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LE MUSEE-BIBLIOTHEQUE

A mon ami Marcel REYMOND.

En souvenir de notre amour commun pour l’Art et le Dauphiné .

Le Musée de peinture et de sculpture de Grenoble (le Muséum, comme on disait autrefois) a été fondé le 28 pluviôse an VI (16 février 1798) par arrêté de l’Administration centrale du département de l’Isère, sur la demande d’un certain nombre d’habitants de la ville et à l’instigation de M. Jay, professeur de dessin, premier conservateur désigné de nos collections J. Il fut formé : i° de tableaux et d’objets d’art recueillis dans le département lors de la vente des biens nationaux ou qui faisaient partie de l’ameublement de l’ancien hôtel Lesdiguières ; 20 des dons du gouvernement et de divers particuliers ; 3° d’achats faits à Paris par M. Jay avec le produit d’une souscription publique.

Ces précieuses collections furent installées en 1800 dans l’ancien évêché, puis transférées, en 1802, dans l’ancien collège des jésuites devenu aujourd’hui le lycée de filles.

Nos galeries 11e tardèrent pas à s’accroître par des envois

1 Depuis sa fondation le Musée de Grenoble n’a eu que quatre conservateurs : Louis-Joseph Jay, 1797-1815; Benjamin Rolland, 18 i 7-1 853 ; Alexandre Debelle, 1853-1887 ; et enfin M. Jules Bernard, conservateur depuis 1887.

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importants de l’État, par d’heureuses acquisitions de nos municipalités et par des dons particuliers.

Gomme bien l’on pense, les salles du lycée ne tardèrent pas à devenir trop petites en présence d’un tel afflux d’œuvres d’art, et il fallut bientôt songer à construire un bâtiment spécial, beaucoup plus vaste.

Le Musée actuel, édifié sur les plans de l’architecte Questel, a été inauguré en 1870 ; il a coûté — qu’on me pardonne ce détail utilitaire — une somme de 1.700.000 francs à la ville et au département. C’est un des modèles les plus remarquables des édifices que l’on est convenu d’appeler du nom un peu barbare de Musée-Bibliothèque. Il comprend quatre salles de peinture, trois de sculpture, deux salles de meubles anciens, de porcelaines, ivoires, bronzes, étoffes ; deux salles d’objets et meubles d’Orient et d’Extrême-Orient, une salle de gravures, enfin une superbe Bibliothèque qui occupe la moitié du palais.

Salles de peinture. — La première des quatre salles de peinture est consacrée aux maîtres de l’ancienne École française. On y remarque de beaux portraits du xvie siècle et des toiles très importantes de Simon Vouet, Claude Lorrain, Lesueur, Mignard, Lebrun, Jouvenet, Largillière, Rigaud, Desportes, Van Loo, Watteau, Pater, Fragonard, Gérard, Vernet, David, etc...

Dans la deuxième salle, qui est pour ainsi dire la salle d’honneur, sont disposées : sur le côté droit, les Écoles flamande et hollandaise ; sur le côté gauche, les Écoles italienne et espagnole; une belle mosaïque romaine du 111e siècle provenant de Vienne (Isère), occupe le milieu de la salle.

On remarquera dans les Écoles flamande et hollandaise : le superbe Saint Grégoire de Rubens, des toiles de Van Dyck, Crayer, Jordaens, Van der Meulen, Snyders, Pli. de

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Champaigne, Rembrandt, Van Eeckhout, Van Ceulen, Ferdinand Bol, Simon de Vos, Hobbema, Ruysdaël, Van den Velde, etc... ; dans l’Ecole italienne : de beaux retables des xiy6 et xve siècles, des tableaux de Palmegiani, Perugin, Solario, Bernardino Licinio, Paul Véronèse, Tintoret, Ganaletto, Guardi, Strozzi, etc... ; dans l’Ecole espagnole : un Ribera, quatre Zurbaran provenant de la galerie Montpensier, un Goya, etc...

Parmi les tableaux du Musée il en est un d’une importance tout à fait exceptionnelle, non seulement par sa beauté, mais par son intérêt historique, c’est le Saint Grégoire de Rubens. En i5o6 Rubens faisait un Saint Grégoire pour le maître-autel de la Chiesa Nuova à Rome. Mais lorsqu’on plaça ce tableau, l’éclairage était si mauvais qu’on ne le voyait pas et Rubens remplaça sa première œuvre par trois compositions qui furent encastrées dans la paroi du chœur où elles sont encore actuellement. Rubens reprit son premier tableau, le garda dans son atelier, cherchant en vain à le vendre et il le rapporta dans les Flandres. Plus tard nous le retrouvons à l’abbaye de Saint-Michel d’Anvers sur le tombeau que Rubens éleva à sa mère et à sa femme. C’est le tableau qui est aujourd’hui au Musée de Grenoble. Mais est-il bien exactement celui que Rubens avait peint en i5o6? Voici ce que M. Marcel Reymond écrit sur ce point dans son Grenoble et Vienne : « Ce tableau est d’une telle beauté, il est si supérieur à tout ce que Rubens a fait en Italie, il est si différent des tableaux qui sont encore en place à la Chiesa Nuova, il possède déjà à un si haut degré toutes les qualités de sa manière flamande, qu’il me semble impossible de ne pas admettre que le tableau a été fortement retouché ou plutôt entièrement repris par Rubens après son retour dans les Flandres. Cette supposition est corroborée par l’existence d’une gravure de Van der Sande qui représente le même sujet que le

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tableau de Grenoble, mais avec des différences telles qu’on peut supposer qu’elle nous fait connaître le tableau dans son état primitif, tel qu’il était avant que Rubens ne l’eût modifié. Je conclurais donc que nous avons un tableau qui, par sa composition, par le dessin général des personnages, appartient à la manière italienne de Rubens, mais qui, par la splendeur du coloris et la merveilleuse habileté de l’exécution, ne peut qu’appartenir à la période flamande, postérieurement à la Mise en Croix et à la Descente de Croix de la cathédrale d’Anvers. »

Nous citerons encore deux tableaux qui offrent un intérêt historique particulier. Dans les Chevaliers du Saint- Esprit de Ph. de Champaigne, on voit les portraits de Louis XIV et de son frère le duc d’Anjou et ceux des grands dignitaires de l’Ordre, Michel Letellier, Noël de Bullion et deux Dauphinois, Abel Servien et Hugues de Lionne. — Le tableau de Van der Meulen, représentant une des Cérémonies du mariage de Louis XIV, est intéressant non seulement par la variété des costumes, depuis ceux du Roi et des grands seigneurs jusqu’à ceux de l’armée, de la bourgeoisie et du peuple, mais aussi par une admirable vue des quais de Paris nous faisant connaître le Louvre tel qu’il était en i663, alors qu’on travaillait aux constructions de Le Vau et avant que la colonnade de Perrault ne fût commencée.

Disons aussi brièvement un mot de quelques tableaux qui méritent de provoquer les discussions des critiques : c’est le Portrait de Rembrandt, dont l’attribution n’est pas absolument certaine, mais que nous croyons pouvoir attribuer au maître en le rapprochant des œuvres faites en i65o, notamment du Vieillard de Strasbourg, du Marchand Juif de Londres, et du Frère de Rembrandt de la Haye ; — c’est le Portrait d’homme , selon nous trop hypothétiquement attribué à Fragonard, — le Portrait de Van Volden , de

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l’École hollandaise, belle œuvre dont hauteur n’est pas encore déterminé, — le Portrait d' homme qui, acheté comme un Velasquez, est catalogué actuellement parmi les inconnus de l’École espagnole, — la Bacchante qui porte le nom de Luca Giordano, maître facile qui n'a sans doute jamais fait un morceau d’une telle qualité de peinture, — les Musiciens , donnés comme un Watteau, et qui auraient un intérêt tout à fait spécial si cette attribution pouvait être considérée comme certaine ; ils nous montreraient ce maître plus dépendant de l’Ecole vénitienne qu’il ne l’est dans aucune autre de ses œuvres.

Les troisième et quatrième salles contiennent les œuvres des peintres dauphinois et des maîtres de l’École française moderne. Nous n’insisterons pas sur les maîtres de l’École moderne, mais on nous permettra de consacrer quelques mots aux artistes grenoblois, et parmi ces derniers nous citerons d’abord les disparus.

Achard (1807-1884), paysagiste, qui fut le maître d’Harpignies, et dont le nom devrait figurer sur le catalogue du Louvre, n’a pas eu la réputation qu’il méritait. Il peignit d’abord de façon un peu sèche, mais dès 1847, grâce aux conseils de ses amis Corot et Français, il modifia sa manière d’interpréter la nature ; son coloris devint plus brillant, ses ombres gagnèrent en transparence et l’ensemble dégagé de tous les détails inutiles devint une synthèse précise et pleine de poésie. On peut citer, comme type de la deuxième manière du maître, le tableau intitulé : La Chaumière.

Fantin-Latour (1836-1904), fils d’un peintre dauphinois, dont il fut l’élève, et d’une Russe. Sa nature artistique se ressentit de ces deux origines. Il fut un grand poète, cherchant à tirer ses principales inspirations des œuvres mythologiques et des compositions musicales des grands maîtres du xixe siècle, Schumann, Wagner, Berlioz, etc... Les

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toiles de Fantin-Latour se rencontrent dans les principaux musées de l’ancien et du nouveau monde.

Ravier (1814-1895), né à Lyon, mais qui a peint toute sa vie en Dauphiné, Ravier le maître de la lumière, dont les œuvres ont fini par forcer les portes du Louvre et qui fut le précurseur des paysagistes impressionnistes — je parle de ceux qui savent dessiner et peindre.

Faure (1825-1878), excellent peintre de portraits, très estimé à la cour de Napoléon III. Il fut le peintre de la volupté et de la femme et a laissé un nom réputé parmi les artistes de la seconde moitié du xixe siècle.

Rahoult (1819-1874), avec sa finesse d’observation, sa verve spirituelle, son piquant coloris, a été le peintre charmant des scènes de la vie dauphinoise. Un de ses chefsd’œuvre est l’illustration du poème dauphinois, Le Grenoblo Mcilhèrou , pour lequel George Sand a écrit une préface. Rahoult a fait de ce livre une véritable collection des sites, des monuments et des costumes grenoblois.

Follet, paysagiste (1816-1808) ; Blanc-Fontaine, peintre de genre (1819-1897) ; Bellet du Poisat, peintre d’histoire (i823-i883); Ravanat, Pilliard, Gautier, Bouvier et enfin le doux et sympathique abbé Guétal (1841-1892) qui a été le chef de l’Ecole dauphinoise des peintres de la montagne.

Hébert (1817-1908) l’ancien directeur de l’Ecole française de Rome, le grand peintre idéaliste que la mort, au moment même où j'écris ces lignes, vient d’enlever à l’admiration de ses contemporains et à la respectueuse et profonde affection de tous les Grenoblois. J’ai tenu à donner dans ce livre, parmi d’autres belles œuvres du maître, la reproduction de Notre-Dame de la Délivrance , le chef-d’œuvre dont Hébert fit pieusement hommage à la petite église de La Tronche, faubourg de Grenoble, en témoignage de sa

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gratitude pour le départ anticipé des troupes allemandes après nos désastres de 1870-71.

Puis viennent par ordre alphabétique : d’April, Bastet, Bernard, conservateur du Musée, Bertier, Félix, Gay, Guiguet, ïïareux, le peintre des clairs de lune et des hautes montagnes, Leriche, etc.

Ce groupe compact de peintres de talent, dont chacun tient à honneur de conserver son originalité et son indépendance, constitue l’intéressante école dauphinoise actuelle; elle est pleine de promesses pour l’avenir.

La peinture moderne, en dehors des peintres locaux, est inégalement représentée ; citons : Ary Scheffer, Delacroix, Diaz, Cabat, Français, Harpignies, Breton, Ilenner, Gustave Doré, Ricard, Bonnat, de Neuville, Roybet, Détaillé, Bastien-Lepage, Brouillet, Rochegrosse, Sisley, Vayson, Pelouse, Besnard, etc.

Une petite salle qui se trouve à l’extrémité des salles de peinture contient les portraits des célébrités dauphinoises ; on y remarque un bon portrait de Beyle-Stendhal par Dedreux-Dorcy ; le portrait de Marie Yignon, seconde femme de Lesdiguières ; le portrait, médiocre mais curieux, de Mme de Tencin, etc.

Salles de sculpture. — Les salles de sculpture, dont les murs servent également à exposer le trop-plein des peintures, sont au nombre de trois, et sont disposées parallèlement aux salles de peinture.

Depuis quelques années, nous nous sommes occupés d’une façon spéciale de la création d’un musée de sculpture dauphinoise par la réunion de pièces originales ou de moulages qui sont exposés dans la première salle du Musée. Nous avons acquis récemment une Mosaïque romaine provenant du Palais des Empereurs à Sainte-Colombe près Vienne, diverses statues en pierre et en bois, du moyen

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âge, dont l’une remonte au xne siècle. Nous sommes en pourparlers pour faire exécuter des moulages des chapiteaux de la crypte de Saint-Laurent de Grenoble, qui sont en France des pièces uniques de l’art du vie siècle, et de quelques-unes des sculptures de l’Abbaye de Saint-Antoine, et de Saint-Maurice de Vienne, qui comptent parmi les plus belles œuvres de la sculpture française du xv° siècle.

Au début du xvie siècle, un important monument de style Renaissance se construisit à Grenoble, le Palais de Justice. Notre Musée possède une série de bustes, dits Bustes des Dauphins, qui décoraient primitivement un passage du Palais. — Par suite des réparations récentes, qui ont modifié les salles décorées de boiseries du xvie et du xvue siècle, notre Musée a recueilli divers fragments de ces admirables boiseries.

Au xvie siècle, l’École de sculpture grenobloise a donné à la Cour de France toute une famille de sculpteurs, les Jacquet, dits Grenoble, qui ont travaillé à Paris depuis le règne d’Henri II jusqu’à celui d’Henri IV. On trouvera au Musée plusieurs moulages de leurs œuvres. Enfin, diverses autres œuvres de sculpture, notamment un buste de Lesdiguières, disent quelle fut l’importance de Part à Grenoble au xvne siècle, sous le gouvernement du Connétable.

Dans la première salle du Musée qui est consacrée spécialement à ces œuvres dauphinoises on admirera aussi une stèle grecque, des bustes antiques de premier ordre, des sculptures italiennes et notamment un merveilleux buste de Benoit XIV. ün serait tenté d’attribuer cet admirable buste à Piétro Bracci, le sculpteur attitré de Benoit XIV, qui a sculpté le tombeau de ce Pape à Saint-Pierre, mais cet artiste n’a jamais fait une œuvre d’une telle valeur. Il est probable que ce buste fut apporté en Dauphiné par le Cardinal de Tencin.

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Deux autres salles de sculpture contiennent des œuvres modernes et un grand nombre d’aquarelles et de dessins de maîtres. Nous citerons parmi les statues de ces deux salles des œuvres de Pradier, Husson, Falguière, Rodin, Vital-Cornu, Chaplain, Gardet, des bronzes de Meissonier et les sculptures des artistes dauphinois, Sappey, Rambaud, Ding, Irvoy, Eustache Bernard, Basset, Davin, Drivier, etc.

Au premier étage, auquel conduit un escalier dont le vestibule est décoré de moulages provenant du Trocadéro, on trouve les collections de meubles (ioo grands meubles anciens et un grand nombre de vitrines contenant des émaux, des ivoires et des porcelaines) données par M. Genin et M. Chevalier, de Saint-Robert; une collection d’étoffes anciennes donnée par la famille Blanchet de Rives ; des momies, des étoffes et de nombreux objets provenant des fouilles de M. Gayet, à Antinoé. Ces collections remplissent deux grandes salles ; deux autres salles sont consacrées aux meubles, bijoux, porcelaines, étoffes et armes que j’ai rapportés d’Orient et d’Extrême-Orient et auxquelles on a bien voulu donner mon nom.

Au second étage, une petite salle renferme une collection de gravures. On y remarque les œuvres des graveurs dauphinois et notamment celles de Fantin-Latour, Charapollion, Didier, Pirodon, Vyboud, Dupont...

Le Musée comprend actuellement 700 peintures, 200 sculptures, 2000 dessins, sans parler de toute la série des objets formant le Musée archéologique, le Musée Genin et le Musée d’Extrême-Orient.

C’est au zèle passionné et éclairé de M. Bernard, artiste peintre, conservateur du Musée, que l’on doit l’organisation méthodique et par Ecoles des salles de peinture et de sculpture et l’heureux choix des œuvres d’art acquises depuis vingt ans par la ville. Je tiens particulièrement à

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le remercier ici du concours précieux qu'il m’a apporté dans la préparation de ce volume.

Bibliothèque . — La Bibliothèque occupe une superficie égale à celle des salles de peinture ; elle a pour origine l’acquisition faite en 1771 de 34.000 volumes de la bibliothèque de Jean de Caulet, évêque de Grenoble, et le don fait quelques années plus tard (1777), par les Antonins de ! abbaye de Saint-Antoine, de leurs livres, tableaux et objets d’art. Vers la même époque, l’ordre des avocats abandonna à la ville les 6.000 volumes de sa bibliothèque. Enfin, en 1 8 1 3 , les précieux manuscrits et incunables de la Grande Chartreuse vinrent s’ajouter aux fonds précédents.

Notre bibliothèque possède aujourd’hui : 5. 000 manuscrits, 54o incunables, 200.000 volumes imprimés, 2.000 autographes et 1 5.000 médailles.

Parmi les livres les plus précieux de la Bibliothèque nous citerons le Catholicon imprimé en 1460 par Gutenberg à Mayence, un exemplaire admirable — unique en son genre — des poésies de Charles d’Orléans et de nombreux manuscrits avec miniatures des xne, xme, xiv® et xve siècles. Nous avons reproduit quelques-unes de ces miniatures à titre de spécimen. Nous signalerons entre autres un curieu x portrait de Jeanne d' Arc , daté de 1 435.

La collection des autographes comprend des lettres de Bayard, Lesdiguières, Fénelon, Expilly, Vaucanson, Barnave, Champollion, Berlioz. On remarquera particulièrement l’importante collection des manuscrits de Beyle-Stendhal, qui, au cours de ces dernières années, a donné lieu à tant de publications intéressantes.

Les vitrines de la salle principale contiennent des bronzes romains et des bronzes de la Renaissance, de toute beauté, provenant de l’Abbaye de Saint-Antoine, parmi lesquels on admire une pièce hors ligne, une Vénus , chef-d’œuvre de

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l’art grec du ive siècle ; des manuscrits, des objets d’antiquité et spécialement le célèbre casque mérovingien en cuivre doré, découvert en 1870 à Vézeronce, près de Morestel, dans la plaine où se livra, en 5u4, un combat célèbre entre Francs et Burgondes, où Clodomir, fils de Clovis, trouva la mort. Dans la même vitrine est exposé un croissant de jadéite, dernier vestige des cultes druidiques, exemplaire unique, croyons-nous, et une intéressante statuette en bronze du dieu gaulois Taranis, dont le costume donne de précieuses indications sur les vêtements portés dans les Gaules au début de notre ère.

Sur les bahuts et vitrines, où sont exposés les bustes de Dauphinois célèbres, on peut admirer un buste de Lesdiguières par J. Richier, un superbe buste de Barnave par Houdon, deux vases en onyx de style Louis XVI, etc.

Parallèlement à la grande salle de la Bibliothèque qui est un modèle au point de vue architectural, et qui est décorée de belles peintures de Rahoult et de Blanc-Fontaine, se trouvent une salle de lecture pour cinquante personnes et dévastés locaux consacrés à la réserve des livres. M. Maignien, le très distingué conservateur de la Bibliothèque, a rédigé un remarquable Catalogue du fonds Dauphinois de la Bibliothèque de Grenoble (en cours de publication). Cet ouvrage complétera admirablement les autres publications bibliographiques de Fauteur, les Artistes grenoblois , Bibliographie de la Révolution à Grenoble , B Imprimerie et les Imprimeurs à Grenoble, Catalogue des Incunables de la Bibliothèque de Grenoble , etc.

Telles sont en quelques paroles brèves les explications qu’il importait de donner au lecteur avant qu’il ne tournât les premières pages de ce livre.

Le Musée de Grenoble est, dirons-nous en terminant, l’un des plus beaux musées de province; c’est aussi l’un des

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mieux ordonnés. La Bibliothèque est la plus riche et la plus somptueusement installée de toute la France, après les Bibliothèques de Paris, bien entendu.

Que le lecteur me pardonne ce petit accès de lyrisme, mais je ne puis parler sans attendrissement de la ville où j’ai été élevé — ma petite patrie — et surtout de ce cher Musée où tout jeune, au contact de nos vieux maîtres dauphinois, j’ai été initié au culte de l’art et de ce qui est beau. Son souvenir ne m’a jamais quitté pendant mes longues campagnes lointaines et c’est pour le rendre plus concret et plus tangible que j’ai saisi avec un empressement absolument égoïste, mais excusable, l’occasion d’écrire et de publier ce petit livre b

Général de Beylié.

1 Consulter le Catalogue du Musée de peinture et sculpture, par M. J. Bernard, conservateur du Musée et la Notice de M. Maignien, conservateur de la Bibliothèque, sur la Bibliothèque et les collections Genin. Voir aussi les ouvrages de M. Marcel Reymond : Etude sur le Musée de Grenoble ; Le Palais de Justice de Grenoble; les Villes d’ Art célèbres: Grenoble et Vienne, etc., etc.

On peut se procurer au Musée de Grenoble toutes les photographies reproduites dans cet ouvrage.

TABLE DES GRAVURES

Pour les clichés ayant servi aux reproductions contenues dans cet ouvrage, nous avons eu recours à la Maison Braun, Clément et C'e, qui a bien voulu nous autoriser à publier huit de ses photographies, à M. Piccardy, photographe à Grenoble, dont près de deux cents clichés des plus remarquables ont été utilisés, et à M. Michel, également photographe à Grenoble. Nous devons aussi tout particulièrement remercier M. l’abbé Sennequier-Crozet, qui a bien voulu reproduire la plus grande partie des dessins et des bronzes de nos collections , ainsi que MM. Charpenay, Duchemin et Ch. Giraud, qui nous ont gracieusement prêté leur concours.

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