‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 20 sur 145 · Voir plus haut. rli. I · texte numérisé non relu

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après la mort de l'acteur'. Sera-ce Picot, artiste de second ordre, qui l'a peint honorablement, ou Lagrenée fils, aussi médiocre, ou L. Mérimée, le père de l'auteur de Colomba, qui l'a dessiné d'après nature, en l'an VIII, avec la conscience du professeur de dessin qu'il était 1 ? Faudra-t-il interroger le Néron de Riesener, au musée Carnavalet; l'étude de Boilly, pour t Atelier d'Isabey, au musée de Lille ', ou la terre cuite de J.-B.

1. Voir, ù propos de ce port rail, le Journal de Delacroix, t. 11, p. 138 el 113-114. A la page 138, le Talma est porlé, en 1852, dons un marché avec le ' comle de Geloès, pour la nomme de 1.900 francs. Tout de suite après, a la date du lu janvier 1853 (p. 143-144}. se Irouvent des indications de couleur pour la jambe el la main gauche du comédien, et le fauteuil sur lequel il

D'autre part, le Catalogue Robaut ,n° 1310, année 18j6) donne les renseignements suivants ; i. Toile. H. 0,90.

I. 0,11.— Signé au bas, a gauche. Caricaturé par Marcelin pour Vllluttralion du 3 janvier 18S7, avec ce titre : c Talma. Le plus romantique des classiques, par le plus classique des romantiques >.

App. au foyer de la C.-F.

« La robe est rouge vermillon, ornée de galons d'or, le rideau cramoisi foncé el le fond de parquet gris. Ce portrait, commencé en 1853, était en mauvais état, quand, grâce à l'obligeance de M. Coquelin aîné, M. Robaut le des- BAPTISTE CADET sina en Janvier 1871, après l'avoir fait

enlever momentanément du corridor , iif. .' * i l>l n o i * » obscur où il est placé, attenant au foyer

Gravure en roulpiir» <lo Duplessis-Berlaux des artistes du Théâtre-Français, Nous

(Caliinci des Esismiicsi avons entendu criliquer ce porlrail.

sous prétexte qu'il ne rend pas fidèlement le type de Néron. Il est facile de répondre que Delacroix ne s'est pas proposé de peindre Néron, qu'il a voulu seulement résumer, sous les traits d'un grand tragédien, l'expression des sentiments variés sous lesquels Talma devait se llgurer être Néron lui-même. » Comprenne qui pourra 1

2. Ces Irais œuvres sonl également conservées à ta Comédie-Française. — Sur ce portrait et l'œuvre de Jean-François-Léonor Mérimée, voir un article de Ch. Kpbrussi sur le miniaturiste Rochard [Gazelle de» Beaux-Arts, 3' période, l. VI, p. 4iS>.

3. Celle élude fail partie d'une collection cle vingt-huit portraits exécutés d'après nature

de Bay, au musée de Nantes ? Un peu tout cela, sans doute, puisque personne n'a pris la place que David aurait dû prendre, et que le grand tragédien, dont on connaît tant de portraits, n'en a pas un qui soit complet et définitif!

Contrairement à ce que nous avons constaté pour Molière, nombre d'artistes de la troupe seront ici plus favorisés que leur chef. Et ceci nous amène à dire un mot de ce qu'on entend par la « troupe de Talma » .

Aux approches de la Révolution, la Comédie-Française s'était scindée en deux camps : autour de Talma, s'étaient rangés les républicains : Dugazon, Grandmesnil, Naudet, M rac Vestris, M I,C Dégarcins, etc.; de l'autre côté, se trouvaient les conservateurs : Fleury, Dazincourt, Mole, Des Essarts, Saint- Fal, Saint-Prix, Vanhove, M ,lc Contât, M llc Raucourt, M n ° Joly, M lle Devienne et M 116 Vanhove (plus tard M m0 Talma). Pius nombreux et plus puissants, ceux-ci eurent tout d'abord la partie belle : jaloux des succès de Talma, qui, à peine reçu, venait de créer triomphalement le Charles IX de M.-J. Chénier (4 novembre 1789), en outre fort mal disposés — et pour cause — à l'égard de cet auteur, ils purent obtenir l'interdiction de sa pièce. Sur ce, polémiques violentes pendant près d'une année, au bout de laquelle un semblant d'accalmie permit à Talma de rentrer au théâtre et de reprendre son rôle (28 septembre 1790).

Pendant ce temps, le duc d'Orléans, à qui appartenait le Palais-Royal, avait chargé l'architecte Louis d'y construire une salle de spectacle, bientôt louée à Gaillard et Dorfeuille, les anciens directeurs des Variétés Amusantes. Autour de Monvel, de Michot et de M n * Julie Candeille, qu'ils s'étaient attachés, Gaillard et Dorfeuille conçurent le projet audacieux de former une troupe capable de tenir tête à celle de la Comédie-Française : ils attirèrent donc à eux les artistes de ce théâtre auxquels leurs camarades royalistes rendaient la vie difficile, et, après la clôture de Pâques 1791, ils ouvrirent le Théâtre-Français de la rue Richelieu, ayant parmi leurs interprètes tous les républicains de la Comédie, Talma en tête.

11 n'entre pas dans le cadre de cette étude de retracer par le menu l'histoire de la Comédie-Française et du théâtre de la rue Richelieu (devenu en 1793, le théâtre, de la République) pendant la Révolution : les historiens

par L. Boilly, pour son tableau de V Atelier d'Isabey, peint en 1800, et conservé aujourd'hui au puisée de Versailles.

nous ont dit comment les Comédiens-Français eurent le tort de s'illusionner sur la marche des événements et de ne pas tenir compte des sentiments du public; comment F Ami des lois de Laya (2 janvier 1793) mit le feu aux poudres en attaquant Robespierre et Marat, et comment la Pamcla de François de Neufchàteau (I er août 1793) précipita l'explosion. Ensuite, c'est la fermeture du théâtre par ordre du Comité de Salut public, l'arrestation de trente acteurs sur Irente-trois dont se composait la troupe, leur incarcération h Sainte-Pélagie et aux Madelonnettes, l'héroïque dévouement de Labussière qui les arrache h Téchafaud, la mise en liberté successive d'une quinzaine d'entre eux pendant les premiers mois de 1794, et l'élargissement des aulres après le 9 thermidor; puis c'est quatre ans de pérégrinations, de scissions, de rivalités et de faillites — une époque rappelant, mais en pire, les années qui suivirent la mort de Molière : de l'ancienne salle de la Comédie-Française, au faubourg Saint-Germain (sur l'emplacement de l'Odéon actuel) devenue le théâtre de la Nation, où Ton s'installe en 1794, une partie de la troupe émigré au théâtre Louvois, sous la direction de M ,le Raucourt (1796-1797), tandis qu'un autre groupe s'en va au théâtre Feydeau, pour revenir à l'Odéon, en 1798. Après l'incendie de cette salle, en mars 1799, les pérégrinations recommencent; mais entre temps la déconfiture du théâtre de la République a eu lieu : le rapprochement s'en trouve facilité, et, le 30 mai 1799, on affiche le Cid et CÈcole des maris, pour la réouverture du Théâtre-Français, rue Richelieu.

Cette « jonction » nouvelle qui peut se comparer sur plus d'un point à celle de 1680, c'était « la troupe de Talma » qu'elle constituait.

A vrai dire, elle ne comptait pas encore tous ses éléments, et Thalie y faisait bien meilleure figure que Melpomène. Sans doute, à côté de la « vieille garde », dont la scène du faubourg Saint-Germain avait vu les débuts — Fleury, Saint-Fal, Saint-Prix, Vanhove, M 110 Contât, M ,,e Fleury, M lle Mézeray, M Ho de La Chassaigne, etc., — étaient venues prendre rang de plus jeunes recrues, la plupart formées en province dans les troupes de la Montansier : les uns, comme Michot, les deux Baptiste et Damas, avaient débuté au théâtre de la République, de 1791 à 1793 ; d'autres, en 1795, au théâtre Feydeau, comme M Hc Mars et Armand. Lafon fut le premier acteur reçu après la «jonction», et, dès lors, la troupe se compléta peu à peu : du côté des comédiennes, on admit successivement

M"* Bourgoin, M"" Volnais, M 1 " Duchesnois, M"" (îeorge-, M 1 " Leverd M 1 " Dupont, M™' Desmousseaux, M 1 " Mante; parmi les acteurs, il suffira

'• MARS, daks Elmi

(Cibiuot dos Ëstamjics).

de citer Michelot, Ménard, Kirmin, Monrosc, puis Menjaud, Périer et enfin Joanny, le dernier sociétaire reçu du vivant de Talma.

Si maintenant, prenant au hasard un des comédiens du premier tiers

du xix'' siècle, on se met en quête des portraits qui restent de lui, il pourra se faire que l'on rencontre une pointure, la plupart du temps assez médiocre le représentant dans un de ses rôles & succès, mais, dans la majorité des cas, on se trouvera en présence d'un portrait d'homme aux cheveux soigneusement frisés, vêtu d'un habit plus ou moins ouvert sur le gilet,

suivant que la mode en aura décidé, et le cou engoncé dans un col-cravate dont la hauteur et les circonvolutions varieront aussi d'année en année.

Voyez entre autres, à la Comédie-Française, le portrait de Fleury par Gérard — le portrait tout intime d'un homme en robe de chambre, assis, jambes croisées, devant sa table de travail, — celui de Baptiste aine par Drolling, celui d'Armand par Robert Lefebvre, celui de Firmin par Pinchoo, celui de Lafon par Bellier, celui de Michot par un peintre de M»° mars l'école de David : tous

Gravure ,lo Lignon, d'«pr*B Gérard. sont dans la même note

« bourgeoise ». Voyez surtout les lithographies du temps : elles ont remplacé — bien mal — les estampes si joliment gravées à la fin du siècle précédent, et comme la facilité du procédé tente les plus maladroits, il n'est aucune célébrité dont on ne se pique de populariser les traits, sans d'ailleurs se soucier beaucoup do la ressemblance. Toutefois de véritables artistes se font bientôt une spécialité de la pierre lithographique, et ceux-là, quand ils ont à portraicturer un comédien, comment le voient-ils? Exceptionnellement en

!.. MÊniM*.:. — TALMA

comédien, et le plus souvent en costume de ville : Baptiste aîné sera bien lithographie par Grévedon d'après Boilly, dans l'Amiral de Pinto, mais le même artiste reproduira un dessin dTsabey, daté de 1808 et conservé à la Comédie-Française, que nous donnons ici comme un des modèles du genre; voici Fleury vieux, avec un visage rond, encadré de cheveux et de favoris blancs, comme celui d'un Béranger bourru; voici Firmin, et son élégance compassée de jeune premier de l'ancienne école; Armand, un autre jeune premier, moins fin, mais plus chaud et plus vif; et Lafon, et Michelot, et Damas. Les jeunes ont l'air de dandys fringants; les vieux, de diplomates à la bonhomie astucieuse : aucun ne laisse deviner l'acteur. Et ceci signifie que le portrait de théâtre — pour les hommes tout au moins — est en baisse au début du xix c siècle : on s'est aperçu tout d'un coup, semble-t-il, que, pendant une bonne partie de la journée, les comédiens sont des hommes comme les autres et l'on met une insistance particulière à les montrer, pour ainsi dire « au naturel » .

Les exceptions sont rares, surtout en ce qui concerne les œuvres peintes. En général, on abandonne aux méchants dessinateurs le soin de représenter les acteurs dans leurs rôles, et le plaisir est vif de rencontrer parfois, au milieu de ces pitoyables documents, une silhouette signée d'un des derniers artistes de la petite estampe, qui va se relier insensiblement à la caricature de demain. Avec une gouache de Carmontelle (Dasnières, dans les Sourds ou l'Auberge pleine) et une petite gravure de Duplessis-Bertaux (Michel, dans les Étourdis), l'inénarrable niais que fut Baptiste cadet se révèle mieux à nous que son frère, sanglé dans son habit et guindé dans sa cravate « écrouellique », comme on disait élégamment. Après tout, cette façon de voir n'a rien qui soit particulier à un temps : entre le Coquelin cadet en Thomas Diafoirus, par Miienier, et le Coquelin aîné dans son intérieur, par Friant, les historiens du théâtre n'hésiteront pas, dans l'avenir, et ce n'est pas sur la qualité de la peinture qu'ils s'appuieront pour justifier leurs préférences !

Toutefois, il y aurait imprudence à généraliser outre mesure, en appliquant aux comédiennes ce qu'on vient de dire des comédiens. Certes, elles n'ont pas échappé aux peintres à la mode, et le pouvaient-elles, ces reines de la mode? Parmi les belles dames que J.-B. Isabey se plaît à faire sourire au milieu d'un nuage d'écharpes blanches, M ,,c Leverd, la grande coquelte, ne tient-elle pas joliment sa place? Et n'attendait-on pas de Gérard, peintre

de la Cour, qu'il fît le portrait de M Uc George, au temps où le visage de la « favorite » ressemblait encore à un beau camée? celui de M I,e Mars, l'exquise Célimène, qui, comme M" 1 " Molière, cette autre Célimène exquise, possédait au suprême degré l'art de s'habiller, et dirigeait la mode? celui, enfin, de M lic Duchesnois, la Dumesnil du xix c siècle, dont les traits plus qu'ingrats devaient donner si beau jeu aux caricaturistes?

Mais, reines de la mode, elles étaient aussi reines du théâtre, et les artistes ne Font pas oublié. La plus favorisée en la circonstance a été sans contredit M l,e Mars, une vraie « beauté de théâtre », dont le teint un peu brouillé, le nez un peu fort, la tête un peu grande, la taille un peu courte, les yeux admirables et les dents ravissantes s'accommodaient si bien de l'optique de la scène que l'ingénue de 4793 resta jusqu'en 1841 le modèle de la jeunesse au Ihéàtre. Aussi, que de peintures, de dessins et de sculptures nous ont transmis ses traits ! Peintures de Gérard et d'Horace Vernet (collections Latour-Dumoulin et Delaroche-Vernet) ; dessins de Girodet (Comédie- Française), de Godefroy (Carnavalet), d'un anonyme (Cabinet des estampes), de Lecomte, de Boilly, etc.; miniature de Jacques, à la Comédie-Française; bustes de David d'Angers, de Dantan aîné et statue de J.-G. Thomas (Comédie- Française); et la liste est incomplète! J'oublie les gravures : entre autres, celle de Lignon d'après Gérard, superbe, et celle, très rare, d'un anonyme, qui seule nous a conservé le souvenir d'une Elmire assez imprévue; j'oublie aussi les inévitables et innombrables lithographies, parmi lesquelles on peut retenir, pour leur originalité, celle qui sert de frontispice aux Habitants de Paris et qui montre l'actrice dans le cadre d'une mansarde enguirlandée de feuillage, comme pour illustrer la Lisette de Béranger; et cette autre tirée du Journal des femmes , un de ces périodiques illustrés, moitié journaux de modes et moitié collections de portraits, qui eurent tant de vogue aux environs de 1830.

Laquelle n'a pas eu sa page et sa notice dans une des Galènes théâtrales qui se publièrent alors chez Bance, chez Blaisot ou chez Marchant? On y voit M 1,e Bourgoin, « spirituelle maîtresse des têtes couronnées », qui avait autrefois posé devant Sicardi, comme ses camarades M lle Devienne et M Uc Leverd; plus loin, M Uo Lange, célèbre par ses démêlés avec Girodel, lors du Salon de l'an VIII, où le peintre, pour se venger de s'être vu refuser par la comédienne un portrait qu'elle ne trouvait pas ressemblant, se donnait le

malin plaisir de la faire 1 reconnaître au public sous les traits de Danar recevant la pluie d'or'; M"* Mézeray, qui remplaça M"" Lange, quand celle-ci

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