U N E DE SES PILLES
LE MUSËE D'AKT
l'hot. Giramlon.
original, plus mêlé, h demi oriental. Soumise successivement aux rois de Macédoine, d'Asie Mineure, de Syrie ou d'Egypte, la Grèce propre ne conservait plus guère que des libertés municipales et le droit de flatter ses maîtres. Quelque temps elle parut reprendre un pende force sous la direction des chefs énergiques de la Ligue achéenne ou de la Ligue étolienne. Mais l'opposition et les luttes armées de ces deux ligues, qui tour à tour appelèrent à l'aide l'étranger, tinirent par donner ù la Grèce le coup de mort; ei en 146 avant J.-C. elle devint province romaine sous le nom d'Acliaie. En réalité, depuis la conquête de l'Asie, le centre de l'hellénisme élail déplacé. Presque toute la vie politique et même artistique était à Alexandrie, à Antioche. à Pergame, dans ces monarchies gréco-orientales nées de la conquête. A leur t •. ces narchies s'épuisèrent par leurs rivalités, et elles Unirent par tomber sous la domination îles Domains. Depuis le iie siècle avant noire ère. l'hellénisme perd sa vitalité. Les Grecs ne seront plus que les éducateurs du inonde romain.
A l'usage de celle civilisation toute nouvelle naît un ait nouveau, qui, en face de l'ancien art grec, semble presque un ail de parvenus. • in commence à apprécier la richesse de la matière plus que le talent de l'artiste. L'habileté technique se conserve; mais de plus en plus ou perd le goût de la simplicité, le sens de la mesure et des proportions. En toute chose on vise au grand el au riche. Les plus belles œuvres de celle pél'iode sont gâtées par l'emphase.
Les villes mêmes mil une physionomie nouvelle. Dans les cités neuves d'Asie ou d'Egypte, on trace les mes au cordeau, des rues larges el commodes, bordées de maisons somptueuses, de palais el de portiques. Dans leur amour de la richesse et du colossal, les architectes mêlent les genres et les ordres Ils pré l'ère ni l'ordre corinthien, comme plus orné ; mais bieiiloi ils le surrhargonl d'autres ornements el créenl l'ordre bâtard connu sous le n l'ordre n composite ». De ce temps
liaient les m nents de l'Acropole de Pergame, le Portique de
Philon à Eleusis, le Portique d'Allale à Athènes; le Leonidaion, les Propylées, la Palestre el le Gymnase d'Olympie; et, à Délos, le Portique de Philippe V, les Propylées, le Portique télragone, le San'cluaire des taureaux. <>n su i i de génération en génération la décadence des formes, el l'on louche à l'art gréco-romain tel qu'on le trouve à Athènes au temple de Zens Olympien ou à ['( Idéon de Tihérius Claudius llérode.
Les arts i ndusl riels se défendent mieux, grâce aux traditions d'atelier et à l'adresse de l.i technique. Mais le goût manque à la plupart des artisans.
Les céramistes s'ingénient trop à renouveler les formes el la décoration; ils exé-
cillelll des poleries
émaillées à reliefs et ornements dorés; ils façonnent des vases en forme de Statuettes, de busles, de tomes à boire, de nègres, de baleaux d'ânes, d'oiseaux, de
(iroiipc en marbra; copie d'un bronze de Bocthos, du m' siècle av. noire e
crocodiles. Dans l'art monétaire et la glyptique, le modelé devient mou et les types monotones. Les fabricants de terres cuites à Smyrne, à Myrina, à Pergamej à Tarse copient leurs prédécesseurs ou s'amusent à des sujets grotesques de forains et de bateleurs. Lu revanche, le travail du métal reste vigoureux, comme le montrent bien des bronzes trouvés à Herculanum ou à Pompéi, et les grandes pièces d'argenterie du Irésorde
Bosco-Reale. On voil mê se développer un
ail presque nouveau, la mosaïque, que perfectionna surtout Sosos de Pergame, et dont on a découvert d'intéressants spécimens dans des maisons de Délos.
Quanl à la péihture, elle exisle à peine, au moins comme art original. Les auteurs citent seulement quelques noms : Aétion, Théon de Samos, l'Égyptien Antiphilos, un fervent de la caricature. Cependant on dut exécuter alors bien des compositions décoratives d'après les procédés traditionnels. De l'alexandrinisme relèvent les fresques de Pompéi el une curieuse série de portraits, trouvés récemment en Egypte, don1 quelques-uns paraissenl antérieurs à 1ère chrétienne.
Le seul art qui conserve quelque vitalité, c'est la sculpture. Un certain nombre d'artistes lestent fidèles au \ traditions classiques, surtout de l'école de Lysippe. De leurs ateliers sont sorties plusieurs œuvres intéressantes dont nous possédons des répliques: V Aphrodite au bain et l'Ariane endormie du Vatican, le groupe de Niobé et des Niobides. t'.ot art traditionnel se prolongera jusque sous l'empire romain avec Apollonius d'Athènes, qui a signé' le Tarse du Belvédère, avec Cléomène, qui a signé la Vénus de Médicis, avec Glykon et Sosibiôs, avec Pasitélès el tant d'autres qui ont exécuté des copies d'anciens chefs-d'œuvre, avec les praticiens qui mit modelé les innombrables statues gréco-romaines trouvées dans les fouilles d'Athènes, d'Olympie ou de Delphes.
D'autres artistes de l'époque hellénistique onl cherché du nouveau. Ils mil aime le réalisme, rumine l'auteur de l'Esclave sci/llie, connu sous le nom de Rémouleur, ou les sujets de genre, comme les auteurs de ['Enfant à Voie, de la demie fille au serjienl, de tant d'autres fantaisies dont les répliques égayenl les galeries de nos musées. On a exécuté aussi beaucoup de poi trails de rois' ou
MustV du Louvre.
l'oie
de personnages historique
te
AT II EN A gOM BATTANT LES GÉANTS
•jraude frise de l'adlol de Pergame; première moitié du u* siècle av. nuire ère.
pémosthene du Vatican. Des artistes d'Alexandrie, i i va I i sa n I a v or I a peinlui e, onl imaginé le bas-relief pittoresque ou le groupe pittoresque, donl on peul se faire une idée pai le NU du Vatican.
l '.llli II trois écoles célèbres oui lento de
créer un art tout nouveau, moins harmonieux Sans doute et
beaucoup moins pur que l'ancien arl grec,
mais puissant parfois da n s so n ra rfi u e ment : l'école de Pergame, avec Isigonos, Slratonicos, Anligon o s , Ni k e r a I o s ; l'école de Traites, a voe A po 1 1 u n i os ; l'école de Rhodes, avec Chai ès, Alheno-
L'ART GREC
doros et Polydoros. L'école île Rhodes est représentée surtout pour nous par le btocoon du Vatican, œuvre d'Allienndoros, de Polydoros et d'Agesandros ; l'école de Traites, par le Taureau Farnèse du musée deNaples, œuvre d'Apollonios et de Tauriskos.
C'est à Pergame que l'arl hellénistique se présente sous son plus beau jour. Dos fouilles nous ont rendu en partie les trésors artistiques entassés sur leur Acropole par les Attales et les Eumènes. L'ancienne capitale îles Attalides occupe une série de terrasses qui se dominent l'une l'autre. Sur les pentes inférieures de la colline s'étend la ville basse, où l'on suil le tracé des rues bordéesde iu;iis(ins ou de portiques. Au-dessus, l'Agora, entourée
de galeries, un petil temple de Dionysos, el une plate-fori l'où
l'on gagne le théâtre. Plus liant, le grand autel de Zeus et d'Athêna, que bordaient de longues Irises sculptées, aujourd'hui à Berlin. Si l'on s'élève encore, on rencontre une porte qui donne accès à l'Acropole proprement dite. On débouche sur une esplanade, qu'entourent le temple d'Athêna Nikephoros el deux grands portiques à balustrades ornées de trophées. Là étaienl la célèbre bibliothèque, nu musée de rliefs-d'u'uvro de l'ancienne sculpture grecque, el tout un peuple de statues royales ou prinrières. Au sommet du rocher, le palais du roi et un grand temple. Toul cela dans un site merveilleux, mais avec un goût de là symétrie qui annonce l'arl romain ou l'art moderne. Pendant plusieurs générations, les sculpteurs de Pergame travaillèrent à embellir cette Acropole. Nous possédons d'eux un ensemble d'oeuvres imposant: la série des ex-voto d'Attale 1er, ces Amazones, ces Gaulois mourants ou blessés, qui rappelaient les victoires sur les Gaulois d'Asie; les deUX Irises de l'autel de /.eus, dont la grande représente la Lutte îles dieux contre les gémit*. L'exécution en est inégale el heurtée; l'énergie n'y va point toujours sans l'emphase; mais on ne saurait y méconnaître l'habileté technique, la puissance du rendu, la hardiesse heureuse du réalisme, le don de la vie el du mouvement.
En somme, l'arl alexandrin, en ce qu'il a de meilleur et d'original, est un art nouveau, qui rompt avec les traditions helléniques, mais qui annonce par certains côtés l'art moderne. Il a exercé une très grande action sur l'art romain, qui a hérité de lui l'ordre composite, la tradition et le goût des vastes proportions, du bas-relief historique, de la mosaïque, de la peinture décorative, de la vaisselle d'or et d'argent. On saisit sur le vif cette influence prédominante devant les fresques ou les mosaïques de Pompéi, devant les bronzes d'Herculanum et tous les trésors du musée de Naples.
Nous voici à l'extrême limite de cette longue évolution de l'art hellénique. Il peut être utile, en terminant, de jeter un
coup d'oeil sur le chemin parcouru, pour y bien marquer les étapes et y jalonner les conquêtes. Depuis le temps des plus anciens monuments que l'on rencontre sur le sol de l'IIelladc jusqu'aux dernières créations de t'alexandrinisnie il s'est écoulé plus de dix siècles. Dix siècles d'efforts persistants, de tendances et d'ambitions assez divergentes et de succès inégal, mais jamais stériles et jamais indifférents. Presque chaque époque a eu sa physionomie distincte; et pourtant l'on observe une certaine unité dans la diversité des aspects. Quelques traits dominants ont toujours persisté : à plusieurs reprises, l'art un e a pu se renouveler, même se transformer, sans cesser d'être l'art grec.
Ce qui frappe d'abord l'observateur le plus superficiel, c'est l'extraordinaire fécondité du génie architectural ou plastique et des arts du dessin. C'est par centaines et par milliers que se présentent à nous les noms d'artistes, connus soit, par Pausanias ou Pline, ou d'autres auteurs, soit, par les innombrables signatures relevées de nos jours sur les bases îles statues, les pierres gravées ou les monnaies. Depuis plus d'un demi-siècle, on fouille sans trêve le sol hellénique; et partout, depuis la Sicile jusqu'à la Thrace ou la Crimée, depuis l'Asie .Mineure jusqu'à la Cyrénaïque ou l'Egypte, on voit sortir de terre, des nécropoles ou des ruines, les témoins de cette merveilleuse fécondité de l'art. Tous les grands musées d'Europe sont peuplés de marbres grecs, de copies ou de répliques des marbres grecs. La 'Grèce moderne, enrichie par tant de fouilles, réussit malaisément a loger toutes les trouvailles. Le musée de l'Acropole est encombré; l'admirable musée national d'Athènes, où l'on suit de salle en salle toute l'histoire du génie hellénique, n'était pas terminé qu'il devenait trop étroit; et les touristes doivent courir d'Olympie à Délos, de Delphes à Sparte, à la recherche des musées locaux annexés aux ruines. Chaque année, la Grèce ancienne déborde un peu plus sur la Grèce moderne.
Ce génie si fécond a été, plus encore, un génie original. Dans le fouillis de nos vieux musées ou d'une collection d'amateur, dans le bric-à-brac d'un marchand d'antiquités, un œil un peu exercé reconnaît aussitôt une œuvre grecque : le modelé, la justesse et la pureté des lignes suffisent à trahir la provenance. C'est donc que cet art grec est un. malgré la diversité de ses manifestations, et qu'il ne ressemble à aucun autre. D'abord, il
est profondé ni humain: il ramène sur la terre jusqu'aux
dieux: il ne cherche ni à effrayer ni à surexciter l'imagination, ni à grandir ni à rapetisser les Choses; dans la nature, il ne voit que l'homme, et, dans l'homme; le Crée II ne vise qu'à
Musûu de N'aplcs.
LES JOUEUSES d'oSSELETS Peinture grecque trouvée ù Herculanum.
plmt Ginuidon- APPLIQUE EN BU ONZE
M () N N A I I. Iil S V II A ( . I s K
DESS1 S l> E IK) I I E A MIROIR
Mu bronze.
bien comprendre son modèle, sauf à en lirer tout ci- que ci' modèle contient de beauté. Aussi la, constante préoccupation des maîtres a-t-elle été le sens des proportions humaines. Ces proportions, l'âge archaïque les a cherchées avec une obstination jamais lasse; l'âge classique les a découvertes et lixées ilans des canons théoriques et des chefs-d'œuvre; l'âge alexandrin les a observées encore, mais en les concevant autres. Aux yeux des modernes, cette merveilleuse entente des proportions, cette sûreté et cette mesure dans la hardiesse, est à coup sûr la caractéristique de l'art grec.