‹ Le musée d'artChapitre 175 sur 311 · LA DESCENTE DE CHOIX · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DE CHOIX

sente son maître spirituel comme un prophète ou un martyr (Académie de Florence). Dans ses tableaux, les visages, souvent dessinés sans modèle vivant, sont monotones; les draperies, étudiées sur le mannequin, forment des plis d'une ampleur superbe, sous lesquels on ne seul pas la rondeur du corps. Mais si Fra Bartolommeo ignore l'anatomie, il connaît tout ce qui peut tenir de beauté' morale et intellectuelle dans un geste ou une attitude.

En supprimant tout comparse et tout décor, en resserrant le drame chrétien el humain entre quatre personnages, il fait de la Descente de croix (palais Pitli) un tableau de douleur dont la sobriété classique est plus émouvante que toutes les déclamations. Les scènes de l'histoire évangélique sont rares dans la suite nombreuse des tableaux de sainteté peinls par l'infatigable dominicain. La plupart des œuvres de Fra Bartolommeo sonl élevées au-dessus de la terre. Ce sont des assemblées dé saints rangés autour du piédestal où trône la Vierge. Dans ce monde étranger

aux agitai - humaines la calme raison du moine artiste fait

régner l'harmonie et l'ordre; les ligures drapées se dressent comme des colonnes; les anges volants esquissent une archivolte aérienne. Le Couronnement de lu Vierge (1517), au palais Pilti, est couru comme une façade d'église.

Andréa del Sarto, le peintre (ils d'un tailleur 1446-1531 . s'inspira des compositions régulières de Fra Bartolommeo dans des

tableaux de sainteté" dont les groupes son! entrelacés plus mollement et dont les ligures prennent des attitudes plus langoureuses. Use complut on même temps à des délicatesses de coloriste que ne soupçonnait pas le dominicain, capable d'opposer parfois sur des draperies savamment dessinées les couleurs les plus crues d'une imagerie populaire. Andréa del Sarto fut le seul, parmi 1rs peintres de Florence, qui s'essaya, après Léonard, dans les recherches de clair-obscur; il avança plus loin que le grand inventeur dans la conquête de la lumière. Non content de faire surgir de la nuit des ligures qui y restent à demi enveloppées, il supprima les fonds noirs et baigna le tableau tout entier dans une atmosphère blonde qui caresse et dore les ombres les plus profondes. En même temps il rompit avec l'emploi des tons sourds et bruns, laissant leur linesse et leur transparence aux gris, aux jaunes, aux roses, à toutes les couleurs gaies et chantantes.

Ce peintre, plus sensible qu'aucun de ses compatriotes au jeu des nuances claires et des taches fondantes, n'a pris à Fra Barlolommeo que l'échafaudage en gradins de ses apothéoses et à Léonard que le principe d'une peinture estompée par la lumière flottante. A côté du chrétien profond et du penseur universel, il est un pauvre d'esprit.

Les jeunes gens presque nus. les Saini Jean-Daplisle, qui sont ses plus séduisantes créations, ont l'air indifférent el ennuyé de demi-dieux mal éveillés à la pensée humaine. Os corps superbes et apathiques n'ont pas même au cœur la flamme de volupté qui tourmente et transfigure les êtres animés par le pinceau de Sodoma : ils ne sont que de belles formes., au modelé robuste, nageant dans les couleurs les plus rares dont un peintre ait joui, au xvie siècle, hors du domaine de la peinture vénitienne.

Raphaël. — En 15J4 Florence accueillit un peintre de vingt ans, fils d'un médiocre peintre d'L'i bin, Cinvanni Sailli. Le jeune artiste s'appelait Raphaël. A seize ans il était allé à Pérouse pour se joindre au groupe nombreux des élèves et des collaborateurs du Pérugin. Déjà le maître ombrien, gâté par une vogue rapide, dédaignait de regarder la nature et la vie; son habileté de main suppléait à l'étude sincère; ses dons de coloriste et de paysagiste n'étaient plus que des procédés. Dans l'officine des tableaux de sainteté', Raphaël prit le goût du coloris brillant et du dessin arrondi. Ses premières Madones aujourd'hui à Berlin et à Saint- Pétersbourg) ont l'attitude penchée el le regard langoureux des Vierges ombriennes. Cependant l'adolescenl réagil contre un enseignement artificiel et routinier par la conscience au travail qui devait être sa vertu d'artiste. Tout en peignant dans la manière du Pérugin, il se plaisait à dessiner d'après nature; il prenait pour modèle, avec les tableaux de - l'atelier, les jeunes gens en pourpoint et en chausses collantes qui travaillaient à ses côtés. Il découvrit à nouveau la vie, par delà les conventions fades et fausses, et cette découverte donna à ceux mêmes de ses tableaux qui n'étaient que des copies un air de franchise el un charme de vraie jeunesse. Le Mariage de la Vierge, du Pérugin (musée de Caen ) est un travail d'ate-

Phnt. Bi'ogl. Musée des Offices. Florence, lier, mOU et lâché ;

portrait de raphael, par Lui-MÊME l'imitation que

Il A PUA 1: 1

l'iuacollièque tlu Vatican, Rouie.

Page 1