LA VIERGE AU COUSSIN VER T
Cesareda Seslo, qui déploie dans ses Adorations des mages desordonnancesaussi pompeuses que celles des fresques de Luini à Saronno,
esl plus loin meule el plusconlourni'' : il a subi manifestement, après l'in I I uenec d e Léonard, celle des œuvres romaines de Raphaël.
Le Piémontais Gaudenzio Ferrari [1 480-1546) a suivi les mêmes maîtres que Cesareda Sesto ; mais il esl déjà plus loin et de Léonard ci de Raphaël. Né dans le voisinage de la
Sainte Montagne Sacro Monte), près de cette «Nouvelle Jérusalem » qui était devenue en quelques années un lieu de pèlerinage très fréquenté, Ferrari a peinl les sujets religieux avec une ferveur liés rare en s. m temps. Il a lais-,'- au pied de la montagne, dans les nombreuses églises h chapelles de Varallo, tout un cycle de fresques qui sont l'œuvre de sa pleine maturité. A la lin de sa vie, il travaillai Milan. Ses derniers tableaux, donl le [dus connu est le Martyre de sainte Barbe, à la Brera, trahissent un goût de l'afféterie et de la boursouflure dont Luini avait été préservé. L'n disciple de Ferrari, Bernardino Lanini, recueillit les derniers souvenirs de Léonard qui s'éteignaient en Lombardie.
Parmi les artistes que Léonard avait fascinés et entraînés à sa suite pendant son séjour à Milan, il faut nommer à part le Piémontais Antonio Itazzi, dil le Sodoma (1477-1549). Ce maître n'a laissé aucune œuvre en Lombardie. Tout jeune encore il quitta Milan, un an ou deux après Léonard, pour aller s'établir à Sienne, où il apparut aussitôt comme le révélateur d'une beauté nouvelle, au milieu d'une école attardée et languissante. Le Sodoma devint un peintre aussi fécond que Luini. Il continua en 1505, dans le cloître monumental du couvent de Monte Oliveto Maggiore, l'histoire de saint Benoit commencée par Signorelli dans un style âpre et rude. Sodoma mêla aux scènes de la vie monacale de beaux jeunes gens vêtus de costumes somptueux ; lui-même peignit son portrait dans l'une des compositions, ganté',
l'épée au céilé, un manteau de soie jaune à l'épaule. Il d a les
plus riches atours et la grâce la plus tentante aux courlis,- s qui
se présentent devant saint Benoît. Son génie voluptueux séduisit, le banquier siennois Agoslino Chigi, qui l'attira à Rome. En 1514 Sodoma lui chargé de décorer le premier étage de la villa de Chigi la Farnésinei : il y représenta Vffyménée de Roxanc cl d'Alexandre, dans une ample composition peuplée «le jeunes femmes dont les beaux corps se plient dans des altitudes coquettes et dont les visages oui une plénitude qui fait penser aux plus robustes créatures de Raphaël. De retour à Sienne Sodoma se lit le peintre des beaux corps onduleux el des yisages alanguis par la souffrance : le Saint Sébastien des Offices et le Christ flagellé de l'Académie de Sienne mêlent étrangement, dans leur regard noyé de larmes, la douleur el la volupté. Lu peignant, dans une chapelle de l'église San Domenico, YE.rtase de sainte Catherine de Sienne, il fait de la sainte évanouie une adorable malade. Placé entre Léonard et Raphaël, il diffère profondément des deux maîtres, qu'il a connus à Milan et à Rome, par l'absence de tout calcul rationnel : il est, depuis sa jeunesse jusqu'à la lin de sa vie, un peintre de sensations, plus voisin de la nervosité du Collège que de la santé robuste des Vénitiens.