HOTEL DE VILLE DE LOUVAIN (BELGIQUE
En Allemagne, l'accession des formules gothiques a été beaucoup plus lente. L'esprit conservaleur de la puissante école romane des bords du Rhin formait une barrière hostile au vent de réforme qui souillait de la France. Les constructeurs rhénans pratiquèrent imperturbablement la voûte en berceau, la voûte d'arêtes à la romaine et l'arc en plein cintre. Ce système d'architecture était encore florissant au commencement du xni° siècle. L'Allemagne est donc de près d'un siècle en retard sur la France. Les essais tentés par les cisterciens n'avaient
pas été suivis par l'architecture séculière; le pays qui devait plus ta rd s'éprendre' si ar-
dei enl de I'es-
thétique gothique y avait d'abord été réfractaire.. Bief, ce n'est qu'après 1"2"20 que le style gothique apparaît dans los pays rhénans avec ses caractères décisifs. Il surgit tout à coup au dôme de Trêves (1227), à la grande église de Limbourg-su r- Lahh, achevée en 1242, à Saint- Géréon de Cologne, a u X parties a n ciennes de la cathédrale de Slrasbourg plan français avec chœur rayonnait! . L'inlluence îles styles soissonnais cl champenois esf parfaitement inconnaissable dans ces édifices. Vers le milieudu un'siècle, le nouveau style gagne des points plus éloignés (Nauinbourg, Ralisbonnc, Bamberg). La cathédrale de Bamberg est certainement la plus remarquable de ces œuvres mixles où persiste le souvenir des pratiques romanes.
( !'( si ;'i Bamberg et lieims, que prend naistendance au
à Naumbourg, sous un souille venu de sance l'école de sculpture allemande, avec sa forl réalisme et son sens inné du portrait. Il suffi! de rappeler les chefs-d'œuvre iconographiques qui décorenl ces deux cathédrales el surfout le portrail équestre de Conrad III. De 1263 à 1278 esl réédifiée la charmante église de Wimpfen, foute champenoise d'aspect; un document contemporain la qualifie d'opus francigenum, •< ouvrage français ... L'inlluence directe de la fiance allait d'ailleurs s'affirmer d'une façon plus éclatante encore dans le chef-d'œuvre de l'ail gothique en Allemagne, l'immense ef magnilique cathédrale de Cologne, dédiée à saint, Pierre. On admet aujourd'hui généralement que le plan de la cathédrale de Cologne a été fourni par un architecte français, venu de Picardie; c'est un compromis entre celui de la cathédrale d'Amiens et celui de la cathédrale de Beauvais. Quoique
LE STYLE GOTHIQUE
ce célèbre édifice soit le plus vaste qu'ait produit l'art gothique, il ne saurait en aucune manière être con.paré aux prototypes l i a m ais.
I Test un prodige de statique, un chef-d'ceu\ re de hardiesse et de raison, dont la brillante unité n'a guère d'égale que celle de SainK tuen de Rouen ; mais c'est une œuvre sèche, dénuée de qualités émotives, une montagne de pierre devant laquelle le véritable artiste reste froid. D'ailleurs elle n'a pas eu d'i n 11 u e n c e propre. I.e slyle golhique particulier à l'Allemagne s'est formé, à la fin du mu" siècle, dans un groupe d'édifices dont l'église de Fribourg-en-Brisgau et la cathédrale de Strasbourg sont les représentations les plus accomplies. L'architecture de cette dernière, œuvre d'Erwin de Steinbach, est capitale dans l'histoire du développement de l'art gothique en Allemagne; la façade est sa création personnelle et sûrement les fameuses figures des Vierges folles et des Vierges sages ont été exécutées sous sa direction. La flèche, œuvre de Jean Hulz, de Cologne,
est maigre et anguleuse. Quant à l'église de Fribourg-en-B:isgau, elle doit être considérée comme le produit le plus complet, le plus riche et le plus délicat du gothique allemand. Sa libelle à jour est un chef-d'œuvre.
Dans les Flandres, mêmes tendances au réalisme qu'en Allemagne; nous en parlerons à propos de la sculpture. Sous l'inlluence non moins directe de la Fiance, ces riches provinces ont cherché à leur tour la formule
d'un gothique personnel; elles ne l'ont trouvé qu'au xve siècle, dans des édifîcesde style flamboyant, parmi lesquels il faut citer, citer en première ligne, le beffroi de Bruges, l'hôtel de ville de Bruxelles, celui de Louvain et l'audacieuse flèche de la cathédrale d'Anvers.
Lu Espagne, pays de reflet, la pénétration gothique est d'abord toute française (xme et xive siècle), puis toute flamande (xv*). Les cisterciens y accomplissent leur besogne habituelle d'éclaireurs, de pionniers de la première heure; ils édifient, au début du xiii0 siècle, de vastes églises comme celles de Lerida, de Valde-Dios (bâtie, vers 1200, par un architecte du nom de Gauthier),
Phot. Neurdein.