, vives et spirituelles, et celles de la Chronique de Nurcmb<r<i I V.Ki , dessinées par Wolgemut. Ne nous séparons pas de la I '/ironique de Nuremberg sansrappelcrqueses boisse dis^ tingueiil par leur rudesse, mais ■ est la Danse des squelettes, qui est devons à celle occasion signaler

Nous

Pinacothèque ^e Munich.

Page 1