LA P O HT E D I T E D E JEAN C O I J O X
Ai; LOI' VUE
Sept Livres d'àirchilecliire, en partie dédiés à François I", révélaient aux Français la Renaissance romaine et la dernière manière de Bramante. L'estime qu'on lii de Serlio en France et le titre d'architecte du roi ne permettent pas de douter qu'il eût pris une grande pari aux édifices d'alors sans des raisons particulières, qui tiennenl peut-être aux résistances dont l'administration des bâtiments contrecarra les volontés royales. Fontainebleau n'en vil pas moins s'élever sur ses dessins le grand portail de l'hôtel de Ferrare pour le cardinal de ce nom, tandis tpie la fontaine du château, œuvre du Primalice et la grotte du jardin des Pins servaient les mômes influences.
En province, le grand jardin de Joinville, le château de Bourna/.el et surtout Ancy-le-Franc, pe dernier bâti en 1546, sont de façon toute italienne.
François Y' étant mort l'année l'i'iT et son successeur ayant tout à coup placé un architecte à la direction «le ses bâtiments, le mouvement nouveau ne connu! plus d'obstacles. Pourvu de prérogatives si hautes, Philibert Déforme eut le pouvoir et la
gloire d'accomplir la renaissance de l'architecture française, et par là s'ouvre avec éclat l'histoire des arts sous Henri II.
La pleine Renaissance sous Henri II. —
Aux environs de cet événement se placent toutes ces transformations. Les portes de Sainl-Maelou de Bouen, sculptées six ans auparavant, montrent chez Goujon l'influence des stucs de Fontainebleau, qui aboutit enfin, si cet ouvrage est bien de lui, à l'admirable autel de la chapelle d'Écouen. La statuaire d'ancien style jetait son dernier lustre, à Paris avec la statue funéraire de l'amiral Chabot, en province avec les ouvrages du célèbre Ligier Birhicr, le plus grand sculpteur de notre ancienne école, auteur du sépulcre «le Saint-Mihiel ; pendant qu'à Fontainebleau quelques sculpteurs français, comme Antoine Jacquet, dit Grenoble, auteur des figures d'Atlas de la grotte du jardin des Pins, suivaient déjà d'une allure libre les enseignements de l'Italie. Avec la fontaine des Innocents, élevée en 1530,
la trihi le- Cariatide- et les autres figures du Louvre, celles
de l'hôtel Carnavalet ei la Diane des jardins d'Anel, chef-d'œuvre 'le la sculpture Française, tous ouvrages deJean Goujon, triomphe enfin la statuaire nouvelle, où -e mêlent les millièmes de Michel- Ange ci iin Corrège. communiquées par le Primatice. Le siècle tout entier n'a rien produit de plus beau.
Le Louvre s'élevait depuis 1546, sous la conduite de Pierre Lescot. Déforme, auteur dès ce temps-là de Saiqt-Màur, poursuivait dans Fontainebleau, dans Villers-Colterets, dans Saint-Germain, dans Madrid, dans Chenonceaux, l'exercice de ses rares
talent- e| r.ip|dicali l'un style vraiment original. Désormais la
symétrie, la mesure, la sobriété des ornements, l'exacte discipline des ordres romains devenaient les propres qualités de notre architecture française, dont la merveille fut le château d'Anet, commencé par Delorme en loS2 pour Diane de Poitiers.
Abbaye de saint-Dmis.
PHILIBERT DELOHMb.
LE lUMBtAU DE FRANÇOIS Ie' ET DE CLAUDE DE KHAN C E
LA RENAISSANCE EN FRANCE
maîtresse du nouveau roi. Peu auparavant Monceaux-en-Brie avait été bàli pour la reine. Bientôt le connétable de Montmorency confiait à Jean Huilant le soin des façades d'Écnuen et, sans doute, du petit château de Chan'illy.
Cependant la faveur dont jouissail Delorme ne laissait pasd'offusquer la gloire jusque-là sans rivale du Primatice. Ennemi des peintres, on croil démêler qu'il s'efforçait de réduire tous les arts sous la dépendance des architectes. Le tombeau de François 1er, dressé par lui dans Saint^Denis, et ce qui reste do la chambre du roi au pavillon des Poêles de Fontainebleau, portent la marque de ces prétentions, dont les sculpteurs Piene Bontemps et Perret, qui travaillèrent sous lui à ces ouvrages, ont soutenu médiocrement l'honneur.
Il avait pris pareillement la tète des ateliers de tapisserie de Fontainebleau, et l'on attribue à sa direction la tenture de Latone, aux chiffres de Diane de Poitiers, dont quelques pièces sont à Anet.
Aussi bien un atelier royal fut fondé en ce temps- là à Paris dans l'hôpital de la Trinité et préparait dès lors des successeurs aux ouvriers de Fontainebleau.
Le Primatice trouvait dans la faveur des (luises quelques co ni p e n sa I i o h s à cette rivalité. 11 peignil et «.ma la grotte tle Meitdon pour le cardinal de Lorraine et dirigea le tombeau du duc Claude à Joinville, l'un des plus rares ouvrages du temps.
Domenico Bicoveri, dit Domenico del Barbie re et en France Dominique
Florentin, parce qu'il était de cette nation, Leroux, dit Picard, et Bichier, y exécutèrent ses inventions. Les deux premiers étaient de ses auxiliaires aux travaux de Fontainebleau, dont Dominique, établi à Troyes, répandait l'imitai ion dans le pays. A Beims, les Jacques, sculpteurs célèbres, subirent aussi cette inlluence.
Ce qui répandit alors le nouveau style en d'innombrables échantillons fut le meuble et la sculpture en bois, dont les plus excellents ouvrages portent aussi vive qu'on puisse dire l'empreinte de la manière de Jean Goujon. A Dijon, Hugues Sambin, sculpteur et architecte, s'illustra aussi dans ce domaine.
Promptement étendue par toute la France, la nouvelle ma-
nu g 1 1 E S S A M li I N .
nière pénétrait en Flandre avec Léonard Thiry, ancien disciple du Bosso, et, touchant Vredeman de Vriese et Corneille Floris, transformait pour des siècles l'ai l flamand. En Italie même, Venise le reçut par des contrefaçons des planches de Fan t ose et par l'exemple de Scamozzi.
Entre temps, l'Italie envoyait de nouveaux aides au Primatice. Le sculpteur Ponzio, dil Ponce, de Florence, Niccolôdell' Ahbate,
de Modêne, Ruggieri, dit Roger de Bogery, passaient les nls.
Le premier surtout a partagé la gloire
du P al ice dans la
postérité. Etabli en Fiance depuis IS52, il l'aida à finir la galerie d'Ulysse et 1 ancienne chambre de M",e d'Elampes.
Léonard Limousin reçut de lui le dessin des fameux émaux de la sainte Chapelle du Palais, et l'on doit croire qu'il a peint celle du château de Fleury-en- Bière; mais tout cela n'est que de faibles restes d'un œuvre à présent disparu et dont une quantité de dessins préparatoires attestent l'extrême abondance. Niccolô est le principal auteur de la diffusion qui se fit de la manière primaticienne et de ces figures allon gées qu'on regarde comme la marque de l'Ecole de Fontainebleau. Les Français la copiaient avec moins de bonheur.
Les peintures ano nymes du chAteau d'Ëcouen, les dessins et les eauxfortes de Geoffroy Dumoûlier demeurenl connue un monument de la médiocrité de ces artistes.
Jean Cousin, que la tradition a rendu célèbre, ne s'est point élevé au-dessus de l'imitation
fort imparfaite du Primatice. Son Jugement dentier du Louvre ne vaut quelque chose de plus que dans l'excellente gravure de Pierre de Jode. Cousin fut aussi graveur, et l'on croit qu'il a peint sur verre, mais on lui attribue sans preuves la superbe verrière de la chapelle de Vincennes. Ces morceaux, qui montrent, en même temps que ceux d'Fcouen et d'Engrand Leprince à Beauvais, le nouveau style en possession d'un domaine si longtemps illustré par les maîtres gothiques, tiennent du liosso et de Luca Penni. Un Français du nom de Badouin y a peut-être travaillé.
Comme s'il était vrai que chaque époque de ce siècle dût à l'art du potier des chefs-d'œuvre, on voit en ce temps-là se
Collection de M " A Ii M o I It E
la marquise ArconaU-Viseonti.
placer, on Ire Abaqûesne et Palissy, les admirables échantillons de celle faïence, qui tout à Lour aura porté les noms de Henri II. d'Oiron cl de Saint-Por- < haire. Des eou-
ilièn