BOTTICELLI. — LE PRINTEMPS
U O [ T I C t L L I . — LA NAISSANCE VU
sortant de Ponde la grâce chaste de ses madones. Dans l'allégorie fameuse du Printemps, il célébra à la fois la nature, dont les poêles avaient retrouvé le charme, et l'amour, que Laurent le Magnifique chantait dans ses « canzoni ». Tandis que Florence s'abandonnait à la grâce de ce paganisme élégant, Santa Maria del Fiore fut ébranlée par la voix tonnante de Savonarole. Le dominicain jetait à la fois l'anathème sur les Médicis et sur leurs familiers, sur la tyrannie el sur l'ail profane. Les peintres, comme les marchands, se convertirent à la religion de l'apôtre. Botticelli, à exaltée, fut des plus ardents qui suivirent Savonarole. Quand le bûcher élevé pour le moine' qui avait bravé les Médicis el le pape eut remplacé à Florence le fameux bûcher du carnaval de 1497 où les « piagnoni » avaient jeté des tableaux et des statues, parmi les autres « vanités », Botticelli honora Savonarole comme un martyr. Dans un tableau de la National Gallery de Londres, daté de l'an 1500, par une inscription grecque à formules apocalyptiques, le doux artiste a représenté Savonarole el ses deux compagnons de supplice arcueillis dans la gloire par des anges, comme les bienheureux que Fra Àngelico a\ai' mêlés à la ronde céleste sur des prés Ib-uris, devant la porte lumineuse du paradis. Puis le peintre du Printemps acheva sa vie en peignant des madones douloureuses et des Pietù pleines de sanglots. Son œuvre avait été non seulement une synthèse unique des formes d'art créées de son temps, mais encore une histoire, en images frappantes, des grandes périodes de l'histoire de Florence, entre 1470 et 1500.
On comprend que l'influence d'un œuvre aussi complexe ait été très étendue. Les musées sont pleins de tableaux florentins où des anonymes sans personnalité ont essayé d'imiter les altitudes çt les types de Botticelli. Filippino Lippi (1459-1504), le fils du moine Filippo et de la nonne Lucrezia, dut moins h son père qu'à Botticelli. Toute la grâce mélancolique de l'artiste dont Filippino avait fait son modèle a passé dans le gracieux tableau de la « Badia» de Florence,
« des ornées, Florence VÉNUS
V Apparition de la Vùrge à saint Bernard. Mais la composition a une ampleur el le coloris une profondeur que Bollicelli n'avait pas connues. Filippino Lippi, en imitant les groupes tumultueux de Bollicelli, sut les disposer en masses plus harmonieuses, devant des architectures compliquées. Dans certaines figures solennelles, comme les prophètes de la chapelle Strozzi, à Santa Maria ÎVovella, il retrouva la grandeur épique dont l'étude de la réalité quotidienne et le goût d'une grâce un peu frêle avait l'ait perdre le sens à tous ses devanciers.
Lorenzo di Credi (1459-1U37) fut de ceux que la parole de Savonarole loucha en même temps que Botlicelli. Flève de Yerrocchio, il avail d'abord peintpour les Médicisdes nudités mylu'ologiques, comme la
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retrouvée, qui appartient au si e
des Offices^ Apres sa conversion, il ne peignit plus que îles inadoDes et des Nativités, variant les ilièmes gracieux et tendres avec une douceur un peu molle, tandis que Botticelli cherchait les douleurs el les drames. Sa couleur esl blonde dans les chairs, souvent acide dans les drape ries. I h il j o u rs mince et plaie. Son dessin est savant dans les portraits el il a n s les ligures
d'enfants, où se marque le souveni r des sculptures de Verrocchio. Toutes ses œuvres manquent d'accent el sentent le travail d'école.
Lorenzo cul pour condisciple dans la boutique de Verrocchio u n e n l'a n t dont le nom devail éclipser Imis ceux des peintres de Florence : Léonard d
I ILiri'INO L1PPI,
Vinci.
Par sa curiosité des problèmes techniques et s<>n amour de la nature vivante, Léonard esl de la suile des peintres-sculpteurs du xv siècle; le sourire mystérieux de ses Vierges cstle sourire du David de Verrocchio. Mais par sa science de psychologue el son ai l de l'ordonnance, le peintre de la Crue appartient à une autre génération d'artistes que celle où Botticelli avail été le maître du chœur.
En Ombrie, un créateur audacieux ouvrit l'ère nouvelle, en développant librement les résultats acquis, à Florence, par le travail des Paolo Uccello et des Andréa del Castagno. Ce maître fut Picro délia Francesca (1420-1492 . Savant en géométrie et en perspective, comme en témoignent ses écrits techniques, il étudia la nature vivante avec une précision d'anatomisle. Ses portraits, en Luslc et de profil, détachés parfois, comme les portraits flamands, sur un lin paysage, sont détaillés avec un réalisme implacable (le duc et la duchesse d'Urbin, aux Offices). Dans ses grandes fresques de San Francesco d'Afezzo, qui racontent la Légende de la sainte Croix, Piero délia Francesca groupa, avec un art consommé du raccourci, des chevaux el des guerriers; il baigna les personnages el les vastes paysages des fonds dans une
lumière limpide, dont ses successeurs ne retrouvèrent point l'éclat. Le premier, en Italie, il indiqua un effet de clair-obscur, dans la Vis. on de Constantin, où la pénombre de la nuit est déchirée par l'éclair d'une apparition;
Après Picro délia Francesca, la peinture ombrienne se partage, à peu près comme la peinture florentine, en deux écoles. D'un côté, se rangent des maîtres vigoureux et \ il ils. héritiers naturels de Piero délia Francesca. L'un d'eux, Melozzo da Forli (1438-1494), combina les leçons de Piero sur la perspective et l'anatomie avec la science de coloriste d'un Flamand, Jus lus de Gand dont il se trouva le collaborateur à la cour d'Urbin.
Melozzo travailla à I! pour Sixle IV el p • le cardinal
Julien délia Rovcrc, •• e I u i q u i d e va i t prendre le nom pontifical de Jules II.
Le clièf-d'cêuvre de ce maître robuste é l a i t une G I o i r t.
peinte dans l'abside d'une ég',i.-,c romaine, les Saints- Apôtres. H ne reste de celle fresque que des fragments : le Christ, dans un escalier du Quirinal ; quelques télés d'apôtres levées vers le ciel et quelques figures d'anges musiciens (sacristie de Sainl - Pierre ). Les raccourcis soul indiqués si hardiment
que les personnages
semblent ■• plafonner » ; tous les visages, encadrés dans des chevelures épaisses, ont une beauté fièro et mâle.
Luca Signorelli de Cortone (1Î4Ilo23) travailla dans la basilique de Lorctte à la décoralion d'une chapelle ■ , u»' Melozzo avait laissée Inachevée; il poussa plus loin
encore que son prédécesseur la science anal'omïque cl le culte de la force virile. Les Scènes dv la vie île s tînt Hennit à Monleolivcto Maggiore, qui datent des dernières années du xvc siècle, •«"Ml remplies par des guerriers en armures claires ou en chausses collantes, tous cambrés comme des athlètes. De 1499 à 1500,
Sig elli, devenu célèbre, fut appelé par la fabrique de la
cathédrale d'Orvielo à compléter la décoration de la grande chapelle dont la voûte avail été peinte en pari ie par Fia Angelico. Le robuste maître de Cortone, en peignant dans ce sanctuaire d'art VHiitoire de V Antéchrist et le Jugement dernier, remplit le paradis, comme l'enfer, d'hommes et de femmes nus, dont la musculature était accentuée, dans un ton de bronze, comme sur l'écorché. L'œuvre esl dure, violente, saisissante : elle devail s'imposer au souvenir de Michel-Ange.
Melozzo et Signorelli appartiennent à la région septentrionale de l'Ombrie. Dans la région méridionale de la province, Pérouse, la ville opulente et dévole, voisine de la sainte colline d'Assise, fut le centre d'une école de peintres doux el faciles, dont le vrai maître n'est pas le sévère Piero délia Francesca, mais plutôt l'aimable Gentile da Fabriano. L'École de Pérouse eul pour
liadia, a flore
l' a p r a n : t i o \- d r la v i e n e e a saint d e u n a n d