LA LEÇON D A X A T O M I E
l'exécution de la robe brochée d'or de ce saint est semblable à celle du manteau de saint Siméon dans la Présentation au temple de Rembrandt (1631j au musée de la Haye.
Rembrandt a-l-il été, comme on l'a dit tant de fois, le peintre de la nuit? Nous l'avons cru nous-mème. Mais depuis 1 1 1 1 • ■ vingtaine d'années toutes nos recherches nous ont prouvé avec une évidence croissante qu'il fut précisément le peintre de la lumière. Au début surtout, il fut un luministé, dans la plus claire acception du mot. Après l'exposition Hemhrandl de 18H8, on ne peut plus prétendre le contraire. La plupart de ses premiers tableaux, sauf quelques-uns, très rares, qui représentent des scènes de nuit, sont tout à fait clairs, avec des ombres transparentes. En 1635>, trois ans après sa célèbre Leçon d'âne tomie du D' Tulp. qui elle-même n'avait certainement rien de nocturne, le maître peignait Diane, Action etCallisto, tableau de plein soleil ou vingtdeux nymphes s'ébattaient sur les bords et dans les flots d'une rivière transparente inondée d'une éblouissante lumière. Ici, aucun doute :1a peinture, très peu empâtée, a très peu jauni;
elle est restée claire comme au premier jour. Ln forèl qui fait le fond des deux tiers de la toile est Ja seule masse d'ombre que l'on trouve dans cette œuvre si lumineuse.
C'est d'ailleurs ainsi que le maître du clair-obs • cur procédera le plus souvent.
Il n'a pas fait autre chose dans le fameux tableau des gardes civiques de 1042, dont le nom a été pendant un siècle et demi la
Compagnie du capitaine Cork. Aujourd'hui, et cela depuis un siècle au moins, on l'appelle la Ronde de mut.
En même temps que de la lumière, Rembrandt est le peintre de toutes les émotions divines et humaines. Que de choses profondes! Quel mystère de souffrance et de résignation dans la figure du Christ des Pèlerins o Emoulus ICiS au musée du Louvre! Quelle pitié s'exhale d'un autre chef-d'œuvre non moins admirable, le Bon Samaritain (1G48), du même musée (qui, par parenthèse, est encore un effet de plein soleil noirci par le vernis, comme le prouvent d'anciennes gravures et, dans le tableau même, l'ombre du seau sur le mur). C'est encore au Louvre que nous irons chercher un de ses plus beaux ouvrages, la Ihiluabée (16o4), puissamment modelée et d'une couleur merveilleuse.
En I65G, au moment de sa faillite — car le pauvre grand homme l'ut toujours incapable de gérer ses intérêts matériels — on lui commande la Leçon d'anatomie Musét de la Hay«. du I)' Deyman, plus tard partiellement
détruite par un incendie, longtemps perdue, puis retrouvée par le I)1' W. Rode et rachetée pour la ville d'Amsterdam par de riches et fidèles admirateurs de Rembrandt. Dans ce qui reste de cette u'uvre, le cadavre, en violent raccourci, trépané, le cerveau à nu, le ventre ouvert, est une des créations les plur émouvantes du maître. Puis viendront les Syndics des drapiers (1601), simple réunion de cinq ou six portraits de bourgeois, où le grand al tiste a réalisé au suprême degré la double condition d'existence de tout chef-d'œuvre : vérité, unité. Toute sa vie, jusqu'à la dernière minute, cet homme étonnant retrempera son génie dans l'étude directe de la nature, et quand les modèles lui manqueront, il reproduira sans se lasser sa propre effigie vue dans un miroir. Pour faire l'histoire du génie de Rembrandt, il suffirait de publier la série de ses autoportraits.
Pinacothèque de Munieh.