‹ Le musée d'artChapitre 260 sur 311 · LE BERN1N · texte numérisé non relu

LE BERN1N

d'abord plus favorable et ses premières œuvres furent peu remarquées; il ne se découragea pas. Bientôt, sans rien sacrifier de ses convictions, grâce à une volonté persévérante, il finit par s'imposer aux artistes et au public.

Aidé de ses cousins Augustin (1557-1602) et Annibal (1560- 1609), qu'il avait entraînés dans cette sorte de croisade, il fondait une école qui attirait les élèves de toute l'Italie. Le fond de cet enseignement, c'est l'éclectisme. Louis Carrache veut qu'on cherche à imiter dans chaque maitre sa qualité dominante, la couleur de Paul Véronèse ou du Titien, l'énergie de Michel-Ange, la grâce du Corrège.

Nous ne discuterons pas cette doctrine, mais le résultat en était qu'il fallait étudier les maîtres, les aimer et les comprendre, ces maîtres qui avaient été oubliés, on a peine à le croire , dans le court espace de deux générations. Il fallait à leur exemple renoncer à peindre de pratique et travailler le plus possible d'après le modèle vivant. L'École des

Carraches comportait aussi des cours généraux d'anatomie, de perspective, de composition, d'architecture, de critique artistique, d'histoire de l'art. C'était, on le voit, le premier type des « académies ». Cette méthode ne valait pas l'enseigne-

bfflise Saibte-Marie de la Victoire, Home. STATUE DE SAINTE THÉRÈSE

Phot. Aliuari.

Eglise Saiute-Cécilr, Rnmi»

S T EFA.NO MADEUNO. — SAINTE CECILE

ANNIBAL ET AUGUSTIN CARRACIIF, <: A Kl ATI DES ET FIGURES DÉCORATIVES DU PALAIS PARNÈSE,

mont plus sini|i|r, les •< apprentissages » des xv' et xvi* siècles; mnis elle valait beaucoup mieux <|in' <-e qu'elle 1 emplaçait. Les peintures de Louis (-arrache [l'Apparition de lu Vierge à suint Hyacinthe, au Louvre, les fresques île Saint-Miche] in Bosco, près de Bologne, et du palais Sampieri) sont très inférieures à celles de son cousin Annihal, ancien ouvrier tailleur, qui était Beaucoup moins théoricien. Annihal Carrache n'est pas un esprit profond ni un génie de premier rang, mais c'est un grand artiste, d'une composition noble et aisée, souvent puisante, d'un dessin correct, aimant et rendant sans fadeur les Belles formes, d'une couleur forte et harmonieuse. Sans parler de ses tableaux, répandus dans tous les musées de l'Europe (la Vierge apparaissant à sainte Catherine et à saint Luc, au Louvre, la Samaritaine, à Vienne, le Génie de la Gloire et Saint Rock, à Dresde, la Vénus, à Chantilly, etc.), il y a peu de peintures supérieures à ses fresques du palais Farnèse, qui excitaient l'admiration du Poussin. Ce sont îles sujets mythologiques au milieu de peintures archilec.toniques d'un très beau caractère, travail considérable, qui demanda huit ans à l'artiste aidé de ses principaux élèves et dont le sujet central représente le Triomphe de Bacchus et if \ riane.

Les Carraches trouvaient en face d'eux ce que ['on appelait les « maniéristes », qui continuaient, avec moins de verve peut-être, les errements de Vasari et des Zuccheri. Ils étaient alors représentas à Rome par Giuseppe Cesari, surnommé Giuseppino ou le Josépin, qui. anobli par le pape, aimai) à prendre le nom de il cavalière d'Arpino. Cela lui rappelait non seulement qu'il était devenu gentilhomme, mais qu'il était le compatriote de Marius et de Cicéron. Aujourd'hui, que l'on regarde ses petits tableaux d'une exécution soignée Diane et Action , au Louvre, peinture à la fois prétentieuse el vulgaire) ou ses grandes machines soi-disant romaines du palais des Conservateurs, au Capitole de Rome, on comprend que sa réputation ne se soit pas maintenue.

Les Carraches, qu'on pourrait appeler les académiques dans le bon sens du mot, et les maniéristes eurent un adversaire commun dans un personnage singulier, un intrus, ancien apprenti maçon qui s'était improvisé chef d'école et représentait le « réalisme ».

Michèle Angiolo Amerighi (Ib69-1B09), surnommé le Caravage, du nom de sa ville natale, Caravaggio, avait pris le goût de l'art en préparant pour les peintres à fresque l'enduit frais sur lequel ils devaient travailler. Caractère brutal, esprit puissant, mais

étroit et absolu, sans culture et sans nuance, il prétendait que l'étude de l'antique et des maîtres du passé, tels que Michel-Ange, ne pouvait que gâter les qualités natives de l'artiste el qu'il fallait s'en tenir à la pure nature. Caravage, en proclamant ces principes, défendail surtout sa personnalité. Il ne cherchai! pas à priori, dans les manifestations de la « réalité », la médiocrité, la platitude, mais les scènes qui lui paraissaient les plus intéressantes, les plus caractérisées, les plus expressives. Il n'était pas Italien pour rien et n'avait pu vivre impunément au milieu des chefs-d'œuvre et, en dépit de toutes ses boutades, il ne s'était pas défendu contre eux. Il tirait parti de ses souvenirs lorsqu'il le jugeait à propos. C'est ainsi que se trouve chez lui un véritable talent de composition, par exemple dans ses tableaux religieux, car il en a fait : ['Ensevelissement du Christ, au Vatican, la Mort de la Vierge, au Louvre. Il a exécuté aussi des portraits remarquables, le Grand Maître de Malte A lof de Vignacourt, au Louvre. Mais où il excelle surtout, c'est dans les si ènes familières ou populaires, dans 1rs scènes de brigands (les Joueurs de la galerie Soiarra, le Concert du Louvre). Le talent ardent de Caravage obtint presque du premier coup un succès décisif et son influence sur l'art a été beaucoup plus durable que celle d'artistes qui lui sont bien supérieurs. Par Ribera, son disciple, • Ile s'est imposée à l'École napolitaine et à l'École espagnole.

Phot. Anderson.

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