SIMON V O U E T
LA PEINTURE
Pendant le règne de Henri IV, depuis qu'il est définitivement devenu le roi de France, et pendant la première partie du îè^ne de Louis XIII, la peinture française parcourt une période assez indécise et sans grand éclat. L'École de Fontainebleau tombe de plus en plus dans les excès d'un michel-angélisme assez mal compris avec Martin Fréminet ( [1657-16I9J , chapelle du château de Fontainebleau). Ambroise Dubois, d'origine tlamande (1543-1619), peint pour le Luxembourg une assez froide Histoire de Théagène et de C/tariclée. Dubreuil, Fr. Quesnel, Bunel, surtout aidé de sa femme Marguerite Bahuche, décorent la galerie du Louvre, aujourd'hui galerie d'Apollon, appelée alors galerie des rois parce que les portraits des rois, et des reines s'y trouvaient à côté de grands sujets empruntés à la Bible ou à la mythologie, principalement aux Métamorphoses (V Ovide; tout cela a été détruit dans un incendie.
Le grand peintre que la France attendait, elle croit l'avoir trouvé dans Simon Vouet (1590-1649). Certes ce n'était pas le premier venu, en dépit de l'injuste oubli où on le laisse aujourd'hui, que ce peintre français qui, habitant Home, était élu à trente-quatre ans prince de l'Académie de Saint-Luc. Appelé à Paris en 1627 pour être premier peintre du roi, il y déploie son élégante facilité, dans des décorations au
palais Cardinal, au château de Hueil, à
l'hôtel Bullion, à l'hôtel d'Effiat (à Chilly), à l'hôtel Séguier, à l'hôtel Bretonvilliers, qui presque toutes ont disparu; mais nous avons au Louvre une Présentation au tem/de et des Figures allégoriques qui justifient en partie l'engouement des contemporains.
Cependant arrivait alors plus lentement à la gloire, mais à une gloire plus durable, un peintre originaire de Normandie, mais établi à Home, où il devait passer la plus grande partie de sa vie : Nicolas Poussin (1594-1665). Quelques réserves que l'on fasse sur certaines parties de son talent, Poussin est un homme de génie, un grand peintre aussi bien qu'un grand esprit. Sans doute on ne trouve pas en lui cette Heur d'imagination, cette puissance créatrice du type que l'on admire dans Vinci ou Raphaël; mais il n'y aurait rien de plus injuste que de lui refuser le mérite de l'invention. Il n'y a pas de peintre, au contraire, qui dans la mul-
ti pli cité et la variété de ses sujets, dans l'ordonnance, le geste, l'expression toujours juste el souvent profonde, en ait montré davantage et se soit moins répété. Quant à ses qualités de
peintre, où trouver un plus beau dessin, une facture plus habile que dans les cadavres d'enfants de la Peste des Philistins'] Pour le paysage historique, qui a son origine à Bologne (Ann. Carçache, Dominiquin, Griinaldi), il est un maître incontesté.
Poussin fut appelé à Paris (1640) par Richelieu et Louis XIII.
Mais, malgré les efforts faits pour le retenir, Poussin retourna dès qu'il le put dans sa tranquille retraite du Monte Pincio. C'est là qu'il passa les dernières années de sa vie, toujours passionné pour la nature qui lui donnait les éléments de ses nobles compositions.
Le talent de Poussin est très égal. Aussi est-il difficile de choisir dans son œuvre. Signalons cependant la Mort de Germanicus (1627) et la suite des Se/it Sacrements, exécutée pour son protecteur italien Cassiano del Pozzo, sujet qu'il reprit plus tard, à la demande de son protecteur français M. de Chanteloii, le Triom/dte de Flore, l'Enlèvement des Sabines, les Aveugles de Jéricho, Saint Paul enlevé au ciel, Saint François -Xavier ressuscitant une jeune fille, Diogène, les Bergers cCArcad'e, le Déluge, enlin le portrait du peintre par luimême. Poussin fut de son vivant même considéré comme un chef d'école et peu de temps après sa mort naissait la « Querelle des poussinistes et des rubenistes ».
Poussin survécut à son jeune émule Eustache Le Sueur (1617- 1655), qui fut le contemporain de Le Brun et de Mignard, mais dont nous devons parler tout d'abord, car sa mort prématurée ['a classé tout entier dans la seconde période de l'art du xvne siècle, tandis que ses condisciples dominent la troisième.
Le Sueur, qui imite d'abord Voue!
[Y Annonciation , dégage bientôt son originalité simple el sincère dans les sujets les plus divers, à l'hôtel Lambert [Salon des Muses et Cabinet île l'Amour), comme aux Chartreux Vie de saint Bruno . Il est .inégal, son dessin est parfois insuffisant, sa couleur parfois bien froide; mais il a cette naïveté, cette émotion communicative, qui manquent à la plupart des artistes de son temps, même les plus grands. Peu de compositions sont plus touchantes que sa Descente de Croix; que ses tableaux : la Sainte Véronique, le Noli me tangere, la Mort de saint Bruno, l'Apparition de sainte ScholaStique à suint Benoit.
Un nombre considérable de peintres se presse autour de Poussin et de Le Sueur: Fr. Perrier, Mosnier, Blanchard, Stella, Laurent de La Hyre; les Beaubrun, deux des meilleurs parmi ces portraitistes trop oubliés qui continuent la tradition du xvie siècle franco-flamand.
Mais comme portraitiste, aussi bien que