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Le musée de la Comédie-française, 1680-1905

Les livres qui étudient la Comédie -Française dans son histoire, son décor, ses travaux littéraires, ses « entours » aussi, comme eût dit Sainte-Beuve, sont nombreux et se multiplient chaque jour. Et voici qu'un critique d'art très averti, un chercheur tout à fait patient et érudit vient, après René Delorme et M. Georges Monval, apporter une contribution très intéressante et d'une exécution fort attirante à l'étude, h l'histoire du Musée de la Comédie- Française.

M. Emile Dacier me demande d'écrire quelques pages encore pour servir de Préface à son remarquable travail. Il m'est difficile de refuser cl aussi malaisé de ne point répéter ici ce que j'ai dit en tête d'un autre livre consacré à ces mêmes collections. Mais si la publication du présent ouvrage me permet de revenir sur une question

vin PRÉFACE

qui m'est chère, — la création d'une galerie spéciale des œuvres d'art du Théâtre-Français, — je remercierai M. Emile Dacier de m'en avoir fourni l'occasion.

Alexandre Dumas fils disait : « Le Théâtre-Français n'est pas un théâtre comme un autre. Quand on y apporte un manuscrit, il y a les Bustes qui vous regardent. » Et ce qui est vrai de la Comédie, au poinl de vue littéraire, est exact encore au point de vue artistique. Les Bustes des ancêtres — quelques-uns fort peu respectés de leurs petitsneveux — semblent juger les pièces nouvelles. Ce sont comme des critiques de marbre, et leur majesté rend souvent difficile, et parfois injuste, le public qui se souvient et qui compare. Mais ces effigies de juges sévères sont aussi les ornements, les figures d'un Musée qui fait de la Comédie un théâtre unique au monde, tout peuplé de souvenirs.

J'ai toujours été frappé — et au point de vue national très fier — de l'étonnement des étrangers visitant ces foyers et ces galeries où les œuvres d'art et les portraits sont un peu confusément présentés, mais qui offrent aux regards tant d'agréables surprises. C'est de l'Histoire qu'on a sous les yeux. C'est une succession de personnages légendaires, la longue théorie des gloires du théâtre. Les auteurs ont pour eux la salle du Comité, les couloirs du théâtre; les comédiens sont « chez eux » au Foyer des Artistes et dans la partie de la salle qui conduit à ce réduit dont M. Brunetière souriait un peu, en citant l'exclamation du Maurice de Saxe de Scribe et Legouvé,dans Aérienne Lerouireur : « Que c'est beau, le Foyer de la Comédie-Française ! »

Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas grand. C'est un petit salon fait pour la causerie et où Ton ne cause plus, où l'on passe seulement, depuis que Madeleine Brohan est partie et que les comédiennes

PREFACE ix

ne descendent plus guère de leurs loges que pour entrer en scène. A qui la faute? Il y aurait maintenant au Foyer moins de causeurs que de reporters.

J'ai toujours souhaité de pouvoir réunir, en un musée véritable et qui deviendrait public à de certains jours, toutes les collections éparses de la Comédie. Mais l'espace nous manque et je n'ai, après sept années, qu'à répéter ce que j'écrivais en 1897, en tête du livre de M. Monval :

« J'ai souvent réclamé auprès de qui de droit l'agrandissement de ce Musée de la Comédie-Française qui serait, je suppose, ouvert au public et offrirait, rassemblées, groupées avec méthode, tant d'oeuvres éparses qu'on choisirait parmi celles que nous sommes contraints de suspendre, çà et là, dans les couloirs, dans les pièces étroites où travaillent les collaborateurs de l'Administration. Que si la Cour des Comptes, par exemple, renaissait de ses ruines, quel merveilleux local pour accrocher ces toiles, pour ce Musée choisi d'Art Dramatique!

« La bibliothèque de la Comédie contient aussi des raretés admirables, ne fût-ce que ce merveilleux Registre de La Grange qui, à lui seul, estime richesse. M. Paul Meurice ne me parlait-il point naguère du projet qu'il a de nous donner le manuscrit autographe ftllernani x ï Et l'oeuvre de Victor Hugo ne serait-elle point, en quelque sorte, chez elle, en cette Maison de Molière où elle fit, à son heure, révolution? Pour le manuscrit iïHernani, comme pour celui de Lorenzaccio, ne pourrait-on avoir des vitrines spéciales, et ne faut-il pas un local digne de ces joyaux?... Mais, encore un coup, la place nous manque, nous étouffons dans ce monument pourtant si vaste. Les dons géné-

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